Archives de catégorie : Blog

Itsuo Tsuda at the Sorbonne

lecture sorbonne itsuo tsuda

80 years later, Itsuo Tsuda is back at the Sorbonne

A bridge between the East and the West, Reading-Meeting

Marking a profound consideration on the major developments in human thought, Itsuo Tsuda rosses East and West and places the ki in the center of his research

Itsuo Tsuda came to France in 1934 and studied at the Sorbonne with the sinologist Marcel Granet and sociologist Marcel Mauss. In 1940, back in Japan, he then became interested in the cultural aspects of his country,like the recitation of Noh, the Seitai technique and Aikido. In the 70s, he starts spreading his ideas on the ki in Europe and publishes new books in French.

Creating a bridge between East and West, he was able to develop and present the knowledge he was given by his teachers. A challenge where the human being is considered beyond time, place and tradition. The human being as such. Life in its many aspects. Itsuo Tsuda offers a way to awaken the sensitivity and to find inner freedom.

This meeting/reading, hosted by Regis Soavi, speaker and aikido teacher, direct student of Itsuo Tsuda, and by Yan Allegret, writer and actor, will be the occasion to discover this path.

Tuesday, November 4, 2014 at 19:30 at the Amphitheatre Guizot

17, rue de la Sorbonne Paris 75005

Free admission by reservation request via cultural services: agenda-culturel@paris-sorbonne.fr.

Sortir de l’ombre

Par Manon Soavi

J’ai découvert tardivement que j’étais « une fille ». Bien sûr je le savais, mais cela n’avait aucune importance, aucune incidence sur ma vie, sur mes relations et sur ma pratique de l’Aïkido. Je n’avais pas conscience, contrairement à la plupart des mes concitoyennes, d’être « une fille » avant d’être un « individu ». Ce qui explique en partie que j’ai grandi hors de ces schémas si omniprésents, c’est que je ne suis jamais allée à l’école.

Mes parents avaient choisi une voie différente, c’était une décision révolutionnaire, il s’agissait d’une insoumission à l’école « obligatoire » comme le relate Catherine Baker dans son livre(1)…Bien entendu ce formatage des femmes ne se fait pas qu’en milieu scolaire, mais aussi avec la famille, l’entourage, les médias et la culture en général. Dans la famille c’est toujours à une petite fille qu’on dit qu’elle est « si jolie, si mignonne ». Qu’il s’agisse d’un Keikogi de judo ou d’un tutu rose on l’habille comme une petite poupée. C’est tellement présent que, comme le nez au milieu de la figure, nous ne le voyons plus comme un problème. Quel mal y a-t-il à complimenter une petite fille, un bébé, sur ses habits, ses boucles ou son sourire ? Et bien parce que justement l’importance actuelle de la beauté et des apparences s’apprend dans la plus tendre enfance, et que cela va s’imprimer au fer rouge. C’est avec toutes ces remarques, ces jouets roses et ces sourires, qu’on apprend aux femmes futures leur rôle traditionnel : plaire, et prendre du plaisir à plaire. L’auteure Mona Chollet le décrit ainsi : « Les conséquences de cette aliénation [pour les femmes] sont loin de se limiter à une perte de temps, d’argent et d’énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour et l’attention des autres traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une auto-dévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. »(2)

Pour ma part, ayant échappé à cette situation dans ma petite enfance, je ne l’ai découverte qu’à l’adolescence, en prenant conscience avec effarement qu’on me voyait et me parlait avant tout comme à « une fille » ! Évidement cela a été insupportable et je me suis révoltée, comme bien d’autres femmes, contre ce traitement. Mais malheureusement personne n’échappe totalement à une culture, à une société, j’en fais partie et cela me touchait aussi. Bien entendu la situation des femmes occidentales ne peut pas se comparer avec celle d’autres pays où les femmes n’ont aucun droit. Néanmoins est-ce une raison pour ne pas évoluer encore ? Car si les femmes souffrent de cette situation, qu’elles-mêmes font perdurer en éduquant inlassablement leurs filles et fils à reproduire les mêmes schémas, c’est l’humanité dans son ensemble qui est perdante à ce déséquilibre. Si les hommes peuvent être perçus comme des « oppresseurs » je pense que ce sont les femmes qui ont les clefs pour sortir notre société de cette impasse. Cette phrase de Kobayashi Senseï(3) « La liberté s’exprime en bougeant là où c’est possible. » me soutient dans la pensée que c’est aux femmes d’exercer leur liberté. C’est à nous de ne pas reproduire éternellement cette histoire. Et c’est là, là précisément que, pour moi, le sujet rejoint celui de l’Aïkido.

Aïkido, une troisième voie

L’Aïkido peut être une réponse à cette impasse du « combattre ou se soumettre » que rencontrent les femmes. Car l’Aïkido est un art martial où il ne s’agit pas de combat. Peut-on oser le terme de Non-Art Martial ? Nombreux sont les maîtres et les grands experts qui le répètent (encore récemment Steve Magson, élève de Chiba Kazuo Senseï dans Aïkido Journal) : il est ridicule de poser la question de « l’efficacité » de l’aïkido en « combat réel ». Ça ne veut rien dire (ce qui ne veut pas dire qu’il faille faire n’importe quoi, bien sûr). Mais si un expert d’un haut niveau martial peut écrire cela sans qu’on mette en doute la valeur de ce qu’il fait en Aïkido, une femme qui dit la même chose sera immédiatement soupçonnée de ne pas être au niveau, de ne pas être assez capable. Pourtant le sujet concerne bien les femmes, car nous sommes confrontées de façon très aiguë à la question du combat en tant que situation dualiste. Même s’il s’agit non pas de se battre avec ses poings mais d’un combat social et culturel. De plus nous sommes dès notre naissance des potentielles victimes de violence. Peut-être y échapperons-nous, mais ce sera alors l’exception. Toutes les femmes vivent en se sachant victime un jour ou l’autre. Et quand nous voulons nous exprimer, exercer un métier, nous sommes encore obligées de prouver notre valeur, notre droit à être là où nous sommes, tout au long de notre vie. Et justement l’Aïkido sort complètement du cadre ! Il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu. L’Aïkido c’est comme une autre dimension où nos valeurs n’ont plus cours. S’il est pratiqué d’une certaine façon cela peut être un outil pour pratiquer, d’être humain à être humain, sans distinction. Régis Soavi Senseï dit de l’Aïkido que « c’est une école de vie, une école qui éveille la vie de ceux qui le pratiquent. Loin d’être une corde de plus à notre arc, il est là pour remettre en cause les fausses idées et les subterfuges que nous propose notre société. »(4). Il me semble aussi que Cognard Senseï va dans le même sens quand il parle d’un rituel Aïki qui pourrait nous changer au point de dépasser l’histoire qui légitime la violence depuis des siècles. Il est dommage que les femmes ne s’emparent pas plus de cet outil, de cet art, pour sortir de leur soumission, sans singer les hommes de pouvoir, mais en prenant une troisième voie. Là où personne ne les attend.

Cette direction m’accompagne depuis mon enfance, évidemment en marchant hors du système scolaire mais aussi en pratiquant l’Aïkido depuis mes six ans. Je ne dis pas que j’arrive toujours à trouver le chemin, mais j’y travaille. Remettre quotidiennement sur le tapis l’entraînement à prendre une autre voie, à sortir des situations autrement. Je pratique donc avec comme maître mon propre père. C’est à la fois une chance et à la fois ce n’est pas facile. Je l’ai toujours vu devant moi, sur ce chemin. Cela fait longtemps qu’il marche, avant ma naissance déjà, j’ai parfois eu l’impression qu’il était un horizon indépassable en Aïkido. Avec bienveillance, mais avec une fermeté incroyable, il m’a guidée, m’a tenu la main, ne laissant rien passer mais laissant le temps travailler. Aujourd’hui je marche à coté de lui, j’enseigne moi aussi l’Aïkido…. et je mesure mieux ma chance. J’aimerais inciter d’autres femmes (sans exclure les hommes bien entendu) à pratiquer cet art dans l’état d’esprit que je connais, celui de l’École Itsuo Tsuda. Et à le pratiquer assez longtemps, car il faut du temps, on ne peut pas changer une culture en quelques années. On peut acquérir quelques techniques, un peu de confiance en soi peut-être. Mais pour vraiment s’orienter différemment il en faudra plus. Le premier pas est la pratique quotidienne, du moins régulière, qui nous ramène à nous-mêmes. Écrivant sur un sujet apparemment tout autre (la calligraphie), le sinologue J.-F. Billeter nous livre un témoignage d’une admirable clarté dont les propos s’éprouvent de la même manière avec la pratique de l’Aïkido :

« Dans le monde actuel, l’exercice nous ramène aussi à nous-mêmes en nous rendant le goût du geste gratuit. Dictée par des machines, notre activité quotidienne se réduit de plus en plus à des mouvements programmés, domestiqués, accomplis dans l’indifférence, sans participation de l’imagination, ni de la sensibilité. La pratique remédie à cette atrophie du geste en réveillant nos faculté engourdies. Elle nous rend le goût du jeu, elle rappelle à la vie des aptitudes qui, pour n’être pas immédiatement « utiles », n’en sont pas moins essentielles. Parce qu’il est le plus évolué des animaux, l’homme a besoin de plus de jeu que toute autre espèce pour assurer son équilibre. L’exercice modifie aussi notre perception du temps. Dans la vie de tous les jours, nous sommes sans cesse en train de remonter dans le passé et de nous projeter dans l’avenir, de sauter de l’un à l’autre sans pouvoir nous arrêter au moment présent. À cause de cela, nous sommes hantés par le sentiment que le temps nous échappe. En nous faisant coïncider avec nous-mêmes, l’exercice suspend au contraire la fuite du temps. Lorsque nous manions le pinceau, le moment présent semble se détacher de la chaîne qui le liait au passé et à l’avenir. Il absorbe en lui toute la durée. Il s’amplifie et se mue en un vaste espace de tranquillité. Il n’est plus soumis à l’écoulement du temps, mais entre en résonance avec les moments de même nature dont nous avons fait l’expérience hier, avant-hier et les jours précédents. Ces moments se mettent en enfilade, ils créent une autre continuité, une sorte de majestueuse avenue qui traverse le temps désordonné de nos occupations quotidiennes. Notre vie tend à se réorganiser autour de ce nouvel axe et l’incohérence de nos activités extérieures cesse de nous gêner. L’exercice quotidien remplit la fonction d’un rite. »(5)Manon Soavi Jo stage été femmes aikido

Retrouver la sensation

Mais pourquoi en sommes-nous là ? D’après Tsuda Senseï c’est la tendance du monde d’aujourd’hui qui tend à privilégier l’hypertrophie cérébrale et le volontarisme au mépris du vivant, il en disait : « Je ne refuse pas de comprendre le caractère essentiel de la civilisation occidentale : c’est un défi du cerveau humain à l’ordre du monde, un effort de volonté pour reculer les limites du possible. Qu’il s’agisse du développement industriel, de la médecine ou des Jeux olympiques, ce caractère prédomine. C’est une agression contre la nature. Homme superbe, il agit, pourtant sans le savoir, contre nature. La vie pâtit, en dépit de nos savoir et avoir accrus. »
C’est bien là aussi le problème. Nous nous coupons de nos sensations, de la sensation du vivant en nous. Et c’est aussi parce que les femmes ne sentent plus leurs besoins, leurs natures profondes, qu’elles se laissent embarquer dans des situations qui ne leur conviennent pas. Trop occupées à acquérir et à combattre, leur instinct qui devrait veiller à leur vie ne réagit plus. Il s’est atrophié. Même avec leurs bébés les femmes d’aujourd’hui peinent à sentir, à savoir quoi faire et font appel à la science et aux livres pour leurs dicter comment faire. Écouter son bébé et écouter son intuition, c’est dépassé, c’est archaïque ! Et puis après des siècles où être mère était le seul horizon des femmes respectables, aujourd’hui nous avons réussi le coup de force d’inverser l’injonction. Maintenant si on est « seulement » mère au foyer c’est minable ! Quel progrès !

Là aussi l’Aïkido nous remet en présence de nos sensations. On ne peut pas calculer un mouvement intellectuellement. Quand une attaque arrive il faut bouger, il est trop tard pour penser. Il faut sentir son partenaire pour pouvoir bouger de façon juste, adéquate. Bien souvent nous sommes (homme ou femme) comme la fameuse tasse trop pleine dont parle le Zen, qui déborde si on rajoute du thé. Nous sommes trop agités et trop plein de nous-mêmes pour percevoir l’autre. Ne parlons même pas de le comprendre ! C’est aussi le sens de Non-faire dont parlait Tsuda Senseï. Il faut du vide, il faut commencer par écouter. Les femmes les premières devraient commencer par s’écouter elle-mêmes. Écouter leur corps en Aïkido tous les jours est une réécriture de leur vécu. Réapprendre à se faire confiance, retrouver la confiance dans ce que leur dit leur corps. Hino Senseï fait le même constat, il parle d’humain devenu « insensible et incapable »(6). Il déplore le manque flagrant de perception de ce qui se passe chez l’autre. Qu’on lui saisisse le poignet ou qu’on discute avec lui, la sensation est coupée. L’intuition ne fonctionne plus. On se contente d’un « Salut, ça va ? – Oui, et toi ? », quelle superficialité ! Si on est sensible il suffit parfois d’un regard, d’une respiration pour sentir l’autre, savoir s’il est content ou triste, s’il est mal réveillé ou en pleine forme. Mais à force de rapports stéréotypés nous perdons de vue les vrais rapports humains. La encore des maîtres nous ont laissé des « poteaux indicateurs » pour renouer avec nous-mêmes. Tsuda Senseï parlait de l’intuition et de la véracité des rapports avec son enfant. Car si dans la recherche de sensations et d’expériences intenses certains pratiquants d’arts martiaux fantasment sur les Uchideshi des maîtres du passé, sur les expériences que l’on peut vivre sous une cascade glacée, sur la disponibilité totale pour le maître etc. il est une expérience extrême que peut traverser une femme, expérience de vie assez similaire à ce que raconte Noro Senseï qui fut Otomo auprès de Ueshiba Moriheï. Je peux en témoigner, cela ressemble tout à fait à ça : « S’il dort, il faut veiller sur son sommeil. S’il se réveille dans la nuit, il faut être prêt à répondre à ses besoins. S’il s’ennuie, vous devez le distraire. S’il tombe malade, il faut prendre soin de lui. Il est nécessaire de préparer son bain, ses repas et de tout débarrasser dès qu’il change d’activité. […] Il est question évidemment de s’adapter et même de devenir capable d’anticiper les désirs très précis afin de pouvoir demeurer nuit et jour, éveillé ou non, en harmonie totale. »(7) En harmonie totale avec qui ? Avec son nouveau-né bien sûr s’il s’agit d’une mère ou d’un père ! Mais pourquoi faire le choix d’un tel traitement ? Alors qu’il existe tellement de solutions pour nous soulager de la charge d’avoir un enfant. Cela ressemble à de l’esclavage ! Pourtant, pour ceux qui vivent cette expérience d’une communication sans parole, unique, avec un être humain, c’est un enseignement inestimable. C’est probablement la réalisation de cette état de fusion avec l’autre qui permettait la transmission véritable d’un maître, la transmission de l’esprit d’un art. Cette intensité de vie est recherchées par les pratiquants d’art martiaux ! Malheureusement quand c’est une femme qui le vit avec son bébé cela est relayé au rang de tâche domestique, faisable par n’importe quelle nounou mal payée. Tsuda Senseï parlait de l’enfance comme du seul domaine où l’on pouvaient encore faire une expérience aussi impossible. Il disait même que « savoir s’occuper du bébé [était] le summum des arts martiaux » ! Là encore, si les femmes en prenaient conscience, réaliseraient elles le potentiel de puissance cachée qu’elles ont ?. Cesserions-nous alors de chercher à égaler les hommes comme seule voie de réalisation ?Manon Soavi Iai - femmes aikido

Vivre dans ce monde, tout en étant dans un autre

Si le rôle de notre pratique est l’évolution humaine, je crois que le Dojo en est l’écrin. Un Dojo peut être un microcosme où l’on abandonne nos conventions sociales, même temporairement. Tsuda Senseï à travers ses livres et ses calligraphies nous incite à remettre en cause l’ordre établi, à creuser au-delà de l’organisation sociale. Si nous pratiquons dans une certaine direction, nous pouvons oublier avec qui nous pratiquons. Si, et seulement si, on laisse à la porte nos réflexes sociaux. C’est évidement très difficile au début de ne pas apporter tout son bagage. C’est tout autant difficile pour les hommes que pour les femmes d’oublier qui ils sont devenus dans ce monde pour se concentrer sur ce qu’ils sont à l’intérieur. Avant toutes les distinctions de sexe, de couleur, d’âge, de fortune, de culture etc. Chercher en nous cette humanité commune nous demande de passer par un acte volontaire de sortir des codes. Le Dojo, l’ambiance de sérénité et de concentration qui y règne (qui ne peut se retrouver dans un gymnase), le sentiment d’un dojo intangible, tout cela nous met dans un certain état. Le déroulé de la séance avec cette première partie de mouvements individuels qui ramène la respiration au centre, puis le travail avec un partenaire, l’harmonisation des respirations, l’attention à la sensation. Un ensemble qui permet que le dojo soit un peu « hors » du monde, qui nous incite à lâcher pour passer dans un autre état durant la pratique. Ivan Illich parle de cet état de conscience en disant : « Je ne veux rien entre toi et moi. [J’ai] peur des choses qui pourraient m’empêcher d’être en contact avec toi. »(8) Dans un dojo, on balaie ces choses, les conventions, les peurs, qui se mettent entre nous et l’autre. Il ne s’agit pas d’abandonner notre culture, non, simplement d’abandonner les manifestations de l’être social afin de nous retrouver les uns et les autres pour cheminer ensemble.

Pour cela, nous avons besoin que les femmes se réveillent et sortent de l’ombre.

Vous souhaitez recevoir les prochains articles ? Abonnez vous à la newsletter :

Un article de Manon Soavi publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°22) en octobre 2018

Notes :
1) C.Baker Les cahiers au feu Éd.Barrault, 1988
2) M.Chollet Beauté fatale, Les nouveaux visages d’une aliénation féminine Éd. La Découverte, p.8
3) A.Cognard Rituel et Symbole Dragon Magazine Spécial Aïkido n°19, janv. 2018, p. 22
4) R.Soavi Mémoire d’un Aïkidoka Dragon Magazine Spécial Aïkido n°19, janv. 2018, p. 60
5) J.F.Billeter Essai sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements Éd.Allia, 2010, p. 164
6) H.Akira Don’t think, listen to the body! 2017, p. 226
7) P.Fissier Chroniques de Noro Masamichi Dragon Magazine Spécial Aïkido n°12 p.77
8) I.Illich Mythologie occidentale et critique du « capitalisme des biens non tangibles » Entretien avec Jean-Marie Domenach dans la série « Un certain regard » – 19/03/1972.

Yuki – Entretiens avec Régis Soavi #3

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette troisième vidéo, c’est la notion Yuki qui est abordée

Subtitles available in French, English, Italian and Spanish. To activate the subtitles, click on this icon. Then click on the icon to select the subtitle language.

Vous souhaitez recevoir les prochains articles ? Abonnez vous à la newsletter :

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Extraits de la vidéo sur Yuki

« Il y a le Yuki naturel. Le Yuki que les mamans font naturellement sur leur ventre. Il y a le Yuki naturel, très simple, quand on a un ami, une amie qui a une peine, on pose la main sur le dos, et ça c’est le Yuki naturel. Parfois on rajoute quelques mots.
Il y a le Yuki naturel, quand on a mal à la tête, on met la main. Si on a très mal à la tête, on met deux mains. Mais tout le monde ne met pas les mains là, justement. Il y a des gens qui mettent les mains comme ceci, il y en a qui les mettent comme ça, et ça c’est le Yuki naturel. C’est justement pour ça qu’on ne peut pas enseigner le Yuki, on ne peut pas dire « Si vous avez mal à la tête, mettez vos mains comme ça et faites Yuki, faites circuler le ki – Ah oui mais moi ça ne me convient pas. – Ah mais si, si, c’est la technique. – Moi quand j’ai mal à la tête je fais comme ça – Et moi je fais comme ça – Et moi je fais comme ça, voilà, là ça fait du bien »

Et puis il y a l’exercice de Yuki.
Alors l’exercice de Yuki, c’est un moment spécifique. On le fait à l’occasion des séances de Katsugen Undo. A un moment donné pendant cette séance il y a Yuki. Alors on se salue d’abord. Le salut entre deux personnes c’est la coordination de la respiration. Ensuite, un des deux se met le côté gauche tourné vers l’autre. Une main derrière, voyez, à hauteur des yeux, et une main devant. Alors la personne s’allonge, on met les mains sur son dos et on fait circuler le ki. Dans ce cas-là, c’est l’exercice pour retrouver Yuki. Pendant les séances de mouvement, ça dure 5 minutes, jusqu’à peut-être 8 minutes. On le fait tous ensemble. C’est à la fois un exercice qui permet de se sensibiliser soi-même, de sensibiliser l’autre. Ce n’est pas un apprentissage, c’est une découverte. On découvre et on approfondit.

Yuki c’est faire circuler le ki. Mais le ki n’a pas de forme. Eh ben là il prend une forme. Le ki n’a pas de forme, le ki c’est ambiance… c’est très vague la notion de ki. Mais là, parce qu’il y a un acte, il a une forme. Des gens veulent l’associer avec une énergie, on parle d’énergie vitale. Ça me plaît pas trop. Je n’aime pas trop ce terme. « Energie » on pense tout de suite à l’électricité, etc. Ou alors une énergie psychique qui jaillirait, etc. Et là il ne s’agit pas de ça.

Le Yuki c’est une expérience. C’est d’abord une expérience.

La première fois que j’ai rencontré Yuki, c’est parce que – je m’en souviens on était au bistro avec mon maître Itsuo Tsuda. C’était dans le début des années 70 et à l’occasion d’une discussion il a simplement posé sa main sur mon dos en disant « Yuki c’est ça ». Ça a tout changé. »

 

 

 

Is Aikido a martial art?

by Régis Soavi

This seems to be a recurring question in the dojos and one which divides practitioners, teachers, as well as commentators in more or less all schools. Since no definitive answer can be given, one turns to the story of martial arts, to social requirements, to the history of the origin of human beings, to the cognitive sciences, etc. entrusting them to provide an answer which, even if it does not solve the problem, will at least have the merit of justifying what is claimed.

Aikijutsu has become a dō

From the moment it has dropped the suffix jutsu to become a dō, Aikijutsu has acknowledged itself as an art of peace, a way of harmony on the same basis as Shodō (the way of calligraphy) or also Kadō (the way of flowers). By adopting the word that means the path, the way, has it become for this an easier path? Or in the contrary does it compel us to ask ourselves questions, to look again at our own course, to make an effort of introspection? Does an art of peace necessarily have a compliant side, is it a weak art, an art of acceptance, in which cheaters may gain a reputation at little expense?
It is certainly an art that has managed to adapt to the new realities of our time. But do we have to foster the illusion of an easy self-defence, within everyone’s reach, suiting any budget, with no need to get involved in the least bit? Can you really believe or make people believe that with one or two hours of practice a week, furthermore excluding holidays (clubs are often closed), one can become a great warrior or acquire wisdom and be able to solve any problem thanks to one’s calm, peace of mind or charisma?
Does the solution then lie in strength, muscular work and the violent arts? If a direction exists at all, it can be found in my opinion, and despite what I have just said, in Aikido.

A School without grades

Itsuo Tsuda never gave grades to any of his students and, when somebody had a question about that, he used to answer: “There is no such thing as a black belt in mental emptiness”. One might say that these words had ended all discussion. Having served as an interpreter between O Sensei Ueshiba Morihei and André Nocquet when the latter had come to Japan as a learner, Itsuo Tsuda later acted as an intermediary when French or American foreigners showed up at the Hombu Dojo to start learning Aikido. This allowed him, since he translated the students’ questions and the master’s answers, to have access to what was underlying the practice, to what made it something universal, to what made it an art beyond pure martiality. He talked to us about O Sensei’s posture, about his amazing spontaneity, about his deep gaze which seemed to pierce him to the very depths of his being. Itsuo Tsuda never tried to imitate his master whom considered inimitable. He was immediately interested in what inspired this incredible man capable of the greatest gentleness as well as of the greatest power. That is why, when he arrived in France, he tried to pass on to us what for him was the essential, the secret of Aikido, the concrete perception of ki. What he had discovered, and later summarized in the initial sentence of his first book: “Since the very day when I had the revelation of ‘ki’, of breath (I was over forty years old at the time), the desire to express the inexpressible, to communicate what cannot be communicated had kept growing in me.”*
For ten years he travelled Europe to make us Westerners, who very often had a Cartesian, dualistic frame of mind, discover that there is another dimension in life. That this dimension is not esoteric but exoteric as he liked to say.

A School with its own specificity

There is obviously a variety of motivatons leading people to start this practice. If I think of the people who practice in our School (the Itsuo Tsuda School), apart from a few of them, there are not many who came for the martial aspect. On the other hand, many of them didn’t see anything martial about it at first sight, even though at each session I show how the techniques could be effective if performed with precision, and dangerous if used in a violent way. The martial aspect arises from the posture, the breathing, the ability to concentrate, the truthfulness of the act of attacking. Dealing with a learner, it is essential to respect the partner’s level, and to practice known forms.
But the discovery one can make by practicing known forms goes far beyond that. It is about making something else grow, revealing what lies deep within individuals, freeing oneself from the underpinning influence exerted by the past and sometimes even by the future, on our gestures, on the whole of our movements, physical as well as mental. Indeed in our dojo everybody realizes that.
The session starts at 6:45am. The fact of coming to practice so early in the morning (O Sensei and Tsuda Sensei always started their own sessions at 6.30) has neither to do with an ascesis nor with a discipline. Some practicioners arrive around 6 every morning, to share some coffee or tea, and to enjoy this moment before the session (a pre-session so to speak), sometimes so rich thanks to the exchanges that we can have between us. It’s a moment of pleasure, of conversation about the practice, as well as about everyday life sometimes, and we share it with the others in an extremely concrete way and not in the virtual way that society tends to suggest us.
Of course all this may appear regressive or useless, but it avoids the aspect of easy entertainment and does not encourage clientelism, which doesn’t mean that it doesn’t exist, but in that way there is less of it and with time it evolves.This is because people change, they are transformed, or more precisely they find themselves again, they retrieve unused capacities that they sometimes thought they had lost or often, more simply, had forgotten.

Yin the feminine: understanding

There are so many women in our School that equality is not respected, men are outnumbered, by a narrow margin of course, but that has always been the case. I wouldn’t want to speak on behalf of women but what can one do? As far as I know they do not form a separate world, unknown to men.
As a matter of fact, for many men, maybe it is so!…Nevertheless I think all a man has do is to take into account his yin side, without being afraid of it, to find and understand what brings men and women closer and what separates them. Is it a matter of personal affinity, is it a research due to my experience during the events of May ’68 and to this blossoming of feminism which revealed itself once again in those days, or maybe more simply is it the fact that I have three daughters, who, by the way, practice Aikido all three of them: the result, whatever the reasons, is that I have always encouraged women to take their legitimate place in the dojos of our School. They take the same responsibilities as men and there is of course no disparity in level, neither in studying nor in teaching. It is really a pity to have to clarify things like that, but unfortunately they cannot be taken for granted in this world.
Despite everything, women scarcely take the floor, or I should even say take up the pen in martial arts magazines. It would be interesting to read articles written by women, or to devote space in “Dragon magazine special Aikido” to the female perspective on martial arts and on our art in particular. Do they have nothing to say or does the male world take up all the space? Or else maybe these sectarian disputes on the efficiency of Aikido bore them, for women seek and often find, so it seems to me, another dimension, or in any case something else, thanks to this art? Itsuo Tsuda Sensei gives us an idea of this “something else”, which is perhaps closer to O Sensei’s search, in this passage of his book The Path of less: “Do people see Mr Ueshiba as a man completely made of steel? I had quite the opposite impression. He was a serene man, capable of extraordinary concentration, but very permeable in other ways, inclined to outbursts of ringing laughter, with an inimitable sense of humour. I had the opportunity of touching his biceps. I was amazed. The tenderness of a newborn. The opposite of hardness in every way one could imagine.
This may seem odd, but his ideal Aikido was that of girls. Due to the nature of their physique, girls are unable to contract their shoulders as hard as boys can. Therefore their Aikido is more flowing and natural.”**

Yang the masculine: fighting

art martial

We are educated to competition from early childhood ; under the pretext of emulation, school tends to go in the same direction, all this to prepare us for the world of work. They teach us that the world is tough, that we absolutely need to gain our place in the sun, to learn to defend ourselves against other people, but are we so sure about that? Wouldn’t our desire in fact tend to guide us in a different direction? And what do we do to achieve this goal? Could Aikido be one of the instruments for this revolution in social values, habits, should it and above all should we do the necessary effort so that the roots of this evil corroding our modern societies may regenerate and become healthy again? In the past there have been examples of societies in which competition didn’t exist, or hardly existed in the way it does today, societies in which sexism was absent too, even though you can’t present them as ideal societies. Reading the writings on matriarchy in the Trobriand islands by the great anthropologist Bronislaw Malinowsky, discovering his analysis, may help find new leads, and perhaps even remedies to these problems of civilization which have so often been denounced.

Tao, the union: a path for the fulfillment of the human being

The path, in essence, not that I am an idealist, justifies itself and takes all its value by the fact that it normalizes the terrain of individuals. For those who follow it, it adjusts their tensions, restores balance, and it is appeasing for it allows a different relationship to life. Isn’t that what so many “civilized” people are desperately seeking and what in the end is to be found deep inside the human being?
The path is not a religion, furthermore it is what separates it from religion that makes it a space of freedom, within the dominant ideologies. According to me the way of thinking that seems closest to this is agnosticism, a philosophical current which is little known, or rather known in a superficial way, but which allows to integrate all the different schools. In Aikido there is quite a number of rituals that are kept up even though their real origin (the source O Sensei drew from) is not understood or there are sometimes other rituals that other masters found through ancient practices as Tamura Sensei himself did. Those rituals have often been associated to religion whereas the fact could be checked that it is the religions which have taken over all these ancient rituals to use them as instruments serving their own power, and way too often they are used for the domination and the enslavement of people.

A means: the respiratory practice

The first part of the session in O Sensei Ueshiba Morihei’s Aikido, far from being a warming up, consisted of movements the depth of which it is primordial to retrieve. It is neither to get an intellectual satisfaction, nor out of some fundamentalist concern and even less to gain “higher powers” that we continue them, but in order to return to the path that O Sensei had taken. Some exercises, like Funakogi undo (the so-called rower’s movement) or Tama-no-hirebori (vibration of the soul), have a very great value, and if they are practiced with the necessary attention, they can allow us to feel beyond the physical body, beyond our sensation, limited as it is, to discover something greater, much greater than ourselves. It is an unlimited nature which we take part in, in which we are immersed, which is fundamentally and inextricably linked to us, and yet which we find it so hard to reach or even sometimes to feel. This notion that I made mine is not the result of a mystical relationship with the universe, but rather of a mental and physical opening which many modern physicists have reached through a theoretical approach and are trying to verify. It is something that you can neither learn by watching Youtube videos, nor by consulting books of ancient wisdom, despite their undeniable importance. It is something you discover in a purely corporal way, in an absolutely and fully physical way, even though this dimension is expanded to an unusual extent. Little by little all the practitioners who agree to look in this direction find it. It is not related to a physical condition, nor to age and obviously not to sex or nationality.

Education

Almost all psychologists consider that the essential part of what will guide us in our adult life takes place during our childhood and more precisely in our early childhood. The good as well as the bad experiences. Therefore particular care should be taken in education to preserve the innate nature of the child as much as possible. In no way does this mean letting the child do whatever he wants, making him a king or becoming his slave; the world is there and surrounds him, so he needs reference points. But very quickly, often shortly after birth, sometimes after a few months, the baby is put in the care of persons outside the family. What happened to his parents? He no longer recognizes his mother’s voice, her smell, her movement. It is the first trauma and we are told : “He will get over it”. Sure, unfortunately it is not the last trauma, far from it. Then comes the day care center, followed by kindergarten, primary school, junior high, and finally the baccalaureate before perhaps university for at least three, four, five, six years or even more.
But what can you do ? “That’s life.” I am told. Each of these places in which the child will be spending his time in the name of education and learning is a mental prison. From basic knowledge to mass culture, when will he be respected as an individual full of the imagination that characterizes childhood? He will be taught to obey, he will learn to cheat. He will be taught to be with the others, he will learn competition. He will receive grades, this will be called emulation, and this psychological disaster will be experienced by top as well as by bottom of the class students.
In the name of what totalitarian ideology are all children and young people given an education that breeds fear of repression, submission, decommitment and disillusionment? Today’s society in wealthy countries does not propose anything really new: work and free time are only synonyms of the roman ideal of bread and circus games, the slavery of the ancient times is only turned into our modern wage employment. A somewhat improved state of slavery ? Perhaps… with spectacular brain washing, guaranteed without invoice, thanks to the advertising for products that is pushed on us, with its corollary: the hyper-consumption of goods both useless and detrimental.
The practice of Aikido for children and teenagers is the opportunity to go off the grids proposed by the world around them. It is thanks to the concentration required by the technique, a calm and quiet breathing, the non-competitive aspect, the respect for differences, that they can keep or, if necessary, retrieve their inner strength. A peaceful strength, not aggressive, but full and rich of the imagination and the desire to make the world better.

A practical philosophy, or rather, a philosophical practice

The particular character of the Itsuo Tsuda School derives from the fact that we are more interested in individuality than in the dissemination of an art or a series of techniques. It is neither about creating an ideal person, nor about guiding anyone towards something, towards a lifestyle, with a certain amount of gentleness, a certain amount of kindness or wisdom, of balancing ability or exaltation, etc. It is about awakening the human being and allowing him to live fully in the acceptance of what he is in the world surrounding him, without destroying him. This spirit of openness can do nothing other than waking up the strength pre-existing in each of us. This philosophy leads us to independence, to autonomy, but not to isolation, on the contrary: through the discovery of the Other, it brings us to the understanding of what this person is, also perhaps beyond what the person has become. This whole process of learning, or rather this reappropriation of oneself, takes time, continuity, sincerity, in order to realize more clearly the direction in which one wishes to go.

What lies beyond, what lies behind

What I am interested in today is what lies behind or more precisely what lies deep inside Aikido. When you take a train you have an objective, a destination, with Aikido it is a little bit as if the train changed objective as you moved further, as if the direction became at the same time different, and more precise. As for the objective, it pulls away despite the fact that you think you have come closer. And this is where you have to recognize that the object of our journey is the journey itself, the landscapes we discover, which become more refined and reveal themselves to us.

Want to receive future articles? Subscribe to the newsletter :

Notes
* Itsuo Tsuda, The Non-doing, Yume Editions, 2013, p.9
** Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, 2014, p.157

Evento calligrafie a Roma

Il 12 e il 13 ottobre 2018, il dojo Bodai di Roma recentemente rinnovato, funge da cornice per l’evento “Un libro – un’esposizione” con una buona affluenza di pubblico, interesse e apprezzamenti favorevoli.
La sera del 12 ottobre, di fronte a un nutrito gruppo di visitatori, nell’atmosfera avvolgente dell’esposizione di 87 calligrafie in riproduzione fotografica, ha avuto luogo la presentazione del libro “Itsuo Tsuda, Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2017). Per l’occasione é stata esposta anche la calligrafia originale  » La Tigre « .

Durante la giornata di sabato abbiamo ricevuto diverse visite: fra gli amici, conoscitori ed esperti di cultura giapponese, ci è gradito segnalare la visita di Paolo Bottoni, aikidoka, giornalista e blogger, che ha scritto un articolo sul suo blog www.musubi.it a proposito delle calligrafie del Maestro Tsuda.
L’evento ha registrato complessivamente il passaggio al Dojo Bodai di un’ottantina di persone.
Per tutti, compresi noi organizzatori, è stata l’occasione di entrare in contatto in modo diretto e contemporaneamente con la quasi totalità delle calligrafie del Maestro Tsuda : un momento indimenticabile e ricco di sensazioni !
Per chi non ha avuto la possibilità di scoprire questo libro e tutta l’opera del Maestro Tsuda, potete trovarli a Roma al dojo Bodai, e anche sul sito di Yume Editions

Au cœur du déplacement, l’involontaire

Par Régis Soavi 

« Si je dois donner un but à mon Aïkido, ce sera d’apprendre à nous asseoir,  à nous lever, à avancer et à reculer. » I.Tsuda

Déplacements : la coordination, la posture

Pour se déplacer correctement il est nécessaire d’être stable, et on ne résout pas des problèmes de stabilité par l’apprentissage. La stabilité doit naître de l’équilibre, qui lui-même naît du système involontaire. L’être humain a cette particularité de se tenir debout avec comme seuls points d’appui cette toute petite surface que sont ses deux pieds. Et s’il s’agissait seulement de se tenir immobile, encore passe, mais nous nous déplaçons, et qui plus est, nous sommes capables en même temps de parler, de réfléchir, de bouger les bras dans tous les sens ainsi que la tête ou les doigts, tout cela en étant parfaitement stables. La coordination musculaire involontaire s’occupe de tout. Si nous perdons l’équilibre sans pouvoir nous rattraper à quoi que ce soit, notre corps cherche par tous les moyens à récupérer l’équilibre perdu, et souvent il y parvient grâce au mouvement de la répartition du poids d’une jambe sur l’autre, en trouvant des points d’appui extrêmement précis, que nous aurions eu du mal à trouver à l’aide de notre seul système volontaire. Tsuda Itsuo raconte une anecdote personnelle sur son apprentissage de l’Aïkido qui me semble édifiante, dans son livre La Science du particulier.*Lire la suite

L’état de santé selon le Seitai #2

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient  à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette deuxième vidéo, c’est la notion de santé selon le Seitai qui est abordée.

Subtitles available in French, English, Italian and Spanish. To activate the subtitles, click on this icon. Then click on the icon to select the subtitle language.

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

Vous souhaitez recevoir les prochains articles ? Abonnez vous à la newsletter :

Stage l’Art des Deux Sabres

Tatsushi Saï sera de retour à Paris les 5 et 6 janvier 2019

Depuis 2005 nous travaillons avec Tatsushi Saï le Bushuden Kiraku Ryu et le Niten ichi ryu.  Cette année il a accepté de venir du Japon pour enseigner l’art des deux sabres à Paris pour un stage. Lors de ce week-end exceptionnel nous travaillerons le Sakon Den Niten Ichi Ryu, l’art des deux sabres du célèbre escrimeur Miyamoto Musashi. Ne manquez pas cette occasion unique de pratiquer avec ce maître et découvrir cet art.

Tatsushi Saï est Menkyo Kaiden de Bushuden Kiraku Ryu, il enseigne à Tokyo cette école traditionnelle qui comporte du Tai-jutsu et de nombreuses armes (Bo, Naginata, Chigiriki, Kusarigama, Kusarifundo, Tessen, Iaï, etc). Il enseigne également plusieurs branches de Niten ichi ryu.

Infos pratiques

Lieu :

Dojo Tenshin, 120 rue des Grands-Champs, 75020 Paris. Métro ligne 9, station Maraîchers.

Dates et Horaires :

5 et 6 janvier 2019

Samedi 10h-12h et 14h-16h | Dimanche 10h-12h et 14h-16h

Tarifs :

100€ pour le stage complet | 80€ pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda.

Inscription à l’avance indispensable. Contacter le Dojo Tenshin

Votre nom

Votre email

Votre message

Votre numéro de téléphone (facultatif)

J'accepte l'utilisation faite de ces données dans le cadre dela politique de confidentialité

Calligrafie di Primavera a Roma

L’esposizione “Calligrafie di Primavera” approda a Roma in ottobre !
In programma presso il Dojo Bodai di Roma, nelle giornate di venerdì 12 e sabato 13 ottobre 2018, l’evento Un libro – Un’esposizione.
Sulla scia delle precedenti anteprime di Parigi e Milano, l’evento ripropone, per il pubblico romano, la presentazione del libro “Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2018) e la ricca mostra fotografica dedicata alle calligrafie di Itsuo Tsuda, che al libro hanno dato origine.

Lire la suite

Seitai et Katsugen Undo #1

Beaucoup de choses sont dites et circulent sur le web à propos du Seitai et du Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur). Dans cette série d’entretiens, Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo depuis quarante ans, revient  à l’essentiel pour répondre à cette question « Qu’est-ce que le Seitai et le Katsugen Undo ? ».

Subtitles available in French, English, Italian and Spanish. To activate the subtitles, click on this icon. Then click on the icon to select the subtitle language.

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du Seitai.  Itsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

Mémoires d’un aïkidoka

Par Régis Soavi.

Parler à mes élèves des maîtres que j’ai connus fait évidemment partie de mon enseignement. Certains eurent une telle importance que je ne peux pas m’en débarrasser d’un coup du revers de la main et prétendre que je me suis fait tout seul. Les maîtres que j’ai connus ont laissé des traces qui m’ont formé et surtout ouvert à des domaines que j’ignorais, ou que parfois je soupçonnais sans pouvoir les atteindre.

Les Maîtres du passé : des maîtres de vie ?

Il m’a toujours semblé important de ne pas faire de ces maîtres des surhommes, des génies,  des dieux. J’ai toujours considéré que ces maîtres valaient beaucoup mieux que cela. Les idoles créent une illusion, nous endorment et appauvrissent les idolâtres, elles les empêchent de progresser, de prendre leur envol de leurs propres ailes. À cet égard Tsuda Senseï, lui qui est maintenant un maître du passé, écrivait dans son huitième livre La Voie des dieux :

« Maître Ueshiba a planté des poteaux indicateurs  »c’est par là », et je lui en suis très reconnaissant. Il a laissé d’excellentes carottes à manger que j’essaye d’assimiler, de digérer. Une fois digérées, ces carottes deviennent Tsuda qui est loin d’être excellent. Cela est inévitable. Mais il est nécessaire que les carottes ne restent pas carottes, sinon elles pourrissent toutes seules, sans utilité.
Il ne s’agit pas, pour moi, d’adorer, de déifier ou d’idolâtrer Maître Ueshiba. Comme tout le monde, il avait des qualités et des défauts. Il avait des capacités extraordinaires mais il avait des faiblesses, notamment vis-à-vis de ses élèves. Il se faisait avoir par eux à cause de considérations un peu trop humaines. »Lire la suite

Un désir devenu réalité : Calligraphies de printemps.

Les 18 et 19 mai 2018 nous avons présenté dans notre dojo à Milan le livre intitulé Itsuo Tsuda, Calligrafie di primavera. Nous avons exposé plus de 80 reproductions photographiques d’excellente qualité des calligraphies de Maître Itsuo Tsuda (choisies parmi les 116 présentées dans le livre) ainsi que trois calligraphies originales.

Un article, des photos et deux vidéos pour revivre l’événement !

L’événement au Dojo Scuola della Respirazione Présentation du livre à la RAI

Lire la suite

Itsuo Tsuda en anglais

Deux très bonnes nouvelles à vous annoncer aujourd’hui :

Nous tenons vivement à féliciter Alison Strayer, la traductrice des livres de Itsuo Tsuda en anglais pour le prix de traduction qui vient de lui être décerné par la French-American Foundation. Auteure de romans, histoires et essais, et traductrice, Alison a déjà vu à plusieurs reprises son œuvre sélectionnée pour des prix littéraires.
La 31ème édition de l’Annual Translation Prize Awards, qui s’est tenue à New York en mai 2018, l’a récompensée dans la catégorie « non-fiction », pour sa traduction de Les Années de Annie Ernaux (The Years, Seven Stories Press). Ce prestigieux prix, qui depuis 1986 est dirigé par la French American Foundation, promeut les échanges entre la France et les États-Unis. Il met en avant, chaque année, les meilleures traductions de livres français en langue anglaise, dans les catégories fiction et non-fiction.

Nous avons l’honneur de travailler avec cette excellente traductrice pour porter l’œuvre d’Itsuo Tsuda vers le monde anglophone et nous en sommes très heureux.

D’autre part les livres de Itsuo Tsuda en anglais sont maintenant disponibles en plein cœur  de Londres, dans la plus ancienne librairie ésotérique de Londres, chez Watkins au 19-21 Cecil Court. Là aussi nous remercions vivement la librairie Watkins d’offrir au public londonien l’opportunité de découvrir cette philosophie pratique.

La Trace Vide

Par Manon Soavi

« Tchouang-Tseu, grand philosophe chinois, a dit, il y a deux mille cinq cents ans : le Vrai homme respire de ses talons alors que les gens du commun respirent de leur gorge.
Qui respire aujourd’hui de ses talons ? On respire de la poitrine, de ses épaules ou de sa gorge. Le monde est rempli de ces invalides qui s’ignorent. »*  Ainsi commence Tsuda senseï dans son premier livre, publié en 1973, donnant le ton en citant le philosophe qui l’a le plus accompagné dans son parcours.
Tsuda senseï était un chercheur acharné et un homme d’une grande culture. Toute sa vie il ne cessa de travailler pour permettre à l’être humain de se dégager de ce qui l’encombre et l’entrave. Parti de sa recherche personnelle de la liberté de pensée, c’est finalement une compréhension philosophique de l’être humain qui se révéla au fur et à mesure de ses pratiques : Aïkido, Seitai, Nô… Et cette philosophie de l’être humain, cette voie, Tsuda senseï va la diffuser avant tout par ses livres* et son enseignement dans les dojos durant une dizaine d’années. Mais il est un média plus secret qu’il emprunta les dernières années de sa vie : la calligraphie.

L'ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda
L’ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda

Lire la suite

Hello Illness #2

Continuation of Régis Soavi Interview’s  about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

To read part 1 –> http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/bonjour-maladie/

Part #2

– How can one define Yuki ?

-Let the Ki circulate.

– How can Yuki help to activate the Movement?

– It helps, in the case where one has done the three exercises, or the exercises for Mutual Movement (activation through stimulation of the second pair of points on the head ; that is another way to activate the Movement). Yuki helps because it activates ; It’s very important for me to say that Yuki is fundamentally different from what we often hear spoken of, because when we do Yuki, we void our heads, we don’t cure anyone, we don’t look for anything. We are simply concentrated in the act. There is no intention, and that is primordial. In the statutes of the dojo, in fact, it is underlined that we practice “without a goal” ».

Lire la suite

Hello Illness #1

Interview of Régis Soavi about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

« After reading the books of Itsuo Tsuda ( 1914-1984 ), I was fascinated by his arguments, which range freely from the subject of Aïkido to that of children and the way they are born, illness, or his memories of Ueshiba Morihei and Noguchi Haruchika, and I wanted to know more. I continued to have a sensation of something beyond my understanding.

So I began to ask, what exactly is this Regenerating Movement (Katsugen Undo ) that Tsuda spoke of, a spontaneous movement of the body that seemed able to rebalance it without needing to intoxicate it with medication ; an ancient concept but still revolutionary, above all in our society. I was unable to get any satisfactory answers to my questions : those who have practiced the Regenerating Movement couldn’t describe it or explain ; the answer was always : « You should try it yourself in order to understand ; the first time, it will probably unsettle you a bit. »
So I decided to try it. In Milan, the school that refers to the teachings of Itsuo Tsuda is the « Scuola della Respirazione ». There, one can practice Aïkido and the Regenerating Movement ( in separate sessions ). But, in order to go to the sessions of Movement, one must first participate in a week-end course conducted by Régis Soavi, who has continued the work of Tsuda in Europe.

Regis Soavi en conférence

Lire la suite

L’esprit de l’Aïkido est dans la pratique

Par Régis Soavi.

« On a souvent tendance à considérer l’esprit d’un art comme un processus mental, une direction à prendre de manière consciente ou encore des règles à respecter. Tout cela parce qu’en Occident nous vivons dans un monde de séparation, de division. D’un côté il y a l’esprit, de l’autre le corps, d’un côté le conscient, de l’autre l’inconscient, c’est ce qui est censé faire de nous des êtres civilisés alors même que cette séparation engendre des conflits en nous. Des conflits qui sont renforcés par les systèmes d’interdiction mis en place pour protéger la société, pour nous protéger nous-mêmes contre nous-mêmes.

regis soavi meditation
La pratique de l’Aïkido nous entraîne vers la réunification de l’être humain.

Vers la réunification de l’être humain, voilà la Voie dans laquelle nous nous dirigeons par la pratique de l’Aïkido. Cette réunification est nécessaire dans un monde où l’humain est chosifié, où il devient à la fois un consommateur et une marchandise. Sans se rendre compte du chemin qu’il prend, le civilisé exécute la vie au lieu de la vivre. Cette société qui nous pousse à la consommation laisse peu de place au travail intérieur, elle nous pousse à chercher au- dehors ce qui se trouve au-dedans. À acheter ce que nous possédons déjà, à chercher des solutions à tous nos problèmes à l’extérieur de nous-mêmes, comme si d’autres avaient de meilleures solutions. Cela amène à une prise en charge de l’individu par les différents systèmes de protection à la fois sociaux, idéologiques, ou de santé, multipliant ainsi l’offre et créant un marché idéal pour les vendeurs de rêves de tout poil, charlatans, gourous et compagnie.
J’apprends aujourd’hui que l’on vient de créer une nouvelle pratique : « la Respirologie », et comme d’habitude abusée par le pouvoir des mots la clientèle va certainement affluer. Est-ce qu’au nom de la normalisation du corps et de l’esprit, de la remise en forme des personnes, nous devrions changer le nom de notre art par : « Aïkido Thérapie » ?Lire la suite

Le dojo Yuki Ho

Fin décembre, le dojo Yuki Ho à Toulouse, est devenu propriétaire des locaux qu’il loue depuis 35 ans. C’est pourquoi nous souhaitons ici partager un texte de Lucie R., prononcé lors du Misogi du 1er janvier 2018. Si vous souhaitez en savoir plus, l’article L’aventure commence à l’aurore  (lien en fin de page) retrace l’histoire de ce lieu très particulier et présente les projets en cours !

Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie
Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie

« Une nouvelle année commence.
Bienvenue à ceux qui ont souhaité participer avec nous à ce moment particulier de notre dojo.

Notre dojo.

L'espace de pratique
L’espace de pratique

Ces mots résonnent aujourd’hui d’une façon différente, puisqu’après une trentaine d’années à habiter, remplir ce lieu, le faire vivre, l’association en est devenue propriétaire, il y a dix jours.

Qu’est-ce-que cela va changer ?

Cet endroit, dont la découverte a tant compté pour chacun d’entre nous, et qui n’est riche que de ce que nous y mettons nous-mêmes, va pouvoir continuer à être notre terrain de pratique, et à nous apporter ce que nous venons y chercher chaque matin, pour nous-mêmes, et avec les autres.

De nouvelles perspectives s’ouvrent aussi pour le 10 rue Dalmatie puisque nous allons désormais partager la cour avec deux associations amies, dont les finalités sont proches de celles du dojo dans le sens de permettre de retrouver et préserver ce qui au fond de chaque individu nous anime.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que de nouvelles personnes encore viennent goûter à cette ambiance.  »

Pour en savoir plus, cliquez sur l’article : L’aventure commence à l’aurore !

Toulousaine-côté jardin
La Toulousaine

Aikido: an evolution of the inner being

By Régis Soavi

Itsuo Tsuda in front of the tokonoma
Itsuo Tsuda in front of the tokonoma

Aikido is an instrument of my evolution, it made me evolve, I just had to follow with perseverance and obstinacy the road that was opening in front of me, that was opening inside me.  Like many other people, I came to this practice for its martial aspect. However, its beauty, as well as the aesthetic of its movements, quickly fascinated me, and this with my first teacher Maroteaux Sensei already. Then, when I saw Noro Masamichi Sensei, and Tamura Nobuyoshi Sensei, I had confirmation of what I had sensed: Aikido was a wholly different thing from what I knew.

I came from the world of Judo, with the images transmitted to us, for example, that of the cherry tree branch covered with snow which all of a sudden lets the snow slide down and the branch straightens up. I had already gone beyond the ideas that had been conveyed by the beginning of the century and the fifties, of a « Japanese Jiu Jitsu which turns a small thin man into a monster of efficacy ».Lire la suite

Le Fonds Itsuo Tsuda

fonds_itsuo_tsuda.pngNotre but : soutenir et conduire, sans but lucratif, toute activité d’intérêt général à caractère culturel destinée à conserver et diffuser l’œuvre philosophique d’Itsuo Tsuda.  Ce but s’articule autour de trois axes :

  • l’acquisition, la conservation et la diffusion de l’œuvre calligraphique ;
  • la diffusion de l’œuvre littéraire ;
  • la conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos.

Le fonds de dotation est un outil de financement du mécénat, une sorte de fondation qui répond à la quasi-totalité des droits et devoirs des fondations reconnues d’utilité publique.

Les donateurs peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66% du montant de leurs don.  Par exemple un don de 300€ ne coûtera que 100€ après déduction d’impôt. reduction_dimpot_don_mecenat Plus d’information sur la structure des fonds de dotation ici

L’œuvre calligraphique :

L’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda étant dispersée aux quatre coins du monde, nous avons souhaité la réunir et la rendre accessible à toutes les personnes intéressées. C’est chose faite en 2017, avec la publication du livre « Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps ».  Ce  formidable ouvrage n’aurait pas vu le jour sans un immense travail bénévole : le prix de vente ne servant qu’à couvrir les frais d’impression et d’expédition.

La diffusion de l’œuvre littéraire :

Yume Editions, est la marque éditoriale du fonds de dotation Itsuo Tsuda, avec laquelle l’œuvre d’Itsuo Tsuda est diffusée en anglais et italien.

CouvTsuda_PathOfLess_MiniGrâce aux dons des particuliers et au travail bénévole, nous pouvons proposer aujourd’hui des traductions de qualité professionnelle.  Sont déjà disponibles :

  • The Non Doing
  • The Path of Less
  • The Science of the Particular
  • One
  • The Dialogue of Silence, sera très bientôt disponible et The Unsteady Triangle est déjà en cours de traduction

En vente ici : http://yumeshop.fonds-itsuo-tsuda.org/fr/

C’est aussi ainsi que nous avons pu publier en 2014 le livre Cœur de ciel pur, œuvre posthume réalisée à partir d’inédits d’Itsuo Tsuda, éditée au Courrier du Livre – éditions Trédaniel (disponible en librairie)

La conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos :

La numérisation des documents pour un archivage qui puisse traverser le temps est aussi un des objectifs du fonds Itsuo Tsuda. Il nous tient à cœur de regrouper ces documents en un fonds d’archives accessible au public comme aux pratiquants et aux dojos. Ce sont des archives que nous considérons comme un patrimoine de l’humanité qui doivent donc être conservées et appartenir à tous.

Nous renouvelons ici nos remerciements à ceux qui nous soutiennent et nous rappelons que tout le travail est fait par des bénévoles. Alors si vous souhaitez soutenir l’action du fonds de dotation, contactez-nous  :  contact@fonds-itsuo-tsuda.org

Fonds Itsuo Tsuda,
50 rue du Volga 75020 Paris
Siret 538 200 254 00018

Calligraphies de Printemps, trente ans d’histoire

Calligraphies de Printemps est la première monographie consacrée à l’œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda qui regroupe cent treize calligraphies et les recherches que nous avons pu mener jusqu’à aujourd’hui.

À l’occasion de sa publication, les 18 et 19 novembre 2017 aura lieu au Dojo Tenshin à Paris une exposition conçue à partir des photos du livre. Un vernissage inaugural se tiendra le 18 novembre à 18h30. Toute personne souhaitant découvrir l’œuvre d’Itsuo Tsuda y est cordialement invitée.

Le dojo est ouvert et l’entrée est libre. Welcome !

En attendant nous avions envie de partager avec vous quelques lignes sur la genèse et les coulisses de cette aventure qui a commencé il y a plus de trente-trois ans.Lire la suite

Noguchi-Chuang-Tzu #5

Concerning Chuang-Tzu’s chapter « The spirit of cultivating life » (V) by Haruchika Noguchi. to read the beginning http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/noguchi-tchouang-tseu-1/

For as long as human beings live, they will at some point die. This statement has been tested for thousands of years, and so it is not a misapprehension. People generally do not accept the irrefutable fact that men die, and as they draw closer to death and feel death in their hearts, they worry and act impatiently, since they don’t want to die. But human beings are creatures that die. Bach composed the Goldberg variations for the sake of someone’s sound sleep, and this piece says again and again that men are mortal. Lire la suite

Transcender l’espace et le temps

Par Régis Soavi.

Tous les aïkidoka ont déjà entendu parler de Ma aï car c’est une des bases de notre pratique. Mais en parler et la vivre sont malheureusement des choses très différentes. Comme elle est connue dans tous les arts martiaux, il est facile d’en trouver quantités de références.
On peut concevoir intellectuellement cette notion, on peut écrire sur elle et développer tout un discours, mais « Rien ne vaut le vécu » comme nous le répétait si souvent mon maître Tsuda Itsuo.
Je vais donc essayer d’expliquer l’inexplicable à travers des exemples ou des situations concrètes.Lire la suite

Noguchi-Chuang-Tzu #4

Concerning Chuang-Tzu’s chapter « The spirit of cultivating life » (IV) by Haruchika Noguchi.

 

When Kung Wen Hsien saw the Commander of the Army, he said in surprise, « I wondered who it was, and it’s you. That one foot — is it the work of man or of Heaven? » The Commander replied, « It was Heaven’s, and not man’s work. Essentially, a man’s form is determined. From this, I know that being one-footed, too, is the work of heaven, and not of man. «

The Commander’s words are followed with : « A pheasant that lives in a marsh walks ten paces for one beakful of food and a hundred paces for one sip of water, but it doesn’t want to be kept in a cage. Though a bird may be filled with vitality there, it cannot enjoy its life. »

Chuang-tzu broke the various cages that environ people’s lives : the attachment that comes from being ruled by the things around you, the sense of values that goes against life, partial philosophies that hinder the development of life. He demands that we should step out from these prisons and conveys the Buddhist priest’s spirit of renouncing the world by casting off all attachments.

Again, Yun-men wondered why a priest should robe himself at the sound of the bell, when the world, so full of splendours, is very wide ; and there was the European thinker who threw away all his books and possessions.

« Common people breathe from their throats. Those who are slaves to the world choke out their words as though they were vomiting… Human life —is it in its essence as murky as this ? Is it I alone who see it as murky ? And is there someone who does not see it as murky ? »

Is it not because people don’t comprehend the pleasure a pheasant has from walking ten paces for a beakful of food and a hundred paces for a drink of water ? Is it because the children of men do not enjoy the fate of having no place to rest their heads ?

Because past knowledge is attached even to a single action like raising a hand or kicking out with a foot, human activity lacks buoyancy. Because with every breath drawn in and breathed out people vomit for joy or anger, or love or hate, human life lacks transparency.

When, as soon as someone spreads his wings, he injures them, it is because he is in a cage. To spread your wings is life’s demand. So long as they remain shrunken, without spreading their wings, human beings do not become strong. Breathe expansively and get out of the cage that hinders you from doing so. Throw off the weight of duty and act buoyantly. This is what cultivating life is. Chuang-tzu never stopped hoping that human beings would live actively without being hindered by anything.

« Life arises from death and death from life. What comes into existence passes out of it, what passes out of existence comes into it. » As for Chuang-tzu’s thoughts on the problem of what happens after death, he believed neither in the immortality of the soul, not in eternal life. « At one time, I may become a rooster… or a bullet.., or an insect. » In the one real world, there is nothing but the continuation of ceaseless change as various forms of life disperse and come together.

The last sentence of the chapter entitled « The Spirit of Cultivating Life » goes : « Although there is an end to the fingers putting fuel on the fire, the fire endures and we don’t know the end of it ». These words should be understood in the light of what has just been said. Chuang-tzu points to the continuity and flow of life, conceived of as fire, not for a moment entertaining the idea of any opposition between mind and body.

It is an especially interesting point that this chapter ends by broaching the question of death.

( to be continued )

Noguchi-Chuang-Tzu #3

Concerning Chuang-Tzu’s chapter « The spirit of cultivating life » (II) by Haruchika Noguchi. To read the beginning http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/noguchi-tchouang-tseu-1/

Living is a more important matter than thinking. Being alive is not a means, but an end. So life should be carried on naturally only with the aim of maintaining life : a breathing in, a breathing out, a raising of the hand, a movement of the leg – all these should be for the cultivation of life.

Therefore, simply dwelling in health is a very precious thing. Zensei, which is to say, « A fulfilled life », is nothing but the road men follow, and it is the road ,of nature. Fulfilling the life that is given in peace of spirit is not for the sake of spiritual content, but is what should already have been undertaken before all else. We have to live in a vital way human life, which is health. Living always cheerfully and happily—this has always been what is of true value to human beings.

Human beings live because they are born, and because they are living, they eat and they sleep. They are born as a result of a natural demand, and they live as a result of the same demand. To live is natural. And so to die is also natural. Human beings’ accomplishing the life that is given them comes before all else. But this does not mean being attached to life at all. Chuang-tzu disliked any craving for particular things. For him, the arising of any attachment is at once a departure from the way. So he speaks about cultivating life and maintaining the body in order that the present moment that is given, precisely because it is the present moment, may be used fully, and certainly not because the thing given is life.

Chuang-tzu saw as a single whole the contraries of good and evil, of beauty and ugliness, and of the useful and the useless, and for him life and death were also a single whole, what comes into existence passing out of it and what passes out of existence coming into it. « Life arises from death and death arises from life » he wrote.

When Tsu-yu contracted a crippling illness, Tsu-szu visited him and asked, « Do you think your fate is unpleasant? » Tsu-yu’s answer was astounding : « Why should I find it unpleasant? If changes are brought about and my left arm turns into a rooster, I’ll use it to herald the dawn. If my right shoulder is transformed into a bullet, I’ll use it to bring down a pigeon for roasting. If my buttocks become carriage-wheels and my spirit a horse, I’ll ride along on them. Then I would need no other vehicle but myself—that would be wonderful! »

« Time does not cease even for an instant, and if it is destiny for a human being to be born, then it is natural that living form should be lost. If you are content with time’s flow and in accord with the order of things, then there is not especially any joy or sorrow. This is what the ancients called « deliverance from bondage ». You put a noose round your neck and you can’t get it off ; this is because it is tied by the mind that thinks in terms of right and wrong and good and bad. Nothing can overcome heaven. Nothing comes of hating heaven. »

Chuang-tzu’s point about cultivating life is clear in the words that come in the passage where Kung Wen Hsien speaks to the Commander of the Army : « The work of man is still the work of nature. » This is the road he walks. Within his attitude — that whatever happens, it is proper, and that when something happens, you go forward and affirm reality – there is not a trace of the resignation that lies in submitting tu destiny. His affirmation of reality is nothing but the affirmation of reality. The dignity of the man is conveyed only by Lin Chi’s words : « Wherever you are, be master. »

From Chuang-tzu’s point of view, the security of the bird-cage is no better than being obliviously asleep. He feels the vitality of life only so long as existence is unconstrained.

(to be continued)

Picture : Chuang Tzu. Lu Chih (1496–1576)

Le ki, une dimension à part entière

Par Régis Soavi

« Le Ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.Ki une dimension a part entiere

Le ki une philosophie orientale ?

Quelle est cette philosophie « orientale » à laquelle nous n’aurions pas accès ? Existe-t-il un domaine spécifique réservé à quelques adeptes, à quelques disciples triés sur le volet, ou bien cette connaissance est-elle à la portée de tous, et qui plus est, sans se compliquer la vie. Je veux dire en menant une vie normale, sans faire partie d’une élite ayant eu accès à des connaissances secrètes, sans avoir des pratiques spéciales, cachées et distribuées au compte gouttes, mais plus simplement en ayant un travail, des enfants etc. Quand on pratique l’Aïkido, évidemment on est dans une recherche tant philosophique que pratique, mais c’est une recherche « exotérique » et non « ésotérique ».
Itsuo Tsuda a écrit neuf livres, créant ainsi un pont entre l’Orient et l’Occident pour nous permettre de mieux comprendre l’enseignement des maîtres japonais et chinois, pour le rendre plus concret, plus simple et accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être oriental pour comprendre, sentir de quoi il s’agit. Mais il est vrai que dans le monde où nous vivons il va falloir faire un petit effort. Sortir de nos habitudes de comportement, de nos références. Avoir un autre type d’attention, un autre type de concentration. Il ne s’agit pas de repartir de zéro mais de s’orienter différemment, de conduire notre attention (notre ki) d’une autre manière.
Déjà nous devons nous débarrasser de l’idée, très cartésienne, selon laquelle le ki serait une seule et même chose, alors qu’il est multiple. Admettre aussi que notre corps est capable de sentir des choses que l’on aurait du mal à expliquer rationnellement, mais qui font partie de notre vie quotidienne, comme la sympathie, l’antipathie, l’empathie. Les sciences cognitives tentent à coup de neurones miroirs et autres procédés de décortiquer tout ça, mais cela n’explique pas tout, et même parfois ça complique les choses.
De toute façon à chaque situation il y a une réponse, mais on ne peux pas analyser tout ce que l’on fait à chaque instant en fonction du passé, du présent, du futur, de la politique ou de la météo. Les réponses surgissent indépendamment de la réflexion, elles surgissent spontanément de notre involontaire, que ces réponses soient bonnes ou mauvaises, l’analyse nous le dira après coup.

Le ki en Occident

L’Occident connaissait le ki par le passé, on l’appelait pneuma, spiritus, prana, ou tout simplement souffle vital. Aujourd’hui cela semble bien désuet. Le Japon a gardé un usage très simple de ce mot que l’on peut retrouver dans une multitude d’expressions, que je cite plus loin, en reprenant un passage d’un livre de mon Maître.
Mais dans l’Aïkido qu’est-ce que le ki ?
Si une École peut et doit parler du ki, c’est bien l’École Itsuo Tsuda, et cela évidemment sans prétendre à l’exclusivité, mais simplement peut-être parce que mon Maître avait basé tout son enseignement sur le ki, qu’il avait traduit par respiration. C’est pourquoi il parlait d’une « École de la respiration » : « Par le mot respiration, je ne parle pas d’une simple opération bio-chimique de combinaison oxygène-hémoglobine. La respiration, c’est à la fois vitalité, action, amour, esprit de communion, intuition, prémonition, mouvement. »*
L’Aïkido n’est pas un art de combat, ni même de self défense. Ce que j’ai découvert avec mon Maître, c’est l’importance de la coordination de la respiration avec mon partenaire, comme moyen de réaliser la fusion de sensibilité quelle que soit la situation. Itsuo Tsuda nous expliquait à travers ses textes ce que lui avait transmis son Maître Morihei Ueshiba. Pour nous le transmettre de manière plus concrète, pendant ce qu’il appelait « la première partie » – la pratique solitaire, qu’on appellerait aujourd’hui Taizo – au moment de l’inspiration, il prononçait KA, et à l’expiration MI. Certaines fois il nous expliquait : « KA est le radical de Feu Kasai en japonais, et MI le radical de l’Eau Mizu ». L’alternance de l’inspire et de l’expire, leur union, crée Kami que l’on peut traduire par le divin.  « Mais attention, nous disait-il, il ne s’agit pas du dieu des chrétiens ni même de celui d’une quelconque religion mais, si vous avez besoin de références, on peut dire que c’est dieu l’univers, dieu la nature, ou tout simplement la vie ».
Il y avait au dojo un dessin exécuté à l’encre de chine et tracé par Maître Ueshiba comportant quatorze formes très simples que nous appelions Futomani car O Senseï avait dit qu’il lui avait été dicté par Ame-no-Minaka-nushi : le Centre céleste. Itsuo Tsuda en donne l’explication dans son livre Le dialogue du silence*. Grâce à cela j’ai mieux compris les directions que prenait le ki lorsqu’il avait une forme.

Dessin exécuté par Maître Ueshiba
Dessin exécuté par Maître Ueshiba

Renouer, retrouver les liens avec ce qui préexiste au plus profond de nous

Le fondateur parlait de Haku no budo et de Kon no budo : kon étant l’âme essentielle qui ne doit pas être étouffée, mais disait-il, on ne doit pas négliger l’âme haku qui assure l’unité de l’être physique.
Une fois encore on parle de l’unité.
Si notre pratique s’intitule Aï ki do : « voie d’unification du ki », c’est bien que ce mot ki a un sens.
La pratique concrète nous permettra de le comprendre, mieux que les longs discours. Et pourtant il faut tenter d’expliquer, tenter de faire passer ce message si important, car sans cela notre art risque fort de devenir un combat « Que le plus fort, le plus habile ou encore le plus malin gagne », ou bien une danse ésotérique, mystique, élitiste, voire sectaire.
Et pourtant nous connaissons bien le ki, nous le sentons à distance. Par exemple quand on se promène dans une petite rue la nuit, et que tout à coup on sent une présence, on sent un regard dans notre dos et pourtant il n’y a personne ! Quant soudain on remarque, sur un toit avoisinant, un chat qui nous regarde. Un chat tout simplement, ou un rideau qui se rabat subrepticement. Le regard est porteur d’un ki très fort que tout le monde peut sentir, même de dos.

Une des pratiques de Seitai do appelée Yuki consiste à poser les mains sur le dos d’un partenaire et à faire circuler le ki. Il ne s’agit aucunement de faire l’imposition des mains pour guérir quelqu’un qui à priori n’est pas malade, mais d’accepter de visualiser la circulation du ki, cette fois comme un fluide, comme de l’eau qui coule. Au début on ne sent rien ou peu de chose de la part de l’un comme de l’autre. Mais là encore, petit à petit on découvre le monde de la sensation. On peut dire que c’est une dimension à part entière dans la plus grande simplicité. C’est simple, c’est gratuit, ce n’est lié à aucune religion, on peut le faire à tout âge et quant on commence à sentir cette circulation du ki, la pratique de l’Aïkido devient tellement plus facile. L’exercice de kokyu ho par exemple, ne peux pas se faire sans le kokyu, donc sans le ki, à moins de devenir un exercice de force musculaire, une façon de vaincre un adversaire.
Je n’aurais jamais pu découvrir l’Aïkido que mon Maître enseignait si je n’avais pas volontairement et avec opiniâtreté cherché dans cette direction. Dans la recherche sensitive, à travers tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre, sentir, et étendre cette compréhension sans jamais abandonner.

Ambiance

Le ki est aussi ambiance, par conséquent, pour pratiquer il y a besoin d’un lieu qui permette la circulation du ki entre les personnes. Ce lieu, le dojo, doit à mon avis, chaque fois que cela est possible, être « dédié » à une pratique, une École. Itsuo Tsuda considérait que en entrant dans le dojo on se sacralisait, et c’est pourquoi on saluait en montant sur les tatamis. Ce n’est pas un lieu triste où les gens « doivent garder un visage renfrogné et constipé. Au contraire, il faut y maintenir l’esprit de paix, de communion et de joie. »* L’ambiance du dojo n’a rien à voir avec celle d’un club ou avec celle d’une salle multi-sports qu’on loue quelques heures par semaine et qui est utilisée, pour cause de rentabilité, par différents groupes n’ayant rien à voir entre eux. Le genre de local, de gymnase où l’on passe, on s’entraîne, puis une douche et ciao ; au mieux une bière au bistrot du coin histoire d’échanger un peu les uns avec les autres. Quand on connaît le ki, quand on commence à le sentir et surtout quand on veut découvrir ce qui se cache derrière ce mot, un lieu comme le dojo c’est vraiment tout autre chose. Imaginez un endroit calme dans un petit passage parisien au fond du vingtième arrondissement. Vous traversez un petit jardin et au premier étage d’un bâtiment très simple s’ouvre « Le Dojo ».

Dojo
Dojo

Vous y venez tous les jours si vous voulez, car chaque matin il y a une séance à sept heure moins le quart : vous êtes chez vous. Vous avez votre kimono sur un cintre dans les vestiaires, la séance dure à peu près une heure, puis vous prenez un petit déjeuner avec vos partenaires dans l’espace attenant, ou vous partez précipitamment au travail. Le samedi et le dimanche grasse matinée, séances à huit heure.
Expliquer le ki est une chose difficile c’est pourquoi seule l’expérience nous le fait découvrir. Et pour cela il faut y mettre les conditions qui permettent cette découverte. Le dojo fait partie des éléments qui facilitent grandement la recherche dans cette direction. Renouer des circuits, mais aussi dénouer ces liens qui nous enserrent et obscurcissent notre vision du monde

Petit à petit le travail va se faire, les nœuds vont se dénouer, et si nous acceptons qu’ils se dénouent on peut dire que le ki recommence à circuler plus librement. Il circule à ce moment là en tant qu’énergie vitale, il est possible de le sentir, de le visualiser, de le rendre en quelque sorte conscient. Car des tensions inutiles, qui n’arrivent pas à se libérer, rigidifient notre corps. Pour rendre la chose la plus claire possible, on pourrait dire que c’est à peu près comme si un tuyau d’arrosage était bouché. Il risque d’éclater en amont. La rigidification du corps oblige celui-ci à réagir pour sa propre survie. Il se produit alors des réactions inconscientes qui agissent au niveau du système involontaire. Pour éviter ces blocages, surviennent de micro fuites de cette énergie vitale et même parfois des fuites plus importantes, par exemple dans les bras, au niveau du koshi et principalement aux articulations. La conséquence immédiate est que les personnes n’arrivent plus à pratiquer avec fluidité et c’est la force qui compense le manque, on raidit des parties du corps qui se mettent à réagir comme autant de pansements ou de plâtres pour empêcher ces déperditions de la force vitale. C’est pourquoi il est si important de travailler sur le fait de sentir le ki, de le faire circuler. Au début c’est la visualisation qui nous le permet, mais au fur et à mesure qu’on approfondit la respiration (la sensation, la sensibilité au ki), si on reste concentré sur une pratique souple, si on se vide l’esprit, on peut découvrir, voir, sentir la direction du ki, sa circulation. Cette connaissance nous permet de l’utiliser et la pratique de l’Aïkido devient facile. On peut commencer à pratiquer la non résistance : Le non faire.

La sensibilité naturelle des femmes au ki

Les femmes ont généralement plus de sensibilité par rapport au ki ou, plus exactement, elles la conservent plus, si elles ne se déforment pas trop pour se défendre dans ce monde d’hommes où tout est régi suivant les critères et les besoins de la masculinité, de l’image de la femme qui est transmise et de l’économie. Leur sensibilité vient du besoin de conserver à leur corps la souplesse pour pouvoir accoucher de façon naturelle et s’occuper des nouveaux-nés. C’est une souplesse qui ne s’acquière pas dans les salles de sport, de musculation ou de fitness, c’est plutôt une tendresse, une douceur qui saura au besoin être ferme et sans aucune mollesse quand ce sera nécessaire. Le nouveau-né a besoin de toute notre attention mais il ne parle pas encore. Il ne peut pas dire : « j’ai faim, j’ai soif ou je suis fatigué », ou encore « maman tu est trop nerveuse, calme toi, et dis à papa de parler moins fort, cela me fait peur ».2011-07-20 at 08-21-28

Grâce à leur sensibilité naturelle, elles sentent les besoins de l’enfant, elles ont l’intuition de ce qu’il faut faire et le ki passe entre la mère et l’enfant. Quant le père, toujours très rationnel, ne comprend pas, la mère sent et du coup elle sait. Même si elle n’est pas mère, même si elle est une jeune femme sans aucune expérience, c’est le corps qui réagit, c’est lui qui a cette sensibilité naturelle au ki et c’est pourquoi, je pense, il y a tant de femmes dans notre École. C’est parce que le ki est au centre de notre pratique, que rien ne saurait se faire sans lui. Nous mettons notre sensibilité dans cette direction et ainsi on peut voir le monde et les personnes non plus seulement au niveau des apparences mais bien plus loin, dans leur profondeur, ce qu’il y a derrière la forme, ce qui la structure, ou ce qui la conduit.

Voici quelques exemples que donnait Itsuo Tsuda, extraits du livre Le Non-faire :

« La chose la plus difficile à comprendre dans la langue japonaise, c’est le mot « ki ».  En effet, si les Japonais l’utilisent des centaines et des centaines de fois par jour, sans y réfléchir, il est pratiquement, et je dirais aussi théoriquement, impossible d’en trouver un équivalent dans les langues européennes.
Si le mot, pris isolément, reste intraduisible en français, il n’est toutefois pas impossible de traduire les expressions courantes dans lesquelles il se trouve incorporé. Je vais citer quelques exemples :
ki ga chiisai : mot à mot, son ki est petit. Il se fait trop de souci pour rien.
ki ga ôkii : son ki est grand. Il ne se fait pas de souci pour des petites choses.
… ki ga shinai : je n’ai pas de ki pour… Je n’en ai pas envie. Ou, cela me dépasse.
… ki ga suru : il fait du ki pour… J’ai le flair, le pressentiment, je sens intuitivement…
waru-gi wa nai : il n’a pas de mauvais ki, il n’est pas méchant, n’a pas de mauvaises intentions.
ki-mochi ga ii : l’état du ki est bon ; je me sens bien.
ki ni naru : cela attire mon ki, je n’arrive pas à dégager mon esprit de cette idée. Quelque chose de bizarre, d’anormal arrête mon attention, malgré moi.
ki ga au : notre ki coïncide, nous sommes sur la même longueur d’ondes.
ki o komeru : concentrer le ki. Pour la question de concentration, je n’ai vu nulle part ailleurs d’exemple aussi hautement porté qu’au Japon.
ki-mochi no mondai : c’est conditionné par l’état du ki. Ce n’est pas l’objet, le résultat tangible, mais c’est le geste, c’est l’intention qui compte.
On pourrait encore citer plusieurs centaines d’expressions avec le mot ki.
Si les Japonais sont pour la plupart incapables de dire ce qu’est le ki, il n’empêche qu’ils savent instinctivement à quel moment il faut le dire ou ne pas le dire. ».

Itsuo Tsuda avait commencé l’Aïkido à l’âge de quarante cinq ans, il n’avait rien d’un sportif mais sa seule présence transformait toute l’ambiance du dojo. J’aimerais vous raconter une anecdote concernant un des exercices que je faisais dans les années soixante-dix, alors que mon Maître avait déjà plus de soixante ans. Lorsque je passais le portail de la cour au fond de laquelle se trouvait le dojo, je m’arrêtais un instant, je fermais les yeux et cherchais à sentir si « il » était là. Les premiers temps cela ne marchait pas trop, c’était des coups au hasard, des coups de chance. Petit à petit j’ai compris : je ne devais pas chercher à savoir. Alors j’ai commencé à me « vider », à cesser de penser et c’est venu. Je savais chaque matin si il était arrivé ou non. Je sentais sa présence dès que je m’approchais du dojo.
A partir de ce moment quelque chose s’est transformé en moi. J’avais enfin compris un petit bout de son enseignement, et surtout, j’avais vérifié que le ki ne faisait pas partie de l’irrationnel, que c’était concret, et que sa perception était accessible à tous puisqu’elle m’avait été accessible.

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

Vous souhaitez recevoir les prochains articles ? Abonnez vous à la newsletter :

Notes :
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 25.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 14.
* Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence – Ed. Le Courrier du livre, 1979, p. 89 et 90.
* Itsuo Tsuda, Cœur de ciel pur – Ed. Le Courrier du livre, 2014, p. 117.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 23 et 24.

Souscription livre calligraphies

livres calligraphies

SOUSCRIPTION pour la publication de :

Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps

Une plongée au cœur de l’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda

Tirage limité, version « de luxe » réservées aux souscripteurs. En prévente jusqu’au 31 mai 2017.

Livre disponible en novembre 2017 à Paris au Dojo Tenshin (lors du vernissage ou sur RDV) ou bien expédié à vos frais. Version italienne disponible en mai 2018

Le prix de prévente de 75 € correspond aux frais de production. Aucun bénéfice ne sera fait sur ces ventes. Pour commander : pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda, adressez vous directement à votre dojo sinon rendez-vous sur cette page

Présentation générale

Monographie consacrée à l´œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda (1914-1984). Édition « de luxe », réservée aux souscripteurs, volume relié au fil, couverture toile avec marquage à chaud, et jaquette. Format 30x24cm. Environ 380 pages dont 100 reproductions couleurs pleine page.Lire la suite

Noguchi-Chuang-Tzu #2

Concerning Chuang-Tzu’s chapter « The spirit of cultivating life » (II) by Haruchika Noguchi. To read the beginning http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/noguchi-tchouang-tseu-1/

« In doing what is considered good, avoid fame ; in doing what is considered wrong, avoid penalties ; make it a principle to keep a middle course, and you will preserve your body, fulfill your life, support your parents and live out your natural span of days. » Read and accepted as they are, these words are the principles of health. I feel in them, close to me, the force of the man’s spirit.

When the king of So heard of Chuang-tzu’s cleverness, he sent, with a great show of courtesy, officials to Chuang-tzu, asking him to become prime minister ; but Chuang-tzu laughed and remarked that ten thousand pieces of gold was a large amount and a prime minister’s position was very superior. But he asked the officials whether they had ever seen a sacrificial bull decked for a festival. Such a bull, he said, is fattened with various nourishing foods for the occasion, decked with beautiful cloth, and driven into the chamber of the gods. However much the bull wants to be merely a bull at this time, it cannot. He told the officials to leave without making a fuss and not to sully his life, and he said that he simply wanted to enjoy himself in his own squalid situation. Words like these are extremely characteristic of Chuang-tzu, and they still raise a smile after two thousand years. In the end right and wrong and praise and blame are one, Chuang-tzu said.

The distinguishing of things involves definition. Definition involves disruption. With things, there is neither definition nor disruption, only one-ness. Only the true sage knows that everything is one. In this way, Chuang-tzu stamped on the world of oppositions and shattered it. That is why he said unworriedly, « In doing what is considered good, avoid fame; in doing what is considered wrong, avoid penalties »

When someone sleeps on the damp ground, strength drains from him and he develops rheumatism. Put an eel on a treetop, and it trembles with fear ; do the same to a monkey, and this doesn’t happen. ‘Within these three, is there any one that doesn’t know the place that is proper for its life?’

Noguchi Tchouang tseu

The human being eats pork, the deer likes grass, the centipede finds worms delicious, the crow delights in rats. ‘Within these four, is there any one that doesn’t know what it likes to eat ?’ The male monkey takes the female monkey in its arms, the stag copulates with the doe, the eel plays with fish. Mao Chiang and Li Chi were reputed to be the most beautiful women under the heavens, but at the sight of them, fish dived into the depths, birds flew up into the sky, and deer ran away. Which of these does not know the proper object of its affections ? Standing beyond good and evil and merging with the nature of all things : this is the secret of Chuang-tzu’s cultivation of life. Chasing after a healthy life and running to avoid an unhealthy one only makes you hot and bothered. Being proud of your talents and wanting to become first in the world in something is to have forgotten the most important principle of cultivating life.

A great tree is toppled by the wind ; the high status of a minister attracts the envy of the masses, but for the person who has cast off every fetter and enjoys a life of freedom, a minister, though he has a high status and receives a high salary, is no more than a broken sandal. ‘A pheasant that lives in a marsh walks ten paces for one beakful of food and a hundred paces for one sip of water, but it doesn’t want to be kept in a cage.’ Chuang-tzu teaches that there is no need to be over-pernickety about a ‘healthy’ or an ‘unhealthy’ life and to make yourself hot and bothered. He teaches that one breathes quietly and follows disinterestedly and calmly the body’s demands, and that this is the essence of preserving life and living fully.

How can we live up to this ? Do we adopt the attitude of someone who sees a fire on the other side of the river and folds his arms ? Or is there something more to be done, something positive ? Prince Wen Hui’s cook said, ‘I handle things with the spirit, and not with the eye. When the senses cease functioning, the spirit leads.’ This is to close yourself off from appearances and at once to forget them ; essentially it is the same as the Zen priest Lin Chi’s saying, ‘Mind does not differ from mind. ‘ Thus, in all this there is nothing but the unfolding of a pure act, and this, fundamentally, is what is asserted in the master swordsman’s adage : ‘Forget your skills and forget your opponent ; let him cut skin-deep, while you carve his flesh ; only if you abandon yourself to the flood may you reach the shallows.

Can we not say that within the way the art of killing leads to the road of being in true earnest, the road of cultivating life is concealed ? Conquering attachment to things, the adherence to rule and the fear of death, and making the spirit free allows you to use the sword freely in the swordsman’s world without damaging anything, and in the ordinary. world it allows you to enter on the road of cultivating life and to foster the essence of life. I suspect that Wen Hui learned from his cook’s words that it is by following the nature of things that one cultivates life ; the important thing was his recognising that the cook’s knife moved without the intervention of the self and without the knife’s being damaged. One Zen priest was asked, ‘You come and go, come and go. What do you mean by it ? »I wear out shoe-leather to no purpose,’ he replied.

(to be continued)

Conférence Seitai-do

conférence seitaido

« Seitai-Do, voie du retour à l’équilibre naturel de l’individu, est une philosophie pratique qui s’inscrit dans la vie quotidienne. Régis Soavi parlera du rapport à la maladie, de la grossesse, de yuki, de l’éducation… autant d’aspects de la vie de tous les jours qui peuvent participer à la normalisation du terrain de l’individu. »

Le jeudi 16 mars 2017 à 20h, le dojo Yuki Ho vous invite à une conférence donnée par Régis Soavi. Cette conférence est ouverte à tous et abordera le thème de la santé sous l’angle du Seitai-Do.

Lire la suite

Noguchi-Chuang-Tzu #1

Concerning Chuang-Tzu’s chapter « The spirit of cultivating life » ( I ) by Haruchika Noguchi. To read the beginning http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/noguchi-tchouang-tseu-1/

Chuang-tzu’s chapter « The Spirit of Cultivating Life »  is an exposition of the way to cultivate the spirit of life, that is to say, one’s whole being. Nevertheless, if—still reading the first two Chinese characters in the usual way—one takes the title as meaning something like « The Rules for Maintaining Health », the result is very intersting. Hitherto, where rules for maintaining health or rules of hygiene are concerned, the only things that have been preached are « Treat life as precious » and « Be careful » ; and one hasn’t been able to feel, even a little, the vital activity of life in such preachings. It may be because of a lack of any Chuang-tzu-like element in them.

I shall look at « The Spirit of Cultivating Life » not as a means to spiritual develOpment, but as one of the sciences of health, and I hope to be able to discern what is concealed within it : the true lineaments of life, which is exuberant and positive.
Chuang-tzu begins his chapter with the words : « Our lives are limited, knowledge is unlimited. It is perilous for what is limited to follow what is unlimited. It is still more perilous to apply knowledge. » Rather than using knowledge to bore seven holes in the Formless ( as in the parable he concludes his seventh chapter with ), Chuang-tzu wanted to remain within undifferentiated nothingness, and he taught that human beings should remain within this.

Our lives are limited, there is no limit to shoulds and shouldn’ts, and if, possessing limits, one tries to abide by limitless shoulds and shouldn’ts, one is left only with the anxiety that one is unable to abide by them. Nevertheless, people still chase after shoulds and shouldn’ts. And their anxiety grows.

The way of hygiene is pursued with the sole result that shoulds and shouldn’ts are multiplied ; the shoulds and shouldn’ts that people must heed multiply more and more ; and then the anxiety to heed these rules coupled with the ‘ fear that they are not able to do so makes people ever more timid and weak-spirited, and the other side of the coin is that this anxiety and fear increase the powers of disease-causing agents and of unhealth.

Noguchi Haruchika. Photo issu de http://noguchi-haruchika.com
Noguchi Haruchika. Photo de http://noguchi-haruchika.com

 

Separated from the fundamental matter of enhancing life, hygiene strives only to avoid unhealth, to keep away from harmful things, to escape from things that are feared ; and so it becomes difficult for people to live in a vital way. Eating all one can, sleeping as much as one wants, sparing oneself trouble as much as possible, resting as much as possible, taking lots of medicine, avoiding heat and disliking cold, wearing more clothes than is necessary, and living in a safe way by these means—should we call this health ? Should we call these methods, for which human beings have used every bit of knowledge they have, hygiene ?

What force is there in an enumeration of forms ? It only vitiates the human spirit. Does it not only make life wither ?

Living in a healthy and vital way means not being daunted by cold, heat, wind or humidity, working without being fatigued, sleeping without dreaming, finding whatever you eat delicious, and always enjoying life ; it does not mean not falling ill. Not falling ill should not be a purpose, but a result. Healthy people are not daunted by illness, and they pass through an illness when they have one in a splendid manner, becoming all the more energetic and full of fife ; and you don’t need to read about Nietzsche’s experience in order to understand this. When shoulds and musts control human activity, then human beings have already forged fetters for themselves. Knowledge is a weapon for human beings, and a power for accomplishing their intentions. But when knowledge is piled up and the freedom of human beings is restricted, people become unable to live in a lively way because of shoulds and shouldn’ts, rather as a deer’s antlers become a hindrance to it. And then there’s nothing better than to become free by cutting that knowledge off and throwing it away.

When you want to eat, eat ; when you want to sleep, sleep ; when you want to work, work. It is not a matter of having to eat, it is not a matter of having to sleep, it is not a matter of working because you should. Much less is it a matter of eating, sleeping or working because of what the clock says. It is not a matter of living tomorrow’s life in accordance with yesterday’s knowledge. Tomorrow is for opening up the new on the basis of tomorrow’s experience. Past knowledge, customary fetters—separate yourself from such things and live in a vital way. The vital activity of life that is always renewed belongs to the person who lives always in an unfettered way.
( to be continued )