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Itsuo Tsuda à la Sorbonne

lecture sorbonne itsuo tsuda

80 ans après, Itsuo Tsuda revient à la Sorbonne

Un pont entre Orient et Occident, Lecture-Rencontre

Menant une réflexion profonde sur les grands développements de la pensée humaine, Itsuo Tsuda parcourt l’Orient et l’Occident et met le ki au centre de ses recherches

Itsuo Tsuda vint en France en 1934 et fit ses études à la Sorbonne avec le sinologue Marcel Granet et le sociologue Marcel Mauss. En 1940, de retour au Japon, il s’intéressa aux aspects culturels de son pays, comme la récitation du Nô, la technique Seitaï et l’Aïkido. Dans les années 70, il entreprend de propager ses idées sur le ki en Europe et publiera neuf livres en français.
Créant un pont entre Orient et Occident, il a su élaborer et présenter des connaissances qu’il avait reçues de ses maîtres. Il s’agit là d’un défi où l’être humain est considéré par-delà l’époque, le lieu et  la tradition. L’être humain en tant que tel. La vie dans ses multiples aspects. Itsuo Tsuda propose un chemin pour réveiller la sensibilité et pour retrouver la liberté intérieure.

Cette Rencontre-Lecture, animée par Régis Soavi, conférencier et enseignant d’Aïkido, élève direct d’Itsuo Tsuda et Yan Allegret, écrivain, comédien,  sera l’occasion de découvrir ce chemin.

Mardi 4 novembre 2014 à 19h30 à l’Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Entrée gratuite, sur réservation auprès du service culturel : agenda-culturel@paris-sorbonne.fr

La Trace Vide

Article de Manon Soavi publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°18)  octobre 2017

« Tchouang-Tseu, grand philosophe chinois, a dit, il y a deux mille cinq cents ans : le Vrai homme respire de ses talons alors que les gens du commun respirent de leur gorge.
Qui respire aujourd’hui de ses talons ? On respire de la poitrine, de ses épaules ou de sa gorge. Le monde est rempli de ces invalides qui s’ignorent. »*  Ainsi commence Tsuda senseï dans son premier livre, publié en 1973, donnant le ton en citant le philosophe qui l’a le plus accompagné dans son parcours.
Tsuda senseï était un chercheur acharné et un homme d’une grande culture. Toute sa vie il ne cessa de travailler pour permettre à l’être humain de se dégager de ce qui l’encombre et l’entrave. Parti de sa recherche personnelle de la liberté de pensée, c’est finalement une compréhension philosophique de l’être humain qui se révéla au fur et à mesure de ses pratiques : Aïkido, Seitai, Nô… Et cette philosophie de l’être humain, cette voie, Tsuda senseï va la diffuser avant tout par ses livres* et son enseignement dans les dojos durant une dizaine d’années. Mais il est un média plus secret qu’il emprunta les dernières années de sa vie : la calligraphie.

L'ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda
L’ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda

Sur ce sujet, il se présentait lui-même comme un « calligraphe amateur », dans le sens du Zen, où comme nombre de maîtres d’arts martiaux, d’Ikebana, de Chadō, etc., il utilisait la calligraphie pour communiquer un état d’esprit et transmettre une philosophie.

Tsuda senseï emprunta la voie de la calligraphie de façon singulière, comme un pas de côté. De par les contraintes de l’époque, il choisit de tracer à la cire. Une contrainte qui aboutit à un dépassement. Les idéogrammes sont tracés avec la cire chaude, au pinceau, puis le tissu est teint, et enfin la cire est enlevée. Il reste alors la trace, une trace vide.

Exprimer l’inexprimable. Communiquer l’incommunicable.*

Tsuda senseï s’est attaché dans ses livres à rendre accessible pour les lecteurs des concepts et des principes qui souvent paraissent très éloignés de notre culture. Il fait un pont, nous parle de situations ordinaires qui révèlent un arrière-plan beaucoup plus profond. C’est ce qui fait de la lecture de ses livres quelque chose d’agréable, d’évident.

Il en est autrement pour la calligraphie. C’est un enseignement plus « ésotérique » , au sens où il demande un effort de compréhension de notre part, d’y prendre une part active. Pourtant Tsuda senseï y transmet un enseignement essentiel pour qui veut pénétrer plus avant.

C’est après soixante ans qu’il commence à tracer des calligraphies en France, et à égrainer ce qui a nourri son parcours et son histoire.

Son histoire commence en 1914 en Corée, sous domination japonaise, où ses parents issus de la noblesse se sont installés. À l’âge de seize ans, il se révolte contre l’autorité paternelle et part à la recherche de la liberté de pensée. Arrivé à Paris en 1934, il suit des études à la Sorbonne en ethnologie et sinologie auprès de M. Mauss et M. Granet. La guerre interrompt ses études et il doit rentrer au Japon. C’est seulement après la fin du conflit qu’il s’intéresse de façon plus profonde aux aspects culturels de son pays et qu’il commence l’étude du avec le maître Kanzé Kasetsu et du Seitai avec Haruchika Noguchi senseï. Engagé comme interprète d’André Nocquet qui vient d’arriver au Japon pour étudier l’Aïkido, il est subjugué par la personnalité d’O senseï Morihei Ueshiba et par l’art qu’il découvre. Ainsi, jusqu’au décès d’O senseï, il pratiquera quotidiennement au Hombu dojo de Tokyo.

Tsuda senseï disait souvent que les maîtres qu’il avait connus avaient creusé chacun des puits différents, mais qu’au fond de chaque puits coule la même eau et qu’ils communiquent entre eux.
Ainsi quand il revint s’installer en France au tout début des années soixante-dix, il privilégia d’abord la diffusion du Seitai et de l’Aïkido, tout en commençant à écrire son premier livre. C’est à partir de 1978 qu’il fit connaître ses calligraphies auprès de ses élèves.

Une vaste culture

La centaine de calligraphies qu’il traça exprime toute une culture, car de nombreuses calligraphies d’Itsuo Tsuda font référence à des textes de Tchouang Tseu, de Lao Tseu, ou à travers un idéogramme, un dessin, les suggèrent. D’autres sont des sentences issues du Zen, des proverbes, des références culturelles chinoises ou japonaises populaires à son époque.
Par exemple, la calligraphie L’Ermite véritable vit au cœur des grandes cités est une phrase très connue d’un poème de Wang Kang-Ju (dynastie des Jin de l’Est 317-420). Itsuo Tsuda cita plusieurs fois ce texte notamment dans ce passage de son livre La Voie du dépouillement :
« Il y a un précepte zen qui dit : Les petits ermites s’abritent dans les montagnes et les forêts. Les grands ermites s’abritent dans les quartiers peuplés.
J’entends des citadins envier les paysans qui vivent à la campagne, et respirent l’air pur. J’entends aussi des paysans exaspérés qui disent : eux, ils n’ont pas les embêtements que nous avons.
Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Je ne m’occupe pas, pour ma part, de la question des milieux. Je m’occupe uniquement de ce qui se passe en nous-mêmes. Si les gens veulent devenir des petits ermites, cela les regarde. En tout cas, ce n’est pas moi qui les encourage à le faire, parce que le problème de fond reste entier. »*

Tsuda calligraphie Univers
L’univers, calligraphie de Itsuo Tsuda

Dans ses calligraphies Tsuda senseï fait référence au Bouddhisme, au Tch’an, ou encore à un poème, à un concept qui provient directement d’un de ses maîtres : Haruchika Noguchi ou Morihei Ueshiba.
Un humour tout en finesse se dégage de ses calligraphies, comme dans “Cercle, triangle, carré” qui est une calligraphie assez classique dans le Zen. Itsuo Tsuda a repris le nom de L’Univers qui fut donné à la calligraphie de Gibon Sengai. Il trace un cercle, un triangle et un carré mais il le fait à sa façon, avec son humour si particulier, cette forme de regard malicieux sur la situation bancale de l’être humain : Cercle, ciel. Triangle, être humain. Carré, terre.
Mais l’orientation particulière de chaque tracé fait ressembler la calligraphie à un petit bonhomme !
Le triangle légèrement tordu qui relie une base très solide, la terre, avec la tête dans le ciel. L’être humain dans son imperfection, son déséquilibre, son humanité.
Et en même temps, l’être humain est Ame-no-ukihashi, le lien entre le ciel et la terre… Comme Tamura senseï le rapportait également*, O senseï Morihei Ueshiba utilisait souvent cette expression Ame no ukihashi ni tatete « se tenir sur le pont flottant céleste ».

Pour apprécier ce monde, il nous faut faire un pas. Comme toujours il ne s’agit pas seulement de la qualité de l’enseignant, de la grandeur de l’art, de la qualité du livre ou de la calligraphie. Entrer dans cette perception à laquelle nous invitent ces calligraphies dépend aussi de nous, nous ne pouvons pas nous contenter d’ouvrir le bec comme des oisillons qui attendent à manger, il nous faut partir en chasse à notre tour. « L’artiste […] n’a fait que déclencher un processus qui se trouve réactivé lorsque la peinture est vue, et qui amène à des niveaux diversifiés de communication et de compréhension. Parce que celui qui la regarde joue un rôle vital dans l’achèvement de l’œuvre dans son propre esprit. »* Les maîtres nous ont laissé des traces, à nous de les suivre avec assiduité et continuité.

Ainsi pour les lecteurs qui souhaiteraient aller plus loin dans la découverte de l’œuvre calligraphique de Tsuda senseï, vient d’être publié un livre regroupant une centaine de ses calligraphies, ainsi que des recherches, sources et traductions possibles. Ce livre nous emmène dans un voyage aux sources de la philosophie que proposa Tsuda senseï. Aux sources qui ont nourri son cheminement et par là même qui peuvent nourrir le nôtre.

Manon Soavi

Notes

*  Itsuo Tsuda, Le Non-Faire, Éditions Le Courrier du Livre, p.13
*  Neuf livres publiés entre 1973 et 1984 aux Éditions Le Courrier du Livre. Toujours disponibles.
*  Itsuo Tsuda, Le Non-Faire, Éditions Le Courrier du Livre, p.7
*  Itsuo Tsuda La Voie du dépouillement, Éditions Le Courrier du Livre 1975, pp. 79-80.
*  Entretien avec Maître Tamura L’Aigle de l’Aïkido, 27 juillet 2007 cf : http://www.leotamaki.com/article-interview-tamura-nobuyoshi-l-aigle-de-l-aikido-77477356.html
* S. Addiss, L’art Zen, Éditions. Bordas 1992 , pp. 12

Bonjour Maladie #2

Suite de l’Interview de Régis Soavi sur le Katsugen Undo (ou Mouvement Régénérateur), une pratique mise au point par Haruchika Noguchi et diffusée en Europe par Itsuo Tsuda :  article de Monica Rossi publié  dans la revue « Arti d’Oriente » (numéro 4 / mai 2000)

Pour lire la partie 1  –> http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/bonjour-maladie/

Partie #2

– Comment peut-on définir Yuki?

– Faire passer le ki.

– Comment yuki peut-il aider le déclenchement du mouvement?

– Cela aide dans la mesure où l’on a fait les trois exercices, ou bien les exercices pour le mouvement mutuel (l’activation par les deuxièmes points de la tête ; c’est une autre façon de déclencher le mouvement). Yuki aide parce qu’il active; c’est très important pour moi de dire que yuki est fondamentalement différent de ce dont généralement on entend parler parce que quand on fait yuki, on a la tête vide, on ne guérit personne, on ne cherche pas. On est seulement concentré dans cet acte. Il n’y a pas d’intention et cela est primordial. Dans les statuts du dojo, d’ailleurs, il est souligné que nous pratiquons « sans but ».

Régis Soavi | Yuki
Quand on fait yuki, on a la tête vide, on ne guérit personne, on ne cherche pas. On est seulement concentré dans cet acte. Il n’y a pas d’intention et cela est primordial.

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Bonjour Maladie #1

Interview de Régis Soavi sur le Katsugen Undo (ou Mouvement Régénérateur), une pratique mise au point par Haruchika Noguchi et diffusée en Europe par Itsuo Tsuda :  article de Monica Rossi publié  dans la revue « Arti d’Oriente » (numéro 4 / mai 2000).

« Après avoir lu les livres d’Itsuo Tsuda (1914-1984), fascinée par ses arguments qui abordent librement tout aussi bien l’aïkido que les enfants et la façon dont ils naissent, les maladies ou les souvenirs de Ueshiba Morihei et Noguchi Haruchika, je voulais en savoir plus: la sensation de quelque chose qui m’échappait était restée en moi.

Ainsi ai-je commencé ma recherche pour savoir en quoi consiste effectivement ce mouvement régénérateur (katsugen undo) dont parle Tsuda, un mouvement spontané du corps qui semblerait pouvoir le rééquilibrer sans qu’il soit nécessaire de l’intoxiquer avec des médicaments; concept ancien mais encore révolutionnaire, surtout dans notre société. Je n’ai pas pu obtenir de réponses satisfaisantes à mes questions: ceux qui avaient pratiqué le mouvement régénérateur n’arrivaient pas à me décrire de quoi il s’agissait; la réponse était toujours: « Vous devez essayer vous-même pour comprendre; la première fois, ça va certainement vous bouleverser un peu ». Ainsi je me suis décidée. L’école qui, à Milan fait référence aux enseignements d’Itsuo Tsuda est la « Scuola della Respirazione ». On y pratique l’aikido et le mouvement régénérateur (en séances séparées). Mais pour pouvoir fréquenter les séances de mouvement il faut d’abord participer, pendant un week-end, à un stage conduit par Régis Soavi, qui a continué le travail de Tsuda en Europe.

Regis Soavi en conférence
Regis Soavi en conférence, Paris.

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L’esprit de l’Aïkido est dans la pratique

Article de Régis Soavi sur l’esprit de l’aïkido publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°18)  octobre 2017

regis soavi meditation
La pratique de l’Aïkido nous entraîne vers la réunification de l’être humain.

On a souvent tendance à considérer l’esprit d’un art comme un processus mental, une direction à prendre de manière consciente ou encore des règles à respecter. Tout cela parce qu’en Occident nous vivons dans un monde de séparation, de division. D’un côté il y a l’esprit, de l’autre le corps, d’un côté le conscient, de l’autre l’inconscient, c’est ce qui est censé faire de nous des êtres civilisés alors même que cette séparation engendre des conflits en nous. Des conflits qui sont renforcés par les systèmes d’interdiction mis en place pour protéger la société, pour nous protéger nous-mêmes contre nous-mêmes. Vers la réunification de l’être humain, voilà la Voie dans laquelle nous nous dirigeons par la pratique de l’Aïkido. Cette réunification est nécessaire dans un monde où l’humain est chosifié, où il devient à la fois un consommateur et une marchandise. Sans se rendre compte du chemin qu’il prend, le civilisé exécute la vie au lieu de la vivre. Cette société qui nous pousse à la consommation laisse peu de place au travail intérieur, elle nous pousse à chercher au- dehors ce qui se trouve au-dedans. À acheter ce que nous possédons déjà, à chercher des solutions à tous nos problèmes à l’extérieur de nous-mêmes, comme si d’autres avaient de meilleures solutions. Cela amène à une prise en charge de l’individu par les différents systèmes de protection à la fois sociaux, idéologiques, ou de santé, multipliant ainsi l’offre et créant un marché idéal pour les vendeurs de rêves de tout poil, charlatans, gourous et compagnie.
J’apprends aujourd’hui que l’on vient de créer une nouvelle pratique : « la Respirologie », et comme d’habitude abusée par le pouvoir des mots la clientèle va certainement affluer. Est-ce qu’au nom de la normalisation du corps et de l’esprit, de la remise en forme des personnes, nous devrions changer le nom de notre art par : « Aïkido Thérapie » ?

L’esprit de l’Aïkido ne peut s’enseigner

Regis Soavi
L’Aïkido est l’art d’apprendre profondément, l’art de se connaitre soi-même.

Je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il y a un esprit spécifique de l’Aïkido, mais plutôt que l’Aïkido doit être le reflet de quelque chose de beaucoup plus grand que nous petits êtres humains avons du mal à réaliser durant notre vie.
L’esprit d’un art ne peut s’enseigner, il s’agit plutôt d’une transmission, mais que serait un Aïkido sans esprit : une lutte, un combat, une sorte de bagarre sans queue ni tête. Il est tout à fait possible d’enseigner la technique sans rien transmettre de l’esprit, mais du coup, il s’agit de tout autre chose. Peut-être de la self-defense ou bien une technique de bien-être.
Comme dans tous les arts martiaux nous avons le Rei, le salut, qui évidemment en est l’expression la plus immédiatement visible, mais c’est dans la posture de l’enseignant que va se transmettre le plus important. Par posture j’entends un ensemble extrêmement complexe de signes qui seront repérables par les élèves : bien sûr l’aspect physique, la dynamique, la précision etc., mais aussi la manière de faire passer un message, l’attention accordée à chacun des pratiquants en fonction de milliers de facteurs que l’enseignant doit percevoir. C’est en développant son intuition que l’on peut avoir la plus grande et la plus fine des pédagogies, et ainsi apporter les éléments dont a besoin le pratiquant pour approfondir son art, pour mieux en comprendre les racines.

L’esprit de l’Aïkido ne s’apprend pas

L’esprit de l’Aïkido ne s’apprend pas, on le découvre, il ne nous change pas, il nous permet de retrouver nos racines humaines, de rejoindre ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain.
« L’Aïkido est l’art d’apprendre profondément, l’art de se connaître soi-même. »*
Le désir du fondateur de l’Aïkido était de rapprocher les êtres humains, pour lui le monde était comme une grande famille : « En Aïkido, l’entraînement n’est pas fait pour devenir plus fort ou vaincre l’adversaire. Non. Il aide à avoir l’esprit de se mettre au centre de l’Univers et de contribuer à la paix mondiale, de faire que tous les êtres humains forment une grande famille. »*

Un hymne à la joie

O Senseï disait : « Toujours pratiquer l’Aïkido d’une manière vibrante et joyeuse. »*
On ne parle pas assez souvent de la joie, notre monde nous incite à la tristesse, à réagir avec violence aux événements, à critiquer les défaillances des systèmes, à voir les défauts des autres, à être compétitif. Mais tout cela finit par nous rendre grincheux, acerbe et gâche notre plaisir de vivre tout simplement.
La joie est une sensation que je considère comme sacrée. La joie de vivre, de se sentir pleinement vivant dans tout ce que l’on fait, ou ce que l’on ne fait pas. La joie nous permet de vivre ce que beaucoup considèrent comme des contraintes de manière complètement différente, de les considérer comme des opportunités qui nous permettent d’aller plus loin, d’approfondir ce que mon maître appelait la respiration.
La joie nous amène petit à petit vers la liberté intérieure, qui est la seule liberté qu’il vaille vraiment la peine de découvrir comme le raconte si bien le maître de Taï-chi-chuan Gu Meisheng (1926 – 2003) qui la découvrit dans les prisons chinoises à l’époque de Mao.
Elle nous permet de sortir des conventions que les différents systèmes nous imposent.

L’esprit de l’Aïkido, on le trouve dans la nature, non pas une nature extérieure à l’être humain mais l’humain faisant partie de la nature, étant lui-même nature.
« La pratique de l’Aïkido est un acte de foi, une croyance dans le pouvoir de la non-violence. Ce n’est pas un type de discipline rigide ou d’ascétisme vide. C’est une voie qui suit les principes de la nature, des principes qui doivent être appliqués à la vie quotidienne. L’Aïkido doit être pratiqué du moment où vous vous levez pour accueillir le jour jusqu’au moment où vous vous retirez pour la nuit. »*
Chaque matin commencer dans le calme du dojo par une méditation de quelque deux ou trois minutes afin de se recentrer, de se concentrer. Puis passer à la Pratique respiratoire, comme l’a appelée Tsuda Senseï, et que O Senseï Morihei Ueshiba faisait à chaque séance. On peut alors aborder la deuxième partie, la pratique avec un partenaire, le plaisir de la communication à travers la technique, la respiration Ka Mi et tout cela de très bonne heure alors que beaucoup de personnes au-dehors ont à peine émergé du sommeil.
Quand rien n’est programmé, quand on est vide de toute pensée, dans ces moments sublimes où la fusion se réalise avec le partenaire, alors on est dans l’esprit de l’Aïki.
Comme dans le Zen, il nous est proposé de vivre ici et maintenant, de ne pas être différents de ce que nous sommes, mais de regarder avec lucidité ce que nous sommes devenus.

La transmission de l’esprit

Pour comprendre l’esprit de l’Aïkido il faut, à mon avis, plonger dans le passé, non seulement du Japon mais aussi, et peut-être même surtout, de la Chine ancienne. Aller y chercher les penseurs, les philosophes, les poètes qui alimentèrent la réflexion et donnèrent du poids à la pensée orientale. C’est grâce à mon maître Tsuda Itsuo que j’ai creusé dans cette direction : non pas qu’il ait fait des cours de philosophie ou tenu des séminaires sur le sujet, lui qui ne parlait qu’avec parcimonie, mais par contre il nous a légué avec ses livres une réflexion sur l’Orient et l’Occident, créant un pont entre ces deux mondes qui semblaient antinomiques.
L’immense culture de ce maître, que j’ai eu la chance de connaître, m’avait à l’époque laissé pantois, mais petit à petit j’ai pu pénétrer dans la compréhension de son message, de son œuvre philosophique qui m’avaient nourri. Mais cet homme, que j’avais admiré, avait laissé aussi des traces que je voyais sans les comprendre, d’autres signes, comme les maîtres du Zen : il a laissé des calligraphies. Comme dans cet art que l’on appelle aujourd’hui le Zenga il nous a transmis un enseignement à travers les idéogrammes, les sentences de Tchouang-tseu, Lao-tseu, Lin-tsi, Bai Juyi ou des proverbes populaires. Chacune de ces calligraphies nous fait découvrir une histoire, un texte, un art, qui justement nous permet d’aller plus loin dans la compréhension de cet esprit qui sous-tend notre pratique.

Sans la sensation concrète du ki, nous passons à coté de l'essentiel.
Sans la sensation concrète du ki, nous passons à coté de l’essentiel.

Réveiller la force intérieure

« Il y a des forces en nous, mais elles restent latentes, en sommeil. Il faut les éveiller, les activer. » écrivait Nocquet Senseï dans un article paru en 1987. Cette phrase fait écho pour moi à la calligraphie de Tsuda Senseï « le dragon sort de l’étang où il demeurait endormi, le talent transparaît ». Dans les deux cas ces maîtres parlaient du ki et nous incitent à chercher dans cette direction.
Sans la sensation concrète du ki nous passons à coté de l’essentiel. Comment parler de l’esprit de l’Aïkido sans en faire une suite de règles à observer sinon en suivant, en retrouvant les fondements de l’être humain. Notre société moderne industrielle nous facilite tellement la vie que nous ne bougeons plus, nous nous déplaçons trop facilement, nous n’avons dans les villes qu’à faire quelques mètres pour nous nourrir au lieu de courir, de chasser ou de cultiver. L’Aïkido permet de dépenser cette énergie en excès qui sinon nous rend malade. Mais il ne s’agit pas seulement de l’aspect physique, moteur, c’est tout notre corps qui a besoin de se retrouver, de se normaliser. Notre esprit surchargé d’informations inutiles a lui aussi besoin de se reposer, de trouver la paix au milieu de l’agitation qui nous entoure.

L’esprit de l’Aïkido est l’Aïkido

L’esprit de l’Aïkido se trouve tout simplement dans la pratique et petit à petit on le découvre. Et c’est une réelle jouissance que cette découverte. Les personnes qui débutent, quand elles prennent conscience de son importance, entrent pleinement dans cet art qui est le nôtre. Souvent c’est à ce moment que commencent les difficultés pour expliquer ce que nous faisons. On a envie d’en parler, d’inviter des amis à venir participer au moins à une séance.
On essaye de faire comprendre ce que l’on ressent. Les autres constatent notre enthousiasme mais n’arrivent pas à comprendre de quoi il s’agit. Et les réponses que l’on reçoit à nos explications, à ce que nous essayons de faire passer sont souvent plutôt décevantes. Elles peuvent aller de : « Ah oui moi aussi j’ai fait du Yoga l’année dernière pendant mes vacances au club Med. Mais j’ai pas le temps de faire un truc comme ça tu comprends, j’ai vraiment pas le temps. » Jusqu’à : « Oui ton truc c’est sympa mais ça prend la tête, moi tu sais, je fais de la self-defense, californo-australienne, et c’est vraiment efficace… ». Passer d’un monde à un autre demande d’être prêt, d’être prêt à découvrir tout simplement ce que l’on ne connaît pas encore, mais que l’on pressent. On commence à pratiquer parce qu’on a lu un livre, un article, et qu’on a été choqué, on s’est dit : « Bizarre ce type, mais j’aime bien ce qu’il raconte, j’aime bien cet esprit, il est proche de moi, proche de ce que je pense ».

Un art pour la normalisation de l’individu

C’est bien souvent l’esprit de la pratique qui nous fait continuer pendant de nombreuses années, et rarement les prouesses physiques ou techniques, qui de toute façon seront limitées par l’âge. La seule chose qui n’ait pas d’âge c’est le ki, l’attention, la respiration comme l’appelait Tsuda Senseï. Celle-ci peut s’approfondir sans limite aucune, et c’est pour cela qu’il y a eu des grands maîtres.
Si on éveille sa sensibilité, si la continuité est là, et si on est bien conduit ; si l’enseignement ne se limite pas à la surface mais nous permet de creuser, d’ouvrir par nous-mêmes des portes que nous ne soupçonnions pas, alors tout est possible. Quand je dis tout est possible, je veux dire que chacun devient responsable de lui-même, de sa vie, de la qualité de sa vie.
Comme le dit Yamaoka Tesshū : « L’unité du corps avec l’esprit peut tout faire. Si un escargot veut faire l’ascension du mont Fuji, alors il réussira. »
Ne pas chercher la réputation, ne pas chercher à devenir mais plutôt à être grâce à la réalisation personnelle. Apaiser les tensions internes, unifier le corps et l’esprit, qui bien souvent travaillent à contre-sens, quand ils ne travaillent pas l’un contre l’autre. Voilà le sens profond de la recherche que nous pouvons faire dans la pratique des arts martiaux.

Régis Soavi

Notes

* Citations extraites du livre L’art de la paix : Enseignements du fondateur de l’Aïkido Entretiens et écrits de Morihei Ueshiba regroupés par John Stevens, Guy Trédaniel Éditeur, 2000 https://www.decitre.fr/livres/l-art-de-la-paix-9782844451675.html

Le dojo Yuki Ho

Fin décembre, le dojo Yuki Ho à Toulouse, est devenu propriétaire des locaux qu’il loue depuis 35 ans. C’est pourquoi nous souhaitons ici partager un texte de Lucie R., prononcé lors du Misogi du 1er janvier 2018. Si vous souhaitez en savoir plus, l’article L’aventure commence à l’aurore  (lien en fin de page) retrace l’histoire de ce lieu très particulier et présente les projets en cours !

Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie
Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie

« Une nouvelle année commence.
Bienvenue à ceux qui ont souhaité participer avec nous à ce moment particulier de notre dojo.

Notre dojo.

L'espace de pratique
L’espace de pratique

Ces mots résonnent aujourd’hui d’une façon différente, puisqu’après une trentaine d’années à habiter, remplir ce lieu, le faire vivre, l’association en est devenue propriétaire, il y a dix jours.

Qu’est-ce-que cela va changer ?

Cet endroit, dont la découverte a tant compté pour chacun d’entre nous, et qui n’est riche que de ce que nous y mettons nous-mêmes, va pouvoir continuer à être notre terrain de pratique, et à nous apporter ce que nous venons y chercher chaque matin, pour nous-mêmes, et avec les autres.

De nouvelles perspectives s’ouvrent aussi pour le 10 rue Dalmatie puisque nous allons désormais partager la cour avec deux associations amies, dont les finalités sont proches de celles du dojo dans le sens de permettre de retrouver et préserver ce qui au fond de chaque individu nous anime.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que de nouvelles personnes encore viennent goûter à cette ambiance.  »

Pour en savoir plus, cliquez sur l’article : L’aventure commence à l’aurore !

Toulousaine-côté jardin
La Toulousaine

Aïkido : une évolution de l’être

Article de Régis Soavi sur l’évolution de l’aïkido publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°17)  juillet 2017

Itsuo Tsuda devant tokonoma
Itsuo Tsuda devant tokonoma

L’Aïkido est un instrument de mon évolution, c’est lui qui m’a fait évoluer, je n’ai eu qu’à suivre avec opiniâtreté ce chemin qui s’ouvrait devant moi, qui s’ouvrait à l’intérieur de moi. Comme de nombreuses personnes je suis venu à cette pratique pour sa martialité. Mais sa beauté, ainsi que l’esthétique de ses mouvements m’ont très vite fasciné, et cela déjà avec mon premier professeur Maroteaux Senseï. Puis, quand j’ai eu l’occasion de voir Noro Masamichi Senseï ainsi que Tamura Nobuyoshi Senseï, j’ai eu la confirmation de ce que j’avais pressenti : l’Aïkido c’était tout autre chose que ce que je connaissais.
J’arrivais du monde du Judo, avec les images qui nous avaient été transmises, comme par exemple celle de la branche de cerisier qui se couvre de neige et qui subitement la laisse s’écouler et se redresse. J’avais déjà traversé les idées qu’avait véhiculées le début du siècle et les années cinquante d’un « Jiu jitsu japonais qui transforme un petit homme malingre en monstre d’efficacité ».

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Le Fonds Itsuo Tsuda

fonds_itsuo_tsuda.pngNotre but : soutenir et conduire, sans but lucratif, toute activité d’intérêt général à caractère culturel destinée à conserver et diffuser l’œuvre philosophique d’Itsuo Tsuda.  Ce but s’articule autour de trois axes :

  • l’acquisition, la conservation et la diffusion de l’œuvre calligraphique ;
  • la diffusion de l’œuvre littéraire ;
  • la conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos.

Le fonds de dotation est un outil de financement du mécénat, une sorte de fondation qui répond à la quasi-totalité des droits et devoirs des fondations reconnues d’utilité publique.

Les donateurs peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66% du montant de leurs don.  Par exemple un don de 300€ ne coûtera que 100€ après déduction d’impôt. reduction_dimpot_don_mecenat Plus d’information sur la structure des fonds de dotation ici

L’œuvre calligraphique :

L’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda étant dispersée aux quatre coins du monde, nous avons souhaité la réunir et la rendre accessible à toutes les personnes intéressées. C’est chose faite en 2017, avec la publication du livre « Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps ».  Ce  formidable ouvrage n’aurait pas vu le jour sans un immense travail bénévole : le prix de vente ne servant qu’à couvrir les frais d’impression et d’expédition.

La diffusion de l’œuvre littéraire :

Yume Editions, est la marque éditoriale du fonds de dotation Itsuo Tsuda, avec laquelle l’œuvre d’Itsuo Tsuda est diffusée en anglais et italien.

CouvTsuda_PathOfLess_MiniGrâce aux dons des particuliers et au travail bénévole, nous pouvons proposer aujourd’hui des traductions de qualité professionnelle.  Sont déjà disponibles :

  • The Non Doing
  • The Path of Less
  • The Science of the Particular
  • One
  • The Dialogue of Silence, sera très bientôt disponible et The Unsteady Triangle est déjà en cours de traduction

En vente ici : http://yumeshop.fonds-itsuo-tsuda.org/fr/

C’est aussi ainsi que nous avons pu publier en 2014 le livre Cœur de ciel pur, œuvre posthume réalisée à partir d’inédits d’Itsuo Tsuda, éditée au Courrier du Livre – éditions Trédaniel (disponible en librairie)

La conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos :

La numérisation des documents pour un archivage qui puisse traverser le temps est aussi un des objectifs du fonds Itsuo Tsuda. Il nous tient à cœur de regrouper ces documents en un fonds d’archives accessible au public comme aux pratiquants et aux dojos. Ce sont des archives que nous considérons comme un patrimoine de l’humanité qui doivent donc être conservées et appartenir à tous.

Nous renouvelons ici nos remerciements à ceux qui nous soutiennent et nous rappelons que tout le travail est fait par des bénévoles. Alors si vous souhaitez soutenir l’action du fonds de dotation, contactez-nous  :  contact@fonds-itsuo-tsuda.org

Fonds Itsuo Tsuda,
50 rue du Volga 75020 Paris
Siret 538 200 254 00018

Calligraphies de Printemps, trente ans d’histoire

Calligraphies de Printemps est la première monographie consacrée à l’œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda qui regroupe cent treize calligraphies et les recherches que nous avons pu mener jusqu’à aujourd’hui.

À l’occasion de sa publication, les 18 et 19 novembre 2017 aura lieu au Dojo Tenshin à Paris une exposition conçue à partir des photos du livre. Un vernissage inaugural se tiendra le 18 novembre à 18h30. Toute personne souhaitant découvrir l’œuvre d’Itsuo Tsuda y est cordialement invitée.

Le dojo est ouvert et l’entrée est libre. Welcome !

En attendant nous avions envie de partager avec vous quelques lignes sur la genèse et les coulisses de cette aventure qui a commencé il y a plus de trente-trois ans.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #5

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (V) publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda.

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Wu_Zhen Fisherman._ca 1350 Metropolitan_Museum_N-Y

Aussi longtemps que les êtres humains vivront, à un moment donné ils mourront. Cette affirmation a été vérifiée pendant des milliers d’années, et donc ce n’est pas une idée fausse. En général les gens n’acceptent pas le fait irréfutable que les hommes meurent, et quand ils se rapprochent de la mort et la sentent dans leur cœur, ils s’inquiètent et agissent impatiemment, étant donné qu’ils ne veulent pas mourir. Mais les êtres humains sont des créatures qui meurent. Bach a composé les Variations Goldberg pour procurer à quelqu’un un sommeil profond, et cette œuvre dit et redit que les hommes sont mortels. Cette réitération est intéressante car elle rappelle tellement Bach lui-même, qui respirait calmement et avait la tranquillité d’esprit.Lire la suite

Transcender l’espace et le temps

Article de Régis Soavi sur le thème de la notion de Ma Aï publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°16)  avril 2017

regis soavi aikido ma ai
Dans le ma-aï, le temps, le moment juste est déterminant.

Tous les aïkidoka ont déjà entendu parler de Ma aï car c’est une des bases de notre pratique. Mais en parler et la vivre sont malheureusement des choses très différentes. Comme elle est connue dans tous les arts martiaux, il est facile d’en trouver quantités de références.
On peut concevoir intellectuellement cette notion, on peut écrire sur elle et développer tout un discours, mais « Rien ne vaut le vécu » comme nous le répétait si souvent mon maître Tsuda Itsuo.
Je vais donc essayer d’expliquer l’inexplicable à travers des exemples ou des situations concrètes.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #4

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (IV) publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Montage

Quand Kung Wen Hsien vit le Général Commandant de l’Armée, il dit tout surpris, « Je me demandais qui c’était, et c’est vous. Ce pied unique – est-ce l’œuvre de l’homme ou celle du Ciel? »

Le Général répondit, « C’est l’œuvre du Ciel, et non celle de l’homme. Fondamentalement, la forme d’un homme est déterminée. Ce qui prouve bien qu’avoir un seul pied, cela aussi, est l’œuvre du ciel, et non celle de l’homme. »

Voici le passage qui suit les paroles du Général : « Un faisan qui vit dans un marais fait dix pas pour picorer une bouchée et cent pas pour boire une gorgée d’eau, mais il ne veut pas qu’on l’enferme dans une cage. Un oiseau a beau être plein de vitalité, en cage il ne peut pas jouir de sa vie. »Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #3

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (III) publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Chuang Tzu Lu Chih (1496–1576) dinastie Ming.

Vivre est une affaire plus importante que de penser. Être vivant n’est pas un moyen, mais une fin. On devrait donc poursuivre sa vie naturellement avec le seul but de préserver la vie: une inspiration, une expiration, lever la main, faire un mouvement de la jambe – tout cela devrait aller dans le sens de cultiver la vie. Par conséquent, le simple fait de demeurer en bonne santé est une chose très précieuse. Zensei, c’est à dire, « une vie accomplie », n’est rien d’autre que le chemin que suivent les hommes, et c’est la voie de la nature. Accomplir la vie qui nous est donnée dans la paix de l’esprit ne vise pas à une satisfaction spirituelle, c’est plutôt ce qui aurait déjà du être entrepris avant toute autre chose. Il nous faut vivre pleinement la vie humaine, qui est la santé. Vivre toujours avec entrain et bonheur – c’est ce qui a toujours eu une vraie valeur pour les êtres humains.Lire la suite

Le ki, une dimension à part entière

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

« Le ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.

Régis Soavi
Régis Soavi

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Souscription livre calligraphies

couverture

SOUSCRIPTION pour la publication de :

Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps

Une plongée au cœur de l’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda

Tirage limité, version « de luxe » réservées aux souscripteurs. En prévente jusqu’au 31 mai 2017.

Livre disponible en novembre 2017 à Paris au Dojo Tenshin (lors du vernissage ou sur RDV) ou bien expédié à vos frais. Version italienne disponible en mai 2018

Le prix de prévente de 75 € correspond aux frais de production. Aucun bénéfice ne sera fait sur ces ventes. Pour commander : pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda, adressez vous directement à votre dojo sinon rendez-vous sur cette page

Présentation générale

Monographie consacrée à l´œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda (1914-1984). Édition « de luxe », réservée aux souscripteurs, volume relié au fil, couverture toile avec marquage à chaud, et jaquette. Format 30x24cm. Environ 380 pages dont 100 reproductions couleurs pleine page.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #2

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (II) publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Zhuangzi« En faisant ce qui est considéré comme bon, ne cherchez pas le renom ; en faisant ce qui est considéré comme mauvais, évitez l’opprobre ; adoptez comme principe de rester dans une voie médiane, et vous pourrez préserver votre corps, parfaire votre vie, pourvoir à l’entretien de votre famille, aller jusqu’au terme des années qui vous ont été allouées. »
Lus et acceptés tels qu’ils sont, ces mots expriment les principes de la santé. Je sens en eux, proche de moi, la force de l’esprit d’un homme.Lire la suite

Conférence Seitai-do

conférence seitaido

« Seitai-Do, voie du retour à l’équilibre naturel de l’individu, est une philosophie pratique qui s’inscrit dans la vie quotidienne. Régis Soavi parlera du rapport à la maladie, de la grossesse, de yuki, de l’éducation… autant d’aspects de la vie de tous les jours qui peuvent participer à la normalisation du terrain de l’individu. »

Le jeudi 16 mars à 20h, le dojo Yuki Ho vous invite à une conférence donnée par Régis Soavi. Cette conférence est ouverte à tous et abordera le thème de la santé sous l’angle du Seitai-Do.

Régis Soavirégis soavi conférence, conférencier et enseignant d’arts martiaux, a suivi les enseignements de Maître Tsuda durant dix ans. Itsuo Tsuda, japonais venu en France dans les années 70, a écrit neuf livres en français afin de faire connaître en Europe cette philosophie pratique visant à l’autonomie des individus. Depuis 1983, Régis Soavi anime régulièrement des stages et tient des conférences dans plusieurs pays d’Europe,
notamment en France, à Toulouse et à Paris.

 La conférence se tiendra dans le très bel espace du dojo Yuki Ho situé dans le quartier Marengo, à quelques pas de la médiathèque…

Ce dojo traditionnel, association indépendante et autogérée, existe depuis plus de trente ans.yukiho pour site

Noguchi sur Tchouang-Tseu #1

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-Tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (I) publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Tchouang-Tseu et une grenouille. Auteur inconnu

Le chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie » expose ce qu’est la manière de cultiver l’esprit de la vie, c’est à dire, de cultiver son être tout entier. Cependant, si – toujours en lisant les deux premiers caractères chinois de la façon habituelle – on considère que le titre signifie quelque chose comme « Les Règles pour maintenir sa santé », cela donne un résultat très intéressant. Jusqu’à présent, concernant les règles pour maintenir la santé ou les règles d’hygiène, les seules choses que l’on a prêchées c’est « Traitez la vie comme quelque chose de précieux » et « Faites attention » ; et on n’a pas pu sentir, ne serait-ce qu’un peu, dans ces prêches, l’activité vivante de la vie. C’est peut-être parce qu’il y manque une touche de Tchouang-tseu.Lire la suite

La peur

Article de Régis Soavi sur le thème du tanto (couteau) en aïkido, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°14)  octobre 2016.

Tout a commencé un après-midi ordinaire dans ma cité du Blanc-Mesnil dans le 93.
Une altercation comme il y en avait souvent, mais ce jour là, je me suis retrouvé sous un garçon qui, me tapant la tête contre le trottoir me disait « Je vais te tuer, je vais te tuer ». Je ne sais même plus comment cela a fini. Mais la semaine suivante j’étais inscrit au cour de Judo Jiu-jitsu Self-défense de la ville voisine du Bourget.
J’avais douze ans et dans ma tête il y avait ce leitmotiv : « Plus jamais ça, plus jamais ça ».

Deux ans plus tard lors de la fête de fin d’année du collège, la section de Judo devait faire une démonstration. Tout s’était très bien passé, quand tout à coup, surgit des premiers rangs un adolescent portant un blouson de cuir noir qui invective notre groupe : « C’est bidon votre truc, vous êtes des nuls… » Avant que quiconque ne réagisse, il saute sur l’estrade, sort un couteau à cran d’arrêt et dans un magnifique tsuki tente de me « planter » : j’esquive et exécute une technique (je crois que c’était une sorte de o soto gary). Émotion de l’assistance, cris ! Puis salut entre mon agresseur et moi. Conséquence : sermon du directeur de l’établissement qui nous fit jurer, à mon ami Jean Michel (l’agresseur) et à moi, de ne jamais recommencer ce genre de chose, car il avait faillit avoir une crise cardiaque.
En plus des cours de Karaté pour lui et de Judo pour moi, nous nous entraînions le plus souvent possible et pendant des heures dans mon « Dojo personnel ».
Depuis que nous avions emménagé dans un pavillon à l’entrée d’une petite cité où ma mère avait trouvé un emploi de concierge, j’avais aménagé le sous-sol en Dojo, avec en guise de tatami des palettes recouvertes de mousse récupérée, et c’était là que nous avions préparé notre coup d’éclat, lui le karatéka et moi le judoka.
À l’époque, je parle du début des années soixante, nous n’avions aucune connaissance des armes telles que katana, bokken, jo ou autres. Mis à part le Fleuret, qui était un sport, et le bâton de Robin des Bois, grâce à Errol Flynn, nous ne connaissions dans le quotidien que le couteau.tanto seiza regis soavi

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Presentazione de La Via della Spoliazione

Conferenza 2

[VIDEO] La splendida Sala del Grechetto di Palazzo Sormani, a Milano, ha ospitato, Venerdì 12 Febbraio alle ore 18, la presentazione del libro La via della Spoliazione di Itsuo Tsuda, edito dalla Yume Editions.
L’evento, organizzato dalla Scuola della Respirazione in Cover_ItsuoTsuda_LaViaDellaSpoliazione_WEBcollaborazione con la Biblioteca Comunale Centrale di Milano, si è svolto davanti a un pubblico attento e numeroso. Dopo un breve video di presentazione sulla filosofia e il pensiero del Maestro Tsuda, alcuni praticanti della Scuola della Respirazione hanno letto una selezione di brani tratti da La via della Spoliazione.
In seguito, Régis Soavi, ospite della serata, rispondendo alle domande interessate del pubblico, ha rilasciato una testimonianza sull’importanza che la filosofia pratica e i libri di Itsuo Tsuda possono avere nella vita quotidiana.
L’organizzazione della serata ha coinvolto molti di noi ed è stato interessante anche lo scambio con il personale della biblioteca, che ha contribuito allo svolgersi della serata con attenzione e sensibilità.

Clicca sulle foto per ingrandirle

 

L’Aïkijo existe-t-il ?

Article de Régis Soavi sur le thème du bâton (Aïkijo)  de l’aïkido, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°13)  juillet 2016.

Bien sûr le Jo, le bâton, a toujours été utilisé dans l’Aïkido. Mais fait-il réellement partie de notre Art ? Son enseignement a toujours été particulier et même souvent séparé des cours réguliers. Beaucoup d’entre nous ont été chercher à travers d’autres écoles de Jiu-jitsu pour retrouver des formes, des kata, des « bottes secrètes ». Certains se sont intéressés au Kobudo. Pourtant l’art du Jo dans l’Aïkido à ses spécificités, ses règles.
Pour ce qui me concerne, ce qui m’a toujours fasciné, c’est plus l’extrême précision que l’on peut acquérir si l’on s’attache à un certain type d’entraînement. Au lieu de commencer par travailler la puissance je trouve qu’il vaut mieux favoriser le mouvement, les déplacements, et surtout la précision.
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Ame no Ukihashi Ken, le sabre qui relie le ciel et la terre

Article de Régis Soavi sur le thème du sabre de l’aïkido, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°12)  avril 2016.

pousse_bokken_tsudaDans la pratique de l’Aïkido j’ai toujours aimé le ken. Le sabre, comme le Kyudo tel qu’en parle Herrigel dans son livre sur l’art du tir à l’arc, est une extension du corps humain, une voie pour la réalisation de l’être. Dans notre École le premier acte au tout début de la séance est un salut avec le bokken devant la calligraphie. Chaque matin, après avoir revêtu mon kimono et pris quelques minutes de méditation à l’angle du dojo, je commence la pratique respiratoire par ce salut vers la calligraphie. C’est pour moi indispensable de m’harmoniser avec ce qui m’entoure, avec l’univers.
Le simple fait de respirer profondément en levant le bokken devant le tokonoma, avec une calligraphie, un ikebana, change la nature de la séance.Lire la suite

#4 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement

Fin de #1, 2 et 3 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

La philosophie du Kata.

C’est la façon dont nous considérons notre propre corps qui détermine à quelles sensations, parmi celles que nous vivons, nous choisissons d’attacher de la valeur. C’est au cours de nos tentatives pour parvenir à ce que nous recherchons, que nous établissons notre façon de nous servir de notre corps et de bouger. Pour résumer, chacun des mouvements que fait un être humain est le reflet de l’idée qu’il a de son propre corps. Cela ne se limite pas au mouvement physique visible. Par exemple, s’il est vrai que notre respiration a une capacité limitée par la structure de nos organes respiratoires, ce qu’on entend exactement par une “inspiration profonde”, dépend de la façon dont chaque individu considère son corps. De même, bien que le fait de manger soit nécessairement conditionné par la structure du système digestif humain, c’est notre propre façon de voir notre corps qui nous dicte précisément quelle sensation nous considérons comme “satisfaisante”, et quand nous sentons que nous avons assez mangé.  Également, notre équilibre est affecté par la force de gravité qui s’exerce sur la structure de notre corps, mais la sensation corporelle précise que nous choisissons de qualifier de “stable” dépend de l’idée que chaque personne se fait du corps.
Par conséquent, si un groupe de gens a une façon particulière de bouger ou de se servir de son corps, on peut en déduire qu’ils ont en commun une même façon de considérer le corps. La façon qu’ont les Japonais de s’asseoir en posture correcte, appelée seiza, n’amène peut-être rien d’autre qu’une sensation de contrainte à la plupart des Occidentaux. Pour les Japonais, par contre, la position assise traditionnelle en seiza apportait une sensation de paix de l’esprit. Cette façon de s’asseoir avec les genoux repliés produit une sensation d’immobilité complète. Elle arrête toute intention de l’esprit qui conduirait à un mouvement, et de fait il est très difficile d’exécuter des mouvements soudains en partant de cette position. L’assise en seiza oblige la personne à se mettre dans un état de réceptivité complète, et c’est dans cette position que les Japonais écrivaient, jouaient de la musique et mangeaient. Lire la suite

#3 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement

suite de #1 et 2 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

L’idée du corps dans l’ascétisme

Hiroshige,_The_moon_over_a_waterfall_512Avec l’arrivée du Bouddhisme il y a mille cinq cents ans, prit fin l’ère des rois, symbolisée par les grands tombeaux, et le Japon entra dans un âge nouveau, où la religion était en position dominante. Comme lors de la Restauration Meiji, le genre de vie des Japonais se trouva radicalement transformé. Cependant, curieusement, et contrairement à ce qui eut lieu lors de la Restauration Meiji, les changements amenés par l’arrivée du Bouddhisme ont, semble-t-il, rendu en réalité plus claire la nature spécifique de la culture japonaise.
Fait heureux pour le Japon, le Bouddhisme ne lui fut pas transmis directement de l’Inde, mais il arriva après avoir transité par la Chine. Au cours de ses pérégrinations en Chine, le Bouddhisme se trouva inévitablement mêlé au courant de pensée qui conduira plus tard au Taoisme indigène chinois, et notamment à diverses pratiques mystiques telles que le Fangshu, ainsi qu’aux philosophies de Lao-Tseu et Tchouang-Tseu. Ces pratiques, qui plus tard devinrent partie intégrante du Taoisme, comprenaient toutes des aspects ascétiques visant à obtenir la longévité. Par conséquent le Bouddhisme qui arriva au Japon avait déjà trempé dans le monde chinois, et se caractérisait ainsi par un fort accent mis sur les pratiques ascétiques de type taoiste [Sekiguchi, (1967)].Lire la suite

#2 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement

suite de #1 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

Sentir la vie au sein de toute chose.

HiroshigeParmi les mesures d’occidentalisation qui ont conduit à la dissolution de la culture japonaise traditionnelle figure le changement du calendrier qui date de 1873. Le gouvernement Meiji prit la décision d’abolir le calendrier mixte lunaire-solaire qui était en usage depuis mille deux cents ans et de le remplacer par le calendrier Grégorien, solaire. L’utilisation du calendrier prit effet seulement trente trois jours après la promulgation du décret, ce qui plongea la population dans une grande confusion. Mais le plus important, ce fut l’énorme impact qu’eut cette réforme sur la sensation profonde qu’avait le peuple japonais du rythme des saisons et des cycles de la vie. L’ancien calendrier était désigné couramment comme “le calendrier du fermier” à cause de ses liens étroits avec le rythme des activités agricoles [Fujii, (1997)]. Il n’était pas calculé uniquement d’après des données astronomiques, mais basé sur une compréhension profonde du cycle de la vie des plantes et des animaux de la campagne, avec des connections supplémentaires faites d’après l’observation des planètes. On peut dire que le passage de l’ancien calendrier au nouveau a été au fond un changement dans le mode de découpage du temps, le passage d’un temps rythmé par le cycle de la vie à un temps objectif basé sur la science astronomique occidentale.Lire la suite

Mostra di calligrafie a Roma

P1060390Martedì 31 maggio nel primo pomeriggio abbiamo montato la mostra delle calligrafie del Maestro Tsuda nella biblioteca Rispoli che si trova a due passi dalla centralissima piazza Venezia a Roma !  Per la mostra la direttrice della biblioteca era un po’ preoccupata non sapeva cosa aspettarsi. Bisogna mantenere un certo livello…
Quando le calligrafie hanno preso il loro posto, è rimasta stupita, ha detto : “Che finezza, che eleganza” . E io aggiungerei che respiro! E’ bello vedere le calligrafie del Maestro Tsuda che creano un ambiente in un posto così e dove è così improbabile entrare.Lire la suite

#1 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement

Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais. par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

En quatre parties : 1 La mise en scène de la mort dans la société moderne. 2 Sentir la vie au sein de toute chose. 3 L’idée du corps dans l’ascétisme. 4 La philosophie du Kata

Au cœur de toute culture se trouve une certaine idée du corps,  et cette idée est déterminante dans le choix fait par chaque culture d’accorder de la valeur à certaines expériences de la perception plutôt qu’à d’autres. Les tentatives pour mener à bien ces expériences conduisent à l’établissement de certains principes relatifs à la façon de bouger le corps et de s’en servir ; ces principes déterminent les modèles reconnus pour la maîtrise des compétences essentielles, modèles qui vont à leur tour diffuser dans tous les domaines de l’art, créant une base très riche sur laquelle la culture peut s’épanouir. La culture du Japon traditionnel, qui s’est désintégrée sous l’effet de la Restauration Meiji, possédait bien une structure de ce type. L’idée que l’on se faisait du corps, les sensations partagées et les principes selon lesquels on bougeait, toutes ces choses qui appartenaient au Japon traditionnel étaient radicalement différentes de ce qui est arrivé de l’Occident et qui n’a cessé d’être propagé de manière aveugle par le gouvernement japonais depuis la Restauration Meiji.
Cet article montre la faiblesse des points d’ancrage du Japon moderne dont la culture est bâtie sur la destruction de ses propres traditions, et explore la possibilité pour lui de donner naissance à une culture nouvelle en portant le regard sur la structure de sa tradition culturelle perdue.Lire la suite

Sortir du dualisme

Article de Régis Soavi sur le thème de Omote/Ura, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°11)  janvier 2016.

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_TSUDA_WEBAborder le thème omote – ura en Aïkido m’évoque immédiatement Yang – Yin (yo – in en japonais).
Cependant en Occident la tendance générale est de le percevoir de façon manichéenne et même, on oppose l’un à l’autre, on divise le lumineux et l’obscur, on catégorise, on dit positif ou négatif, avec en plus toutes les références que cela nous rappelle, scolaires ou même sexistes. C’est très facile, nous avons des habitudes, nous n’y pensons même pas.
On représente le Tao à plat bien dessiné, ou mieux sous forme de boule où le yin et le yang s’interpénètrent, mais en réalité chacun reste à sa place : toi, moi, lui, l’autre.
On disserte philosophiquement sur l’un ou l’autre, on oublie les grands penseurs chinois : Lao Tseu, Tchouang Tseu, Li Tseu, ou Sun Tse, pour les plus célèbres.Lire la suite

Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement Parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

Nous y avons tenu un stand où étaient exposés livres de Me Tsuda, kakémono, ikébana, katana… Il y avait même des tatamis ! Autant d’éléments qui constituent le quotidien de notre dojo où nous pratiquons tous les matins, et que nous avons voulu porter là afin que d’autres puissent découvrir notre Ecole, l’Ecole Itsuo Tsuda.stand hanami

Et c’est ainsi que nous avons fait deux démonstrations par jour :

« Aïkido, voie de fusion de ki » par Régis Soavi Sensei

« A l’origine de l’Aïkido, les armes traditionnelles japonaises… » par le groupe d’étude du Bushuden Kiraku Ryu

Dans ce contexte particulier, au milieu des jolies pelouses, des attractions du parc et du décor installés pour l’occasion, entre culture traditionnelle et contemporaine du Japon, nous avons pu présenter notre école.

Le public était composé de promeneurs, de touristes, de budoka, de fan de manga, tous âges confondus (nous avons même rencontré Hello Kitty ! )

 [cliquez sur les photos pour les agrandir]

Une belle expérience

Malgré les nuages menaçants, voire même une averse le dimanche midi, nous avons eu la chance qu’aux moments des démonstrations, la pluie n’est pas tombée, et il y a eu quelques rayons de soleil !

Aussi, un certain silence put se faire lors de ces quatre démonstrations.

Ce fut l’occasion de communiquer cet art d’harmonisation, de fusion de Ki, cet art du non-faire, aux personnes venues pour voir ce que nous faisions ou venues par hasard, dans ce contexte qui est loin de ressembler à celui d’un dojo ; y créer une concentration, une attention, communiquer le plaisir de pratiquer l’aïkido, partager cet instant, fut une belle expérience !

Démonstrations armes anciennes