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L’Aïkido est-il un art martial ?

Par Régis Soavi

Il semble que cette question « L’Aïkido est-il un art martial ? » soit récurrente dans les dojos et divise les pratiquants, les enseignants, ainsi que les commentateurs dans à peu près toutes les écoles. Personne ne pouvant donner une réponse définitive, on a recours à l’histoire des arts martiaux, aux nécessités sociales, à l’histoire de l’origine des êtres humains, aux sciences cognitives, etc., en les chargeant d’apporter une réponse, qui, si elle ne résout pas le problème, aura au moins le mérite de justifier les propos tenus.

L’Aïkijutsu est devenu un dō

L’Aïkijutsu, depuis qu’il a abandonné le suffixe jutsu pour devenir un dō, s’est reconnu lui-même comme un art de la paix, une voie de l’harmonie au même titre que le Shodō (la voie de la calligraphie) ou encore le Kadō (la voie des fleurs). En adoptant le terme qui signifie le chemin, la voie, est-il devenu pour autant un chemin plus facile ? Ou au contraire nous oblige-t-il à nous poser des questions, à réexaminer notre propre parcours, à faire un effort d’introspection ? Un art de la paix est-il un art de l’accommodation, un art faible, un art de l’acceptation, un art où les filous peuvent jouir d’une réputation à peu de frais ?
Certes c’est un art qui a su s’adapter aux nouvelles réalités de notre époque. Mais doit-on entretenir l’illusion d’une self-défense facile, à la portée de tous, adaptée à tous les budgets et sans la nécessité de s’investir le moins du monde ? Peut-on réellement croire ou faire croire qu’à raison d’une ou deux heures par semaine, qui plus est hors vacances (les clubs sont souvent fermés), on peut devenir un foudre de guerre ou acquérir la sagesse et être capable de résoudre tous les problèmes par son calme, sa sérénité, ou son charisme ?
La solution alors se trouve-t-elle dans la force, le travail musculaire et les arts violents ?
S’il existe une direction, elle se trouve à mon avis, et malgré ce que je viens de dire, dans l’Aïkido.

Une École sans grade

Tsuda Itsuo ne donna jamais de grade à aucun de ses élèves et lorsque quelqu’un lui posait une question sur le sujet, il avait coutume de répondre « Il n’y a pas de ceinture noire de vide mental ». On peut dire que, avec cela, il avait clos toute discussion. Ayant été l’interprète, auprès de Ō Senseï Morihei Ueshiba, d’André Nocquet senseï lors de son apprentissage au Japon, il a par la suite servi d’intermédiaire lorsque des étrangers français ou américains se présentaient au Hombu Dojo pour s’initier à l’Aïkido. Cela lui permit, traduisant les questions des élèves et les réponses du maître, d’avoir accès à ce qui sous-tendait la pratique. Ce qui en faisait quelque chose d’universel. Ce qui en faisait un art au-delà de la pure martialité. Il nous parlait de la posture de Ō Senseï, de son incroyable spontanéité, de la profondeur de son regard qui semblait le percer jusqu’au plus profond de son être. Tsuda Itsuo n’a jamais cherché à imiter son maître qu’il considérait inimitable. Il s’est tout de suite intéressé à ce qui animait cet homme incroyable capable de la plus grande douceur comme de la plus grande puissance. C’est pourquoi, arrivé en France, il chercha à nous transmettre ce qui pour lui était l’essentiel, le secret de l’Aïkido, la perception concrète du ki. Ce qu’il avait découvert, et qu’il résumait dans cette phrase, la première de son premier livre : « Depuis le jour où j’ai eu la révélation du “ki”, du souffle (j’avais alors plus de quarante ans), le désir ne cessait de grandir en moi d’exprimer l’inexprimable, de communiquer l’incommunicable. »*

Pendant dix ans il parcourut l’Europe afin de nous faire découvrir, à nous, Occidentaux, bien trop souvent cartésiens, dualistes, qu’il existe une autre dimension à la vie. Que cette dimension n’est pas ésotérique mais exotérique comme il se plaisait à le dire.

Une École particulière

Les motivations qui amènent à commencer cette pratique sont de manière évidente très diverses. Si je pense aux personnes qui pratiquent dans notre École (l’École Itsuo Tsuda), à part quelques-unes, il y en a peu qui soient venues pour l’aspect martial. D’ailleurs bon nombre d’entre elles n’y ont rien vu de martial de prime abord, bien qu’à l’occasion de chaque séance je montre comment les techniques pourraient être efficaces si on les exécutait de façon précise, et dangereuses si on les utilisait de manière violente. Le coté martial découle de la posture, de la respiration, de la capacité de concentration, de la vérité de l’acte qu’est l’attaque. Pour l’apprentissage, il est indispensable de respecter le niveau de son partenaire, de s’exercer avec des formes connues.
Mais la découverte que l’on peut faire en travaillant les formes prédéfinies va bien au-delà. Il s’agit de faire fructifier autre chose, de révéler ce qui se trouve au fond des individus, de se libérer de l’emprise sous-jacente qu’exerce le passé et même parfois le futur, sur nos gestes, sur l’ensemble de nos mouvements, tant physiques que mentaux. Et d’ailleurs personne ne s’y trompe dans notre dojo.
La séance commence à 6h45. Le fait de venir pratiquer si tôt le matin (en fait Ō Senseï et Tsuda senseï avaient toujours commencé leurs propres séances à 6h30) n’est ni une ascèse ni même une discipline. Certains pratiquants arrivent vers 6h chaque matin, pour partager un café ou un thé, et profiter de ce moment d’avant la séance (de pré-séance), si riche parfois grâce aux échanges que l’on peut avoir entre nous. C’est un moment de plaisir, d’échange sur la pratique, comme parfois aussi sur la vie quotidienne, que l’on partage avec les autres de manière extrêmement concrète et non de façon virtuelle comme la société a tendance à nous le proposer.
Évidemment tout cela peu paraître rétrograde ou inutile, mais cela évite le coté loisir facile et ne favorise pas le clientélisme, sans pour autant dire qu’il n’existe pas, cela le réduit et avec le temps il évolue. Et cela parce que les êtres changent, se transforment, ou plus précisément se retrouvent eux-mêmes, retrouvent des capacités inexploitées, qu’ils pensaient parfois avoir perdu ou souvent, plus simplement, qu’ils avaient oubliées.

Yin le féminin : comprendre

Les femmes sont si nombreuses dans notre École que la parité n’y est pas respectée, les hommes sont minoritaires, de peu certes, mais ils l’ont toujours été. Je m’en voudrais de parler au nom des femmes et pourtant comment faire ? Elle ne forment pourtant pas un monde à part, inconnu des hommes.
En fait, pour beaucoup, peut-être que si ! … Cependant je pense qu’il suffit pour l’homme de se pencher sur son coté yin, sans en avoir peur, pour retrouver et comprendre ce qui nous rapproche et ce qui nous différencie. Est-ce par une affinité personnelle, une recherche due à mon propre vécu pendant les événements de mai 68 et à cette éclosion du féminisme qui se révéla une fois de plus à cette époque. Ou plus simplement peut-être parce que j’ai eu trois enfants et que ce sont trois filles, qui d’ailleurs pratiquent toutes les trois, le résultat quelles qu’en soient les raisons a fait que j’ai toujours accordé leur place légitime aux femmes dans les dojos de notre École. Elles y ont les mêmes responsabilités et il n’y a évidemment aucune différence de niveau, que ce soit pour l’étude comme pour l’enseignement. Il est vraiment dommage d’avoir à préciser ce genre de choses, mais malheureusement elles ne découlent pas d’elles-mêmes dans ce monde.
Malgré tout les femmes prennent peu la parole, ou même devrais-je dire la plume, dans les revues d’art martiaux. Il serait intéressant de lire des articles écrits par des femmes, voire de consacrer un espace dans « Dragon magazine spécial Aïkido » à la vision des femmes sur les arts martiaux et sur notre art en particulier. N’ont-elles rien à dire, ou le monde masculin accapare-t-il toute la place ? Ou peut-être encore ces débats de chapelles sur l’efficacité de l’Aïkido les ennuient, elles qui cherchent et souvent trouvent, me semble-t-il, une autre dimension, ou en tout cas autre chose, grâce à cet art  ? Cet « autre chose », qui est peut être plus près de la recherche de Ō Senseï, Tsuda Itsuo senseï nous en donne une idée dans ce passage de son livre La Voie du dépouillement :

« Se représente-t-on Me Ueshiba comme un homme fait entièrement en acier ? C’est pourtant l’impression bien contraire que j’ai eu de lui. C’était un homme serein, capable d’une concentration extraordinaire, mais très perméable par ailleurs, aux éclats de rire sonores, avec un sens de l’humour inimitable. J’ai eu l’occasion de toucher son biceps. J’en étais stupéfait. C’était la tendresse d’un nouveau-né. Tout ce qu’on pouvait imaginer de contraire à la dureté.
Cela peut paraître curieux, mais son Aïkido idéal était celui des jeunes filles. Les jeunes filles ne sont pas capables, de par leur nature physique, de contracter les épaules aussi durement que les garçons. Leur Aïkido, est de ce fait, plus coulant et plus naturel. »**

Yang le masculin : combattreart martial

Nous sommes éduqués à la compétition depuis notre plus tendre enfance, l’école, sous prétexte d’émulation, a tendance à aller dans la même direction, et tout cela pour nous préparer au monde du travail. Le monde est dur nous apprend-on, il faut absolument gagner sa place au soleil, apprendre à se défendre contre les autres, mais en est-on si sûr ? Notre désir n’aurait-il pas tendance, lui, à nous guider dans une autre direction ? Et que faisons-nous pour réaliser cet objectif ? L’Aïkido peut-il être l’un des instruments de cette révolution des mœurs, des habitudes, doit-il et surtout devons-nous faire l’effort nécessaire afin que les racines du mal qui ronge nos sociétés modernes se régénèrent et redeviennent saines ? Il y a eu par le passé des exemples de sociétés où la compétition n’existait pas, ou très peu de la manière dont elle existe aujourd’hui, des sociétés où le sexisme aussi était absent, même si on ne peut pas les présenter comme des sociétés idéales. En lisant les écrits sur le matriarcat dans les îles Trobriand de ce très grand anthropologue qu’était Bronislaw Malinowski on pourra découvrir son analyse, trouver des pistes, et peut-être même des remèdes à ces problèmes de civilisation qui ont été si souvent dénoncés.

Tao, l’union : une voie pour l’accomplissement de l’être humain

La voie, par essence, sans être un idéaliste, se justifie et prend toute sa valeur par le fait qu’elle normalise le terrain des individus. Pour qui la suit, elle régule ses tensions, elle est équilibrante, elle est tranquillisante en permettant un autre rapport à la vie. N’est-ce pas ce que tant de personnes « civilisées » recherchent désespérément et qui se trouve en fin de compte au fond de l’être humain ?

La voie n’est pas une religion, c’est même ce qui la différencie de la religion qui en fait un espace de liberté, au sein des idéologies dominantes. La pensée de laquelle on peut la rapprocher me semble plutôt être l’agnosticisme, courant philosophique peu connu, ou plutôt connu de manière superficielle mais qui permet d’intégrer toutes les différentes écoles. Il y a bon nombre de rituels dans l’Aïkido que l’on continue de suivre sans en comprendre la véritable origine (celle à laquelle puisa Ō Senseï) ou parfois d’autres rituels que divers maîtres trouvèrent grâce à d’anciennes pratiques comme le fit Tamura senseï lui-même. On les a souvent associés avec la religion alors que, comme on pourrait le vérifier, ce sont les religions qui ont utilisé tous ces anciens rituels, se les sont appropriés pour en faire des instruments au service de leur propre pouvoir, et même trop souvent ils servent à la domination et à l’asservissement des individus.

Un moyen : la pratique respiratoire

La première partie dans l’Aïkido de O Senseï Morihei Ueshiba, loin d’être un échauffement, consistait en mouvements dont il est primordial de retrouver la profondeur. Ce n’est pas pour une satisfaction intellectuelle, ni par soucis d’intégrisme et encore moins pour acquérir des « pouvoirs supérieurs », que nous les continuons, mais pour retrouver le chemin qu’avait emprunté Ō Senseï. Certains exercices, comme Funakogi undo (mouvement dit du rameur) ou Tama-no-hireburi (vibration de l’âme), ont une très grande valeur, et lorsqu’ils sont pratiqués avec l’attention nécessaire, ils peuvent nous permettre de sentir au-delà du corps physique, au-delà de notre sensation si limitée, pour découvrir quelque chose de plus grand, de beaucoup plus grand que nous. Il s’agit d’une nature illimitée à laquelle nous participons, dans laquelle nous baignons, qui est fondamentalement et inextricablement liée à nous, et que pourtant nous avons tant de mal à rejoindre ou même parfois à sentir. Cette conception que j’ai fait mienne, n’est pas due à un rapport mystique à l’univers, mais plutôt à une ouverture psychophysique que de nombreux physiciens modernes ont approché grâce à la théorie et qu’ils cherchent à vérifier. Ce n’est pas une chose que l’on peut apprendre en regardant des vidéos sur YouTube, ni en consultant des livres de sagesse du passé malgré leur indéniable importance. C’est quelque chose que l’on découvre de manière purement corporelle, de manière absolument et intégralement physique, même si c’est un physique élargi à une dimension inhabituelle. Petit à petit tous les pratiquants qui acceptent de chercher dans cette direction le découvrent. Ce n’est pas lié à une condition physique ni à un âge ni évidemment à un sexe ou un peuple.

L’éducation

Presque tous les psychologues considèrent que l’essentiel de ce qui nous guidera à l’âge adulte se passe pendant notre enfance et plus précisément notre petite enfance.

Aussi bien les bonnes expériences que les mauvaises. Il y a donc un soin particulier à apporter à l’éducation de manière à conserver le plus possible la nature innée de l’enfant. Il ne s’agit en aucun cas de laisser l’enfant faire tout ce qu’il veut, d’en faire un enfant roi, de devenir son esclave, le monde est là qui l’entoure et il a besoin de points de repère. Mais c’est très vite, souvent peu de temps après la naissance, parfois après quelques mois, que le bébé est confié à des personnes étrangères à la famille. Que sont devenus ses parents ? Il ne reconnaît plus la voix de sa mère, son odeur, son mouvement. C’est le premier traumatisme et on nous dit : « Il s’en remettra ». Certes, malheureusement ce n’est pas le dernier, loin de là. Puis vient la crèche qui s’emboîte avec la maternelle, l’école primaire, le collège puis enfin le Bac avant peut-être l’université, pour au moins trois voire quatre, cinq, six ans ou plus encore.
Mais que peut-on y faire ? « C’est la vie » me dit-on. Chacune de ces boîtes dans lesquelles l’enfant va passer son temps au nom de l’éducation, de l’apprentissage est une prison mentale. De socle commun en culture de masse, quand sera-t-il respecté en tant qu’individu plein de cette imagination qui caractérise l’enfance ? On lui apprendra à obéir, il apprendra à tricher. On lui apprendra à être avec les autres, il apprendra la compétition. Il sera noté, on appellera cela émulation, et ce désastre psychologique sera vécu par les premiers comme par les derniers des élèves.
Au nom de quelle idéologie totalitariste forme-t-on les enfants et toute la jeunesse à la peur de la répression, à la soumission, au désengagement et à la désillusion ? La société d’aujourd’hui dans les pays riches ne nous propose rien de bien nouveau : travail et loisirs ne sont que des synonymes de l’idéal romain du pain et des jeux, l’esclavage antique n’est que le salariat de maintenant. Un esclavage amélioré ? Peut-être… avec une lobotomisation spectaculaire, garantie sans facture, grâce à la publicité pour la marchandise dont on nous abreuve, et son corollaire : l’hyper-consommation de biens tant inutile que néfaste.
La pratique de l’Aïkido pour les enfants et les adolescents est l’occasion de sortir des schémas que propose le monde qui les entoure. C’est grâce à la concentration exigée par la technique, une respiration calme et sereine, l’aspect non compétitif, le respect de la différence, qu’ils peuvent conserver, ou si besoin retrouver leur force intérieure. Une force tranquille, non agressive, mais pleine et riche de l’imagination et du désir de rendre le monde meilleur.

Une philosophie pratique ou, mieux dit, une pratique philosophique.

La particularité de l’École Itsuo Tsuda vient du fait qu’elle s’intéresse plus à l’individualité qu’à la diffusion d’un art ou d’une suite de techniques. Il ne s’agit pas de créer un individu idéal, ni de guider quiconque vers quelque chose, vers un modèle de vie, avec tel taux de gentillesse, tel taux d’amabilité ou de sagesse, de pondération ou d’exaltation, etc. Mais de réveiller l’être humain et de lui permettre de vivre pleinement dans l’acceptation de ce qu’il est au sein du monde qui l’entoure sans le détruire. Cet esprit d’ouverture ne peut que réveiller la force qui préexiste en chacun de nous. Cette philosophie nous porte à l’indépendance, à l’autonomie, mais non à l’isolement, au contraire, par la découverte de l’Autre, par la compréhension de ce qu’il est, et au-delà de ce qu’il est peut-être devenu. Tout cet apprentissage, ou plutôt cette réappropriation de soi, demande du temps, de la continuité, de la sincérité afin de réaliser de manière plus claire la direction vers laquelle on désire se rendre.

Le dépassement, ce qu’il y a derrière.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, est ce qu’il y a derrière ou plus exactement ce qu’il y a au fond de l’Aïkido. Lorsqu’on prend un train on a un objectif, une destination, avec l’Aïkido c’est un peu comme si au fur et à mesure que l’on avance le train changeait d’objectif, comme si la direction devenait à la fois différente, et plus précise. Quand à l’objectif, il s’éloigne malgré le fait que l’on pense s’en être rapproché. Et c’est là qu’il faut prendre conscience que l’objet de notre voyage est dans le voyage lui-même, dans les paysages que l’on découvre, qui s’affinent, et se révèlent à nous.

« L’Aïkido est-il un art martial ? » un article de Régis Soavi

Notes

* Tsuda Itsuo, Le Non-faire, Le Courrier du Livre, 1973, p.7.
** Tsuda Itsuo, La Voie du dépouillement, Le Courrier du Livre, 1975, pp.148-149.

Evento calligrafie a Roma

Il 12 e il 13 ottobre 2018, il dojo Bodai di Roma recentemente rinnovato, funge da cornice per l’evento “Un libro – un’esposizione” con una buona affluenza di pubblico, interesse e apprezzamenti favorevoli.
La sera del 12 ottobre, di fronte a un nutrito gruppo di visitatori, nell’atmosfera avvolgente dell’esposizione di 87 calligrafie in riproduzione fotografica, ha avuto luogo la presentazione del libro “Itsuo Tsuda, Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2017). Per l’occasione é stata esposta anche la calligrafia originale  » La Tigre « .

Durante la giornata di sabato abbiamo ricevuto diverse visite: fra gli amici, conoscitori ed esperti di cultura giapponese, ci è gradito segnalare la visita di Paolo Bottoni, aikidoka, giornalista e blogger, che ha scritto un articolo sul suo blog www.musubi.it a proposito delle calligrafie del Maestro Tsuda.
L’evento ha registrato complessivamente il passaggio al Dojo Bodai di un’ottantina di persone.
Per tutti, compresi noi organizzatori, è stata l’occasione di entrare in contatto in modo diretto e contemporaneamente con la quasi totalità delle calligrafie del Maestro Tsuda : un momento indimenticabile e ricco di sensazioni !
Per chi non ha avuto la possibilità di scoprire questo libro e tutta l’opera del Maestro Tsuda, potete trovarli a Roma al dojo Bodai, e anche sul sito di Yume Editions

Au cœur du déplacement, l’involontaire

Par Régis Soavi 

« Si je dois donner un but à mon Aïkido, ce sera d’apprendre à nous asseoir,  à nous lever, à avancer et à reculer. » I.Tsuda

Déplacements : la coordination, la posture

Pour se déplacer correctement il est nécessaire d’être stable, et on ne résout pas des problèmes de stabilité par l’apprentissage. La stabilité doit naître de l’équilibre, qui lui-même naît du système involontaire. L’être humain a cette particularité de se tenir debout avec comme seuls points d’appui cette toute petite surface que sont ses deux pieds. Et s’il s’agissait seulement de se tenir immobile, encore passe, mais nous nous déplaçons, et qui plus est, nous sommes capables en même temps de parler, de réfléchir, de bouger les bras dans tous les sens ainsi que la tête ou les doigts, tout cela en étant parfaitement stables. La coordination musculaire involontaire s’occupe de tout. Si nous perdons l’équilibre sans pouvoir nous rattraper à quoi que ce soit, notre corps cherche par tous les moyens à récupérer l’équilibre perdu, et souvent il y parvient grâce au mouvement de la répartition du poids d’une jambe sur l’autre, en trouvant des points d’appui extrêmement précis, que nous aurions eu du mal à trouver à l’aide de notre seul système volontaire. Tsuda Itsuo raconte une anecdote personnelle sur son apprentissage de l’Aïkido qui me semble édifiante, dans son livre La Science du particulier.*Lire la suite

Calligrafie di Primavera a Roma

L’esposizione “Calligrafie di Primavera” approda a Roma in ottobre !
In programma presso il Dojo Bodai di Roma, nelle giornate di venerdì 12 e sabato 13 ottobre 2018, l’evento Un libro – Un’esposizione.
Sulla scia delle precedenti anteprime di Parigi e Milano, l’evento ripropone, per il pubblico romano, la presentazione del libro “Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2018) e la ricca mostra fotografica dedicata alle calligrafie di Itsuo Tsuda, che al libro hanno dato origine.

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Mémoires d’un aïkidoka

Par Régis Soavi.

Parler à mes élèves des maîtres que j’ai connus fait évidemment partie de mon enseignement. Certains eurent une telle importance que je ne peux pas m’en débarrasser d’un coup du revers de la main et prétendre que je me suis fait tout seul. Les maîtres que j’ai connus ont laissé des traces qui m’ont formé et surtout ouvert à des domaines que j’ignorais, ou que parfois je soupçonnais sans pouvoir les atteindre.

Les Maîtres du passé : des maîtres de vie ?

Il m’a toujours semblé important de ne pas faire de ces maîtres des surhommes, des génies,  des dieux. J’ai toujours considéré que ces maîtres valaient beaucoup mieux que cela. Les idoles créent une illusion, nous endorment et appauvrissent les idolâtres, elles les empêchent de progresser, de prendre leur envol de leurs propres ailes. À cet égard Tsuda Senseï, lui qui est maintenant un maître du passé, écrivait dans son huitième livre La Voie des dieux :

« Maître Ueshiba a planté des poteaux indicateurs  »c’est par là », et je lui en suis très reconnaissant. Il a laissé d’excellentes carottes à manger que j’essaye d’assimiler, de digérer. Une fois digérées, ces carottes deviennent Tsuda qui est loin d’être excellent. Cela est inévitable. Mais il est nécessaire que les carottes ne restent pas carottes, sinon elles pourrissent toutes seules, sans utilité.
Il ne s’agit pas, pour moi, d’adorer, de déifier ou d’idolâtrer Maître Ueshiba. Comme tout le monde, il avait des qualités et des défauts. Il avait des capacités extraordinaires mais il avait des faiblesses, notamment vis-à-vis de ses élèves. Il se faisait avoir par eux à cause de considérations un peu trop humaines. »Lire la suite

Un désir devenu réalité : Calligraphies de printemps.

Les 18 et 19 mai 2018 nous avons présenté dans notre dojo à Milan le livre intitulé Itsuo Tsuda, Calligrafie di primavera. Nous avons exposé plus de 80 reproductions photographiques d’excellente qualité des calligraphies de Maître Itsuo Tsuda (choisies parmi les 116 présentées dans le livre) ainsi que trois calligraphies originales.

Un article, des photos et deux vidéos pour revivre l’événement !

L’événement au Dojo Scuola della RespirazionePrésentation du livre à la RAI

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Itsuo Tsuda en anglais

Deux très bonnes nouvelles à vous annoncer aujourd’hui :

Nous tenons vivement à féliciter Alison Strayer, la traductrice des livres de Itsuo Tsuda en anglais pour le prix de traduction qui vient de lui être décerné par la French-American Foundation. Auteure de romans, histoires et essais, et traductrice, Alison a déjà vu à plusieurs reprises son œuvre sélectionnée pour des prix littéraires.
La 31ème édition de l’Annual Translation Prize Awards, qui s’est tenue à New York en mai 2018, l’a récompensée dans la catégorie « non-fiction », pour sa traduction de Les Années de Annie Ernaux (The Years, Seven Stories Press). Ce prestigieux prix, qui depuis 1986 est dirigé par la French American Foundation, promeut les échanges entre la France et les États-Unis. Il met en avant, chaque année, les meilleures traductions de livres français en langue anglaise, dans les catégories fiction et non-fiction.

Nous avons l’honneur de travailler avec cette excellente traductrice pour porter l’œuvre d’Itsuo Tsuda vers le monde anglophone et nous en sommes très heureux.

D’autre part les livres de Itsuo Tsuda en anglais sont maintenant disponibles en plein cœur  de Londres, dans la plus ancienne librairie ésotérique de Londres, chez Watkins au 19-21 Cecil Court. Là aussi nous remercions vivement la librairie Watkins d’offrir au public londonien l’opportunité de découvrir cette philosophie pratique.

La Trace Vide

Par Manon Soavi

« Tchouang-Tseu, grand philosophe chinois, a dit, il y a deux mille cinq cents ans : le Vrai homme respire de ses talons alors que les gens du commun respirent de leur gorge.
Qui respire aujourd’hui de ses talons ? On respire de la poitrine, de ses épaules ou de sa gorge. Le monde est rempli de ces invalides qui s’ignorent. »*  Ainsi commence Tsuda senseï dans son premier livre, publié en 1973, donnant le ton en citant le philosophe qui l’a le plus accompagné dans son parcours.
Tsuda senseï était un chercheur acharné et un homme d’une grande culture. Toute sa vie il ne cessa de travailler pour permettre à l’être humain de se dégager de ce qui l’encombre et l’entrave. Parti de sa recherche personnelle de la liberté de pensée, c’est finalement une compréhension philosophique de l’être humain qui se révéla au fur et à mesure de ses pratiques : Aïkido, Seitai, Nô… Et cette philosophie de l’être humain, cette voie, Tsuda senseï va la diffuser avant tout par ses livres* et son enseignement dans les dojos durant une dizaine d’années. Mais il est un média plus secret qu’il emprunta les dernières années de sa vie : la calligraphie.

L'ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda
L’ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda

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Hello Illness #1

Interview of Régis Soavi about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

« After reading the books of Itsuo Tsuda ( 1914-1984 ), I was fascinated by his arguments, which range freely from the subject of Aïkido to that of children and the way they are born, illness, or his memories of Ueshiba Morihei and Noguchi Haruchika, and I wanted to know more. I continued to have a sensation of something beyond my understanding.

So I began to ask, what exactly is this Regenerating Movement (Katsugen Undo ) that Tsuda spoke of, a spontaneous movement of the body that seemed able to rebalance it without needing to intoxicate it with medication ; an ancient concept but still revolutionary, above all in our society. I was unable to get any satisfactory answers to my questions : those who have practiced the Regenerating Movement couldn’t describe it or explain ; the answer was always : « You should try it yourself in order to understand ; the first time, it will probably unsettle you a bit. »
So I decided to try it. In Milan, the school that refers to the teachings of Itsuo Tsuda is the « Scuola della Respirazione ». There, one can practice Aïkido and the Regenerating Movement ( in separate sessions ). But, in order to go to the sessions of Movement, one must first participate in a week-end course conducted by Régis Soavi, who has continued the work of Tsuda in Europe.

Regis Soavi en conférence

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L’esprit de l’Aïkido est dans la pratique

Par Régis Soavi.

« On a souvent tendance à considérer l’esprit d’un art comme un processus mental, une direction à prendre de manière consciente ou encore des règles à respecter. Tout cela parce qu’en Occident nous vivons dans un monde de séparation, de division. D’un côté il y a l’esprit, de l’autre le corps, d’un côté le conscient, de l’autre l’inconscient, c’est ce qui est censé faire de nous des êtres civilisés alors même que cette séparation engendre des conflits en nous. Des conflits qui sont renforcés par les systèmes d’interdiction mis en place pour protéger la société, pour nous protéger nous-mêmes contre nous-mêmes.

regis soavi meditation
La pratique de l’Aïkido nous entraîne vers la réunification de l’être humain.

Vers la réunification de l’être humain, voilà la Voie dans laquelle nous nous dirigeons par la pratique de l’Aïkido. Cette réunification est nécessaire dans un monde où l’humain est chosifié, où il devient à la fois un consommateur et une marchandise. Sans se rendre compte du chemin qu’il prend, le civilisé exécute la vie au lieu de la vivre. Cette société qui nous pousse à la consommation laisse peu de place au travail intérieur, elle nous pousse à chercher au- dehors ce qui se trouve au-dedans. À acheter ce que nous possédons déjà, à chercher des solutions à tous nos problèmes à l’extérieur de nous-mêmes, comme si d’autres avaient de meilleures solutions. Cela amène à une prise en charge de l’individu par les différents systèmes de protection à la fois sociaux, idéologiques, ou de santé, multipliant ainsi l’offre et créant un marché idéal pour les vendeurs de rêves de tout poil, charlatans, gourous et compagnie.
J’apprends aujourd’hui que l’on vient de créer une nouvelle pratique : « la Respirologie », et comme d’habitude abusée par le pouvoir des mots la clientèle va certainement affluer. Est-ce qu’au nom de la normalisation du corps et de l’esprit, de la remise en forme des personnes, nous devrions changer le nom de notre art par : « Aïkido Thérapie » ?Lire la suite

Aikido: an evolution of the inner being

By Régis Soavi

Itsuo Tsuda in front of the tokonoma
Itsuo Tsuda in front of the tokonoma

Aikido is an instrument of my evolution, it made me evolve, I just had to follow with perseverance and obstinacy the road that was opening in front of me, that was opening inside me.  Like many other people, I came to this practice for its martial aspect. However, its beauty, as well as the aesthetic of its movements, quickly fascinated me, and this with my first teacher Maroteaux Sensei already. Then, when I saw Noro Masamichi Sensei, and Tamura Nobuyoshi Sensei, I had confirmation of what I had sensed: Aikido was a wholly different thing from what I knew.

I came from the world of Judo, with the images transmitted to us, for example, that of the cherry tree branch covered with snow which all of a sudden lets the snow slide down and the branch straightens up. I had already gone beyond the ideas that had been conveyed by the beginning of the century and the fifties, of a « Japanese Jiu Jitsu which turns a small thin man into a monster of efficacy ».Lire la suite

Le Fonds Itsuo Tsuda

fonds_itsuo_tsuda.pngNotre but : soutenir et conduire, sans but lucratif, toute activité d’intérêt général à caractère culturel destinée à conserver et diffuser l’œuvre philosophique d’Itsuo Tsuda.  Ce but s’articule autour de trois axes :

  • l’acquisition, la conservation et la diffusion de l’œuvre calligraphique ;
  • la diffusion de l’œuvre littéraire ;
  • la conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos.

Le fonds de dotation est un outil de financement du mécénat, une sorte de fondation qui répond à la quasi-totalité des droits et devoirs des fondations reconnues d’utilité publique.

Les donateurs peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66% du montant de leurs don.  Par exemple un don de 300€ ne coûtera que 100€ après déduction d’impôt. reduction_dimpot_don_mecenat Plus d’information sur la structure des fonds de dotation ici

L’œuvre calligraphique :

L’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda étant dispersée aux quatre coins du monde, nous avons souhaité la réunir et la rendre accessible à toutes les personnes intéressées. C’est chose faite en 2017, avec la publication du livre « Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps ».  Ce  formidable ouvrage n’aurait pas vu le jour sans un immense travail bénévole : le prix de vente ne servant qu’à couvrir les frais d’impression et d’expédition.

La diffusion de l’œuvre littéraire :

Yume Editions, est la marque éditoriale du fonds de dotation Itsuo Tsuda, avec laquelle l’œuvre d’Itsuo Tsuda est diffusée en anglais et italien.

CouvTsuda_PathOfLess_MiniGrâce aux dons des particuliers et au travail bénévole, nous pouvons proposer aujourd’hui des traductions de qualité professionnelle.  Sont déjà disponibles :

  • The Non Doing
  • The Path of Less
  • The Science of the Particular
  • One
  • The Dialogue of Silence, sera très bientôt disponible et The Unsteady Triangle est déjà en cours de traduction

En vente ici : http://yumeshop.fonds-itsuo-tsuda.org/fr/

C’est aussi ainsi que nous avons pu publier en 2014 le livre Cœur de ciel pur, œuvre posthume réalisée à partir d’inédits d’Itsuo Tsuda, éditée au Courrier du Livre – éditions Trédaniel (disponible en librairie)

La conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos :

La numérisation des documents pour un archivage qui puisse traverser le temps est aussi un des objectifs du fonds Itsuo Tsuda. Il nous tient à cœur de regrouper ces documents en un fonds d’archives accessible au public comme aux pratiquants et aux dojos. Ce sont des archives que nous considérons comme un patrimoine de l’humanité qui doivent donc être conservées et appartenir à tous.

Nous renouvelons ici nos remerciements à ceux qui nous soutiennent et nous rappelons que tout le travail est fait par des bénévoles. Alors si vous souhaitez soutenir l’action du fonds de dotation, contactez-nous  :  contact@fonds-itsuo-tsuda.org

Fonds Itsuo Tsuda,
50 rue du Volga 75020 Paris
Siret 538 200 254 00018

Calligraphies de Printemps, trente ans d’histoire

Calligraphies de Printemps est la première monographie consacrée à l’œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda qui regroupe cent treize calligraphies et les recherches que nous avons pu mener jusqu’à aujourd’hui.

À l’occasion de sa publication, les 18 et 19 novembre 2017 aura lieu au Dojo Tenshin à Paris une exposition conçue à partir des photos du livre. Un vernissage inaugural se tiendra le 18 novembre à 18h30. Toute personne souhaitant découvrir l’œuvre d’Itsuo Tsuda y est cordialement invitée.

Le dojo est ouvert et l’entrée est libre. Welcome !

En attendant nous avions envie de partager avec vous quelques lignes sur la genèse et les coulisses de cette aventure qui a commencé il y a plus de trente-trois ans.Lire la suite

Le ki, une dimension à part entière

Par Régis Soavi

« Le Ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.Ki une dimension a part entiere

Le ki une philosophie orientale ?

Quelle est cette philosophie « orientale » à laquelle nous n’aurions pas accès ? Existe-t-il un domaine spécifique réservé à quelques adeptes, à quelques disciples triés sur le volet, ou bien cette connaissance est-elle à la portée de tous, et qui plus est, sans se compliquer la vie. Je veux dire en menant une vie normale, sans faire partie d’une élite ayant eu accès à des connaissances secrètes, sans avoir des pratiques spéciales, cachées et distribuées au compte gouttes, mais plus simplement en ayant un travail, des enfants etc. Quand on pratique l’Aïkido, évidemment on est dans une recherche tant philosophique que pratique, mais c’est une recherche « exotérique » et non « ésotérique ».
Itsuo Tsuda a écrit neuf livres, créant ainsi un pont entre l’Orient et l’Occident pour nous permettre de mieux comprendre l’enseignement des maîtres japonais et chinois, pour le rendre plus concret, plus simple et accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être oriental pour comprendre, sentir de quoi il s’agit. Mais il est vrai que dans le monde où nous vivons il va falloir faire un petit effort. Sortir de nos habitudes de comportement, de nos références. Avoir un autre type d’attention, un autre type de concentration. Il ne s’agit pas de repartir de zéro mais de s’orienter différemment, de conduire notre attention (notre ki) d’une autre manière.
Déjà nous devons nous débarrasser de l’idée, très cartésienne, selon laquelle le ki serait une seule et même chose, alors qu’il est multiple. Admettre aussi que notre corps est capable de sentir des choses que l’on aurait du mal à expliquer rationnellement, mais qui font partie de notre vie quotidienne, comme la sympathie, l’antipathie, l’empathie. Les sciences cognitives tentent à coup de neurones miroirs et autres procédés de décortiquer tout ça, mais cela n’explique pas tout, et même parfois ça complique les choses.
De toute façon à chaque situation il y a une réponse, mais on ne peux pas analyser tout ce que l’on fait à chaque instant en fonction du passé, du présent, du futur, de la politique ou de la météo. Les réponses surgissent indépendamment de la réflexion, elles surgissent spontanément de notre involontaire, que ces réponses soient bonnes ou mauvaises, l’analyse nous le dira après coup.

Le ki en Occident

L’Occident connaissait le ki par le passé, on l’appelait pneuma, spiritus, prana, ou tout simplement souffle vital. Aujourd’hui cela semble bien désuet. Le Japon a gardé un usage très simple de ce mot que l’on peut retrouver dans une multitude d’expressions, que je cite plus loin, en reprenant un passage d’un livre de mon Maître.
Mais dans l’Aïkido qu’est-ce que le ki ?
Si une École peut et doit parler du ki, c’est bien l’École Itsuo Tsuda, et cela évidemment sans prétendre à l’exclusivité, mais simplement peut-être parce que mon Maître avait basé tout son enseignement sur le ki, qu’il avait traduit par respiration. C’est pourquoi il parlait d’une « École de la respiration » : « Par le mot respiration, je ne parle pas d’une simple opération bio-chimique de combinaison oxygène-hémoglobine. La respiration, c’est à la fois vitalité, action, amour, esprit de communion, intuition, prémonition, mouvement. »*
L’Aïkido n’est pas un art de combat, ni même de self défense. Ce que j’ai découvert avec mon Maître, c’est l’importance de la coordination de la respiration avec mon partenaire, comme moyen de réaliser la fusion de sensibilité quelle que soit la situation. Itsuo Tsuda nous expliquait à travers ses textes ce que lui avait transmis son Maître Morihei Ueshiba. Pour nous le transmettre de manière plus concrète, pendant ce qu’il appelait « la première partie » – la pratique solitaire, qu’on appellerait aujourd’hui Taizo – au moment de l’inspiration, il prononçait KA, et à l’expiration MI. Certaines fois il nous expliquait : « KA est le radical de Feu Kasai en japonais, et MI le radical de l’Eau Mizu ». L’alternance de l’inspire et de l’expire, leur union, crée Kami que l’on peut traduire par le divin.  « Mais attention, nous disait-il, il ne s’agit pas du dieu des chrétiens ni même de celui d’une quelconque religion mais, si vous avez besoin de références, on peut dire que c’est dieu l’univers, dieu la nature, ou tout simplement la vie ».
Il y avait au dojo un dessin exécuté à l’encre de chine et tracé par Maître Ueshiba comportant quatorze formes très simples que nous appelions Futomani car O Senseï avait dit qu’il lui avait été dicté par Ame-no-Minaka-nushi : le Centre céleste. Itsuo Tsuda en donne l’explication dans son livre Le dialogue du silence*. Grâce à cela j’ai mieux compris les directions que prenait le ki lorsqu’il avait une forme.

Dessin exécuté par Maître Ueshiba
Dessin exécuté par Maître Ueshiba

Renouer, retrouver les liens avec ce qui préexiste au plus profond de nous

Le fondateur parlait de Haku no budo et de Kon no budo : kon étant l’âme essentielle qui ne doit pas être étouffée, mais disait-il, on ne doit pas négliger l’âme haku qui assure l’unité de l’être physique.
Une fois encore on parle de l’unité.
Si notre pratique s’intitule Aï ki do : « voie d’unification du ki », c’est bien que ce mot ki a un sens.
La pratique concrète nous permettra de le comprendre, mieux que les longs discours. Et pourtant il faut tenter d’expliquer, tenter de faire passer ce message si important, car sans cela notre art risque fort de devenir un combat « Que le plus fort, le plus habile ou encore le plus malin gagne », ou bien une danse ésotérique, mystique, élitiste, voire sectaire.
Et pourtant nous connaissons bien le ki, nous le sentons à distance. Par exemple quand on se promène dans une petite rue la nuit, et que tout à coup on sent une présence, on sent un regard dans notre dos et pourtant il n’y a personne ! Quant soudain on remarque, sur un toit avoisinant, un chat qui nous regarde. Un chat tout simplement, ou un rideau qui se rabat subrepticement. Le regard est porteur d’un ki très fort que tout le monde peut sentir, même de dos.

Une des pratiques de Seitai do appelée Yuki consiste à poser les mains sur le dos d’un partenaire et à faire circuler le ki. Il ne s’agit aucunement de faire l’imposition des mains pour guérir quelqu’un qui à priori n’est pas malade, mais d’accepter de visualiser la circulation du ki, cette fois comme un fluide, comme de l’eau qui coule. Au début on ne sent rien ou peu de chose de la part de l’un comme de l’autre. Mais là encore, petit à petit on découvre le monde de la sensation. On peut dire que c’est une dimension à part entière dans la plus grande simplicité. C’est simple, c’est gratuit, ce n’est lié à aucune religion, on peut le faire à tout âge et quant on commence à sentir cette circulation du ki, la pratique de l’Aïkido devient tellement plus facile. L’exercice de kokyu ho par exemple, ne peux pas se faire sans le kokyu, donc sans le ki, à moins de devenir un exercice de force musculaire, une façon de vaincre un adversaire.
Je n’aurais jamais pu découvrir l’Aïkido que mon Maître enseignait si je n’avais pas volontairement et avec opiniâtreté cherché dans cette direction. Dans la recherche sensitive, à travers tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre, sentir, et étendre cette compréhension sans jamais abandonner.

Ambiance

Le ki est aussi ambiance, par conséquent, pour pratiquer il y a besoin d’un lieu qui permette la circulation du ki entre les personnes. Ce lieu, le dojo, doit à mon avis, chaque fois que cela est possible, être « dédié » à une pratique, une École. Itsuo Tsuda considérait que en entrant dans le dojo on se sacralisait, et c’est pourquoi on saluait en montant sur les tatamis. Ce n’est pas un lieu triste où les gens « doivent garder un visage renfrogné et constipé. Au contraire, il faut y maintenir l’esprit de paix, de communion et de joie. »* L’ambiance du dojo n’a rien à voir avec celle d’un club ou avec celle d’une salle multi-sports qu’on loue quelques heures par semaine et qui est utilisée, pour cause de rentabilité, par différents groupes n’ayant rien à voir entre eux. Le genre de local, de gymnase où l’on passe, on s’entraîne, puis une douche et ciao ; au mieux une bière au bistrot du coin histoire d’échanger un peu les uns avec les autres. Quand on connaît le ki, quand on commence à le sentir et surtout quand on veut découvrir ce qui se cache derrière ce mot, un lieu comme le dojo c’est vraiment tout autre chose. Imaginez un endroit calme dans un petit passage parisien au fond du vingtième arrondissement. Vous traversez un petit jardin et au premier étage d’un bâtiment très simple s’ouvre « Le Dojo ».

Dojo
Dojo

Vous y venez tous les jours si vous voulez, car chaque matin il y a une séance à sept heure moins le quart : vous êtes chez vous. Vous avez votre kimono sur un cintre dans les vestiaires, la séance dure à peu près une heure, puis vous prenez un petit déjeuner avec vos partenaires dans l’espace attenant, ou vous partez précipitamment au travail. Le samedi et le dimanche grasse matinée, séances à huit heure.
Expliquer le ki est une chose difficile c’est pourquoi seule l’expérience nous le fait découvrir. Et pour cela il faut y mettre les conditions qui permettent cette découverte. Le dojo fait partie des éléments qui facilitent grandement la recherche dans cette direction. Renouer des circuits, mais aussi dénouer ces liens qui nous enserrent et obscurcissent notre vision du monde

Petit à petit le travail va se faire, les nœuds vont se dénouer, et si nous acceptons qu’ils se dénouent on peut dire que le ki recommence à circuler plus librement. Il circule à ce moment là en tant qu’énergie vitale, il est possible de le sentir, de le visualiser, de le rendre en quelque sorte conscient. Car des tensions inutiles, qui n’arrivent pas à se libérer, rigidifient notre corps. Pour rendre la chose la plus claire possible, on pourrait dire que c’est à peu près comme si un tuyau d’arrosage était bouché. Il risque d’éclater en amont. La rigidification du corps oblige celui-ci à réagir pour sa propre survie. Il se produit alors des réactions inconscientes qui agissent au niveau du système involontaire. Pour éviter ces blocages, surviennent de micro fuites de cette énergie vitale et même parfois des fuites plus importantes, par exemple dans les bras, au niveau du koshi et principalement aux articulations. La conséquence immédiate est que les personnes n’arrivent plus à pratiquer avec fluidité et c’est la force qui compense le manque, on raidit des parties du corps qui se mettent à réagir comme autant de pansements ou de plâtres pour empêcher ces déperditions de la force vitale. C’est pourquoi il est si important de travailler sur le fait de sentir le ki, de le faire circuler. Au début c’est la visualisation qui nous le permet, mais au fur et à mesure qu’on approfondit la respiration (la sensation, la sensibilité au ki), si on reste concentré sur une pratique souple, si on se vide l’esprit, on peut découvrir, voir, sentir la direction du ki, sa circulation. Cette connaissance nous permet de l’utiliser et la pratique de l’Aïkido devient facile. On peut commencer à pratiquer la non résistance : Le non faire.

La sensibilité naturelle des femmes au ki

Les femmes ont généralement plus de sensibilité par rapport au ki ou, plus exactement, elles la conservent plus, si elles ne se déforment pas trop pour se défendre dans ce monde d’hommes où tout est régi suivant les critères et les besoins de la masculinité, de l’image de la femme qui est transmise et de l’économie. Leur sensibilité vient du besoin de conserver à leur corps la souplesse pour pouvoir accoucher de façon naturelle et s’occuper des nouveaux-nés. C’est une souplesse qui ne s’acquière pas dans les salles de sport, de musculation ou de fitness, c’est plutôt une tendresse, une douceur qui saura au besoin être ferme et sans aucune mollesse quand ce sera nécessaire. Le nouveau-né a besoin de toute notre attention mais il ne parle pas encore. Il ne peut pas dire : « j’ai faim, j’ai soif ou je suis fatigué », ou encore « maman tu est trop nerveuse, calme toi, et dis à papa de parler moins fort, cela me fait peur ».2011-07-20 at 08-21-28

Grâce à leur sensibilité naturelle, elles sentent les besoins de l’enfant, elles ont l’intuition de ce qu’il faut faire et le ki passe entre la mère et l’enfant. Quant le père, toujours très rationnel, ne comprend pas, la mère sent et du coup elle sait. Même si elle n’est pas mère, même si elle est une jeune femme sans aucune expérience, c’est le corps qui réagit, c’est lui qui a cette sensibilité naturelle au ki et c’est pourquoi, je pense, il y a tant de femmes dans notre École. C’est parce que le ki est au centre de notre pratique, que rien ne saurait se faire sans lui. Nous mettons notre sensibilité dans cette direction et ainsi on peut voir le monde et les personnes non plus seulement au niveau des apparences mais bien plus loin, dans leur profondeur, ce qu’il y a derrière la forme, ce qui la structure, ou ce qui la conduit.

Voici quelques exemples que donnait Itsuo Tsuda, extraits du livre Le Non-faire :

« La chose la plus difficile à comprendre dans la langue japonaise, c’est le mot « ki ».  En effet, si les Japonais l’utilisent des centaines et des centaines de fois par jour, sans y réfléchir, il est pratiquement, et je dirais aussi théoriquement, impossible d’en trouver un équivalent dans les langues européennes.
Si le mot, pris isolément, reste intraduisible en français, il n’est toutefois pas impossible de traduire les expressions courantes dans lesquelles il se trouve incorporé. Je vais citer quelques exemples :
ki ga chiisai : mot à mot, son ki est petit. Il se fait trop de souci pour rien.
ki ga ôkii : son ki est grand. Il ne se fait pas de souci pour des petites choses.
… ki ga shinai : je n’ai pas de ki pour… Je n’en ai pas envie. Ou, cela me dépasse.
… ki ga suru : il fait du ki pour… J’ai le flair, le pressentiment, je sens intuitivement…
waru-gi wa nai : il n’a pas de mauvais ki, il n’est pas méchant, n’a pas de mauvaises intentions.
ki-mochi ga ii : l’état du ki est bon ; je me sens bien.
ki ni naru : cela attire mon ki, je n’arrive pas à dégager mon esprit de cette idée. Quelque chose de bizarre, d’anormal arrête mon attention, malgré moi.
ki ga au : notre ki coïncide, nous sommes sur la même longueur d’ondes.
ki o komeru : concentrer le ki. Pour la question de concentration, je n’ai vu nulle part ailleurs d’exemple aussi hautement porté qu’au Japon.
ki-mochi no mondai : c’est conditionné par l’état du ki. Ce n’est pas l’objet, le résultat tangible, mais c’est le geste, c’est l’intention qui compte.
On pourrait encore citer plusieurs centaines d’expressions avec le mot ki.
Si les Japonais sont pour la plupart incapables de dire ce qu’est le ki, il n’empêche qu’ils savent instinctivement à quel moment il faut le dire ou ne pas le dire. ».

Itsuo Tsuda avait commencé l’Aïkido à l’âge de quarante cinq ans, il n’avait rien d’un sportif mais sa seule présence transformait toute l’ambiance du dojo. J’aimerais vous raconter une anecdote concernant un des exercices que je faisais dans les années soixante-dix, alors que mon Maître avait déjà plus de soixante ans. Lorsque je passais le portail de la cour au fond de laquelle se trouvait le dojo, je m’arrêtais un instant, je fermais les yeux et cherchais à sentir si « il » était là. Les premiers temps cela ne marchait pas trop, c’était des coups au hasard, des coups de chance. Petit à petit j’ai compris : je ne devais pas chercher à savoir. Alors j’ai commencé à me « vider », à cesser de penser et c’est venu. Je savais chaque matin si il était arrivé ou non. Je sentais sa présence dès que je m’approchais du dojo.
A partir de ce moment quelque chose s’est transformé en moi. J’avais enfin compris un petit bout de son enseignement, et surtout, j’avais vérifié que le ki ne faisait pas partie de l’irrationnel, que c’était concret, et que sa perception était accessible à tous puisqu’elle m’avait été accessible.

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

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Notes :
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 25.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 14.
* Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence – Ed. Le Courrier du livre, 1979, p. 89 et 90.
* Itsuo Tsuda, Cœur de ciel pur – Ed. Le Courrier du livre, 2014, p. 117.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 23 et 24.

Souscription livre calligraphies

livres calligraphies

SOUSCRIPTION pour la publication de :

Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps

Une plongée au cœur de l’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda

Tirage limité, version « de luxe » réservées aux souscripteurs. En prévente jusqu’au 31 mai 2017.

Livre disponible en novembre 2017 à Paris au Dojo Tenshin (lors du vernissage ou sur RDV) ou bien expédié à vos frais. Version italienne disponible en mai 2018

Le prix de prévente de 75 € correspond aux frais de production. Aucun bénéfice ne sera fait sur ces ventes. Pour commander : pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda, adressez vous directement à votre dojo sinon rendez-vous sur cette page

Présentation générale

Monographie consacrée à l´œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda (1914-1984). Édition « de luxe », réservée aux souscripteurs, volume relié au fil, couverture toile avec marquage à chaud, et jaquette. Format 30x24cm. Environ 380 pages dont 100 reproductions couleurs pleine page.Lire la suite

Presentation of The Path of Less

Conferenza 2

The magnificent Grechetto Hall of Palazzo Sormani, in Milan, which has hosted, on Friday, Feb. 12 at 18hrs, the presentation of the book The Path of Less by Itsuo Tsuda, published by Yume Editions.

Cover_ItsuoTsuda_LaViaDellaSpoliazione_WEBThe event, organized by the Scuola della Respirazione in collaboration with the Central Municipal Library of Milan, took place in front of a large and attentive audience. After a short video presentation on the philosophy and thought of Master Tsuda, some practitioners of the Scuola della Respirazione read a selection of excerpts from The Path of Less.

Later, Régis Soavi, host of the evening, by answering to the questions of the interested public, talked about his experience on the importance of the practice philosophy and Itsuo Tsuda books may have in everyday life.

The organization of the evening has involved a lot of us and it was an interesting exchange with the library staff, who contributed to the unfolding of the evening with care and sensitivity.

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Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement Parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

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Kokyu disclosure of the unity of being

By Régis Soavi

In one of his books Itsuo Tsuda gives us his views on kokyu:

CouvTsuda_PathOfLess_Mini“In learning a Japanese art, the question of “kokyu” always arises, strictly speaking, the equivalent of actual respiration. But the word also means to have a knack for doing something, to know the trick. When there is no “kokyu”, we cannot do a thing properly.  A cook needs “kokyu” to use his knife well, and a worker his tools. “Kokyu” cannot be explained; it is acquired.
When I was young, I saw a labourer working with his screwdriver on very rusty machinery.  I tried to unscrew a piece of the machine, but in vain; it was too rusty. For the labourer, it posed no problem; he unscrewed it with ease, not because he was stronger but because he had “kokyu”.
When we acquire “kokyu” it seems that tools, machines, materials, until then “indomitable”, suddenly become docile and obey our commands with no resistance.
Ki, kokyu, respiration, intuition are themes that are pivotal to the arts and crafts of Japan. It constitutes a professional secret, not because people want to keep it like a patent, or a recipe for earning their living, but because it cannot be passed on intellectually. Respiration is the final word, the ultimate secret of learning. Only the best disciples gain access to it, after years of sustained effort.
A martial arts master whom dogs bark at is not a good master, they say. The French know how to silence dogs by sliding a piece of sugar in their mouths. That’s the trick, that’s “the thing”, but it is not kokyu, respiration, which is something else entirely.”

Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33-34.

I discovered kokyu with my master Itsuo Tsuda.aikido kokyu
Previously, it was to me just the name of a technique, with Itsuo Tsuda this notion became much more concrete, firstly by the orientation of his practice. He said: « To me technique is simply a test of knowing whether I’ve evolved in my breathing. » Thus our attention was brought directly to kokyu. There couldn’t be aikido and breathing. Aikido is breathing. And then, from his first books on, Itsuo Tsuda illuminates us in terms I didn’t knew; almost too simple and yet so difficult to achieve.

When I attacked him it was crystal clear, regardless the strength I put in he remained both, relaxed and powerful.
He made us use visualization to teach us kokyu. E.g. for kokyu ho he said: « It is the lotus flower opening. » Today few people have seen the lotus flower, so I speak of a daisy. Visualization should talk to us, directed to us. For it to act, it must be anchored in the concrete life of each person.

So sometimes to help someone to get beyond a partner that is holding the wrists to prevent him or her to move, I say, « You welcome a friend you haven’t seen for years, who steps out of the train, take him in your arms! » Then the person forgets the other and ki, instead of being coagulated, flows in the given direction, the person raises the arms without any effort. The power of visualization is colossal.

Sure, posture is essential, I would even say primordial. If the body stiffens to become an impeccable posture; it’s screwed. If it is too flabby; it’s screwed. If the third lumbar is wrongly positioned: it’s screwed. With the practice of aikido and katsugen undo I see that my students are gradually recovering. Ki begins to flow without blockage, without disruption, it is the discovery of unforced abdominal breathing, but clear and limpid, from the kokyu. In my view, without kokyu, all the work in aikido is only intended to strengthen the body, it is a work of hardening.kokyu ho régis soavi

With the deepening of breath little by little the needlessness disappears, we do not need to work on flexibility or strength, stiffness and our ideas of strength and weakness are leaving. So ki circulates better.
For this direction, the respiratory practice we do in the beginning of the sessions is important.
You can not teach kokyu, but you can guide individuals to discover it.
If we practice kokyu ho every morning at the end of each session, it is precisely to make people sensitive and also to improve our posture. As our posture and the way we behave refines and improves, we are able to help the normalization of the terrain of our partner. If you breathe deeply from the hara to the hara of the partner, you revitalize the channels through which ki flows, you enable these circuits to function better, and the other understands (feels) with his entire body what it is about.
It is not about looking at the demonstration and working harder and harder, but rather about being pervaded with this kokyu feeling of the other. I often say: to work on the kokyu we must start by listening. We listen to the other, not with the ears but with the whole of our body, we feel the breathing, the ki, of the other. It’s like a perfume. We listen to the inner movement, so the feeling becomes more accurate and we can guide him or her to a better posture, towards a release of tension.

It is also the work of senior practitioners to encourage this discovery. By bathing the other in breath, they help them to feel it, by dint of being soaked with « something ».

In the practice of katsugen undo Tsuda Sensei introduced in Europe, first comes the awareness  by the breathing, by the movement of ki. Tsuda wrote: « In the regenerating movement (katsugen undo), we do the opposite of the tradition: we begin with the supreme secret, straight off1. »

Kokyu is no more magical than ki is an energy. As soon as we launch ourselves into an explanation, even if  we let know that it will be approximately, big chance we blow it.
The ancient tales, such as those recorded by the Brothers Grimm, can show us an aspect of kokyu powers. As in fairy tales, it can transform toads into a prince or princess and grow people more beautiful by the simple fact of transforming their posture. This posture, the result of many years of contraction, weakness, or attempts of correction. When the posture finds back something natural, it is the return to the source, to the root of being.regis soavi aikido

The discovery of kokyu leads us to different behaviors in everyday life. This respiration, far from being seen as in “New Age”, awakens in the individuals’ daily life forgotten qualities, lost simplicity, and intuition finally found. It is what can be admirable in the work of a craftsman and an artist, but it is also what surprises those who do not know it. Because we did not understand nor felt what is behind this entirety in the performed act: kokyu is a revelation of the unity of being.

Itsuo Tsuda has guided us in that direction, leaving us free to go further or stay put. This freedom was fundamental in his teaching.

It is said that sometimes when the posture, the breathing, the coordination was perfect, Ueshiba O Sensei exclaimed “Kami Wasa”. God-technique? Supreme realization? Couldn’t we talk about kokyu or Non-Doing in the greatest simplicity? Like a child who drops a toy to take another, in the same way as he aspires us to take him in our arms for protection.
A small child has kokyu. “The baby is as big as the universe, but treated poorly fades quickly”2, Tsuda Sensei wrote in his last book. Isn’t it our duty to enable him to preserve it? And to us  adults, it to regain?

Aikido is not made for fighting, but to allow a better harmony between people.
I breathe deeply, I listen to the body of the other, in his or her body I visualize the flow of ki, I hear and clearly understand it, so I let ki passing into the body of the other. This circulation brings us fullness, the feeling of being fully alive, everything disappears, there is nothing but the present moment with its sensations, its colors, its music.

Article written by Régis Soavi on the subject of kokyu, published in Dragon Magazine(Special Aikido No. 10) in October 2015.

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1) Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33
2) Itsuo Tsuda, Face à la science, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1983, p. 152.

Misogi du premier janvier

Les notes qui suivent ont pour fonction de retracer les origines et les moments importants de la préparation et du déroulement du Misogi du premier janvier tel qu’il se pratique dans les dojo de l’École Itsuo Tsuda. Elles ne peuvent remplacer la transmission orale et le vécu de la cérémonie, ce sont des indications, pas une marche à suivre imposée. Pour aider à pénétrer dans l’ambiance de ces moments, il a semblé utile de présenter ce texte en s’appuyant sur les trois rythmes de la tradition japonaise : jo – ha – kyu.
Voici sur ce sujet, quelques extraits du livre d’Itsuo Tsuda, La Science du particulier : « En étudiant le théâtre Noh, j’ai connu les trois rythmes : jo – lent, ha – normal, et kyu – rapide […] Jo signifie introduction, ha rupture, changement, et kyu rapide […] Les fruits poussent graduellement (jo), mûrissent à vue d’œil (ha), et tout à coup se détachent des branches (kyu). »

Origine et préparatifs (jo)

La vie des dojo de notre École est rythmée par plusieurs cycles temporels. Entre celui qui débute à la création du dojo et celui, quotidien, des séances d’Aïkido, on trouve le cycle pluri-hebdomadaire des séances de Katsugen Undo, le cycle saisonnier des stages et celui annuel du Misogi du premier janvier.

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Portes ouvertes au Dojo Yuki Ho

Une philosophie pratique à découvrir

Le dojo Yuki Ho, présent à Toulouse depuis plus de trente ans et dédié à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo,  vous invite du 7 au 10 janvier 2016 pour un événement qui réunira lecture-rencontre, exposition de calligraphies, démonstrations et séances page1d’Aïkido, diffusion de films et interviews sur le Katsugen Undo.

« J’écris dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle, mais celle d’un peuple qui passe pour être l’un des plus exigeants en matière littéraire. (…) Je m’aventure dans le domaine de l’inconnaissable, où la connaissance la plus parfaite de la langue, des mots dans leur coloration, leur saveur, et leur maniement n’arrivera pas à remplacer l’expérience. (…) Rien, en effet, n’est évident en ce qui concerne les aspects du ki. Lorsqu’ils deviennent évidents, ils cessent d’être le ki et entrent dans les catégories. L’intellectualisation commence. On peut toutefois faire le chemin inverse. On peut remonter, à partir des formes connue, à cette source insondable qui détermine le comportement chez l’individu. » Itsuo TsudaLire la suite

Seitai-do ?

Récemment nous avons été interpellés à propos de cette phrase : H.Noguchi, créateur du Seitai et du Katsugen undo. Le Katsugen undo serait-il séparé du Seitai ? Fait-on du Seitai quand on fait du Katsugen undo ?

Notre École, qui s’inscrit dans la lignée « Tsuda », propose la pratique du Katsugen undo ‒ traduit par Mouvement régénérateur ‒ telle qu’elle a été transmise par Itsuo Tsuda dans les années soixante-dix. Itsuo Tsuda a-t-il volontairement écarté le Seitai de son enseignement, ne souhaitant transmettre QUE le Katsugen undo ?

Si il est véridique qu’il n’a pas formellement enseigné le Seitai soho (technique Seitai), tous les livres qu’écrivit Itsuo Tsuda parlent de Seitai. Tous sans exception.

Alors, Seitai ? Katsugen undo ?

Nous tenterons ici d’affiner notre positionnement et d’apporter des éléments de réponse :Lire la suite

Une forme d’enseignement méconnu : les calligraphies d’Itsuo Tsuda

Maître Tsuda a enseigné à travers diverses voies, l’une d’elles, probablement la moins connue, est la calligraphie. Il n’était pas un maître de calligraphie mais il a su utiliser cette dernière pour laisser un message philosophique qui aujourd’hui fait partie de l’héritage de ses élèves.
Le projet de réunir l’intégralité de l’œuvre calligraphique de Maître Tsuda est né quand il était encore en vie et, déjà à l’époque, avec son approbation, quelques élèves ont cherché à regrouper ses calligraphies dans un même recueil. Après son décès, d’autres ont continué ce travail dans cette direction. Aujourd’hui encore nous continuons avec cette intention, trente ans après, mais non sans difficulté, car il s’agit de redonner sa juste place à cette forme d’enseignement et de la faire connaître. Nous nous sommes donné comme objectif de créer un livre qui avant toute chose respecte l’auteur et son œuvre autant du point de vue du message qu’il voulait transmettre que du point de vue artistique.
Mission impossible ? Presque…Lire la suite

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Le caractère du voyage

Après avoir évoqué le tourisme moderne qui s’est développé aux États-Unis et ensuite propagé dans le monde entier, Itsuo Tsuda insiste pour les voyages qu’il organisa entre 1977 et 1982 sur l’importance de la sensibilité :
«  Ce qui importe avant tout c’est la sensibilité des touristes vis-à-vis de l’expérience au contact d’un monde nouveau. Si la sensibilité est mal préparée, on ne voit rien d’autre que le reflet du passé dont on est chargé. »
Nous poursuivons donc ici la publication du bulletin dans lequel Itsuo Tsuda présenta le caractère des « Seitai Tours », seitai tour139publication illustrée par des photos prises par Bruno Vienne.

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SEITAI TOUR

Itsuo Tsuda proposa entre 1977 et 1982 des voyages de découverte du Japon, passant aussi par la Corée et la Chine… Il expliqua le sens de ces voyageseitai tour japons en ces termes :

« Voyages de contacts humains entre peuples, par-dessus les races et les traditions, à travers le mouvement régénérateur, pratiqué ensemble avec des Japonais et des Coréens. »

Nous reproduisons ici des extraits de deux bulletins qu’Itsuo Tsuda édita pour annoncer le projet du 4e « Seitai Tour ». Il y présente les modalités et le caractère des voyages. Bruno Vienne, qui participa à un de ces voyages, a pris les photos qui illustrent ce document.Lire la suite

Un art de s’unir et de se séparer

Par Régis Soavi.

Mon Maître Itsuo Tsuda, citant O Senseï Ueshiba, a écrit dans son deuxième livre : « L’Aïkido, c’est un art de (musunde hanatsu) s’unir et se séparer »*. regis_soavi_Aikido 1C’était un aspect très présent dans son enseignement, mais par contre il n’utilisait jamais les termes Awase et Musubi. Il nous parlait en français, il nous parlait de quelque chose de plus grand que nous. Il nous invitait à réaliser en nous le vide mental pour pouvoir percevoir quelque chose. Il disait parfois : « Dieu (dans le sens de kami) parle sans arrêt, mais nous les humains nous n’arrivons pas à nous syntoniser, donc on n’entend rien. Ou alors on entend juste des sons comme une radio brouillée. Mais dieu parle clairement ». Donc pour lui c’était à nous de nous mettre dans un état qui nous permette de « recevoir ». L’Aïkido de l’École Itsuo Tsuda est basé sur ce que lui, par contre, appelait la fusion de sensibilité, donc sur la fusion avec le partenaire : face à une attaque, il y a une réponse, mais pour que notre réponse soit adéquate, nous devons fusionner avec le partenaire. Lors des séances je parle par exemple de fondre et de s’harmoniser avec le partenaire, de sentir son centre. Et à ce moment là on est lié par quelque chose, plus rien ne nous est étranger. Aujourd’hui je commence à aller un peu plus loin dans la pratique de l’Aïkido et je sens beaucoup plus ce que Tsuda senseï voulait dire au sujet du lien qui nous unit à l’Univers. On se sent vraiment comme un lien entre cet Univers et le partenaire, et on constate que cela circule, que tout retourne à l’Univers.

La Pratique respiratoire : une pratique de Musubi

La Pratique respiratoire* que nous faisons en début de séance nous met dans un « état d’esprit » qui nous permet de recevoir, de créer ce lien entre l’Univers et nous. On ne sait pas très bien ce que c’est que l’Univers. Ce ne sont pas les étoiles, ce n’est pas le trou noir, etc. C’est quelque chose d’autre. Pour la Pratique respiratoire nous restons le plus proche possible des enseignements de O Senseï Ueshiba, Tsuda senseï était précis là dessus. Par exemple on fait trois fois la vibration de l’âme, Tama-no-hireburi, chaque fois avec un rythme différent (lent, moyen, rapide) et uniquement à l’inspiration. La première fois on évoque Ame-no-minaka-nushi, Centre de l’Univers. Je dis parfois que c’est une « invocation-évocation ». Awase MusubiO Senseï Ueshiba disait de l’évoquer trois fois pendant la vibration de l’âme : celui qui conduit la séance le dit à voix haute puis on l’évoque encore deux fois intérieurement. Ce sont des informations que j’ai entendu chez Tsuda senseï, mais nulle part ailleurs. Donc quand on évoque Ame-no-minaka-nushi, comme O Senseï Ueshiba le disait, on se place au Centre de l’Univers. Centre de l’Univers ce n’est pas « Centre du Monde », ni « moi et les autres », ni quelque chose de religieux. Quelque part c’est insaisissable, mais en même temps c’est extrêmement concret. En tout cas cela ne nous encombre pas, c’est Centre de l’Univers et on peut y être. Puis lors de la deuxième fois on évoque Kuni-toko-tachi, l’Éternelle Terre, pour moi c’est l’humain, c’est la matière. Le premier c’est immatériel, le deuxième cela devient concret c’est matière. Puis troisième Kami évoqué-invoqué c’est Amaterasu, la déesse soleil, la vie, ce qui nous anime. Je raconte parfois l’histoire de la grotte dans laquelle Amaterasu s’est réfugiée et de la porte de rocher*. O Senseï Ueshiba en parlait souvent et Tsuda senseï la citait aussi. C’est la vie qui s’était enfermée dans une grotte obscure et qui resurgit. C’est important d’ouvrir la porte du rocher en nous. On s’est cloisonné, on s’est rigidifié, on n’entend plus rien, et puis un jour quand même on l’entrouvre. Aïkido nous apporte un souffle d’air, quelque chose qui nous permet de respirer un peu mieux. Alors, à partir de ce souffle, on va pouvoir ouvrir plus grand et peut-être entendre mieux ce que les Kami ont à nous dire, ce que l’Univers a à nous dire. Je ne suis pas du tout religieux, mais chaque matin je récite le Norito, comme le faisait  Tsuda senseï, comme le faisait O Senseï Ueshiba. Chaque matin, au début de chaque séance, à sept heures moins le quart, je récite le Norito, puis je fais la vibration de l’âme et cela depuis plus de quarante ans. Et petit à petit je découvre quelque chose, je vais un peu plus loin, je suis plus perméable.

Awase :  pratiquer avec le même partenaire peut permettre l’harmonisation avec l’autre

Dès la première partie de la séance, qui est une pratique individuelle, il est important de se mettre dans une certaine condition. Le travail d’harmonisation se poursuit dans la seconde partie pendant laquelle on pratique avec un partenaire. Pour favoriser cela, dans notre École on travaille avec le même partenaire tout au long d’une séance. On pourrait bien sûr changer à chaque technique, mais si on veut s’harmoniser c’est difficile d’y arriver en quelques cinq ou dix minutes passées avec chaque personne. Pour ceux qui ont vingt ou trente ans de pratique ça va… Mais si vous débutez, disons les dix premières années, c’est aussi quelque part rassurant de rester avec le même partenaire, on a le temps de s’harmoniser de s’imprégner de l’autre. Ainsi on va le sentir, les premiers contacts sont un peu difficiles parfois. Mais sur une même technique, une deuxième, puis une troisième on peut aller un peu plus loin, se rapprocher de son centre, respirer mieux le « parfum » du partenaire. Tsuda senseï parlait de découvrir le paysage intérieur de quelqu’un, mais découvrir le paysage intérieur de sept ou huit personnes dans une même séance c’est plus difficile. Parfois, surtout en fin de séance, il m’arrive de faire changer de partenaire notamment lors du Mouvement libre. Mais bien sûr à chaque séance on change, ce n’est pas un partenaire à vie !

Le Non-Faire

Uke a un rôle à jouer, sans être violent, il doit être sincère dans son attaque car sans cette énergie, Tori sera dans le « Faire » et pas dans le « Non-Faire ». Je vois souvent dans l’Aïkido des Uke très gentils et Tori qui massacre joyeusement son Uke. Ce n’est pas du tout mon principe. Si je parle d’attaque c’est qu’effectivement lorsque Uke fait un Shomen, un Yokomen, un Tsuki ou une saisie, il est important qu’une énergie s’en dégage, il « Fait ». Tori, par contre, la détourne, laisse passer cette énergie qui s’exprime dans le fait de serrer le poignet ou de frapper, il passe à coté et la transforme, alors c’est le « Non-Faire ». Il ne répond pas à l’attaque, il laisse s’écouler cette énergie, ce ki, il dépasse l’attaque. Bien sur, il n’attend pas bêtement de se faire frapper ! Le Non-Faire ce n’est pas rien faire. Je pars du principe aussi que si quelqu’un attaque une autre personne c’est qu’il n’est pas bien dans sa peau… Quand on est bien dans sa peau, quand on est vivant, on n’a aucune envie d’aller attaquer les autres. Cela ne nous viendrait même pas à l’esprit. C’est parce que nous sommes mal dans notre peau que cela se produit. On vit dans un monde violent, on a été éduqué à réagir en fonction de cette violence, il faut se défendre contre ceci, contre cela… On en est devenu malade. En faisant l’Aïkido, lorsqu’on est Tori, on est en train de « guérir » cette violence. Cette violence qui est dans l’autre, qui s’exprime par le rôle et la fermeté de Uke, on la conduit pour la transformer en quelque chose de positif et de libérateur.

Le travail avec les armes : Ame-no-uki-ashi kenAme no uki ashi ken_2

Il y a presque 30 ans, j’ai décidé de parler de Ame-no-uki-ashi ken pour désigner le travail avec les armes que nous faisons lors des stages et parfois dans la pratique quotidienne. Le ken, le sabre est une représentation du pont flottant céleste : Ame-no-uki-ashi. On parle de Pont flottant céleste quand on voit le Katana avec le tranchant vers le haut et on parle aussi de Bateau flottant céleste lorsque le tranchant est dans l’autre sens, vers le bas. C’est assez curieux parce que c’est à la fois le pont et le bateau… C’est ce qui unit le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, l’Univers et nous. Lorsque nous travaillons les armes, elles sont une extension de nous-mêmes, au-delà de notre peau, quelque chose qui nous permet d’aller un peu plus loin, de découvrir aussi notre sphère. Ame-no-uki-hashi : être sur le Pont flottant céleste, c’était une image qu’utilisait O Senseï Ueshiba et que nous transmettait Tsuda senseï. Être sur la lame du katana c’est être dans un état d’attention qu’on pourrait même qualifier de « divin », où une perception différente peut se produire. Je n’ai pas envie d’entrer dans la discussion de savoir s’il faut ou non utiliser les armes en Aïkido, cela n’a pas d’importance. Je les fais travailler parce que cela nous oblige à être dans un état d’extrême concentration tout en maintenant la détente. Elles me servent aussi à rendre visible les lignes de ki, tant celles du partenaire que celles qui partent de moi même, de manière plus évidente. Par exemple lorsqu’en démonstration j’appuie deux bokken sur mon centre je montre ainsi que la force vient du hara et non exclusivement de la musculature.demostration_2 bokken

Kokyu Ho : respirer

Traditionnellement chez Tsuda senseï la séance commençait toujours par la Pratique respiratoire, puis on faisait l’exercice qu’il appelait le Solfège, après on travaillait des techniques et à la fin il y avait toujours Kokyu Ho en suwari wasa. Pour Tsuda senseï, Kokyu Ho c’était l’occasion de ne faire qu’une chose : respirer. Il donnait, entre autre, la visualisation d’ouvrir les bras Kokyu Ho verticalcomme s’ouvre la fleur de lotus. Il n’y a plus de technique, il y a juste une personne qui nous saisit, et puis on respire au travers, on fait circuler le ki, à travers nos bras, à travers le partenaire. Quelque soit la résistance du partenaire, on s’ouvre à cela et on réalise la fusion de sensibilité. Pour moi chaque Kokyu Ho est différent, avec chaque personne. Il n’y a pas de technique particulière, par contre, il y a des lignes qui se déploient à partir du hara, il y a comme une espèce de soleil qui rayonne et on peut suivre chaque rayon de soleil pour retrouver ce hara, quelque chose s’embrase et la personne tombe à gauche, à droite et on fait l’immobilisation. C’est pour moi un instant privilégié de respiration profonde. Quand je parle de respiration profonde, je parle évidement du ki, c’est à dire que lorsqu’on respire profondément le ki se met à circuler de façon différente.

Awase au delà des tatamis : s’occuper du bébé, le summum des arts martiaux

« Savoir bien traiter le bébé, c’est pour moi, le summum des arts martiaux »*. Quand Tsuda senseï écrit cette phrase il met en relation l’Aïkido et la façon de s’occuper du bébé dans le Seitai de Noguchi Haruchika senseï. Il disait aussi que s’occuper du bébé c’est comme avoir un sabre au dessus de la tête, dès qu’on fait une erreur « tchac », le sabre tombe. Si on fait un parallèle avec l’Aïkido, le bébé est à la fois beaucoup plus exigeant que le maître et en même temps beaucoup plus gentil ; dans le Seitai, s’occuper du bébé c’est avoir une attention permanente, constante, c’est s’abandonner. Les plus grands maîtres parlent de l’importance de s’abandonner, c’est central dans les arts martiaux. Awase, cette fusion dont on parle, c’est aussi accepter de s’abandonner. Avec le bébé tout est une question de sensation, on est dans une fusion de sensibilité constante, comme par exemple quand la maman sait si son bébé pleure parce que il a besoin de faire pipi ou s’il a faim ou est fatigué. De la même façon, mais à l’inverse, pour le samouraï qui était en face de son adversaire, l’art consistait à découvrir chez l’autre le moment où la respiration serait irrégulière, le moment où il allait pouvoir frapper. C’est faire appel à toutes nos capacités. S’occuper du bébé c’est découvrir un monde de sensibilité, par exemple à travers l’art de donner le bain dans le Seitai. Savoir comment rentrer un bébé dans l’eau, au moment de son expiration et le sortir de l’eau à son inspiration, quand on est capable de s’occuper d’un bébé de cette façon on est aussi dans les arts martiaux. Toucher un bébé, changer un bébé dans le rythme de sa respiration, endormir un bébé et le poser endormi sans le réveiller… Bien sûr, c’est bien plus flamboyant de sortir son katana et de faire semblant de couper une tête ! Mais pour moi, c’est tellement plus difficile et important de coucher un bébé qui s’est endormi dans vos bras, être capable de retirer les mains de sous le bébé sans qu’il ne se réveille, ça c’est de l’art ! Avec un partenaire d’Aïkido on peut « tricher », un p’tit coup d’épaule, on force un peu… avec le bébé, on ne peut pas tricher. Il y a ou il n’y a pas fusion. J’ai beaucoup appris avec mes bébés, je pense que j’ai appris autant avec eux qu’avec Tsuda senseï, même si c’était de façon différente.

Musubi Awase : le commencement

On considère généralement qu’il faut commencer par apprendre les techniques et qu’après de nombreuses années de travail on peut appréhender Awase et Musubi. Dans notre École la Pratique respiratoire et la fusion de sensibilité sont au commencement et inséparables du reste. Toute notre recherche se fait à travers la respiration, le « ki ». Cette direction nous permet d’approfondir la recherche dans la simplicité, plutôt que dans l’acquisition et en ce sens nous rejoignons la définition de O Senseï Ueshiba : « Aïkido est Misogi ».

Article de Régis Soavi publié dans Dragon Magazine (Hors-Série Spécial Aïkido n°6)  d’octobre 2014.

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Notes

*Itsuo Tsuda (1914-1984), La Voie du dépouillement, Paris, le Courrier du livre, 2006 (1975), p.174-175.

*Une série d’exercices faits individuellement qui précède la technique. Cf. « L’École Itsuo Tsuda », p. 6-12, Dragon Magazine Spécial H.S. AIKIDO n° 5: Le travail individuel, juillet-septembre 2014.

*Mythe décrit dans le Kojiki.

*Itsuo Tsuda, Face à la science, Paris, le Courrier du Livre, 1983, p. 24

Retour sur le centenaire d’Itsuo Tsuda

Une rencontre exceptionnelle

centenaire itsuo tsudaDimanche 16 novembre 2014  s’est achevé ce qui restera un moment exceptionnel, à la fois hommage à un écrivain et fruit du travail de toute une école.

L’événement autour d’Itsuo Tsuda aura réuni durant un week-end plusieurs centaines de personnes dans un lieu spécialement préparé pour l’occasion. Le dojo Tenshin qui fêtera prochainement ses trente années d’existence s’est transformé durant ces derniers mois pour accueillir le centenaire de la naissance d’un homme dont l’œuvre résonne plus que jamais.

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Meeting the breathing.

itsuo tsuda respiration

Born in 1914, Itsuo Tsuda would now be one hundred years old.
This atypical character, fiercely independent, considered himself first and foremost a philosopher and he is a key figure of the Aikido in France. He is the one who introduced Katsugen * Undo in Europe in the early 70s.
Direct student of O’Sensei Morihei Ueshiba during the last ten years of his life, Itsuo Tsuda did not consider important the sporty or martial art aspects of Aikido, but rather the chance to make use of this art for inner search, for personal search. He qualified this dimension as « solitary practice » and devoted himself to pass it on in his books and in his teaching.

By beginning Aikido at forty-five years of age, the ki and Non Doing were the two aspects that mainly attracted him. These aspects were particularly tangible in a series of exercises preceding, during O-Sensei Ueshiba sessions, the technique, which Itsuo Tsuda named after the expression « Respiratory Practice. »

O-Sensei Ueshiba gave a lot of importance to these exercises that meant to him something completely different then warming up. Itsuo Tsuda in an interview with France Culture said:
« For me what is important is what I do at the beginning: I sit, breathe, I breathe with the heaven and the earth, that’s all. Many people love aikido as a technique, don’t they? For me, the technique is simply the test to find out if I have evolved through breathing.  »
In the technique that happens during  the second part of the session there is no struggle, but an opportunity to develop sensitivity, the ability to fuse.
The voice of Itsuo Tsuda, who died in 1984, still resonates today through the nine books published in French and through his students. One of them, Régis Soavi, he has dedicated more than thirty years to Aikido and katsugen undo teaching. He is the technical adviser for the Itsuo Tsuda  School .

itsuo tsuda aikido

– Good morning, Mr. Soavi, when you met Itsuo Tsuda in the 70s you were already engaged in the practice of martial arts. What made you decide to consecrate to the Aikido of Itsuo Tsuda?

– I had just started Aikido when I met Itsuo Tsuda, my teacher was Roland Maroteaux. I met Tsuda during a workshop organized by this teacher. What struck me at first was his ability to dodge. During this workshop I saw my teacher, who was an actual budoka, attacking him with determination and at any time Tsuda was not there, he was dodging, he had created void in front of him. That was what shocked me. I had already experienced a lot of Judo, Jujitsu and weapons and then, more or less at the same time, during my training as a professional Aikido, I worked with other teachers like, Master Noro, Master Tamura, Master Noquet, as well as I took part of some workshops with Master K. Ueshiba, Yamaguchi Sensei, etc.. At the time we were all a bit like Ronin, we were going from a dojo to another trying to uncover the masters’ secrets. At first I was timidly interested of Master Tsuda, but the quality of this void, this emptiness that was moving around, it was very impressive and that was what made me decide: you have to go and see this master.

– What does represent for you the first part of the Aikido practice that Itsuo Tsuda called « Respiratory Practice »?

– Master Tsuda used to say that it was the essence of Aikido. At the beginning, when I was about twenty years old, I saw this part as a kind of respiratory warming up, not to mention muscle warming up. And then little by little I found out that it was something much more intimate! And after seven years, the Respiratory Practice had become the most important part of Aikido for me. The rest was, as Tsuda said very well, a way to verify to what extent I was getting with my breathing.

– You speak about Aikido proposing the translation « the way of the ki fusion ». How does this differ from the definition « the way of the harmony » that it is normally used?

regis soavi

– Now, « Aikido » is an ideogram, there are no words therefore in itself. What I try to pass on through  « the way of the ki fusion » is the direction we take. In Aikido this fusion of feelings between people allows you to practice in another way. It completely differs from the idea of fighting. It is rather a complementary. I think Ueshiba had such a fusion capacity with the person who attacked, by anticipating his acts, his gestures. For me, harmony is insufficient as a translation, this may purely be aesthetic. The fusion turns into something deeper. When two metals come together into a fusion to become for example bronze, they become Bronze, it is not only harmonizing them, they become something different. And it is in this sense that I want to translate it with « the way of the ki fusion. » But this is purely ideograms interpretation.

– What role do you think the technique plays?

– It is essential. It is the base. For me, technique must be extremely precise. It is the technique that leads the breathing. The technique also means the body, the posture. If your posture is correct, if the positioning is right, then it is easy, breathing is better. when one is blocked, congested, closed or too open, too soft or too hard, nothing will really happen. The technique is there to allow through its precision to find the lines that help us breathing better, to get better into the fusion. It is also for this reason that I often ask to work slowly. It is no use doing something quickly and badly.

regis soavi aikido

– Does the practice of Katsugen undo, you’ve discovered with Master Tsuda,  affected your approach to Aikido?

– I think if I had not practiced Katsugen undo I would have not practice Aikido the way I do today. We should never forget that Katsugen undo is something that normalizes the ground, the body. And only now I see Aikido as a process of normalization of the body as well. The practice of katsugen undo allows you to practice Aikido in this way, it is for me a base, the basic. It develops in you the breathing, once we breathe better, we are more relaxed. Aspects like aggressiveness, competitiveness disappear, they fall by themselves. Instead of practicing by hurting the others, one goes towards the normalization of the body, for example I usually show how, by twisting the arm in a certain way, during the mobilization, you allow your ki to get up to the third lumbar in fact the person’s body twists slightly on that point.
Well, it is a process of normalization of the body through Aikido, which I discovered because of the Katsugen undo practice. This applies to many other techniques, the way to get in, to reach the center, the hara, and so on. I’m not saying that you cannot find out if you only practice Aikido, but Katsugen undo was an open door, it has allowed me to feel better, to understand better, to be more in the spirit … I think this was very important for Tsuda as well. He practiced with Ueshiba for ten years. But when he started Aikido he had already been practicing for more than ten years Seitai  and Katsugen undo. His terrain was thus in a certain condition, for example with regard to the flexibility – which is often lost when at forty-five years of age. And then the kind of spirit condition: for Tsuda was clear that we were not there to destroy ourselves, but rather to find a certain tone, and at the same time a balance. Aikido should lead to a balance. And katsugen undo task is the balance.

– you practice early in the morning, this may be surprising.

– Sessions during the week start at 6:45am while at the weekend they are at 8.00. I know we regis soavi aikidolive in a society where you go to bed very late and you get up very late too. In my case I really love the morning. One can be tired in the evening, people after working hours are stressed.  Sessions of martial arts then very easily turned into a relief valve, and so on. Rather in the morning, competitiveness does not have too much importance … you get up, you are in the dojo, you can easily breathe, you start your day. Furthermore we are very lucky to be in a permanent dojo. One comes and it is like being at home, in an association but at home, the dojo are used only for this reason. There are gyms with more or less clean changing rooms where you can not even leave your watch otherwise they might stole it, and so on. So you come here in the morning, take a little coffee, tea, and then practice. And so the day begins and starts well, it is a real pleasure. Every morning I have a great pleasure to see people getting there and taking their time, we are in a world where we do not take our time anymore…

– Your sessions are designed for all without distinction of age and levels, you talk about a school without grades.

– Master Tsuda said: « There is no black belt for mental emptiness. » With Ueshiba there was no national program for black belts. When Master Noguchi was teaching he was used to say  « Forget, forget, when you will need it, it will come back naturally » It’s a little bit like this, the technique is important, but we do not repeat ten thousand times how to get attacked or some other staff. It makes no sense. Hierarchy, degrees, kyu, dan, and so on. For me this is not really important … And then in terms of age, why should we make a difference? Modern society created that difference, it has created the teenage (which by the way teenage is now up to forty years), the third and then the fourth age, and so on. All these categories do not correspond to anything. For me, when we talk about life within us we are all equal. Then, of course, it makes a difference, if I work with a six year old child it is not like when I work with a sixty years old person or somebody on their twenties.

– Other then passing on the bases, what can you really teach through Aikido?

– Ah, not much, actually, on a given moment people are going to start their own search by themselves. So, since I’m older, and my own search is also a long-term one, I can give them some information, and then I can help them to better understanding through visualizations. It’s my way of teaching people today. I suggest visualizations, for example by saying this movement looks like when you place a baby in bed. At the same time people search, there are a number of people who I consider companions they are no longer students. As sensei, as a good craftsman with a greater seniority, I can say, « Look further, that is it « , by looking further, the body opens and the person says, « Oh, okay It is fine. » It is very subtle. It is a kind of communication that I establish with my students. And then people go and search in that direction. We do not work on making the technique perfect, that does not exist. Aikido is not going to become more effective, more aesthetic, and so on. But we will be closer to ourselves, I think that this is the most important thing.

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* Katsugen undo translated as Regenerating Movement, the technique developed by Haruchika Noguchi, creator of Seitai.

Norito resonance

itsuo tsuda noritoMorihei Ueshiba O Sensei used to recite the norito, a Shinto invocation, during his practice. Itsuo Tsuda recited it daily during the last few years and the tradition is still kept within the Itsuo Tsuda School.

« The norito does not belong to the world of religion world but certainly to that of the sacred in the Animist sense.

The vibrations and resonance flowing from the pronunciation of this text brings to each practice a feeling of calmness, fullness and sometimes something that goes beyond and remains inexpressible.
The norito is a Misogi. * In its essence, it is never perfect, it always changes and evolves. It is the reflection of a moment in our being. » (Régis Soavi)

This norito is very popular in Japan, it is called Misogi no harae. The Norito version of Master Tsuda is in some way a short version.

 

Itsuo Tsuda noritoreceived this Norito from the hands of Nakanishi sensei, met during a trip to Japan. She also passed on the position of the hands, which, without being stiff, reflects high accuracy. It is a KI knot; all the fingers must touch each other and the position of the elbows has its own importance too. Nakanishi sensei was the Kotodama teacher of Morihei Ueshiba  »  from an interview with Régis Soavi

Itsuo Tsuda himself wrote: « At a given moment of his life, Master Ueshiba felt stuck in the continuation of the path, he found himself facing a dead end. He was very strong physically, but he felt that something was missing. It was then that he met Nakanishi. He was 56 or 57 years old while Mrs. Nakanishi was more or less 20 years old. (…)  »
Itsuo Tsuda, The Way of Gods

In his book The Way of Gods (Original Edition La voie des Dieux, Le Courrier du Livre – 1982), Itsuo Tsuda  attempts to clarify Shinto and Kotodama, difficult subjects to access. We will publish some extracts as part of the listening of the Norito recitation by Itsuo Tsuda.

Guillemet« It ‘s really hard to define the so called  » Shintoism « , literally, the Way of Gods. The name was invented after the need to compare it with other forms of « belief » that were introduced in Japan over the centuries. (…)  »

« If I have to say in a few words what Shinto is, I should quote a French proverb of the fifteenth century:  » Flowing water does not carry with it any dirt.  » What is important, is not the dogma, but the immediate feeling of serenity. Is it possible, in any circumstance, to constantly maintain a feeling of serenity? If you succeed, I have nothing to add. I rather think that most of the time, we feel a precarious peace in certain particular conditions. We strive to maintain this serenity by tensing. Which means keeping up appearances. You have to be blind not to admit that we have weaknesses and flaws. This proverb is almost unknown today. . (…)  »

Kotodama (vibration)

« The whole universe is conceived like an overflowing of vibratory sensations. These vibrations exist before being perceptible. Thus, Ueshiba Sensei talked often, for example, about the Kotodama of the ‘u’ vowel, a vibration that comes from the belly. He explains the functions of all the vocalism that were, after all, very simple, but difficult to understand because for me it was one of those things that did not fit in my regular habits. (…)  »

« According to Ms. Nakanishi, the particularity of Budo, in martial arts, lies in the ability to respond to resonances. That is the meeting point between a martial art and Kotodama. That is also why it differs from sports. In fact, martial arts were born at the time when the human being was continuously exposed to fatality, without notice. It was not a way to produce a physical technique, in front of spectators in awe, as in a circus. It was a matter of feeling the approach of something dangerous before the perceptual data could get actually confirmed. The moment of confirmation was already too late because it was not about scoring, but about life or death. (…)  »

« Aikido conceived as sacred movement by Master Ueshiba, is actually disappearing to be replaced by athletic Aikido, combat sports, more in line with the needs of the civilized ones.

« True budo is to be as a kind of ever, » said Ms. Nakanishi. « The others are the ones going around, but the true master does not move. »

In Shinto, there is no opposition between God and human being as in Christianity. It is a matter of finding God in yourself. This is called chinkon kishin, soothing the soul and return to God. Indeed, one can neither calm nor shake the soul. The ki attached to our person gets purified to keep us alive, but at the same time exposes us to constant agitations. (…)

« He also said: » We do not need miracles. The most difficult thing is to be natural, to be normal.  » Calm sea reflects the moon in its round shape. Rough sea gives only fragmented reflections. (…)  »

« Mrs. Nakanishi’s teachings revealed to me a new dimension of the universe. The Shinto universe does not match at all with the pre-Copernican geocentric or heliocentric conception, established by Newton. The universe of which she speaks is not located anywhere. It arises from the original Void, at the time and place where there is the need, and disappears as soon as the case is closed.

From the Void, « Nothing » arises and the « Nothing » creates the Existence. And the Existence culminates in « Nothing » that goes back to the Void. Therefore, there is no creation at the beginning of the world, once and for all. Every moment can be the moment of creation. Anyone can try to create the universe wherever he happens to be.

We must not, therefore, discuss with a Gagarin to affirm or deny the existence of God in space. Shinto is too fluid to stiffen in sclerosis.

Every day is the first day of creation. Every day is perhaps the last day of the return to the Void. (…)  » Itsuo Tsuda The Way of Gods (Original Edition La voie des Dieux, Le Courrier du Livre – 1982)


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