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L’Aïkido est-il un art martial ?

Par Régis Soavi

Il semble que cette question « L’Aïkido est-il un art martial ? » soit récurrente dans les dojos et divise les pratiquants, les enseignants, ainsi que les commentateurs dans à peu près toutes les écoles. Personne ne pouvant donner une réponse définitive, on a recours à l’histoire des arts martiaux, aux nécessités sociales, à l’histoire de l’origine des êtres humains, aux sciences cognitives, etc., en les chargeant d’apporter une réponse, qui, si elle ne résout pas le problème, aura au moins le mérite de justifier les propos tenus.

L’Aïkijutsu est devenu un dō

L’Aïkijutsu, depuis qu’il a abandonné le suffixe jutsu pour devenir un dō, s’est reconnu lui-même comme un art de la paix, une voie de l’harmonie au même titre que le Shodō (la voie de la calligraphie) ou encore le Kadō (la voie des fleurs). En adoptant le terme qui signifie le chemin, la voie, est-il devenu pour autant un chemin plus facile ? Ou au contraire nous oblige-t-il à nous poser des questions, à réexaminer notre propre parcours, à faire un effort d’introspection ? Un art de la paix est-il un art de l’accommodation, un art faible, un art de l’acceptation, un art où les filous peuvent jouir d’une réputation à peu de frais ?
Certes c’est un art qui a su s’adapter aux nouvelles réalités de notre époque. Mais doit-on entretenir l’illusion d’une self-défense facile, à la portée de tous, adaptée à tous les budgets et sans la nécessité de s’investir le moins du monde ? Peut-on réellement croire ou faire croire qu’à raison d’une ou deux heures par semaine, qui plus est hors vacances (les clubs sont souvent fermés), on peut devenir un foudre de guerre ou acquérir la sagesse et être capable de résoudre tous les problèmes par son calme, sa sérénité, ou son charisme ?
La solution alors se trouve-t-elle dans la force, le travail musculaire et les arts violents ?
S’il existe une direction, elle se trouve à mon avis, et malgré ce que je viens de dire, dans l’Aïkido.

Une École sans grade

Tsuda Itsuo ne donna jamais de grade à aucun de ses élèves et lorsque quelqu’un lui posait une question sur le sujet, il avait coutume de répondre « Il n’y a pas de ceinture noire de vide mental ». On peut dire que, avec cela, il avait clos toute discussion. Ayant été l’interprète, auprès de Ō Senseï Morihei Ueshiba, d’André Nocquet senseï lors de son apprentissage au Japon, il a par la suite servi d’intermédiaire lorsque des étrangers français ou américains se présentaient au Hombu Dojo pour s’initier à l’Aïkido. Cela lui permit, traduisant les questions des élèves et les réponses du maître, d’avoir accès à ce qui sous-tendait la pratique. Ce qui en faisait quelque chose d’universel. Ce qui en faisait un art au-delà de la pure martialité. Il nous parlait de la posture de Ō Senseï, de son incroyable spontanéité, de la profondeur de son regard qui semblait le percer jusqu’au plus profond de son être. Tsuda Itsuo n’a jamais cherché à imiter son maître qu’il considérait inimitable. Il s’est tout de suite intéressé à ce qui animait cet homme incroyable capable de la plus grande douceur comme de la plus grande puissance. C’est pourquoi, arrivé en France, il chercha à nous transmettre ce qui pour lui était l’essentiel, le secret de l’Aïkido, la perception concrète du ki. Ce qu’il avait découvert, et qu’il résumait dans cette phrase, la première de son premier livre : « Depuis le jour où j’ai eu la révélation du “ki”, du souffle (j’avais alors plus de quarante ans), le désir ne cessait de grandir en moi d’exprimer l’inexprimable, de communiquer l’incommunicable. »*

Pendant dix ans il parcourut l’Europe afin de nous faire découvrir, à nous, Occidentaux, bien trop souvent cartésiens, dualistes, qu’il existe une autre dimension à la vie. Que cette dimension n’est pas ésotérique mais exotérique comme il se plaisait à le dire.

Une École particulière

Les motivations qui amènent à commencer cette pratique sont de manière évidente très diverses. Si je pense aux personnes qui pratiquent dans notre École (l’École Itsuo Tsuda), à part quelques-unes, il y en a peu qui soient venues pour l’aspect martial. D’ailleurs bon nombre d’entre elles n’y ont rien vu de martial de prime abord, bien qu’à l’occasion de chaque séance je montre comment les techniques pourraient être efficaces si on les exécutait de façon précise, et dangereuses si on les utilisait de manière violente. Le coté martial découle de la posture, de la respiration, de la capacité de concentration, de la vérité de l’acte qu’est l’attaque. Pour l’apprentissage, il est indispensable de respecter le niveau de son partenaire, de s’exercer avec des formes connues.
Mais la découverte que l’on peut faire en travaillant les formes prédéfinies va bien au-delà. Il s’agit de faire fructifier autre chose, de révéler ce qui se trouve au fond des individus, de se libérer de l’emprise sous-jacente qu’exerce le passé et même parfois le futur, sur nos gestes, sur l’ensemble de nos mouvements, tant physiques que mentaux. Et d’ailleurs personne ne s’y trompe dans notre dojo.
La séance commence à 6h45. Le fait de venir pratiquer si tôt le matin (en fait Ō Senseï et Tsuda senseï avaient toujours commencé leurs propres séances à 6h30) n’est ni une ascèse ni même une discipline. Certains pratiquants arrivent vers 6h chaque matin, pour partager un café ou un thé, et profiter de ce moment d’avant la séance (de pré-séance), si riche parfois grâce aux échanges que l’on peut avoir entre nous. C’est un moment de plaisir, d’échange sur la pratique, comme parfois aussi sur la vie quotidienne, que l’on partage avec les autres de manière extrêmement concrète et non de façon virtuelle comme la société a tendance à nous le proposer.
Évidemment tout cela peu paraître rétrograde ou inutile, mais cela évite le coté loisir facile et ne favorise pas le clientélisme, sans pour autant dire qu’il n’existe pas, cela le réduit et avec le temps il évolue. Et cela parce que les êtres changent, se transforment, ou plus précisément se retrouvent eux-mêmes, retrouvent des capacités inexploitées, qu’ils pensaient parfois avoir perdu ou souvent, plus simplement, qu’ils avaient oubliées.

Yin le féminin : comprendre

Les femmes sont si nombreuses dans notre École que la parité n’y est pas respectée, les hommes sont minoritaires, de peu certes, mais ils l’ont toujours été. Je m’en voudrais de parler au nom des femmes et pourtant comment faire ? Elle ne forment pourtant pas un monde à part, inconnu des hommes.
En fait, pour beaucoup, peut-être que si ! … Cependant je pense qu’il suffit pour l’homme de se pencher sur son coté yin, sans en avoir peur, pour retrouver et comprendre ce qui nous rapproche et ce qui nous différencie. Est-ce par une affinité personnelle, une recherche due à mon propre vécu pendant les événements de mai 68 et à cette éclosion du féminisme qui se révéla une fois de plus à cette époque. Ou plus simplement peut-être parce que j’ai eu trois enfants et que ce sont trois filles, qui d’ailleurs pratiquent toutes les trois, le résultat quelles qu’en soient les raisons a fait que j’ai toujours accordé leur place légitime aux femmes dans les dojos de notre École. Elles y ont les mêmes responsabilités et il n’y a évidemment aucune différence de niveau, que ce soit pour l’étude comme pour l’enseignement. Il est vraiment dommage d’avoir à préciser ce genre de choses, mais malheureusement elles ne découlent pas d’elles-mêmes dans ce monde.
Malgré tout les femmes prennent peu la parole, ou même devrais-je dire la plume, dans les revues d’art martiaux. Il serait intéressant de lire des articles écrits par des femmes, voire de consacrer un espace dans « Dragon magazine spécial Aïkido » à la vision des femmes sur les arts martiaux et sur notre art en particulier. N’ont-elles rien à dire, ou le monde masculin accapare-t-il toute la place ? Ou peut-être encore ces débats de chapelles sur l’efficacité de l’Aïkido les ennuient, elles qui cherchent et souvent trouvent, me semble-t-il, une autre dimension, ou en tout cas autre chose, grâce à cet art  ? Cet « autre chose », qui est peut être plus près de la recherche de Ō Senseï, Tsuda Itsuo senseï nous en donne une idée dans ce passage de son livre La Voie du dépouillement :

« Se représente-t-on Me Ueshiba comme un homme fait entièrement en acier ? C’est pourtant l’impression bien contraire que j’ai eu de lui. C’était un homme serein, capable d’une concentration extraordinaire, mais très perméable par ailleurs, aux éclats de rire sonores, avec un sens de l’humour inimitable. J’ai eu l’occasion de toucher son biceps. J’en étais stupéfait. C’était la tendresse d’un nouveau-né. Tout ce qu’on pouvait imaginer de contraire à la dureté.
Cela peut paraître curieux, mais son Aïkido idéal était celui des jeunes filles. Les jeunes filles ne sont pas capables, de par leur nature physique, de contracter les épaules aussi durement que les garçons. Leur Aïkido, est de ce fait, plus coulant et plus naturel. »**

Yang le masculin : combattreart martial

Nous sommes éduqués à la compétition depuis notre plus tendre enfance, l’école, sous prétexte d’émulation, a tendance à aller dans la même direction, et tout cela pour nous préparer au monde du travail. Le monde est dur nous apprend-on, il faut absolument gagner sa place au soleil, apprendre à se défendre contre les autres, mais en est-on si sûr ? Notre désir n’aurait-il pas tendance, lui, à nous guider dans une autre direction ? Et que faisons-nous pour réaliser cet objectif ? L’Aïkido peut-il être l’un des instruments de cette révolution des mœurs, des habitudes, doit-il et surtout devons-nous faire l’effort nécessaire afin que les racines du mal qui ronge nos sociétés modernes se régénèrent et redeviennent saines ? Il y a eu par le passé des exemples de sociétés où la compétition n’existait pas, ou très peu de la manière dont elle existe aujourd’hui, des sociétés où le sexisme aussi était absent, même si on ne peut pas les présenter comme des sociétés idéales. En lisant les écrits sur le matriarcat dans les îles Trobriand de ce très grand anthropologue qu’était Bronislaw Malinowski on pourra découvrir son analyse, trouver des pistes, et peut-être même des remèdes à ces problèmes de civilisation qui ont été si souvent dénoncés.

Tao, l’union : une voie pour l’accomplissement de l’être humain

La voie, par essence, sans être un idéaliste, se justifie et prend toute sa valeur par le fait qu’elle normalise le terrain des individus. Pour qui la suit, elle régule ses tensions, elle est équilibrante, elle est tranquillisante en permettant un autre rapport à la vie. N’est-ce pas ce que tant de personnes « civilisées » recherchent désespérément et qui se trouve en fin de compte au fond de l’être humain ?

La voie n’est pas une religion, c’est même ce qui la différencie de la religion qui en fait un espace de liberté, au sein des idéologies dominantes. La pensée de laquelle on peut la rapprocher me semble plutôt être l’agnosticisme, courant philosophique peu connu, ou plutôt connu de manière superficielle mais qui permet d’intégrer toutes les différentes écoles. Il y a bon nombre de rituels dans l’Aïkido que l’on continue de suivre sans en comprendre la véritable origine (celle à laquelle puisa Ō Senseï) ou parfois d’autres rituels que divers maîtres trouvèrent grâce à d’anciennes pratiques comme le fit Tamura senseï lui-même. On les a souvent associés avec la religion alors que, comme on pourrait le vérifier, ce sont les religions qui ont utilisé tous ces anciens rituels, se les sont appropriés pour en faire des instruments au service de leur propre pouvoir, et même trop souvent ils servent à la domination et à l’asservissement des individus.

Un moyen : la pratique respiratoire

La première partie dans l’Aïkido de O Senseï Morihei Ueshiba, loin d’être un échauffement, consistait en mouvements dont il est primordial de retrouver la profondeur. Ce n’est pas pour une satisfaction intellectuelle, ni par soucis d’intégrisme et encore moins pour acquérir des « pouvoirs supérieurs », que nous les continuons, mais pour retrouver le chemin qu’avait emprunté Ō Senseï. Certains exercices, comme Funakogi undo (mouvement dit du rameur) ou Tama-no-hireburi (vibration de l’âme), ont une très grande valeur, et lorsqu’ils sont pratiqués avec l’attention nécessaire, ils peuvent nous permettre de sentir au-delà du corps physique, au-delà de notre sensation si limitée, pour découvrir quelque chose de plus grand, de beaucoup plus grand que nous. Il s’agit d’une nature illimitée à laquelle nous participons, dans laquelle nous baignons, qui est fondamentalement et inextricablement liée à nous, et que pourtant nous avons tant de mal à rejoindre ou même parfois à sentir. Cette conception que j’ai fait mienne, n’est pas due à un rapport mystique à l’univers, mais plutôt à une ouverture psychophysique que de nombreux physiciens modernes ont approché grâce à la théorie et qu’ils cherchent à vérifier. Ce n’est pas une chose que l’on peut apprendre en regardant des vidéos sur YouTube, ni en consultant des livres de sagesse du passé malgré leur indéniable importance. C’est quelque chose que l’on découvre de manière purement corporelle, de manière absolument et intégralement physique, même si c’est un physique élargi à une dimension inhabituelle. Petit à petit tous les pratiquants qui acceptent de chercher dans cette direction le découvrent. Ce n’est pas lié à une condition physique ni à un âge ni évidemment à un sexe ou un peuple.

L’éducation

Presque tous les psychologues considèrent que l’essentiel de ce qui nous guidera à l’âge adulte se passe pendant notre enfance et plus précisément notre petite enfance.

Aussi bien les bonnes expériences que les mauvaises. Il y a donc un soin particulier à apporter à l’éducation de manière à conserver le plus possible la nature innée de l’enfant. Il ne s’agit en aucun cas de laisser l’enfant faire tout ce qu’il veut, d’en faire un enfant roi, de devenir son esclave, le monde est là qui l’entoure et il a besoin de points de repère. Mais c’est très vite, souvent peu de temps après la naissance, parfois après quelques mois, que le bébé est confié à des personnes étrangères à la famille. Que sont devenus ses parents ? Il ne reconnaît plus la voix de sa mère, son odeur, son mouvement. C’est le premier traumatisme et on nous dit : « Il s’en remettra ». Certes, malheureusement ce n’est pas le dernier, loin de là. Puis vient la crèche qui s’emboîte avec la maternelle, l’école primaire, le collège puis enfin le Bac avant peut-être l’université, pour au moins trois voire quatre, cinq, six ans ou plus encore.
Mais que peut-on y faire ? « C’est la vie » me dit-on. Chacune de ces boîtes dans lesquelles l’enfant va passer son temps au nom de l’éducation, de l’apprentissage est une prison mentale. De socle commun en culture de masse, quand sera-t-il respecté en tant qu’individu plein de cette imagination qui caractérise l’enfance ? On lui apprendra à obéir, il apprendra à tricher. On lui apprendra à être avec les autres, il apprendra la compétition. Il sera noté, on appellera cela émulation, et ce désastre psychologique sera vécu par les premiers comme par les derniers des élèves.
Au nom de quelle idéologie totalitariste forme-t-on les enfants et toute la jeunesse à la peur de la répression, à la soumission, au désengagement et à la désillusion ? La société d’aujourd’hui dans les pays riches ne nous propose rien de bien nouveau : travail et loisirs ne sont que des synonymes de l’idéal romain du pain et des jeux, l’esclavage antique n’est que le salariat de maintenant. Un esclavage amélioré ? Peut-être… avec une lobotomisation spectaculaire, garantie sans facture, grâce à la publicité pour la marchandise dont on nous abreuve, et son corollaire : l’hyper-consommation de biens tant inutile que néfaste.
La pratique de l’Aïkido pour les enfants et les adolescents est l’occasion de sortir des schémas que propose le monde qui les entoure. C’est grâce à la concentration exigée par la technique, une respiration calme et sereine, l’aspect non compétitif, le respect de la différence, qu’ils peuvent conserver, ou si besoin retrouver leur force intérieure. Une force tranquille, non agressive, mais pleine et riche de l’imagination et du désir de rendre le monde meilleur.

Une philosophie pratique ou, mieux dit, une pratique philosophique.

La particularité de l’École Itsuo Tsuda vient du fait qu’elle s’intéresse plus à l’individualité qu’à la diffusion d’un art ou d’une suite de techniques. Il ne s’agit pas de créer un individu idéal, ni de guider quiconque vers quelque chose, vers un modèle de vie, avec tel taux de gentillesse, tel taux d’amabilité ou de sagesse, de pondération ou d’exaltation, etc. Mais de réveiller l’être humain et de lui permettre de vivre pleinement dans l’acceptation de ce qu’il est au sein du monde qui l’entoure sans le détruire. Cet esprit d’ouverture ne peut que réveiller la force qui préexiste en chacun de nous. Cette philosophie nous porte à l’indépendance, à l’autonomie, mais non à l’isolement, au contraire, par la découverte de l’Autre, par la compréhension de ce qu’il est, et au-delà de ce qu’il est peut-être devenu. Tout cet apprentissage, ou plutôt cette réappropriation de soi, demande du temps, de la continuité, de la sincérité afin de réaliser de manière plus claire la direction vers laquelle on désire se rendre.

Le dépassement, ce qu’il y a derrière.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, est ce qu’il y a derrière ou plus exactement ce qu’il y a au fond de l’Aïkido. Lorsqu’on prend un train on a un objectif, une destination, avec l’Aïkido c’est un peu comme si au fur et à mesure que l’on avance le train changeait d’objectif, comme si la direction devenait à la fois différente, et plus précise. Quand à l’objectif, il s’éloigne malgré le fait que l’on pense s’en être rapproché. Et c’est là qu’il faut prendre conscience que l’objet de notre voyage est dans le voyage lui-même, dans les paysages que l’on découvre, qui s’affinent, et se révèlent à nous.

« L’Aïkido est-il un art martial ? » un article de Régis Soavi

Notes

* Tsuda Itsuo, Le Non-faire, Le Courrier du Livre, 1973, p.7.
** Tsuda Itsuo, La Voie du dépouillement, Le Courrier du Livre, 1975, pp.148-149.

Au cœur du déplacement, l’involontaire

Par Régis Soavi 

« Si je dois donner un but à mon Aïkido, ce sera d’apprendre à nous asseoir,  à nous lever, à avancer et à reculer. » I.Tsuda

Déplacements : la coordination, la posture

Pour se déplacer correctement il est nécessaire d’être stable, et on ne résout pas des problèmes de stabilité par l’apprentissage. La stabilité doit naître de l’équilibre, qui lui-même naît du système involontaire. L’être humain a cette particularité de se tenir debout avec comme seuls points d’appui cette toute petite surface que sont ses deux pieds. Et s’il s’agissait seulement de se tenir immobile, encore passe, mais nous nous déplaçons, et qui plus est, nous sommes capables en même temps de parler, de réfléchir, de bouger les bras dans tous les sens ainsi que la tête ou les doigts, tout cela en étant parfaitement stables. La coordination musculaire involontaire s’occupe de tout. Si nous perdons l’équilibre sans pouvoir nous rattraper à quoi que ce soit, notre corps cherche par tous les moyens à récupérer l’équilibre perdu, et souvent il y parvient grâce au mouvement de la répartition du poids d’une jambe sur l’autre, en trouvant des points d’appui extrêmement précis, que nous aurions eu du mal à trouver à l’aide de notre seul système volontaire. Tsuda Itsuo raconte une anecdote personnelle sur son apprentissage de l’Aïkido qui me semble édifiante, dans son livre La Science du particulier.*Lire la suite

L’état de santé selon le Seitai #2

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient  à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette deuxième vidéo, c’est la notion de santé selon le Seitai qui est abordée.

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

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Seitai et Katsugen Undo #1

Beaucoup de choses sont dites et circulent sur le web à propos du Seitai et du Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur). Dans cette série d’entretiens, Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo depuis quarante ans, revient  à l’essentiel pour répondre à cette question « Qu’est-ce que le Seitai et le Katsugen Undo ? ».

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Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du Seitai.  Itsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

Mémoires d’un aïkidoka

Par Régis Soavi.

Parler à mes élèves des maîtres que j’ai connus fait évidemment partie de mon enseignement. Certains eurent une telle importance que je ne peux pas m’en débarrasser d’un coup du revers de la main et prétendre que je me suis fait tout seul. Les maîtres que j’ai connus ont laissé des traces qui m’ont formé et surtout ouvert à des domaines que j’ignorais, ou que parfois je soupçonnais sans pouvoir les atteindre.

Les Maîtres du passé : des maîtres de vie ?

Il m’a toujours semblé important de ne pas faire de ces maîtres des surhommes, des génies,  des dieux. J’ai toujours considéré que ces maîtres valaient beaucoup mieux que cela. Les idoles créent une illusion, nous endorment et appauvrissent les idolâtres, elles les empêchent de progresser, de prendre leur envol de leurs propres ailes. À cet égard Tsuda Senseï, lui qui est maintenant un maître du passé, écrivait dans son huitième livre La Voie des dieux :

« Maître Ueshiba a planté des poteaux indicateurs  »c’est par là », et je lui en suis très reconnaissant. Il a laissé d’excellentes carottes à manger que j’essaye d’assimiler, de digérer. Une fois digérées, ces carottes deviennent Tsuda qui est loin d’être excellent. Cela est inévitable. Mais il est nécessaire que les carottes ne restent pas carottes, sinon elles pourrissent toutes seules, sans utilité.
Il ne s’agit pas, pour moi, d’adorer, de déifier ou d’idolâtrer Maître Ueshiba. Comme tout le monde, il avait des qualités et des défauts. Il avait des capacités extraordinaires mais il avait des faiblesses, notamment vis-à-vis de ses élèves. Il se faisait avoir par eux à cause de considérations un peu trop humaines. »Lire la suite

Hello Illness #2

Continuation of Régis Soavi Interview’s  about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

To read part 1 –> http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/bonjour-maladie/

Part #2

– How can one define Yuki ?

-Let the Ki circulate.

– How can Yuki help to activate the Movement?

– It helps, in the case where one has done the three exercises, or the exercises for Mutual Movement (activation through stimulation of the second pair of points on the head ; that is another way to activate the Movement). Yuki helps because it activates ; It’s very important for me to say that Yuki is fundamentally different from what we often hear spoken of, because when we do Yuki, we void our heads, we don’t cure anyone, we don’t look for anything. We are simply concentrated in the act. There is no intention, and that is primordial. In the statutes of the dojo, in fact, it is underlined that we practice “without a goal” ».

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Hello Illness #1

Interview of Régis Soavi about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

« After reading the books of Itsuo Tsuda ( 1914-1984 ), I was fascinated by his arguments, which range freely from the subject of Aïkido to that of children and the way they are born, illness, or his memories of Ueshiba Morihei and Noguchi Haruchika, and I wanted to know more. I continued to have a sensation of something beyond my understanding.

So I began to ask, what exactly is this Regenerating Movement (Katsugen Undo ) that Tsuda spoke of, a spontaneous movement of the body that seemed able to rebalance it without needing to intoxicate it with medication ; an ancient concept but still revolutionary, above all in our society. I was unable to get any satisfactory answers to my questions : those who have practiced the Regenerating Movement couldn’t describe it or explain ; the answer was always : « You should try it yourself in order to understand ; the first time, it will probably unsettle you a bit. »
So I decided to try it. In Milan, the school that refers to the teachings of Itsuo Tsuda is the « Scuola della Respirazione ». There, one can practice Aïkido and the Regenerating Movement ( in separate sessions ). But, in order to go to the sessions of Movement, one must first participate in a week-end course conducted by Régis Soavi, who has continued the work of Tsuda in Europe.

Regis Soavi en conférence

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L’esprit de l’Aïkido est dans la pratique

Par Régis Soavi.

« On a souvent tendance à considérer l’esprit d’un art comme un processus mental, une direction à prendre de manière consciente ou encore des règles à respecter. Tout cela parce qu’en Occident nous vivons dans un monde de séparation, de division. D’un côté il y a l’esprit, de l’autre le corps, d’un côté le conscient, de l’autre l’inconscient, c’est ce qui est censé faire de nous des êtres civilisés alors même que cette séparation engendre des conflits en nous. Des conflits qui sont renforcés par les systèmes d’interdiction mis en place pour protéger la société, pour nous protéger nous-mêmes contre nous-mêmes.

regis soavi meditation
La pratique de l’Aïkido nous entraîne vers la réunification de l’être humain.

Vers la réunification de l’être humain, voilà la Voie dans laquelle nous nous dirigeons par la pratique de l’Aïkido. Cette réunification est nécessaire dans un monde où l’humain est chosifié, où il devient à la fois un consommateur et une marchandise. Sans se rendre compte du chemin qu’il prend, le civilisé exécute la vie au lieu de la vivre. Cette société qui nous pousse à la consommation laisse peu de place au travail intérieur, elle nous pousse à chercher au- dehors ce qui se trouve au-dedans. À acheter ce que nous possédons déjà, à chercher des solutions à tous nos problèmes à l’extérieur de nous-mêmes, comme si d’autres avaient de meilleures solutions. Cela amène à une prise en charge de l’individu par les différents systèmes de protection à la fois sociaux, idéologiques, ou de santé, multipliant ainsi l’offre et créant un marché idéal pour les vendeurs de rêves de tout poil, charlatans, gourous et compagnie.
J’apprends aujourd’hui que l’on vient de créer une nouvelle pratique : « la Respirologie », et comme d’habitude abusée par le pouvoir des mots la clientèle va certainement affluer. Est-ce qu’au nom de la normalisation du corps et de l’esprit, de la remise en forme des personnes, nous devrions changer le nom de notre art par : « Aïkido Thérapie » ?Lire la suite

Aikido: an evolution of the inner being

By Régis Soavi

Itsuo Tsuda in front of the tokonoma
Itsuo Tsuda in front of the tokonoma

Aikido is an instrument of my evolution, it made me evolve, I just had to follow with perseverance and obstinacy the road that was opening in front of me, that was opening inside me.  Like many other people, I came to this practice for its martial aspect. However, its beauty, as well as the aesthetic of its movements, quickly fascinated me, and this with my first teacher Maroteaux Sensei already. Then, when I saw Noro Masamichi Sensei, and Tamura Nobuyoshi Sensei, I had confirmation of what I had sensed: Aikido was a wholly different thing from what I knew.

I came from the world of Judo, with the images transmitted to us, for example, that of the cherry tree branch covered with snow which all of a sudden lets the snow slide down and the branch straightens up. I had already gone beyond the ideas that had been conveyed by the beginning of the century and the fifties, of a « Japanese Jiu Jitsu which turns a small thin man into a monster of efficacy ».Lire la suite

Transcender l’espace et le temps

Par Régis Soavi.

Tous les aïkidoka ont déjà entendu parler de Ma aï car c’est une des bases de notre pratique. Mais en parler et la vivre sont malheureusement des choses très différentes. Comme elle est connue dans tous les arts martiaux, il est facile d’en trouver quantités de références.
On peut concevoir intellectuellement cette notion, on peut écrire sur elle et développer tout un discours, mais « Rien ne vaut le vécu » comme nous le répétait si souvent mon maître Tsuda Itsuo.
Je vais donc essayer d’expliquer l’inexplicable à travers des exemples ou des situations concrètes.Lire la suite

Le ki, une dimension à part entière

Par Régis Soavi

« Le Ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.Ki une dimension a part entiere

Le ki une philosophie orientale ?

Quelle est cette philosophie « orientale » à laquelle nous n’aurions pas accès ? Existe-t-il un domaine spécifique réservé à quelques adeptes, à quelques disciples triés sur le volet, ou bien cette connaissance est-elle à la portée de tous, et qui plus est, sans se compliquer la vie. Je veux dire en menant une vie normale, sans faire partie d’une élite ayant eu accès à des connaissances secrètes, sans avoir des pratiques spéciales, cachées et distribuées au compte gouttes, mais plus simplement en ayant un travail, des enfants etc. Quand on pratique l’Aïkido, évidemment on est dans une recherche tant philosophique que pratique, mais c’est une recherche « exotérique » et non « ésotérique ».
Itsuo Tsuda a écrit neuf livres, créant ainsi un pont entre l’Orient et l’Occident pour nous permettre de mieux comprendre l’enseignement des maîtres japonais et chinois, pour le rendre plus concret, plus simple et accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être oriental pour comprendre, sentir de quoi il s’agit. Mais il est vrai que dans le monde où nous vivons il va falloir faire un petit effort. Sortir de nos habitudes de comportement, de nos références. Avoir un autre type d’attention, un autre type de concentration. Il ne s’agit pas de repartir de zéro mais de s’orienter différemment, de conduire notre attention (notre ki) d’une autre manière.
Déjà nous devons nous débarrasser de l’idée, très cartésienne, selon laquelle le ki serait une seule et même chose, alors qu’il est multiple. Admettre aussi que notre corps est capable de sentir des choses que l’on aurait du mal à expliquer rationnellement, mais qui font partie de notre vie quotidienne, comme la sympathie, l’antipathie, l’empathie. Les sciences cognitives tentent à coup de neurones miroirs et autres procédés de décortiquer tout ça, mais cela n’explique pas tout, et même parfois ça complique les choses.
De toute façon à chaque situation il y a une réponse, mais on ne peux pas analyser tout ce que l’on fait à chaque instant en fonction du passé, du présent, du futur, de la politique ou de la météo. Les réponses surgissent indépendamment de la réflexion, elles surgissent spontanément de notre involontaire, que ces réponses soient bonnes ou mauvaises, l’analyse nous le dira après coup.

Le ki en Occident

L’Occident connaissait le ki par le passé, on l’appelait pneuma, spiritus, prana, ou tout simplement souffle vital. Aujourd’hui cela semble bien désuet. Le Japon a gardé un usage très simple de ce mot que l’on peut retrouver dans une multitude d’expressions, que je cite plus loin, en reprenant un passage d’un livre de mon Maître.
Mais dans l’Aïkido qu’est-ce que le ki ?
Si une École peut et doit parler du ki, c’est bien l’École Itsuo Tsuda, et cela évidemment sans prétendre à l’exclusivité, mais simplement peut-être parce que mon Maître avait basé tout son enseignement sur le ki, qu’il avait traduit par respiration. C’est pourquoi il parlait d’une « École de la respiration » : « Par le mot respiration, je ne parle pas d’une simple opération bio-chimique de combinaison oxygène-hémoglobine. La respiration, c’est à la fois vitalité, action, amour, esprit de communion, intuition, prémonition, mouvement. »*
L’Aïkido n’est pas un art de combat, ni même de self défense. Ce que j’ai découvert avec mon Maître, c’est l’importance de la coordination de la respiration avec mon partenaire, comme moyen de réaliser la fusion de sensibilité quelle que soit la situation. Itsuo Tsuda nous expliquait à travers ses textes ce que lui avait transmis son Maître Morihei Ueshiba. Pour nous le transmettre de manière plus concrète, pendant ce qu’il appelait « la première partie » – la pratique solitaire, qu’on appellerait aujourd’hui Taizo – au moment de l’inspiration, il prononçait KA, et à l’expiration MI. Certaines fois il nous expliquait : « KA est le radical de Feu Kasai en japonais, et MI le radical de l’Eau Mizu ». L’alternance de l’inspire et de l’expire, leur union, crée Kami que l’on peut traduire par le divin.  « Mais attention, nous disait-il, il ne s’agit pas du dieu des chrétiens ni même de celui d’une quelconque religion mais, si vous avez besoin de références, on peut dire que c’est dieu l’univers, dieu la nature, ou tout simplement la vie ».
Il y avait au dojo un dessin exécuté à l’encre de chine et tracé par Maître Ueshiba comportant quatorze formes très simples que nous appelions Futomani car O Senseï avait dit qu’il lui avait été dicté par Ame-no-Minaka-nushi : le Centre céleste. Itsuo Tsuda en donne l’explication dans son livre Le dialogue du silence*. Grâce à cela j’ai mieux compris les directions que prenait le ki lorsqu’il avait une forme.

Dessin exécuté par Maître Ueshiba
Dessin exécuté par Maître Ueshiba

Renouer, retrouver les liens avec ce qui préexiste au plus profond de nous

Le fondateur parlait de Haku no budo et de Kon no budo : kon étant l’âme essentielle qui ne doit pas être étouffée, mais disait-il, on ne doit pas négliger l’âme haku qui assure l’unité de l’être physique.
Une fois encore on parle de l’unité.
Si notre pratique s’intitule Aï ki do : « voie d’unification du ki », c’est bien que ce mot ki a un sens.
La pratique concrète nous permettra de le comprendre, mieux que les longs discours. Et pourtant il faut tenter d’expliquer, tenter de faire passer ce message si important, car sans cela notre art risque fort de devenir un combat « Que le plus fort, le plus habile ou encore le plus malin gagne », ou bien une danse ésotérique, mystique, élitiste, voire sectaire.
Et pourtant nous connaissons bien le ki, nous le sentons à distance. Par exemple quand on se promène dans une petite rue la nuit, et que tout à coup on sent une présence, on sent un regard dans notre dos et pourtant il n’y a personne ! Quant soudain on remarque, sur un toit avoisinant, un chat qui nous regarde. Un chat tout simplement, ou un rideau qui se rabat subrepticement. Le regard est porteur d’un ki très fort que tout le monde peut sentir, même de dos.

Une des pratiques de Seitai do appelée Yuki consiste à poser les mains sur le dos d’un partenaire et à faire circuler le ki. Il ne s’agit aucunement de faire l’imposition des mains pour guérir quelqu’un qui à priori n’est pas malade, mais d’accepter de visualiser la circulation du ki, cette fois comme un fluide, comme de l’eau qui coule. Au début on ne sent rien ou peu de chose de la part de l’un comme de l’autre. Mais là encore, petit à petit on découvre le monde de la sensation. On peut dire que c’est une dimension à part entière dans la plus grande simplicité. C’est simple, c’est gratuit, ce n’est lié à aucune religion, on peut le faire à tout âge et quant on commence à sentir cette circulation du ki, la pratique de l’Aïkido devient tellement plus facile. L’exercice de kokyu ho par exemple, ne peux pas se faire sans le kokyu, donc sans le ki, à moins de devenir un exercice de force musculaire, une façon de vaincre un adversaire.
Je n’aurais jamais pu découvrir l’Aïkido que mon Maître enseignait si je n’avais pas volontairement et avec opiniâtreté cherché dans cette direction. Dans la recherche sensitive, à travers tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre, sentir, et étendre cette compréhension sans jamais abandonner.

Ambiance

Le ki est aussi ambiance, par conséquent, pour pratiquer il y a besoin d’un lieu qui permette la circulation du ki entre les personnes. Ce lieu, le dojo, doit à mon avis, chaque fois que cela est possible, être « dédié » à une pratique, une École. Itsuo Tsuda considérait que en entrant dans le dojo on se sacralisait, et c’est pourquoi on saluait en montant sur les tatamis. Ce n’est pas un lieu triste où les gens « doivent garder un visage renfrogné et constipé. Au contraire, il faut y maintenir l’esprit de paix, de communion et de joie. »* L’ambiance du dojo n’a rien à voir avec celle d’un club ou avec celle d’une salle multi-sports qu’on loue quelques heures par semaine et qui est utilisée, pour cause de rentabilité, par différents groupes n’ayant rien à voir entre eux. Le genre de local, de gymnase où l’on passe, on s’entraîne, puis une douche et ciao ; au mieux une bière au bistrot du coin histoire d’échanger un peu les uns avec les autres. Quand on connaît le ki, quand on commence à le sentir et surtout quand on veut découvrir ce qui se cache derrière ce mot, un lieu comme le dojo c’est vraiment tout autre chose. Imaginez un endroit calme dans un petit passage parisien au fond du vingtième arrondissement. Vous traversez un petit jardin et au premier étage d’un bâtiment très simple s’ouvre « Le Dojo ».

Dojo
Dojo

Vous y venez tous les jours si vous voulez, car chaque matin il y a une séance à sept heure moins le quart : vous êtes chez vous. Vous avez votre kimono sur un cintre dans les vestiaires, la séance dure à peu près une heure, puis vous prenez un petit déjeuner avec vos partenaires dans l’espace attenant, ou vous partez précipitamment au travail. Le samedi et le dimanche grasse matinée, séances à huit heure.
Expliquer le ki est une chose difficile c’est pourquoi seule l’expérience nous le fait découvrir. Et pour cela il faut y mettre les conditions qui permettent cette découverte. Le dojo fait partie des éléments qui facilitent grandement la recherche dans cette direction. Renouer des circuits, mais aussi dénouer ces liens qui nous enserrent et obscurcissent notre vision du monde

Petit à petit le travail va se faire, les nœuds vont se dénouer, et si nous acceptons qu’ils se dénouent on peut dire que le ki recommence à circuler plus librement. Il circule à ce moment là en tant qu’énergie vitale, il est possible de le sentir, de le visualiser, de le rendre en quelque sorte conscient. Car des tensions inutiles, qui n’arrivent pas à se libérer, rigidifient notre corps. Pour rendre la chose la plus claire possible, on pourrait dire que c’est à peu près comme si un tuyau d’arrosage était bouché. Il risque d’éclater en amont. La rigidification du corps oblige celui-ci à réagir pour sa propre survie. Il se produit alors des réactions inconscientes qui agissent au niveau du système involontaire. Pour éviter ces blocages, surviennent de micro fuites de cette énergie vitale et même parfois des fuites plus importantes, par exemple dans les bras, au niveau du koshi et principalement aux articulations. La conséquence immédiate est que les personnes n’arrivent plus à pratiquer avec fluidité et c’est la force qui compense le manque, on raidit des parties du corps qui se mettent à réagir comme autant de pansements ou de plâtres pour empêcher ces déperditions de la force vitale. C’est pourquoi il est si important de travailler sur le fait de sentir le ki, de le faire circuler. Au début c’est la visualisation qui nous le permet, mais au fur et à mesure qu’on approfondit la respiration (la sensation, la sensibilité au ki), si on reste concentré sur une pratique souple, si on se vide l’esprit, on peut découvrir, voir, sentir la direction du ki, sa circulation. Cette connaissance nous permet de l’utiliser et la pratique de l’Aïkido devient facile. On peut commencer à pratiquer la non résistance : Le non faire.

La sensibilité naturelle des femmes au ki

Les femmes ont généralement plus de sensibilité par rapport au ki ou, plus exactement, elles la conservent plus, si elles ne se déforment pas trop pour se défendre dans ce monde d’hommes où tout est régi suivant les critères et les besoins de la masculinité, de l’image de la femme qui est transmise et de l’économie. Leur sensibilité vient du besoin de conserver à leur corps la souplesse pour pouvoir accoucher de façon naturelle et s’occuper des nouveaux-nés. C’est une souplesse qui ne s’acquière pas dans les salles de sport, de musculation ou de fitness, c’est plutôt une tendresse, une douceur qui saura au besoin être ferme et sans aucune mollesse quand ce sera nécessaire. Le nouveau-né a besoin de toute notre attention mais il ne parle pas encore. Il ne peut pas dire : « j’ai faim, j’ai soif ou je suis fatigué », ou encore « maman tu est trop nerveuse, calme toi, et dis à papa de parler moins fort, cela me fait peur ».2011-07-20 at 08-21-28

Grâce à leur sensibilité naturelle, elles sentent les besoins de l’enfant, elles ont l’intuition de ce qu’il faut faire et le ki passe entre la mère et l’enfant. Quant le père, toujours très rationnel, ne comprend pas, la mère sent et du coup elle sait. Même si elle n’est pas mère, même si elle est une jeune femme sans aucune expérience, c’est le corps qui réagit, c’est lui qui a cette sensibilité naturelle au ki et c’est pourquoi, je pense, il y a tant de femmes dans notre École. C’est parce que le ki est au centre de notre pratique, que rien ne saurait se faire sans lui. Nous mettons notre sensibilité dans cette direction et ainsi on peut voir le monde et les personnes non plus seulement au niveau des apparences mais bien plus loin, dans leur profondeur, ce qu’il y a derrière la forme, ce qui la structure, ou ce qui la conduit.

Voici quelques exemples que donnait Itsuo Tsuda, extraits du livre Le Non-faire :

« La chose la plus difficile à comprendre dans la langue japonaise, c’est le mot « ki ».  En effet, si les Japonais l’utilisent des centaines et des centaines de fois par jour, sans y réfléchir, il est pratiquement, et je dirais aussi théoriquement, impossible d’en trouver un équivalent dans les langues européennes.
Si le mot, pris isolément, reste intraduisible en français, il n’est toutefois pas impossible de traduire les expressions courantes dans lesquelles il se trouve incorporé. Je vais citer quelques exemples :
ki ga chiisai : mot à mot, son ki est petit. Il se fait trop de souci pour rien.
ki ga ôkii : son ki est grand. Il ne se fait pas de souci pour des petites choses.
… ki ga shinai : je n’ai pas de ki pour… Je n’en ai pas envie. Ou, cela me dépasse.
… ki ga suru : il fait du ki pour… J’ai le flair, le pressentiment, je sens intuitivement…
waru-gi wa nai : il n’a pas de mauvais ki, il n’est pas méchant, n’a pas de mauvaises intentions.
ki-mochi ga ii : l’état du ki est bon ; je me sens bien.
ki ni naru : cela attire mon ki, je n’arrive pas à dégager mon esprit de cette idée. Quelque chose de bizarre, d’anormal arrête mon attention, malgré moi.
ki ga au : notre ki coïncide, nous sommes sur la même longueur d’ondes.
ki o komeru : concentrer le ki. Pour la question de concentration, je n’ai vu nulle part ailleurs d’exemple aussi hautement porté qu’au Japon.
ki-mochi no mondai : c’est conditionné par l’état du ki. Ce n’est pas l’objet, le résultat tangible, mais c’est le geste, c’est l’intention qui compte.
On pourrait encore citer plusieurs centaines d’expressions avec le mot ki.
Si les Japonais sont pour la plupart incapables de dire ce qu’est le ki, il n’empêche qu’ils savent instinctivement à quel moment il faut le dire ou ne pas le dire. ».

Itsuo Tsuda avait commencé l’Aïkido à l’âge de quarante cinq ans, il n’avait rien d’un sportif mais sa seule présence transformait toute l’ambiance du dojo. J’aimerais vous raconter une anecdote concernant un des exercices que je faisais dans les années soixante-dix, alors que mon Maître avait déjà plus de soixante ans. Lorsque je passais le portail de la cour au fond de laquelle se trouvait le dojo, je m’arrêtais un instant, je fermais les yeux et cherchais à sentir si « il » était là. Les premiers temps cela ne marchait pas trop, c’était des coups au hasard, des coups de chance. Petit à petit j’ai compris : je ne devais pas chercher à savoir. Alors j’ai commencé à me « vider », à cesser de penser et c’est venu. Je savais chaque matin si il était arrivé ou non. Je sentais sa présence dès que je m’approchais du dojo.
A partir de ce moment quelque chose s’est transformé en moi. J’avais enfin compris un petit bout de son enseignement, et surtout, j’avais vérifié que le ki ne faisait pas partie de l’irrationnel, que c’était concret, et que sa perception était accessible à tous puisqu’elle m’avait été accessible.

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

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Notes :
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 25.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 14.
* Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence – Ed. Le Courrier du livre, 1979, p. 89 et 90.
* Itsuo Tsuda, Cœur de ciel pur – Ed. Le Courrier du livre, 2014, p. 117.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 23 et 24.

La peur

Par Régis Soavi

Tout a commencé un après-midi ordinaire dans ma cité du Blanc-Mesnil dans le 93.
Une altercation comme il y en avait souvent, mais ce jour là, je me suis retrouvé sous un garçon qui, me tapant la tête contre le trottoir me disait « Je vais te tuer, je vais te tuer ». Je ne sais même plus comment cela a fini. Mais la semaine suivante j’étais inscrit au cour de Judo Jiu-jitsu Self-défense de la ville voisine du Bourget.
J’avais douze ans et dans ma tête il y avait ce leitmotiv : « Plus jamais ça, plus jamais ça ».

Deux ans plus tard lors de la fête de fin d’année du collège, la section de Judo devait faire une démonstration. Tout s’était très bien passé, quand tout à coup, surgit des premiers rangs un adolescent portant un blouson de cuir noir qui invective notre groupe : « C’est bidon votre truc, vous êtes des nuls… » Avant que quiconque ne réagisse, il saute sur l’estrade, sort un couteau à cran d’arrêt et dans un magnifique tsuki tente de me « planter » : j’esquive et exécute une technique (je crois que c’était une sorte de o soto gary). Émotion de l’assistance, cris ! Puis salut entre mon agresseur et moi. Conséquence : sermon du directeur de l’établissement qui nous fit jurer, à mon ami Jean Michel (l’agresseur) et à moi, de ne jamais recommencer ce genre de chose, car il avait faillit avoir une crise cardiaque.
En plus des cours de Karaté pour lui et de Judo pour moi, nous nous entraînions le plus souvent possible et pendant des heures dans mon « Dojo personnel ».
Depuis que nous avions emménagé dans un pavillon à l’entrée d’une petite cité où ma mère avait trouvé un emploi de concierge, j’avais aménagé le sous-sol en Dojo, avec en guise de tatami des palettes recouvertes de mousse récupérée, et c’était là que nous avions préparé notre coup d’éclat, lui le karatéka et moi le judoka.
À l’époque, je parle du début des années soixante, nous n’avions aucune connaissance des armes telles que katana, bokken, jo ou autres. Mis à part le Fleuret, qui était un sport, et le bâton de Robin des Bois, grâce à Errol Flynn, nous ne connaissions dans le quotidien que le couteau.

Quand on pratique l’Aïkido il y a toujours la possibilité de se rêver quelqu’un d’autre, le cinéma et les effets spéciaux se prêtent bien à faire rêver les adolescents comme les jeunes adultes des nouvelles générations. Dans nos pays industrialisés la mort est devenue virtuelle et souvent aseptisée, le mode spectaculaire l’a mise à distance. Les écrans que chacun possède aujourd’hui ont permis cette distanciation tant psychologique que physique.
Le travail que l’on peut faire avec un bokken, un jo ou même un iaï a une énorme importance du point de vue physique et psychologique. Mais je n’ai jamais vu chez mes élèves de réaction telle qu’on peut en voir avec un tanto.
Tant qu’il s’agit du tanto en bois cela va encore, mais dès que l’on propose le tanto en métal, même si la lame n’est pas aiguisée, il y a dans les yeux des pratiquants une lueur que l’on peut reconnaître. Avec toutes sortes de nuances, de l’effroi à la panique en passant par la stupéfaction, en tout cas la peur, car il faut bien l’appeler par son nom, est là. Quelles que soient les dénégations, les justifications.
Nous sommes tellement loin souvent de ce genre de réalité.

Regardez sous vos pieds

La calligraphie de notre stage d’été 2016 était Regardez sous vos pieds, calligraphie réalisée par mon maître Itsuo Tsuda. Cette phrase, qui était à l’entrée des monastères Zen, résonne de manière évidente comme un Koan. C’est une de ces nombreuses calligraphies qu’il a laissées et qui nous intriguent. Message subliminal ? Message pour la postérité.
Pendant notre stage, Regardez sous vos pieds c’était : « Vois et sens la réalité. Sors du rêve, de l’illusion, deviens un être humain véritable ».
Le tanto participe d’un principe de réalité. Au delà de la dextérité que les entraînements peuvent apporter, ce qui est déterminant et que l’on doit considérer c’est justement la peur : la peur de la blessure, ce qui est déjà un moindre mal, et la peur de la mort.
Dans un premier temps, il y a besoin que les personnes qui, tour à tour, seront uke apprennent à utiliser le tanto : bien que les techniques de frappe ou de coupe soient plutôt simples, voire rudimentaires, elles demandent un apprentissage que je qualifierais de rigoureux. La manière de tenir l’arme au creux de la main et les appuis que l’on va découvrir pour une bonne tenue doivent être enseignés avec attention et doivent permettre la compréhension, car si la tenue du tanto est mauvaise, elle peut se révéler plus dangereuse pour uke lui-même que pour tori. Pour ce qui est de notre École, rares sont ceux qui, quand ils arrivent, ont déjà tenu une arme de ce type entre leurs mains.
Le simple fait du sens de la lame, sa tenue dans la main, les angles de coupe. C’est tout cela qui conditionne une bonne attaque.
Bien souvent les personnes répugnent à utiliser le tanto en métal, trop proche de la réalité. Ils se visualisent déjà en barbares, les mains dégoulinant du sang du partenaire !
J’ai beau expliquer et prendre les précautions nécessaires, ces visions les empêchent d’avoir une vraie attaque et les bloquent. Ils restent là, attendant je ne sais quoi, ou ils attaquent mollement et, bien que les attaques soient conventionnelles, ils préviennent, « téléphonent », le moment de leur attaque. Mais si tout, absolument tout est prévu, il ne reste plus rien de vivant. Si on protège et surprotège, la vie disparaît. La respiration se raccourcit, devient haletante, inconsistante.

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L’instinct ne peut pas se développer. Il ne reste qu’un entraînement répétitif et ennuyeux.
Et là je doit le dire : il ne s’agit pas seulement de parler des arts martiaux, car toutes les attaques sont prévues et c’est normal, c’est nécessaire pour acquérir la bonne posture. Il est même important de travailler lentement pendant un certain temps pour bien sentir les mouvements, comme lorsqu’on travaille un kata de Jiu jitsu par exemple. Mais à partir d’un certain niveau le moment et l’intensité, eux, doivent rester dans l’aléatoire et on doit donner le maximum. Le mouvement libre – sorte de randori à la fin de chaque séance – est le moment où l’on peut justement, dans le respect du niveau de chacun, travailler sur ses réactions.

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Ce qui fait la différence avec les grands Maîtres du passé n’est pas leur technique exceptionnelle mais leur présence, la qualité de leur présence. Ce qui fait la différence encore aujourd’hui c’est la qualité de l’être et non la quantité de technique.
Quand on pratique avec un sabre ou un bâton, on peut se réfugier dans l’art, le style, la beauté du geste, les règles, l’étiquette. Avec le tanto c’est plus difficile car c’est plus proche de notre réalité. Le couteau, le poignard, sont malheureusement des armes trop souvent utilisées encore aujourd’hui. L’agression fait peur, se transformer en agresseur pour quelques minutes nous impressionne. Cette contrainte est extrêmement désagréable et même parfois presque impossible à surmonter pour certaines personnes. Mon travail consiste à les aider, pour sortir de cet immobilisme, de ce blocage dans leur corps, à aller jusqu’au bout de cette peur, à la révéler, à montrer que c’est elle qui nous empêche de vivre pleinement. Le tanto est un révélateur de ce qui se passe à l’intérieur de nous. Et là, deux grandes orientations sont possibles : la voie du renforcement ou la voie du dépouillement.
Dans le premier cas, le combat contre la peur avec son corollaire, le combat contre soi-même qui est une illusion, car au bout du compte qui est le perdant ? C’est une voie d’insensibilisation, de raidissement du corps, de durcissement musculaire et sa conséquence : le risque d’une atrophie de notre humanité.
Ou bien le dépassement par l’acceptation de cette peur pour ce qu’elle est et par le fait de favoriser l’écoulement du ki qui la rendait incapacitante. La peur, qui au départ est une sensation naturelle, découle de notre instinct. Elle n’est que le blocage de notre énergie vitale lorsque celle-ci ne trouve pas d’issue. Elle se transforme en stimulation, en attention, en réalisation et même en création lorsqu’elle trouve le chemin juste.
C’est pour cela que notre École propose le Mouvement régénérateur (une des pratiques du Seïtaï enseigné par Haruchika Noguchi senseï) comme possibilité de normaliser le terrain par une activation du système moteur extra-pyramidal. Cette normalisation du corps passe par le développement de notre système involontaire qui, au lieu d’un fonctionnement réflexe obtenu par des heures et des heures d’entraînement, retrouve ses capacités originelles, sa vivacité et son intuition. Alors petit à petit on découvrira que bon nombre de nos peurs, de nos incapacités à vivre pleinement, à réagir avec souplesse et rapidité face aux difficultés, et plus encore face à l’agression physique ou verbale, que nos lenteurs, sont dues au manque de réaction de notre corps. Aux blocages de notre énergie dans un physique trop lourd ou à une « mentalisation » trop rapide et inopérante. L’imaginaire, lorsqu’il est tourné vers le négatif et qu’il se développe de façon excessive, est souvent à l’origine de bon nombre de difficultés dans la vie quotidienne et se révèle dramatiquement bloquant dans des circonstances exceptionnelles.

Flexibilité extérieure et fermeté intérieure

Itsuo Tsuda donne un exemple frappant, extrait de la vie du samouraï Kôzumi Isenokami tel que rapporté dans le célèbre film Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa : « Un assassin s’est réfugié dans le grenier d’une maison privée, en prenant un enfant en otage avec lui. Alerté par les habitants, Kôzumi, alors de passage dans le village, demande à un moine bouddhiste de lui prêter sa robe noire et se déguise lui-même en moine, en se rasant la tête. Il apporte deux boulettes de riz, en donne une à l’enfant et l’autre à l’assassin pour le calmer. A l’instant ou ce dernier tend la main vers la boulette, il l’attrape et le fait prisonnier.
S’il avait agi en guerrier, le bandit aurait tué l’enfant. S’il avait été simplement un moine, il n’aurait eu d’autre moyen que de supplier le bandit qui aurait refusé de l’écouter.
Kôzumi était réputé être un homme très réservé et humble et n’avait point l’arrogance fréquente chez les guerriers. On a conservé de lui une calligraphie datée de 1565, probablement à l’âge de 58 ans, qui, dit-on, dénote une maturité, une souplesse et une sérénité extraordinaires. C’est cette flexibilité qui lui a permis d’accomplir cette transformation instantanée guerrier-bonze-guerrier.
Quand je pense à cette personnalité à la flexibilité extérieure et à la fermeté intérieure, comparé à ce que nous sommes, nous les civilisés d’aujourd’hui, avec la raideur extérieure et la fragilité intérieure, je crois rêver »*
tanto regis soavi

La voie du Seitai

Si j’insiste sur la voie du Seïtaï, qui est malheureusement si méconnue en Europe, ou parfois si dévoyée, c’est qu’elle me semble être réellement le chemin d’accompagnement que recherchent un très grand nombre de pratiquants d’arts martiaux.
C’est une voie individuelle que l’on peut suivre sans jamais pratiquer rien d’autre, car c’est une voie à part entière. Mais quand on pratique l’Aïkido je pense qu’il serait sain de pratiquer le Mouvement régénérateur quelque soit le niveau que l’on a atteint et même, ou surtout, dès le début. Car par exemple, cela pourrait éviter nombres de désagréments, de petits accidents, préparer le moment où étant moins jeune, pour continuer à pratiquer, il faudra compter sur d’autres ressources que la force, la vitesse d’exécution ou la renommée, etc.

Le Mouvement régénérateur est justement ce que Germain Chamot appelle « une pratique de santé personnelle et régulière », dans son dernier article**.  C’est une voie qui ne nécessite ni financement ni qualité physique, mais simplement de la continuité et une ouverture d’esprit. Je ne peux qu’être d’accord avec ses réflexions sur les difficultés dans notre société de proposer une pratique régulière, sur le long terme, comme sur le coût que représenterait une pratique hebdomadaire avec un Shiatsuki, etc. Le thérapeute prenant en charge le patient de manière individuelle, il a aussi une obligation de résultat, et le fait d’être consulté ponctuellement pour des problèmes qu’il est sensé régler le plus vite possible lui rend la chose difficile.

Le Seïtaï n’est pas une thérapie mais une orientation philosophique, reconnue par le Ministère de l’Éducation japonais.
Noguchi senseï désirait que se développe la pratique du Mouvement régénérateur (Katsugen undo en japonais). Son action visait à « seïtaïser » (normaliser) cent millions de Japonnais et c’est pour cette raison qu’il a soutenu Itsuo Tsuda senseï dans son désir de créer des groupes de Mouvement régénérateur (Katsugen kaï) au Japon d’abord, puis en Europe. C’est cela et l’immense travail de ce dernier, multipliant les stages et les conférences en France, en Suisse, en Espagne, etc., qui a fait connaître le Mouvement régénérateur et permis le développement de cette approche si précieuse de la santé.
Son travail se continue aujourd’hui.

Article de Régis Soavi sur le thème du tanto (couteau) en aïkido, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°14)  octobre 2016.

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Notes
* Itsuo TSUDA « La Voie des Dieux » page 66. Le Courrier du Livre 1982.
** « Aïkijo : une histoire de contexte » (dernier paragraphe, sur le Shiatsu), Dragon Magazine Spécial Aïkido n°13, p.12-14.

Does Aikijo exist?

By Régis Soavi

Certainly the Jo, the stick, has always been used in Aïkido. But does it really belong to our Art? Its teaching has always been particular and often even separated from the regular courses. Many of us have tried, through other schools of Jujitsu, to find some forms, some kata, some “secret thrusts”. Some have taken an interest in Kobudo. Yet the art of the Jo in Aïkido has its own specificities, its rules.
Personally, what has always fascinated me, is more the extreme accuracy that can be obtained by following a certain type of training. Instead of working on power, I found it more profitable to concentrate on motion, movements and above all precision.

Training to precision

regis-soaviI was a young instructor when I started to train more regularly with the stick. Back then, I tied a soda cap at the extremity of a rope that I hung from the ceiling. My training consisted in making tsuki on the soda cap and each time that it moved to immobilize it again. Then I changed heights. Later I worked on the yokomen and the hits from below, always trying to be precise and without increasing the speed. I worked slowly looking for the right angle, using the displacements and little by little I increased the speed of the execution. Finally I started to hit by using the movement of the cap that flied around to the left, the right, with sudden leaps that were sometimes odd, or even scary if it had been the Jo or the Bokken of an adversary. I could go around that axle that I hung from the centre of the small dojo that used to be in the backyard of number 34 in rue de la Montagne Sainte Geneviève in Paris. I still remember it with emotion because it was thanks to Master Henry Plée that I could do this type of work. Indeed, he had allowed and even supported me in this direction (an accomplished Budoka, he loved that we trained to the very best of our ability). After several months of this type of training, I moved on to the work on makiwara, but I have to admit, without insisting too much because I found it tedious. Instead I loved the hits in all directions, in the “shadow boxing” style.

In this exercise I found the difficulties of the work with the soda cap, plus the power that I had to control, the circular movements, the speed and above all the visualization. That work of visualization that I already glimpsed in the teaching of my master Itsuo Tsuda. It is also thanks to this that I’ve discovered the importance of having your own stick, I mean a personal working instrument. I am one of those teachers who believe that the Jo must not be a manufactured product of a predetermined length, thickness, or weight. The Jo has to be in proportion, with no exaggeration, otherwise we’ll be dealing with a Bo, to the person who uses it, his or her height and musculature: as there are enormous differences, it seems to me a mistake not to take this into account, but in any case it is the way the Jo is used that remains the most important point.

The pedagogy

As far as I’m concerned, I now use the stick more as a pedagogical tool. As always it is about retrieving and understanding the ancient forms, of course, but above all about channelling the released energy, feeling it circulate and flow along this piece of wood.

Master Tsuda used to tell us: “The Jo has three parts, the two ends and a centre, unlike the Bo that numbers four parts due to the way one seizes it, with both hands at an equal distance from the extremities”. Doing tsuki the technical aspects of the strokes vary, whether one uses it in the ancient form suited to the spear, or as a Jo, that is something much shorter, holding it with both hands in the same direction or one opposite to the other. All this didn’t matter to him: what was important was the transmission of ki and the act of non resistance.

The Jo was only there to enable us to discover the Non-doing, to deepen our breathing.

Then the stick (I suggest to call it that way) is used as if it was an empty tube that gets filled with ki, that has a certain autonomy, that becomes alive again.

The stick exacerbates distances. It forces us to have another relationship with the distance, to feel the axes as well as the changes of direction, of orientation.

Some people have a particular affinity with the Jo, others prefer the Bokken. Even if it is part of my teaching, I give them the time to find out whether it makes sense to them, whether it helps them go deeper in their practice.

It is one of the means I sometimes use to make people understand how the strengths involved in our practice circulate: it is precisely with the stick that I can show this.

I ask uke to grab the stick very strongly and tori has to find the axis, the direction by the mere movement of his body, of his koshi, not of his muscles or arms, to slide the force applied, so that when tori moves, it creates such an imbalance for uke, that he accepts to fall and drops like a ripe fruit falling from the tree.exterieur

Practicing outdoors

There is a moment in which it is particularly pleasant to practice the stick, and this is when you are outside, in the open air.

And the time for this is the summer workshops, which we have organized for almost thirty years at Mas d’Azil, in Ariège. There we are lucky enough to be able to change an old gym, practically unused, into a wonderful dojo, in the course of several pleasant working days. Since it’s next to a soccer field, we can go outside to practice weapons.

I know that practitioners are then very happy to practice outside the tatami mats.The space is so much bigger that we can rediscover the dimensions that the old arts required.

After having been confined to an enclosed space, the whole point of these open air sessions is to expand physically: no more ceiling, no more walls, no more limits. It is the moment when everyone can experience different dimensions, the ideal moment to try, in this space, to feel further.

Practicing outside, whilst we are used to the uniformity of the tatami mats, is a constraint for the entire body: the ground is no longer that flat, there are some holes, some bumps, all movements, taisabaki, and obviously the falls or the immobilizations become more difficult.The speed of the attacks is often reduced due to the unusual conditions. But in turn, when we practice on the tatami mats again, everything becomes easier: one has gained skill, speed, strength in the legs, and balance that one didn’t have before.

We then take the opportunity to practice with many people, three, four, six, or even up to eight attackers (one tori and seven ukes) who, in the respect of our Art and with no competitive spirit, try to reach out and put the one in the center in danger. No need to pretend it’s a movie: we are neither samurai nor secret agents whom nothing can stop. It’s about moving more and better than we usually do, feeling the movement of our sphere, the gaps in it and the risks there are of having an impact in those places.

The importance is not given to a perfect technical skill, whether in defense or in attack, but much more to the sensation of the other people’s movement, to distance, to the energy that one can throw.

Such a wide space allows circumferences of about eight or ten meters, sometimes. In circular movements Tori’s gaze, with its intensity and precise direction, relays the power and speed of the stick. This alone is sometimes enough to create the right conditions for a reply, a correct move.

I don’t know if I am well understood: it is a game in which all participants, from the very beginner to the most experienced, have their own role depending on their level. The six or eight attackers will moderate the power and speed of the attacks (tsuki, shomen, yokomen) according to this.

Each of them seeks the right position so as to find the weak point, the speed of approach, the right angle.plusieurs-attaquants

The attacks are as much as possible genuine attacks, but they are always done without violence and even if possible not too fast, in any case not hastily.

It is important in this type of work to be careful not to block or corner the one in the center, so as not to drive him into a spiral of fear that would lead to aggressiveness, but on the contrary to help him come out of his imprisonment, both physical and mental, and to allow him to develop his potential.The summer workshop lasts for two weeks and is very concentrated: two Aikido sessions, two Katsugen undo sessions and one weapon session every day. It means seven or eight working hours per day, about fifty hours a week. That’s why we need this kind of work with the Jo, enabling bodies to unwind, to open out and find another dimension.

Sticks spin, spaces move about, bodies which are at times weary stretch. The atmosphere remains peaceful, sometimes even cheerful, but accuracy is there.

Men, women, children of all ages, in the respect of the specificities of each of them.

The sensitivity of the foetus

However, a clarification: pregnant women sometimes practice until the very last moment in our School. But since the beginning of their pregnancy we pay particular attention to the fact that being in such a special state, even if of course we never touch the body with the stick, it’s forbidden to do tsuki in the direction of the womb. Regardless of the risk of accident, to which we always pay a lot of attention. The point is not to direct the ki in that way, in other words with “the intention to hit”. Such a directed and guided ki would be instinctively recorded as dangerous and felt by the mother, and most of all by the baby, who is nothing but sensitivity, as an aggression, to the point of risking to cause at least a fear, or a contraction that would harm his good development. When we work on tsuki strokes, pregnant women step aside and watch, but do not participate.

A centripetal force can become a centrifugal force

Sometimes we work with Jo against Bokken. The point then is, precisely because the weapons are different, to understand on the one hand the way to use them and on the other hand their limits and capabilities, without forgetting that behind all this there is a human being. At other times, it is only uke who has a weapon. A stick, a Bokken, can be frightening if you have no weapon.You don’t know in which direction it will start, men, yokomen, tsuki, you cannot stop the stroke with a simple wave of your hand. Only by dodging, doing taisabaki, can you avoid the shock. Taking hold of the stick or of the Bokken, is then one of the chances to stop the attack, to transform it and make it harmless, so that we can use its energy in the opposite direction or divert it towards another direction. It’s a wonderful opportunity to see, to feel how for example a centripetal force, when it gets in contact with a centre, can turn into a centrifugal force so that it is driven towards the outside. What do we mean by “stopping the spear”1 ? The real point is not a question of winning or losing but rather of changing the system, of allowing something else to arise, and for this, the knowledge of the partner, the understanding between both partners is essential.

In every person there are some good and some bad sides, some good and some bad habits: all of this has to be guided towards harmony. Harmony is at the origin of our life, the thing is to get back to what is natural and always there deep inside every individual. That is, for me, the way of Aikido.

Our horizon can light up if we understand better the words of O Sensei Ueshiba, transmitted by my Master Itsuo Tsuda in his teaching and through his nine books. These words didn’t remain a dead letter; on the contrary they have come to life, once more, and continue through those who are willing to follow this path.

Article by Régis Soavi on the subject of the Aîkido stick (Aïkijo), published in Dragon Magazine (special Aikido n° 13) in July 2016.

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1Budō may be originally understood as «the way to stop the spear».

Ame no Ukihashi Ken, le sabre qui relie le ciel et la terre

Par Régis Soavi

pousse_bokken_tsudaDans la pratique de l’Aïkido j’ai toujours aimé le ken. Le sabre, comme le Kyudo tel qu’en parle Herrigel dans son livre sur l’art du tir à l’arc, est une extension du corps humain, une voie pour la réalisation de l’être. Dans notre École le premier acte au tout début de la séance est un salut avec le bokken devant la calligraphie. Chaque matin, après avoir revêtu mon kimono et pris quelques minutes de méditation à l’angle du dojo, je commence la pratique respiratoire par ce salut vers la calligraphie. C’est pour moi indispensable de m’harmoniser avec ce qui m’entoure, avec l’univers.
Le simple fait de respirer profondément en levant le bokken devant le tokonoma, avec une calligraphie, un ikebana, change la nature de la séance.
Il s’agit, pour moi, de réaliser Ame no Ukihashi1, le pont flottant céleste, ce qui relie l’humain et ce qui l’entoure, le conscient et l’inconscient, le visible et l’invisible.
Pendant toute la pratique respiratoire, la première partie de la séance, mon bokken est à mon coté, le même bokken depuis quarante ans. Il est comme un ami, une vieille connaissance. Offert par une femme simple et généreuse qui s’occupait des ventes à la boutique quand j’étais un jeune enseignant d’Aïkido au dojo de Maître Plée rue de la Montagne Sainte-Geneviève.

Mon étude du sabre

Itsuo Tsuda n’a jamais enseigné le ken. Évidemment il l’utilisait lui aussi pour le salut devant le tokonoma en début de séance et ensuite lorsque nous faisions la course en cercle autour de lui sur les tatamis avant de nous mettre en rang pour regarder la démonstration. Sinon il l’utilisait surtout pour les démonstrations de la poussée du bokken avec deux partenaires, comme il l’avait vu faire par O Senseï Morihei Ueshiba.
De fait, je ne fais pas de séparation entre Aïkido à mains nues, avec bokken ou avec jo. Ce qui compte le plus c’est à mon avis la fusion avec la respiration du partenaire. Cet autre si différent et pourtant si proche, et même, parfois, si dangereux.
Mes racines principales concernant les armes viennent de ce que j’ai appris avec Tatsuzawa Senseï. C’est ce qui m’a le plus influencé. Dans les années soixante-dix j’avais commencé à pratiquer le Hakko Ryu jujutsu avec Maître Maroteaux. Puis j’ai travaillé les armes à l’Institut Noro où il y avait des cours spécifiques et lors des stages avec Tamura Senseï et Sugano Senseï, ce travail faisait partie de l’Aïkido. Ce que Tatsuzawa Senseï m’a montré c’est une koryu (école ancienne), c’est autre chose. À Paris pour ses études, ce jeune japonais (nous avions tous deux une vingtaine d’années) s’est présenté un soir à l’improviste dans le dojo où j’enseignais l’Aïkido. Alors on a commencé à échanger : il pratiquait l’Aïkido avec moi et me montrait des techniques de l’École de sa famille que l’on travaillait un certain nombre d’heures par semaine, peut-être quatre ou cinq heures, pendant environ deux ans.


On pratiquait beaucoup le Iaïjutsu, et le Bojutsu2 aussi. Les techniques qu’il m’avait montrées m’ont marqué par leur extrême précision. Il était le jeune maître de l’École de sa famille, Jigo Ryu. À l’époque je ne connaissait même pas le nom de cette école. Aujourd’hui, il est devenu un senseï important, il est également le 19ème maître de Bushuden Kiraku Ryu, une école qui a plus de quatre siècles d’existence.
Il y a une réalité dans les armes qui peut manquer à la pratique de l’Aïkido tel qu’il est parfois enseigné aujourd’hui et risque de devenir alors une espèce de danse. Ou alors on essaye de tester celui qui est en face en y mettant trop de résistance et ça tourne à la bagarre.
Avec Tatsuzawa Senseï, il y avait une respiration. Une respiration qui n’était pas la même que celle que je trouvais chez Tsuda Senseï, mais il y avait quelque chose et j’aimais ce qu’il enseignait. C’était quelque chose de tellement fin, de tellement précis, de tellement beau que j’ai eu le désir d’en faire profiter mes élèves. Et pendant des années, lorsque je faisais des stages, je disais : « Ce que je viens de montrer est une technique de l’École de Tatsuzawa Senseï ». Progressivement ces deux ciels, l’enseignement de Tatsuzawa Senseï, et le travail sur la respiration avec Tsuda Senseï, m’ont amené à donner ce nom à ce que je découvrais moi-même, Ame no Ukihashi Ken, le sabre qui relie le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, le volontaire et l’involontaire.
Avec Tatsuzawa Senseï nous ne nous sommes plus vus pendant trente ans, et c’est lors d’un voyage au Japon, que nous nous sommes retrouvés ! C’est ainsi que depuis dix ans mes élèves travaillent l’art du Bushuden Kiraku Ryu avec lui et un de ses élèves, Saï Senseï. C’est pour nous une façon de mieux comprendre les origines des techniques que nous utilisons, c’est une recherche historique qui nous permet de découvrir le chemin parcouru par O Senseï Ueshiba.regis_soavi_baton

Un principe de réalité

Pour Tatsusawa Senseï l’entraînement devait être réel, pendant nos entraînements dans les années soixante-dix, il utilisait un iaïto et il frappait comme un damné ! « Men, men, kote, tsuki, men, tsuki. » Évidemment a un moment donné, la fatigue aidant, j’ai pris le sabre dans l’épaule, je m’en souviens encore. Comme c’était un sabre en métal, il a pénétré de quelques centimètres dans l’épaule, trois, peut-être quatre. Ça m’a réveillé. Je n’ai plus jamais été endormi sur les esquives. Fini. C’était un réveil, parce qu’évidement il n’était pas là pour me faire du mal. Son état d’esprit, était de me réveiller, de me pousser dans une direction, afin que je ne sois pas un espèce de pataud endormi. Eh bien, ça m’a servi. En ce sens, le sabre peut nous réveiller. Un bon coup de pied au cul, vaut mieux parfois que mille caresses. Je suis encore très reconnaissant à mon maître d’avoir fait entrer la réalité dans mon corps.
Aujourd’hui où l’Aïkido semble devenir un passe-temps pour certains, je les rappelle à la réalité avec douceur mais fermeté.
J’ai trop souvent vu des parodies de sorties de katana avec un bokken, où l’on se contente d’ouvrir la main en guise de sortie du sabre (ceux qui pratiquent le iaï me comprendront).
Nous ne devons pas confondre le Noble Art du Sabre avec l’utilisation que nous en faisons dans l’Aïkido.
À ma fille qui pratique depuis toute petite l’Aïkido et adore le sabre, j’ai toujours conseillé d’aller voir une vraie école de sabre. Elle a choisi d’étudier, en plus de l’Aïkido, elle aussi le Bushuden Kiraku Ryu avec Tatsuzawa Senseï et le Iaïjutsu avec Matsuura Senseï, qui lui enseignent ce que je n’aurais jamais pu lui enseigner.
L’Aïkiken n’est pas le Kendo, ni le Iaïdo. La poésie n’est pas le roman et vice et versa, chaque art a ses spécificités, mais quand nous utilisons un bokken nous ne devons pas oublier que c’est un katana qui a aussi une tsuba et un fourreau, même s’ils sont invisibles. Nous devons l’utiliser avec le même respect, la même rigueur, la même attention.
Chaque bokken est unique, malgré leur fabrication souvent plutôt industrielle, c’est à nous d’en faire un objet respectable, unique, grâce à notre attention, à la façon dont on le manipule, dont on le bouge. Par exemple si on visualise la sortie du sabre en travaillant avec un bokken, on doit aussi visualiser sa rentrée. Petit à petit il se charge, on peut avoir l’impression qu’il devient plus lourd. D’ailleurs les élèves qui ont l’occasion de toucher mon bokken, de le prendre, ou parfois de travailler avec lui, le trouvent toujours très spécial, à la fois plus facile à manier et en même temps plus exigent disent-ils. Ce n’est plus tout à fait le même, ce n’est plus un bokken ordinaire. C’est pour cela aussi que je conseille à mes élèves d’avoir leur propre bokken, leur propre bâton. Les armes se chargent. Si vous avez un bokken ou un bâton que vous avez bien choisi, que vous chargez de ki, et que vous utilisez pendant des années, il aura une nature différente, il va vous ressembler quelque part. Déjà vous pourrez connaître exactement sa dimension, la dimension du bâton, la dimension du bokken, au millimètre près. Ce qui vous évitera les accidents.
Il aura une consistance différente si on agit de cette façon il sera alors le reflet de ce que nous sommes. La circulation du ki change le bokken et l’on peut commencer à comprendre pourquoi le sabre était l’âme du samouraï.
On se souvient de ces sabres légendaires qui reflétaient tellement l’âme du samouraï qu’ils ne pouvaient être touchés que par leur propriétaire. J’ai eu l’occasion de découvrir cela à une époque où, pour continuer à pratiquer et subvenir à mes besoins, je travaillais dans la brocante, l’antiquité. Je m’étais fait une spécialité de revente de sabre japonais, katana, wakizashi, tanto. Le fait de les côtoyer, car je n’avais en aucun cas les moyens de les acheter, m’a permis, plus encore que de les admirer, de découvrir quelque chose d’indicible.
Certains avaient une telle charge de ki, c’était extrêmement impressionnant ! On pouvait sentir rien qu’en sortant dix à quinze centimètres de lame si le sabre avait une âme agressive ou généreuse, ou bien s’il dégageait une grande noblesse, etc. Au début cela me semblait absurde, mais les marchands avec qui je travaillais m’ont confirmé la réalité de ces sensations et par la suite les discussions avec Tsuda Senseï leur ont donné la réalité dont elles avaient besoin.regis_soavi_bokken
Une arme sans respiration, sans fusion, qu’est-ce que c’est ? Rien du tout, un morceau de bois, un morceau de métal.
Tchouang-tseu, nous parle bien de fusion, d’extension de l’être avec l’outil, l’arme, quand il parle du boucher :

La fusion avec le partenaire

« Quand j’ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le bœuf devant moi. Trois ans plus tard, je n’en voyais plus que des parties. Aujourd’hui, je le trouve par l’esprit sans plus le voir de mes yeux. Mes sens n’interviennent plus, mon esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du bœuf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s’offrent à elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os, ni bien sûr à l’os même. […] Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement je découpe. Sous l’action délicate de la lame, les parties se séparent avec un houo léger comme celui d’un peu de terre que l’on pose sur le sol. Mon couteau à la main, je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait et après avoir nettoyé la lame, je le remets dans le fourreau. […] »3

S’il n’y a pas fusion avec le partenaire, on ne peut pas travailler avec une arme, ou sinon ce n’est qu’une brutalité, de la bagarre. C’est justement parce qu’on l’utilise en fusionnant la respiration avec le partenaire qu’on peut découvrir ce qu’avant nous ont découvert de grands maîtres. Tous leurs efforts pour nous indiquer la voie, le chemin à parcourir seront perdus si nous ne faisons pas nous, l’effort de travailler comme ils nous l’ont suggéré. Une arme dans la main on peut découvrir notre sphère, la rendre visible. Et grâce à cela que on peux étendre notre respiration à quelque chose de plus grand qui ne va pas se limiter à notre petite sphère personnelle, mais qui va passer au-delà. Si on utilise les armes comme cela je trouve que cela a un sens, mais si on les utilise en essayant de couper la tête des autres, de les blesser ou de montrer que l’on est le plus fort on doit aller voir ailleurs que dans notre notre École.
Les armes sont le prolongement de nos bras, qui sont le prolongement de notre centre. Il y a des lignes de ki qui partent de notre centre, du hara. Elles agissent à travers les mains. Si on met une arme au bout, un bokken, un wakizashi, un bâton, ces lignes de ki peuvent converger. Elles ont un prolongement. C’est peut être plus facile quand on travaille à mains nues, ça commence à être plus difficile avec une arme. Mais cela devient aussi très intéressant : on n’est plus limité, on devient « illimité ». C’est justement cela qui est important, c’est une suite logique dans mon enseignement. Au départ, on travaille un peu petit, à l’étroit en quelque sorte, puis on essaye d’aller plus grand, d’aller au-delà tout en partant de notre centre. Parfois, il y a des coupures, le ki ne passe pas à l’épaule, au coude, au poignet, aux doigts. Parfois le bokken devient comme le bâton d’une marionnette guignol frappant le gendarme, alors ça n’a plus de sens. C’est pour ça que je montre ces lignes que tous peuvent voir. C’est quelque chose que l’on connaît dans l’acupuncture. On peut les voir aussi dans le shiatsu et dans bien des arts différents. Et là, on va au-delà. Si on pouvait les matérialiser par des lignes lumineuses ce serait étonnant à voir. C’est ce qui nous lie aussi aux autres. Ce qui nous permet de comprendre l’autre. Ce sont des lignes liées au corps, pas uniquement au corps matériel, mais au corps dans son ensemble tant physique que kokoro. C’est ce qu’il y a de subtil, d’immatériel, qui est lié, il n’y a pas de différence.

Seitai-do

Dans notre École nous pratiquons cet art qu’est le Seitai-do, la voie du Seitai. Cet art qui comprend entre autre le Katsugen undo (Mouvement régénérateur suivant la terminologie d’Itsuo Tsuda) nous permet de retrouver tant au niveau de l’involontaire que de l’intuition une qualité de réponse peu habituelle.
Il réveille l’instinct « animal » dans le bon sens du terme un peu comme lorsque nous étions des enfants, joueurs ou même parfois turbulents mais sans réelle agressivité, et qui prennent la vie comme un jeu avec tout le sérieux que cela impose.
C’est grâce à cet art que j’ai découvert l’intermission respiratoire, cet espace temps entre inspire et expire, et entre expire et inspire. Ce moment infinitésimal presque indécelable pendant lequel le corps ne peux pas réagir. C’est dans un de ces moments que l’on applique la technique seitai. Au début il est difficile de le percevoir et encore plus d’agir exactement à ce moment là, très précisément. Pourtant petit à petit on ressent cet espace de façon très claire on a l’impression qu’il s’élargit, et de fait on a l’impression que le temps s’écoule de manière différente comme parfois lors d’une chute ou d’un accident. On peut se demander quel rapport il y a avec le travail des armes dans l’Aïkido. C’est que justement notre recherche est dans cette direction et l’anecdote suivante racontée par Tsuda Senseï est révélatrice.

Un niveau trop élevé

Haruchika Noguchi Senseï le créateur du Seitai lorsqu’il était encore jeune voulut pratiquer le Kendo, il s’inscrivit dans un dojo pour apprendre cet art. Après les préparatifs d’usage il a devant lui un kendoka. À peine l’autre leva son shinaï au dessus de sa tète, que Noguchi Senseï le toucha à la gorge, bien que ne connaissant aucune technique. L’enseignant lui envoya un pratiquant plus avancé, même résultat, on lui mit un sixième dan en face : pas mieux. Le maître lui demanda s’il avait déjà fait du Kendo : « Pas du tout » répond-il « je pique au moment de l’intermission respiratoire, c’est tout. » « Vous avez déjà atteint un niveau trop élevé Senseï. » dit-il. C’est ainsi que Noguchi Senseï ne put jamais apprendre le Kendo.
Pratiquer l’Aïkido à mains nues, pratiquer l’Aïkiken, utiliser le jo, le bo, pratiquer les koryu ou tout autre art comme Itsuo Tsuda lui-même qui faisait la récitation de Nô, l’essentiel n’est pas dans la technique, mais dans l’art lui-même et son enseignement qui doit permettre la réalisation de l’individu. Tsuda Senseï citant les différent arts qu’il avait pratiqués nous disait : « Maître Ueshiba, Maître Noguchi, Maître Hosada4 ont creusé des puits d’une profondeur exceptionnelle. […] Ils ont atteint les veines d’eau, la source de la vie. Cependant, ces puits ne communiquent pas entre eux, bien que ce soit la même eau qu’on y trouve. »5

Article de Régis Soavi sur le thème du sabre de l’aïkido, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°12)  avril 2016.

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Notes :

1 Voir le Kojiki ( 古事記) recueil de mythes concernant l’origine des îles formant le Japon et les kami.
2 Le bō est un long bâton de 180 cm manié avec les deux mains.
3 J.F. Billeter, Leçons sur Tchouang-Tseu, p. 16, Éditions Allia, Paris, 2002.
4 Théâtre Nô : École Kanze Kasetsu.
5 Itsuo Tsuda, le Non-faire, Avant-propos p. 10, Éditions Le courrier du Livre, 1973.

Out of dualism

By Régis Soavi

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_TSUDA_WEBTalking about omote-ura as an Aikido subject immediately reminds me about yang-yin (in Japanese yo / in).

Nevertheless in the West the general trend is to perceive it as black and white; they are opposed to each other, divided between light and dark, categorised as positive and negative, like at school or even with sexist references. It’s very easy, we have habits and we do not even realise that.
The Tao is represented flat, to be more exact as a ball where yin and yang interpenetrate each other, but in fact each one keeps its own space: you, me, him, the other.
Philosophically we talk extensively on one or the other, but we forget the great Chinese thinkers: Lao Tzu, Chuang Tzu, Li Tzu, or Sun Tzu, to name just the most famous.
Black or white, yin or yang. And what is grey? If we keep on thinking in a dualistic way, it’s a mixture of both.

My Master Itsuo Tsuda hardly ever quoted omote or ura, besides that, he rarely gave a Japanese name for what he did or showed. Fluently bilingual, he has always preferred French for his explanations, and particularly in his books he wrote in one go, almost without correction.
He could guide our sensitivity and make us feel thanks to the practice of Katsugen undo (Regenerating Movement), yuki, and particularly through his touch or even his silent presence, this non-dualistic world that he had come to help us discovering.

Discovering with the body

yin becomes yang
yin becomes yang

Aikido is a way of discovering your own body, I mean physically, concretely feel those fluids that run following networks with a  yin or yang tendency.
When during the practice omote or ura is mentioned, it usually refers to the whole movement, the tendency, possibly his ending.
The breathing can help us understand it better, feel, what it is all about. It is better to start working with a rather slow pace, if you go too fast at the beginning there is a big chance not to succeed.
The focus is on breathing, by following the inhale, then the exhale, you move focusing on the inner feeling, you can work on this kind of exercises with a partner, closing your eyes and remaining focused on the center. Arms for example open or close independently of our will, they obey to a necessity that comes from the yin or the yang.

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_en action_ Regis Soavi_HORIZ-1_WEB

If you want to practice Aikido as the practice of the not-doing, all the work must be about feeling, you dig, deepening more and more and gradually something will move within us; and one day you will realize that you have overcome something. The wall that was blocking us, which resulted in a stiff or uncertain technique, and therefore artificial, completely unrealistic, it has dropped. At that point you feel free, extremely free.
The research takes then a different turn. The perception of the yin/yang becomes evidence. It is something that I find difficult to express in words, because everything becomes simple: gestures, movements, there is no mental action. It comes directly from the center, and then a great sweetness naturally arises, a sweetness that can be yin or yang, but very strong in any case, a powerful sweetness which has an effect on and knows how to act in harmony with the partner or the opponent, depending on the circumstances that led the one in front of us to act like this or that.
The tendency during the inspiration is rather towards an opening and thus is yin; expiration closes the body and its tendency is yang. Already just with the breathing you can hear, if you pay attention, the yin and yang, but they are only the expression and the direction of the energy that has materialised. The visible part, the one that the physical body can finally use, is ready.
When looking at the body, the front part is yin and the back is yang, although the front leg is yang and the back of the leg is yin: this is admitted in all schools, but the passage of ki from one to the other is rarely explained in martial arts, it often remains only looked at the surface.

Meeting Itsuo Tsuda, the practice of Katsugen undo and the discovery of the Seitai by Master Haruchika Noguchi were fundamental during my research and gave me an understanding of the body and its movement that was missing until then. Some areas that had remained vague in the teaching of Aikido, as the hara, have become extremely accurate with the Seitai. One can for example verify the state of  the « three points of the belly. » The first must be yin, the second one should be neutral, the third yang, positive and reactive. « The purpose of the Regenerating Movement is to regulate our body, normalize it. Regulate our body is not only necessary to make us healthy. Whatever kind of activity we practice, whether is calligraphy, or drawing or practicing martial arts, the first need is the one to start regulating our body, otherwise you miss an opportunity. »1

Non-Doing and non-dualism

In Aikido we let the ki arise from Seika Tanden, the hara (3rd point in the belly in Seitai), and its tendency is yang because it results from the strength that comes from the back, force that is not expressed in the shoulders, as we see too often, but naturally thanks to the koshi. The crossing point of this force, of ki that became yang, is the 3rd lumbar vertebra which is actually in a yin position in the spine. By visualizing the abdominal breathing one can tell that the yin inspiration inflates the abdomen and prepares the action which is going to be yang, and at the same time, ki goes down along the spine and permeate the entire body2. When the ki gets out directly from the center its tendency is yang, but depending on the circuit that it will take it will express as yin or yang. If it follows the internal circuits of the stomach and arms, the inside of the body, then it becomes yin, otherwise its expression will be yang. The resulting force will also be yang or yin depending on the moment when it is used. Of course, in a world that is not separated, time is also part of this unity. Although we can slow down or speed up the moment of an impact, for example to be precisely in the right place, at the right moment with the right breathing and the right ki, this cannot happen without the coordination happening in our « involuntary system”. This is precisely where the teaching by Itsuo Tsuda has brought decisive elements. To make us enter the world of sensation, insisting on the Non-Doing, allowing us to discover the non-dualism, he gave us the keys we can still use today, because they are within reach of all, as his books testify.

Yin et Yang

If we break down a movement like ryo te dori ten chi nage in the omote form, uke comes up with a yang force. He is in the middle of the exhalation, tori receives that at the end of his yang, yin has already expanded in him, it has become in-compressible, it will still expand and will ultimately overwhelm uke. Then it’s the time for yang to expand, you notice that because the arms turn, this time it is the dividing line between yin and yang that goes from bottom to top. For uke the movement started already at the beginning of the inspiration, unable to resist it breaks off and falls, like when a fruit is ripe and falls in the hand. In the ura form, tori must wait because yang is still too powerful, he turns to deviate the force but as soon as he gets his yin force back, it can use the yang force to start in omote or let the yin force continue its work until total envelopment of uke.

Tenshi-nage-ura

Similarly in kokyu ho, there are different ways to do it: either you project immediately the yang force or you allow the yin force to expand and at the end you use the yang. Again it all depends on the condition, the moment, the partner. The yang force is more direct, more interventionist than the yin force, but can easily harden people. The authoritarian fathers know this problem with their children and a fracture is often accomplished during the adolescence. The yin force is enveloping, sweet but sometimes misused, like some mothers do. They may risk to imprison their child and he will then struggle to get out of the footprint of the family cocoon.

Ideally when yin ends it allows the radiant take off, after the “ ark » inner work of preparation during childhood, a real detachment without fracture, like the ripe fruit falls off the tree at the right moment. The radiant take off is freedom without thoughts. The ability to be the own Tao. Simply the realization of being.

The body spheres

SPHERES_Irimi_WEBOur body is in between others with an external surface: the skin is somehow the material sphere. But we are not limited by the skin, it only defines the internal yin from the external yang, ura and omote. This surface is a sphere that has taken the form of a human being.

Beyond this there is another sphere that everyone can instinctively feel. It occurs rather in the form of a deform-able egg as needed. This sphere is often represented in religions, it is called Mandorle or Aura. It is the visual representation of a reality experienced by everyone, and kept alive in martial arts. It is also yin internally and yang outside with an extremely precise limit, it is possible to observe that what is yang compared to the skin it is yin compared to the energy sphere.

Irimi and tenkan

Irimi nage

When doing irimi for example, we allow uke to enter our yin sphere, he is relieved from his yang ki excess that had became hard and rigid, his terrain is normalised, we allow him to find an internal balance. Then with irimi nage we end up with a yang movement that will cause in him the desire to fall in order to avoid the worst. On the other hand with tenkan both spheres barely touch each other and only merge at the level of the hand. The Yang surfaces push, sustained by the internal yin, become strong, standing side by side, rejecting and sliding against each other.
If tori lets his elbow slide to enter the sphere of uke, then his yin movement will grow so to overwhelm uke that, once again, will fall to avoid the inconvenience of this turnaround.

In our school, the first part of the Aikido session is dedicated to a solitary practice. One of the exercise involves lifting the arms palm facing the sky to then lower them. Itsuo Tsuda told us: « Lift the sky then push the earth. « There are different ways to do this exercise. If we try to raise them using the yang the shoulders will contract, if we try to push the earth with the yin we will remain stuck in the middle of the movement. Raising the arms unifying with heaven (yin) and down in harmony with the earth (yang), it was this kind of work, the visualization that I started with my master and I still continue after forty years.

Allowing a conscious circulation of ki, improving our perception of this movement, of this sphere of energy that many speak about but only a few can perceive so clearly, this is how I intend my current work.

To allow the normalisation of  the terrain of those people who come to the dojo and give them visible or invisible instruments, conscious or unconscious to enable them to achieve independence, autonomy, inner freedom.

For this the awareness about omote-ura, as an expression of the yang-yin, is in my opinion essential.

Article by Régis Soavi about Omote-Ura, published in the Dragon Magazine (Special Aikido No.11) in January 2016

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Notes :

1. Abstract of the conference Regulate the body by Noguchi Haruchika sensei, translated by Tsuda Itsuo into French (trad. It. The unstable triangle, Chapter XIX).
2. Master Noguchi Haruchika, on the other hand, advocated the exercise Sekitsui Gyoki – 脊椎 行 気 法 or Breathing through the column that starts from the « second points of the head » and that allows the normalization of the terrain (the whole body, of course in a unified manner, physical, mental, etc.).

3. Photos by Régis Sirvent and Jérémie Logeay

Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement Parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

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spot workshop 2016

We are pleased to propose this short video showing the work of Régis Soavi . A work that he keep on doing for over thirty years , during workshops and in the daily practice . You can find all the dates of the next workshops on this page: http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/en/stages/

Subtitle available in French , click the first icon to the right of the video

©Ecole Itsuo Tsuda 2016
Prises de vues et réalisation Valentina Mele et Marta Andreose

Kokyu disclosure of the unity of being

By Régis Soavi

In one of his books Itsuo Tsuda gives us his views on kokyu:

CouvTsuda_PathOfLess_Mini“In learning a Japanese art, the question of “kokyu” always arises, strictly speaking, the equivalent of actual respiration. But the word also means to have a knack for doing something, to know the trick. When there is no “kokyu”, we cannot do a thing properly.  A cook needs “kokyu” to use his knife well, and a worker his tools. “Kokyu” cannot be explained; it is acquired.
When I was young, I saw a labourer working with his screwdriver on very rusty machinery.  I tried to unscrew a piece of the machine, but in vain; it was too rusty. For the labourer, it posed no problem; he unscrewed it with ease, not because he was stronger but because he had “kokyu”.
When we acquire “kokyu” it seems that tools, machines, materials, until then “indomitable”, suddenly become docile and obey our commands with no resistance.
Ki, kokyu, respiration, intuition are themes that are pivotal to the arts and crafts of Japan. It constitutes a professional secret, not because people want to keep it like a patent, or a recipe for earning their living, but because it cannot be passed on intellectually. Respiration is the final word, the ultimate secret of learning. Only the best disciples gain access to it, after years of sustained effort.
A martial arts master whom dogs bark at is not a good master, they say. The French know how to silence dogs by sliding a piece of sugar in their mouths. That’s the trick, that’s “the thing”, but it is not kokyu, respiration, which is something else entirely.”

Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33-34.

I discovered kokyu with my master Itsuo Tsuda.aikido kokyu
Previously, it was to me just the name of a technique, with Itsuo Tsuda this notion became much more concrete, firstly by the orientation of his practice. He said: « To me technique is simply a test of knowing whether I’ve evolved in my breathing. » Thus our attention was brought directly to kokyu. There couldn’t be aikido and breathing. Aikido is breathing. And then, from his first books on, Itsuo Tsuda illuminates us in terms I didn’t knew; almost too simple and yet so difficult to achieve.

When I attacked him it was crystal clear, regardless the strength I put in he remained both, relaxed and powerful.
He made us use visualization to teach us kokyu. E.g. for kokyu ho he said: « It is the lotus flower opening. » Today few people have seen the lotus flower, so I speak of a daisy. Visualization should talk to us, directed to us. For it to act, it must be anchored in the concrete life of each person.

So sometimes to help someone to get beyond a partner that is holding the wrists to prevent him or her to move, I say, « You welcome a friend you haven’t seen for years, who steps out of the train, take him in your arms! » Then the person forgets the other and ki, instead of being coagulated, flows in the given direction, the person raises the arms without any effort. The power of visualization is colossal.

Sure, posture is essential, I would even say primordial. If the body stiffens to become an impeccable posture; it’s screwed. If it is too flabby; it’s screwed. If the third lumbar is wrongly positioned: it’s screwed. With the practice of aikido and katsugen undo I see that my students are gradually recovering. Ki begins to flow without blockage, without disruption, it is the discovery of unforced abdominal breathing, but clear and limpid, from the kokyu. In my view, without kokyu, all the work in aikido is only intended to strengthen the body, it is a work of hardening.kokyu ho régis soavi

With the deepening of breath little by little the needlessness disappears, we do not need to work on flexibility or strength, stiffness and our ideas of strength and weakness are leaving. So ki circulates better.
For this direction, the respiratory practice we do in the beginning of the sessions is important.
You can not teach kokyu, but you can guide individuals to discover it.
If we practice kokyu ho every morning at the end of each session, it is precisely to make people sensitive and also to improve our posture. As our posture and the way we behave refines and improves, we are able to help the normalization of the terrain of our partner. If you breathe deeply from the hara to the hara of the partner, you revitalize the channels through which ki flows, you enable these circuits to function better, and the other understands (feels) with his entire body what it is about.
It is not about looking at the demonstration and working harder and harder, but rather about being pervaded with this kokyu feeling of the other. I often say: to work on the kokyu we must start by listening. We listen to the other, not with the ears but with the whole of our body, we feel the breathing, the ki, of the other. It’s like a perfume. We listen to the inner movement, so the feeling becomes more accurate and we can guide him or her to a better posture, towards a release of tension.

It is also the work of senior practitioners to encourage this discovery. By bathing the other in breath, they help them to feel it, by dint of being soaked with « something ».

In the practice of katsugen undo Tsuda Sensei introduced in Europe, first comes the awareness  by the breathing, by the movement of ki. Tsuda wrote: « In the regenerating movement (katsugen undo), we do the opposite of the tradition: we begin with the supreme secret, straight off1. »

Kokyu is no more magical than ki is an energy. As soon as we launch ourselves into an explanation, even if  we let know that it will be approximately, big chance we blow it.
The ancient tales, such as those recorded by the Brothers Grimm, can show us an aspect of kokyu powers. As in fairy tales, it can transform toads into a prince or princess and grow people more beautiful by the simple fact of transforming their posture. This posture, the result of many years of contraction, weakness, or attempts of correction. When the posture finds back something natural, it is the return to the source, to the root of being.regis soavi aikido

The discovery of kokyu leads us to different behaviors in everyday life. This respiration, far from being seen as in “New Age”, awakens in the individuals’ daily life forgotten qualities, lost simplicity, and intuition finally found. It is what can be admirable in the work of a craftsman and an artist, but it is also what surprises those who do not know it. Because we did not understand nor felt what is behind this entirety in the performed act: kokyu is a revelation of the unity of being.

Itsuo Tsuda has guided us in that direction, leaving us free to go further or stay put. This freedom was fundamental in his teaching.

It is said that sometimes when the posture, the breathing, the coordination was perfect, Ueshiba O Sensei exclaimed “Kami Wasa”. God-technique? Supreme realization? Couldn’t we talk about kokyu or Non-Doing in the greatest simplicity? Like a child who drops a toy to take another, in the same way as he aspires us to take him in our arms for protection.
A small child has kokyu. “The baby is as big as the universe, but treated poorly fades quickly”2, Tsuda Sensei wrote in his last book. Isn’t it our duty to enable him to preserve it? And to us  adults, it to regain?

Aikido is not made for fighting, but to allow a better harmony between people.
I breathe deeply, I listen to the body of the other, in his or her body I visualize the flow of ki, I hear and clearly understand it, so I let ki passing into the body of the other. This circulation brings us fullness, the feeling of being fully alive, everything disappears, there is nothing but the present moment with its sensations, its colors, its music.

Article written by Régis Soavi on the subject of kokyu, published in Dragon Magazine(Special Aikido No. 10) in October 2015.

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1) Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33
2) Itsuo Tsuda, Face à la science, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1983, p. 152.

Vidéo : aïkido #1

Lors du Centenaire d’Itsuo Tsuda au dojo Tenshin se sont tenues des séances matinales d’Aïkido conduites par Régis Soavi qui ont permis la rencontre de plusieurs groupes créés par d’anciens élèves d’Itsuo Tsuda. L’espace tatamis pourtant conséquent avait rarement accueilli autant de pratiquants venus spécialement de plusieurs pays d’Europe. Cette vidéo aïkido nous permet de pour retrouver ce moment

Filmé le samedi 15 novembre 2014 au Dojo Tenshin.

vidéo aïkido

Le Centenaire d’Itsuo Tsuda

centenaire itsuo tsudaDimanche 16 novembre 2014  s’est achevé ce qui restera un moment exceptionnel, à la fois hommage à un écrivain et fruit du travail de toute une école.

L’événement autour d’Itsuo Tsuda aura réuni durant un week-end plusieurs centaines de personnes dans un lieu spécialement préparé pour l’occasion. Le dojo Tenshin qui fêtera prochainement ses trente années d’existence s’est transformé durant ces derniers mois pour accueillir le centenaire de la naissance d’un homme dont l’œuvre résonne plus que jamais.

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Un art de s’unir et de se séparer

Par Régis Soavi.

Mon Maître Itsuo Tsuda, citant O Senseï Ueshiba, a écrit dans son deuxième livre : « L’Aïkido, c’est un art de (musunde hanatsu) s’unir et se séparer »*. regis_soavi_Aikido 1C’était un aspect très présent dans son enseignement, mais par contre il n’utilisait jamais les termes Awase et Musubi. Il nous parlait en français, il nous parlait de quelque chose de plus grand que nous. Il nous invitait à réaliser en nous le vide mental pour pouvoir percevoir quelque chose. Il disait parfois : « Dieu (dans le sens de kami) parle sans arrêt, mais nous les humains nous n’arrivons pas à nous syntoniser, donc on n’entend rien. Ou alors on entend juste des sons comme une radio brouillée. Mais dieu parle clairement ». Donc pour lui c’était à nous de nous mettre dans un état qui nous permette de « recevoir ». L’Aïkido de l’École Itsuo Tsuda est basé sur ce que lui, par contre, appelait la fusion de sensibilité, donc sur la fusion avec le partenaire : face à une attaque, il y a une réponse, mais pour que notre réponse soit adéquate, nous devons fusionner avec le partenaire. Lors des séances je parle par exemple de fondre et de s’harmoniser avec le partenaire, de sentir son centre. Et à ce moment là on est lié par quelque chose, plus rien ne nous est étranger. Aujourd’hui je commence à aller un peu plus loin dans la pratique de l’Aïkido et je sens beaucoup plus ce que Tsuda senseï voulait dire au sujet du lien qui nous unit à l’Univers. On se sent vraiment comme un lien entre cet Univers et le partenaire, et on constate que cela circule, que tout retourne à l’Univers.

La Pratique respiratoire : une pratique de Musubi

La Pratique respiratoire* que nous faisons en début de séance nous met dans un « état d’esprit » qui nous permet de recevoir, de créer ce lien entre l’Univers et nous. On ne sait pas très bien ce que c’est que l’Univers. Ce ne sont pas les étoiles, ce n’est pas le trou noir, etc. C’est quelque chose d’autre. Pour la Pratique respiratoire nous restons le plus proche possible des enseignements de O Senseï Ueshiba, Tsuda senseï était précis là dessus. Par exemple on fait trois fois la vibration de l’âme, Tama-no-hireburi, chaque fois avec un rythme différent (lent, moyen, rapide) et uniquement à l’inspiration. La première fois on évoque Ame-no-minaka-nushi, Centre de l’Univers. Je dis parfois que c’est une « invocation-évocation ». Awase MusubiO Senseï Ueshiba disait de l’évoquer trois fois pendant la vibration de l’âme : celui qui conduit la séance le dit à voix haute puis on l’évoque encore deux fois intérieurement. Ce sont des informations que j’ai entendu chez Tsuda senseï, mais nulle part ailleurs. Donc quand on évoque Ame-no-minaka-nushi, comme O Senseï Ueshiba le disait, on se place au Centre de l’Univers. Centre de l’Univers ce n’est pas « Centre du Monde », ni « moi et les autres », ni quelque chose de religieux. Quelque part c’est insaisissable, mais en même temps c’est extrêmement concret. En tout cas cela ne nous encombre pas, c’est Centre de l’Univers et on peut y être. Puis lors de la deuxième fois on évoque Kuni-toko-tachi, l’Éternelle Terre, pour moi c’est l’humain, c’est la matière. Le premier c’est immatériel, le deuxième cela devient concret c’est matière. Puis troisième Kami évoqué-invoqué c’est Amaterasu, la déesse soleil, la vie, ce qui nous anime. Je raconte parfois l’histoire de la grotte dans laquelle Amaterasu s’est réfugiée et de la porte de rocher*. O Senseï Ueshiba en parlait souvent et Tsuda senseï la citait aussi. C’est la vie qui s’était enfermée dans une grotte obscure et qui resurgit. C’est important d’ouvrir la porte du rocher en nous. On s’est cloisonné, on s’est rigidifié, on n’entend plus rien, et puis un jour quand même on l’entrouvre. Aïkido nous apporte un souffle d’air, quelque chose qui nous permet de respirer un peu mieux. Alors, à partir de ce souffle, on va pouvoir ouvrir plus grand et peut-être entendre mieux ce que les Kami ont à nous dire, ce que l’Univers a à nous dire. Je ne suis pas du tout religieux, mais chaque matin je récite le Norito, comme le faisait  Tsuda senseï, comme le faisait O Senseï Ueshiba. Chaque matin, au début de chaque séance, à sept heures moins le quart, je récite le Norito, puis je fais la vibration de l’âme et cela depuis plus de quarante ans. Et petit à petit je découvre quelque chose, je vais un peu plus loin, je suis plus perméable.

Awase :  pratiquer avec le même partenaire peut permettre l’harmonisation avec l’autre

Dès la première partie de la séance, qui est une pratique individuelle, il est important de se mettre dans une certaine condition. Le travail d’harmonisation se poursuit dans la seconde partie pendant laquelle on pratique avec un partenaire. Pour favoriser cela, dans notre École on travaille avec le même partenaire tout au long d’une séance. On pourrait bien sûr changer à chaque technique, mais si on veut s’harmoniser c’est difficile d’y arriver en quelques cinq ou dix minutes passées avec chaque personne. Pour ceux qui ont vingt ou trente ans de pratique ça va… Mais si vous débutez, disons les dix premières années, c’est aussi quelque part rassurant de rester avec le même partenaire, on a le temps de s’harmoniser de s’imprégner de l’autre. Ainsi on va le sentir, les premiers contacts sont un peu difficiles parfois. Mais sur une même technique, une deuxième, puis une troisième on peut aller un peu plus loin, se rapprocher de son centre, respirer mieux le « parfum » du partenaire. Tsuda senseï parlait de découvrir le paysage intérieur de quelqu’un, mais découvrir le paysage intérieur de sept ou huit personnes dans une même séance c’est plus difficile. Parfois, surtout en fin de séance, il m’arrive de faire changer de partenaire notamment lors du Mouvement libre. Mais bien sûr à chaque séance on change, ce n’est pas un partenaire à vie !

Le Non-Faire

Uke a un rôle à jouer, sans être violent, il doit être sincère dans son attaque car sans cette énergie, Tori sera dans le « Faire » et pas dans le « Non-Faire ». Je vois souvent dans l’Aïkido des Uke très gentils et Tori qui massacre joyeusement son Uke. Ce n’est pas du tout mon principe. Si je parle d’attaque c’est qu’effectivement lorsque Uke fait un Shomen, un Yokomen, un Tsuki ou une saisie, il est important qu’une énergie s’en dégage, il « Fait ». Tori, par contre, la détourne, laisse passer cette énergie qui s’exprime dans le fait de serrer le poignet ou de frapper, il passe à coté et la transforme, alors c’est le « Non-Faire ». Il ne répond pas à l’attaque, il laisse s’écouler cette énergie, ce ki, il dépasse l’attaque. Bien sur, il n’attend pas bêtement de se faire frapper ! Le Non-Faire ce n’est pas rien faire. Je pars du principe aussi que si quelqu’un attaque une autre personne c’est qu’il n’est pas bien dans sa peau… Quand on est bien dans sa peau, quand on est vivant, on n’a aucune envie d’aller attaquer les autres. Cela ne nous viendrait même pas à l’esprit. C’est parce que nous sommes mal dans notre peau que cela se produit. On vit dans un monde violent, on a été éduqué à réagir en fonction de cette violence, il faut se défendre contre ceci, contre cela… On en est devenu malade. En faisant l’Aïkido, lorsqu’on est Tori, on est en train de « guérir » cette violence. Cette violence qui est dans l’autre, qui s’exprime par le rôle et la fermeté de Uke, on la conduit pour la transformer en quelque chose de positif et de libérateur.

Le travail avec les armes : Ame-no-uki-ashi kenAme no uki ashi ken_2

Il y a presque 30 ans, j’ai décidé de parler de Ame-no-uki-ashi ken pour désigner le travail avec les armes que nous faisons lors des stages et parfois dans la pratique quotidienne. Le ken, le sabre est une représentation du pont flottant céleste : Ame-no-uki-ashi. On parle de Pont flottant céleste quand on voit le Katana avec le tranchant vers le haut et on parle aussi de Bateau flottant céleste lorsque le tranchant est dans l’autre sens, vers le bas. C’est assez curieux parce que c’est à la fois le pont et le bateau… C’est ce qui unit le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, l’Univers et nous. Lorsque nous travaillons les armes, elles sont une extension de nous-mêmes, au-delà de notre peau, quelque chose qui nous permet d’aller un peu plus loin, de découvrir aussi notre sphère. Ame-no-uki-hashi : être sur le Pont flottant céleste, c’était une image qu’utilisait O Senseï Ueshiba et que nous transmettait Tsuda senseï. Être sur la lame du katana c’est être dans un état d’attention qu’on pourrait même qualifier de « divin », où une perception différente peut se produire. Je n’ai pas envie d’entrer dans la discussion de savoir s’il faut ou non utiliser les armes en Aïkido, cela n’a pas d’importance. Je les fais travailler parce que cela nous oblige à être dans un état d’extrême concentration tout en maintenant la détente. Elles me servent aussi à rendre visible les lignes de ki, tant celles du partenaire que celles qui partent de moi même, de manière plus évidente. Par exemple lorsqu’en démonstration j’appuie deux bokken sur mon centre je montre ainsi que la force vient du hara et non exclusivement de la musculature.demostration_2 bokken

Kokyu Ho : respirer

Traditionnellement chez Tsuda senseï la séance commençait toujours par la Pratique respiratoire, puis on faisait l’exercice qu’il appelait le Solfège, après on travaillait des techniques et à la fin il y avait toujours Kokyu Ho en suwari wasa. Pour Tsuda senseï, Kokyu Ho c’était l’occasion de ne faire qu’une chose : respirer. Il donnait, entre autre, la visualisation d’ouvrir les bras Kokyu Ho verticalcomme s’ouvre la fleur de lotus. Il n’y a plus de technique, il y a juste une personne qui nous saisit, et puis on respire au travers, on fait circuler le ki, à travers nos bras, à travers le partenaire. Quelque soit la résistance du partenaire, on s’ouvre à cela et on réalise la fusion de sensibilité. Pour moi chaque Kokyu Ho est différent, avec chaque personne. Il n’y a pas de technique particulière, par contre, il y a des lignes qui se déploient à partir du hara, il y a comme une espèce de soleil qui rayonne et on peut suivre chaque rayon de soleil pour retrouver ce hara, quelque chose s’embrase et la personne tombe à gauche, à droite et on fait l’immobilisation. C’est pour moi un instant privilégié de respiration profonde. Quand je parle de respiration profonde, je parle évidement du ki, c’est à dire que lorsqu’on respire profondément le ki se met à circuler de façon différente.

Awase au delà des tatamis : s’occuper du bébé, le summum des arts martiaux

« Savoir bien traiter le bébé, c’est pour moi, le summum des arts martiaux »*. Quand Tsuda senseï écrit cette phrase il met en relation l’Aïkido et la façon de s’occuper du bébé dans le Seitai de Noguchi Haruchika senseï. Il disait aussi que s’occuper du bébé c’est comme avoir un sabre au dessus de la tête, dès qu’on fait une erreur « tchac », le sabre tombe. Si on fait un parallèle avec l’Aïkido, le bébé est à la fois beaucoup plus exigeant que le maître et en même temps beaucoup plus gentil ; dans le Seitai, s’occuper du bébé c’est avoir une attention permanente, constante, c’est s’abandonner. Les plus grands maîtres parlent de l’importance de s’abandonner, c’est central dans les arts martiaux. Awase, cette fusion dont on parle, c’est aussi accepter de s’abandonner. Avec le bébé tout est une question de sensation, on est dans une fusion de sensibilité constante, comme par exemple quand la maman sait si son bébé pleure parce que il a besoin de faire pipi ou s’il a faim ou est fatigué. De la même façon, mais à l’inverse, pour le samouraï qui était en face de son adversaire, l’art consistait à découvrir chez l’autre le moment où la respiration serait irrégulière, le moment où il allait pouvoir frapper. C’est faire appel à toutes nos capacités. S’occuper du bébé c’est découvrir un monde de sensibilité, par exemple à travers l’art de donner le bain dans le Seitai. Savoir comment rentrer un bébé dans l’eau, au moment de son expiration et le sortir de l’eau à son inspiration, quand on est capable de s’occuper d’un bébé de cette façon on est aussi dans les arts martiaux. Toucher un bébé, changer un bébé dans le rythme de sa respiration, endormir un bébé et le poser endormi sans le réveiller… Bien sûr, c’est bien plus flamboyant de sortir son katana et de faire semblant de couper une tête ! Mais pour moi, c’est tellement plus difficile et important de coucher un bébé qui s’est endormi dans vos bras, être capable de retirer les mains de sous le bébé sans qu’il ne se réveille, ça c’est de l’art ! Avec un partenaire d’Aïkido on peut « tricher », un p’tit coup d’épaule, on force un peu… avec le bébé, on ne peut pas tricher. Il y a ou il n’y a pas fusion. J’ai beaucoup appris avec mes bébés, je pense que j’ai appris autant avec eux qu’avec Tsuda senseï, même si c’était de façon différente.

Musubi Awase : le commencement

On considère généralement qu’il faut commencer par apprendre les techniques et qu’après de nombreuses années de travail on peut appréhender Awase et Musubi. Dans notre École la Pratique respiratoire et la fusion de sensibilité sont au commencement et inséparables du reste. Toute notre recherche se fait à travers la respiration, le « ki ». Cette direction nous permet d’approfondir la recherche dans la simplicité, plutôt que dans l’acquisition et en ce sens nous rejoignons la définition de O Senseï Ueshiba : « Aïkido est Misogi ».

Article de Régis Soavi publié dans Dragon Magazine (Hors-Série Spécial Aïkido n°6)  d’octobre 2014.

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Notes

*Itsuo Tsuda (1914-1984), La Voie du dépouillement, Paris, le Courrier du livre, 2006 (1975), p.174-175.

*Une série d’exercices faits individuellement qui précède la technique. Cf. « L’École Itsuo Tsuda », p. 6-12, Dragon Magazine Spécial H.S. AIKIDO n° 5: Le travail individuel, juillet-septembre 2014.

*Mythe décrit dans le Kojiki.

*Itsuo Tsuda, Face à la science, Paris, le Courrier du Livre, 1983, p. 24

Meeting the breathing.

itsuo tsuda respiration

Born in 1914, Itsuo Tsuda would now be one hundred years old.
This atypical character, fiercely independent, considered himself first and foremost a philosopher and he is a key figure of the Aikido in France. He is the one who introduced Katsugen * Undo in Europe in the early 70s.
Direct student of O’Sensei Morihei Ueshiba during the last ten years of his life, Itsuo Tsuda did not consider important the sporty or martial art aspects of Aikido, but rather the chance to make use of this art for inner search, for personal search. He qualified this dimension as « solitary practice » and devoted himself to pass it on in his books and in his teaching.

By beginning Aikido at forty-five years of age, the ki and Non Doing were the two aspects that mainly attracted him. These aspects were particularly tangible in a series of exercises preceding, during O-Sensei Ueshiba sessions, the technique, which Itsuo Tsuda named after the expression « Respiratory Practice. »

O-Sensei Ueshiba gave a lot of importance to these exercises that meant to him something completely different then warming up. Itsuo Tsuda in an interview with France Culture said:
« For me what is important is what I do at the beginning: I sit, breathe, I breathe with the heaven and the earth, that’s all. Many people love aikido as a technique, don’t they? For me, the technique is simply the test to find out if I have evolved through breathing.  »
In the technique that happens during  the second part of the session there is no struggle, but an opportunity to develop sensitivity, the ability to fuse.
The voice of Itsuo Tsuda, who died in 1984, still resonates today through the nine books published in French and through his students. One of them, Régis Soavi, he has dedicated more than thirty years to Aikido and katsugen undo teaching. He is the technical adviser for the Itsuo Tsuda  School .

itsuo tsuda aikido

– Good morning, Mr. Soavi, when you met Itsuo Tsuda in the 70s you were already engaged in the practice of martial arts. What made you decide to consecrate to the Aikido of Itsuo Tsuda?

– I had just started Aikido when I met Itsuo Tsuda, my teacher was Roland Maroteaux. I met Tsuda during a workshop organized by this teacher. What struck me at first was his ability to dodge. During this workshop I saw my teacher, who was an actual budoka, attacking him with determination and at any time Tsuda was not there, he was dodging, he had created void in front of him. That was what shocked me. I had already experienced a lot of Judo, Jujitsu and weapons and then, more or less at the same time, during my training as a professional Aikido, I worked with other teachers like, Master Noro, Master Tamura, Master Noquet, as well as I took part of some workshops with Master K. Ueshiba, Yamaguchi Sensei, etc.. At the time we were all a bit like Ronin, we were going from a dojo to another trying to uncover the masters’ secrets. At first I was timidly interested of Master Tsuda, but the quality of this void, this emptiness that was moving around, it was very impressive and that was what made me decide: you have to go and see this master.

– What does represent for you the first part of the Aikido practice that Itsuo Tsuda called « Respiratory Practice »?

– Master Tsuda used to say that it was the essence of Aikido. At the beginning, when I was about twenty years old, I saw this part as a kind of respiratory warming up, not to mention muscle warming up. And then little by little I found out that it was something much more intimate! And after seven years, the Respiratory Practice had become the most important part of Aikido for me. The rest was, as Tsuda said very well, a way to verify to what extent I was getting with my breathing.

– You speak about Aikido proposing the translation « the way of the ki fusion ». How does this differ from the definition « the way of the harmony » that it is normally used?

regis soavi

– Now, « Aikido » is an ideogram, there are no words therefore in itself. What I try to pass on through  « the way of the ki fusion » is the direction we take. In Aikido this fusion of feelings between people allows you to practice in another way. It completely differs from the idea of fighting. It is rather a complementary. I think Ueshiba had such a fusion capacity with the person who attacked, by anticipating his acts, his gestures. For me, harmony is insufficient as a translation, this may purely be aesthetic. The fusion turns into something deeper. When two metals come together into a fusion to become for example bronze, they become Bronze, it is not only harmonizing them, they become something different. And it is in this sense that I want to translate it with « the way of the ki fusion. » But this is purely ideograms interpretation.

– What role do you think the technique plays?

– It is essential. It is the base. For me, technique must be extremely precise. It is the technique that leads the breathing. The technique also means the body, the posture. If your posture is correct, if the positioning is right, then it is easy, breathing is better. when one is blocked, congested, closed or too open, too soft or too hard, nothing will really happen. The technique is there to allow through its precision to find the lines that help us breathing better, to get better into the fusion. It is also for this reason that I often ask to work slowly. It is no use doing something quickly and badly.

regis soavi aikido

– Does the practice of Katsugen undo, you’ve discovered with Master Tsuda,  affected your approach to Aikido?

– I think if I had not practiced Katsugen undo I would have not practice Aikido the way I do today. We should never forget that Katsugen undo is something that normalizes the ground, the body. And only now I see Aikido as a process of normalization of the body as well. The practice of katsugen undo allows you to practice Aikido in this way, it is for me a base, the basic. It develops in you the breathing, once we breathe better, we are more relaxed. Aspects like aggressiveness, competitiveness disappear, they fall by themselves. Instead of practicing by hurting the others, one goes towards the normalization of the body, for example I usually show how, by twisting the arm in a certain way, during the mobilization, you allow your ki to get up to the third lumbar in fact the person’s body twists slightly on that point.
Well, it is a process of normalization of the body through Aikido, which I discovered because of the Katsugen undo practice. This applies to many other techniques, the way to get in, to reach the center, the hara, and so on. I’m not saying that you cannot find out if you only practice Aikido, but Katsugen undo was an open door, it has allowed me to feel better, to understand better, to be more in the spirit … I think this was very important for Tsuda as well. He practiced with Ueshiba for ten years. But when he started Aikido he had already been practicing for more than ten years Seitai  and Katsugen undo. His terrain was thus in a certain condition, for example with regard to the flexibility – which is often lost when at forty-five years of age. And then the kind of spirit condition: for Tsuda was clear that we were not there to destroy ourselves, but rather to find a certain tone, and at the same time a balance. Aikido should lead to a balance. And katsugen undo task is the balance.

– you practice early in the morning, this may be surprising.

– Sessions during the week start at 6:45am while at the weekend they are at 8.00. I know we regis soavi aikidolive in a society where you go to bed very late and you get up very late too. In my case I really love the morning. One can be tired in the evening, people after working hours are stressed.  Sessions of martial arts then very easily turned into a relief valve, and so on. Rather in the morning, competitiveness does not have too much importance … you get up, you are in the dojo, you can easily breathe, you start your day. Furthermore we are very lucky to be in a permanent dojo. One comes and it is like being at home, in an association but at home, the dojo are used only for this reason. There are gyms with more or less clean changing rooms where you can not even leave your watch otherwise they might stole it, and so on. So you come here in the morning, take a little coffee, tea, and then practice. And so the day begins and starts well, it is a real pleasure. Every morning I have a great pleasure to see people getting there and taking their time, we are in a world where we do not take our time anymore…

– Your sessions are designed for all without distinction of age and levels, you talk about a school without grades.

– Master Tsuda said: « There is no black belt for mental emptiness. » With Ueshiba there was no national program for black belts. When Master Noguchi was teaching he was used to say  « Forget, forget, when you will need it, it will come back naturally » It’s a little bit like this, the technique is important, but we do not repeat ten thousand times how to get attacked or some other staff. It makes no sense. Hierarchy, degrees, kyu, dan, and so on. For me this is not really important … And then in terms of age, why should we make a difference? Modern society created that difference, it has created the teenage (which by the way teenage is now up to forty years), the third and then the fourth age, and so on. All these categories do not correspond to anything. For me, when we talk about life within us we are all equal. Then, of course, it makes a difference, if I work with a six year old child it is not like when I work with a sixty years old person or somebody on their twenties.

– Other then passing on the bases, what can you really teach through Aikido?

– Ah, not much, actually, on a given moment people are going to start their own search by themselves. So, since I’m older, and my own search is also a long-term one, I can give them some information, and then I can help them to better understanding through visualizations. It’s my way of teaching people today. I suggest visualizations, for example by saying this movement looks like when you place a baby in bed. At the same time people search, there are a number of people who I consider companions they are no longer students. As sensei, as a good craftsman with a greater seniority, I can say, « Look further, that is it « , by looking further, the body opens and the person says, « Oh, okay It is fine. » It is very subtle. It is a kind of communication that I establish with my students. And then people go and search in that direction. We do not work on making the technique perfect, that does not exist. Aikido is not going to become more effective, more aesthetic, and so on. But we will be closer to ourselves, I think that this is the most important thing.

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* Katsugen undo translated as Regenerating Movement, the technique developed by Haruchika Noguchi, creator of Seitai.

Incontro con la respirazione.

itsuo tsuda respirationNato nel 1914 Itsuo Tsuda avrebbe avuto cent’anni.  Questo personaggio atipico, tenacemente indipendente, si considerava  prima di tutto un filosofo ed è una figura fondamentale dell’Aikido in Francia. È lui che introdusse il Katsugen Undo* in Europa all’inizio degli anni ’70.
Allievo diretto di O’Sensei Morihei Ueshiba per gli ultimi dieci anni della vita di quest’ultimo, Itsuo Tsuda non riteneva importante dell’Aikido né l’aspetto sportivo né quello di arte marziale, ma piuttosto la possibilità di fare attraverso quest’arte una ricerca interiore, personale. Qualificò questa dimensione come «pratica solitaria» e si dedicò a trasmetterla nei suoi libri e nel suo insegnamento.
Iniziando l’Aikido a quarantacinque anni sono le nozioni di ki e di Non Fare che l’attirano principalmente. Questi aspetti sono particolarmente tangibili in una serie di esercizi che precedeva, presso  O’Sensei Ueshiba, la tecnica e per la quale Itsuo Tsuda ha inventato l’espressione «Pratica respiratoria». Lire la suite

Les calligraphies de Itsuo Tsuda #2

pratiquer devant une calligraphieSuite de l’entretien avec Régis Soavi qui nous raconte sa découverte des calligraphies de Itsuo Tsuda.

« Mettre une calligraphie plutôt qu’une photo d’un Maître, ça a un autre intérêt, que j’ai compris par la suite : ça évite un certain « culte de la personnalité ». Au lieu de mettre une photo de Maître Ueshiba, j’aurais pu en mettre une de mon maître, Itsuo Tsuda… mais alors, ça induit quelque chose vers « Un Grând Maîîître » qui EST, et ça va aussi dans le sens des religions où il y a des saints, des peintures de saints, des statues de saints… dans le Bouddhisme on a cela, dans le Christianisme aussi, évidemment…
Mais ainsi, on n’a plus la même résonance, parce que ce sont des photos de personnes, de « personnages ».

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On the watch for the right moment

The writer and director Yan Allégret is interested in aikido and traditional Japanese culture since 20 years. He practiced in France and Japan and became interested in the concept of a dojo: what makes a space at a time « the place where we practice the way. »

Chronicle of Tenshin dojo of the school Itsuo Tsuda.

Tenshin Paris
6 am. People leave home and head for a place. On foot, by car, by subway. Outside, the streets of Paris are still sleepy, almost deserted. Dawn is near. Those outside have not put on the armor needed for the working day ahead. There is something in the wind. At the break of dawn it feels like walking in a twilight zone. It is in this gap we find dojo Tenshin of the Itsuo Tsuda school.
In this place dedicated to aikido and katsugen undo, the sessions are daily. Every weekday morning, a session at 6:45 am, on weekends at 8am, regardless the weather or holidays, except January 1, the day of the ceremony of purification of the dojo.
Dawn influence practice. At all times this porosity was considered in the Japanese tradition. Just read the « Fushi Kaden » from “Zeami », creator of the Noh theater, to understand how the traditional arts were on the lookout for the « right moment » (taking into account time, weather, temperature, the quality of silence, etc.) to perfect their art.
Walking towards the dojo at 6:30, we will realize, practicing in the morning creates a relief. The mental capacity is not yet assailed by concerns of family and social life. The mind has not yet taken control. We come as a white sheet at 120, rue des Grands Champs in the 20th arrondissement. The association Tenshin is established here since 1992. It was founded by a group of people wishing to follow the teaching of Itsuo Tsuda, transmitted by Régis Soavi. Itsuo Tsuda was a student of Morihei Ueshiba and Haruchika Noguchi (founder of aikido and katsugen undo). Concerning Régis Soavi the current Sensei, he was a direct student of Master Tsuda. The dojo is not affiliated to any federation. He follows his path, independent and autonomous, with continuity and patience. When passing the doorstep, we feel that we enter « into something”. A mixed form of density and simplicity emerges from the place. In Japanese, one would say, the « ki » of the place is palpable, the space is silent. People are gathered around a cup of coffee, accompanied by the Sensei. On the other side the space with the tatamis, yet at sleep.

A void at work
The dojo is vast. All the walls are white. The central tokonoma includes a calligraphy of master Tsuda. Portraits of founders (Ueshiba for Aikido, Noguchi for Katsugen Undo and Tsuda for the dojo) are located on the opposite wall.
It is 6:45. The session will begin. The mats were left to rest since the previous day. The space is not rented for other courses because of profitability. One begins to understand what this « something » is we felt entering. A void is at work. Another crucial element in the Japanese tradition: the importance of a linked emptiness.
Between sessions, the space is left to recharge, to relax, like a human body. You should have seen the place, naked and silent like a beast at rest, to understand the reality of this fact. Practitioners sit in seiza, silence falls and the session begins. The person conducting faces the calligraphy, a bokken in hand, then sits. We salute a first time.
Then comes the recitation of the norito, a Shinto invocation, by the person conducting. Master Ueshiba began each session accordingly. Mr. Tsuda, customary of  Western mentality, did not deem it necessary to translate this invocation. He insisted only on the vibration that emanates from it by the work of the breathing. Of course, the sacred dimension is present. But no religion so far, no mystical « Japanese style » Westerners are sometimes fond of. No. Here it is much simpler.

Beyond the combat
Hearing the norito, we feel resonating something in the space that facilitates concentration, the return towards oneself. As one can be touched by a song without the need to understand the words.
Thereupon follows the « breathing exercises, » a series of movements done alone. Master Tsuda kept this part of the work of Master Ueshiba that wrongly could be considered as a warming up. The term warming up is restrictive. It engages the body only and assumes that true practice begins after. In both cases, this is false. One movement can infinitely be deepened and involves, if you work in this direction, the totality of our being.

Then comes the work in couple. We choose a partner, one day a beginner, the next day a black belt. Any form of hierarchy predominates. We work around four to five aikido techniques per session. The Sensei demonstrates a technique, then everyone tries it with his or her partner.

What emerges from practice, is the importance of breathing and attention to what circulates between the partner and yourself. A circulation, when taking the premise of a fight as a starting point, that leads beyond. A beyond the combat. It isn’t no doubt by chance that Régis Soavi uses the term « fusion sensitivity » to speak about aikido. « The way of fusion of ki ».

The art of unite and separate
On the tatami, no brutal confrontation. But no weak condescension either. The aikido practiced is flexible, clear, fluid. We see hakamas describing arabesques in the air, we hear laughter, sounds of falls, we see very slow movements, then suddenly without a word, partners accelerate and seem drawn into a dance until the fall frees. We think back to the words of Morihei Ueshiba: « Aikido is the art of uniting and separating. » There is no passing grade. No examination. No dan or kyu. Instead, wearing hakama and black belt. Beginners, meanwhile, are in white kimonos and white belt. The time just to wear the hakama is decided by the practitioners theirselves, after talking with elders or the Sensei. To choose to wear the hakama involves to assume freedom, but also responsibility.  Because we know that beginners take more easily as a model those who wear the traditional black skirt. The issue of grade is turned inside out. The key is not outside. It is our own feeling we must sharpen, to recognize the right moment. Of course, mistakes can be made, the hakama is put on too early or too late. But the work has begun. It is obvious that we must seek inside. As for the black belt, the Sensei gives it to the practitioner the day he thinks the person is ready to wear it, the latter never being informed of this decision. And that’s all. The person wears the black belt. No blah-blah. The symbol is taken for what it is: a symbol and nothing more. The path has no end.

A special atmosphere
Seeing the Sensei demonstrating the free movements, in which techniques are linked spontaneously we think again about a term often used in the literature and the teaching of Itsuo Tsuda: « The non-doing ». And this is what probably brings this special atmosphere in the dojo at dawn, the smell of flowers at the tokonoma and the emptiness. A path of non-doing.
The session ends. Silence returns. We greet the calligraphy and the Sensei. He leaves. The practitioners leave the space or fold their hakama on the tatami.
Around 8:30, we find ourselves around breakfast. We seek to learn more about how the dojo functions. For this lively place is both alive and financially independent, considerable energy is invested by practitioners. Some have chosen to dedicate much of their lives to it. They are a bit like Japanese Uchi Deshi, internal students. In addition to the practice, they manage the spine of the dojo, then taken in turns by the other practitioners that could be involved as external students. Everyone involved is encouraged to take initiatives and to take responsibility.

Work with less
An elder summarizes the instructions received: « Aikido. Katsugen undo. And the dojo. » The life of a dojo is a job in itself, an unique opportunity to practice out of the tatamis what one learns on the tatamis. Rather than a refuge, a greenhouse, the picture is rather that of an open field in the middle of the city, in which we lay fallow at dawn, where we clear weeds to allow gradually its place to other blooms.
Before leaving we look at the empty space with tatamis one last time. It seems to breathe. The day dawned and the city is now in a fast and noisy rhythm. It awaits us. We leave the dojo and walk away with a wisp of a smile. In a world of unbridled accumulation and filling up, there are places where you can work with less. This one makes part of it.

Yann Allegret

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The calligraphy of Itsuo Tsuda #1

Régis Soavi tells us his discovery of calligraphy of Itsuo Tsuda.

itsuo tsuda calligraphieWhen I began to teach aikido, like many people, I had a photo of Master Ueshiba in the tokonoma. That was the way I had been taught, bowing in the direction of the master. When I went to Master Tsuda’s dojo for the first time, there was  a calligraphy, printed by a friend of his who was an artist, after an ancient stone engraving. It was « Bodaï ». This calligraphy was there, when I had expected to see a photo of Master Ueshiba… Moreover the lines were thick… – 8 cm, that’s very thick! –  And it resonated in a different way, it had another respiration…

It is another dimension. And seeing the calligraphy at each session… makes things change completely.

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Simple as breath

itsuo tsuda aikidoAn interview with Regis Soavi.

Our rendez-vous is at 6:45 AM, in Milan’s Chinese quarter. The place : a former garage, transformed into a traditional, spartan-looking dojo where, once inside, you are told gently but firmly to remove your shoes. The participants arrive little by little, sleepy-faced ; they murmur their greetings as though reluctant to disturb the pale atmosphere of the Milanese dawn.  I had been invited to an aikido session by Regis Soavi, during one of the periodic courses he conducts in Italy. Regis Soavi teaches and transmits the message of Itsuo Tsuda (1914-1984), a direct disciple of master Ueshiba. I had read a few of Tsuda’s books ; he was Japanese and lived in France. His books are strange. They can’t be classed with “martial arts” books, or as “essays”, or with “stories”. In Tsuda’s school, we find the convergence of two fundamental experiences : Aikido and Katsugen Undo (regenerating movement). I wanted to speak more in depth of that, with Regis Soavi.

Who was Itsuo Tsuda

 You were a direct student of Master Tsuda. Tell me a bit about him.

He was very simple. We called him Mr. Tsuda. I myself only began to address him as “Master” in his last years. He wished to be considered above all as a philosopher and writer. His quest was of a personal nature. When you met him, you realized at once that he had a strong personality, but at the same time, he seemed to be an Oriental like any other. If you were to come across him in the street, you’d never realize he was an expert in Martial Arts, he just seemed to be an ordinary Japanese. In any case, on the tatami, he was a real discovery. Tsuda addressed himself to each person individually, he never generalized. In the morning, after aikido, we would have coffee together and he would tell stories, speaking to all who were there ; but we understood that, each time, he wished to reach certain people in particular. He was characterized above all by his simplicity.

I’m looking at Tsuda’s biography : “At 16, he rebelled against his father’s wish for him to inherit the family patrimony ; he left his family to wander, in search of freedom of thought. Later, reconciled with his father, he came to France in 1934, where he studied under Marcel Granet and Marcel Mauss until 1940, when he returned to Japan. After 1950, he became interested in Japanese culture, studying the recitation of “Noh” with Master Hosada, the “Seitai” with Master Haruchika Noguchi, and Aikido with Master Morihei Ueshiba. Itsuo Tsuda returned to Europe in 1970, to disseminate the practice of “Regenerating Movement” and his ideas about the “Ki”. What did Itsuo Tsuda do during the Second World War ?

In 1940 he was mobilized and had to return to Japan, on the last boat to go through the Suez Canal. The canal was then closed. He was enrolled in the army, where he worked in an administrative capacity. He never fought. Right after the war, he worked for Air France as an interpreter. That is how he met Master Ueshiba. A French Judoka, André Noquet, came to Japan to discover the practice of Aikido, and as he spoke no Japanese, he needed an interpreter. He found Tsuda, who until then knew nothing about Aikido, but he was deeply interested at once.

Did Tsuda know Ueshiba first, or Noguchi ?

Noguchi. He was about 30 when he first met Noguchi, and 45 when he encountered Ueshiba.

What was the meaning of his refusal to accept the family heritage ?

His father came from a family of Samourai, who became factory owners and business heads at the Meiji modernization. Tsuda didn’t want to work in the family business. He wanted to live his own life. At first it was very difficult ; he even worked for a time in a chemical factory. Then, when he had reconciled with his father, he decided to study in France. Tsuda was very fond of France.

Aikido

For you, is Aikido a martial art ?

No, you already know the answer. Aikido is a non-martial art ; it is the practice of non-doing. Master Ueshiba, in another epoch, could have responded that Aikido is a martial art. Still, if I say it isn’t a martial art, then people respond, “Oh, it’s a dance then”. That is why I define Aikido as a ”non-martial art”. In any case it’s something quite different ; That’s why Ueshiba called it ai-ki-do. The term is often translated as “The Way of Harmony”, but a more appropriate definition is “The Way of Fusion of Ki”. Two people can undergo what we call fusion. They do more than simply harmonize. From two, they become One, then two again. Habitually in martial arts, two adversaries confront each other and only one remains. But in Aikido we have the fusion of sensitivity. In our school, he who attacks, attacks ; the other becomes one with him : he accepts and absorbs the attacker and from two creates one. He acts in such a way that the other begins to be a part of him. In this way he disarms the attack, which no longer works.

Does that mean that one learns to take responsibility for the other as well ? Or to put it differently, in a relation between two people, does the will of one of them suffice to modify the quality of that relation ?

One learns to take one’s own responsibility. In our school, the attacker will help the other who is not yet able to create the state of fusion ; he makes it possible. If he were to attack brutally, the beginner would be unable to create this fusion ; but if he acts as a guide, he helps the other rediscover his own capacity for movement. He already has that capacity. If, when crossing a street, a car suddenly arrives, we jump to the side. It’s the art of avoidance. These capacities manifest themselves spontaneously, in certain exceptional circumstances. Here, we reintroduce them, so that they become more natural, so that they are present in every moment of our lives.

You practice early every morning. Why ?

Master Ueshiba practiced early in the morning, Master Tsuda as well ; I continue to practice early in the morning. That’s the first reason. The second reason is that only those who are very determined, very well motivated, come in the morning, because to be here at this time, you must get up at around 5:30 AM. In the morning we are fresher than at the end of the day and it’s easier to practice “non-doing”, at least for beginners. We are also more “involuntary” – still a bit half asleep, we are not yet entirely into our “social being” that we use during the day, to encounter others and go about our work : smile when we should, or not; say “thank you”, etc. In the morning we arrive at the dojo still clean, not very structured yet, and there is something more authentic there.

How is your Aikido different from that of other schools ?

There is no difference, it is Aikido. I don’t know what is done these days in other organizations, at Aikikai for example ; I left them 20 years ago. I do believe that certain things have been forgotten ; for instance, the first part of the “Respiratory Practice” that Master Ueshiba did every morning, and that we have preserved. In other schools, some forms of this have been maintained, but a large part has been lost. I think that those schools have adapted themselves more to Occidentals and to our epoch ; as for myself, I prefer to remain more traditional.
In our Aikido sessions, there is a first part, where we practice alone for about 20 minutes, and a second where we practice in pairs : one partner attacks, and the other executes the technique. The techniques are the same as those practiced at Aikikai or with Master Kobayoshi, or any other master. The difference is in our approach, which gives much more importance to the role of the partner. We take the other person completely into account, and for that, I feel that our practice of Katsugen Undo has played a fundamental role.

The Regenerating Movement

itsuo tsudaWhat is Katsugen Undo ?

In our school there are two practices, united through a common spirit : Aikido, of which we have just spoken, and the Regenerating Movement, which Tsuda learned from Master Noguchi- a “movement that permits a return to the source”. This is what allows us to better understand the aspect of “non-doing” in Aikido.
Often, when people arrive from other dojos, I see that they “possess” a technique : they respond to the attacks in a certain way, but there is no spontaneity. Everything is calculated, inculcated, schooled, and ordered.

The regenerating movement is supposed to bring the individual back to a state of spontaneity ?

Yes, it is the art of spontaneity par excellence.

It is derived from the “Seitai” of Noguchi, if I have understood correctly ?

Yes.

What does Seitai mean ?

It means a “natural condition” ; “Seitai Soho”, for example, is a technique used to “Seitai-ise” the individual, that is, to give him the possibility of a return to a natural condition. Katsugen Undo, on the other hand, is the movement of the extrapyramidal motor system, the involuntary movement that is activated spontaneously, and that, in itself, acts to take us to a condition of seitai. It is not a method of acquisition, on the contrary, it is a Way of detachment. We don’t acquire greater flexibility ; rather, we free ourselves from rigidity. We acquire nothing ; rather, we lose things, we free ourselves from what hampers us. This is important in Aikido as well. Aikido is not a Way of “acquiring” techniques, or of “obtaining” results, but rather a Way of coming back to simple things. On this subject Master Tsuda spoke of “becoming a child again, but without puerility.”

Did Ueshiba know of Seitai ? How did Seitai and Aikido come together ?

It was Tsuda who united them. I don’t believe that Ueshiba knew of Seitai. However, Master Noguchi once went to see a demonstration by Master Ueshiba, of which he said, “It’s good.” In Japan, that is sufficient.

Did Noguchi create the discipline of Seitai, or did a tradition already exist that he perpetuated ?

No, he created it. Initially, Noguchi was a healer, until his “discovery” of involuntary movement. One day, he realized that people fell ill, and came to see him ; he would allow the ki to circulate, they would recover and go off. Then they would fall ill again and come back to see him…. Any other therapist would have been happy to observe that, as they would be guaranteed a steady clientele. But Noguchi started from a different point of view : “What good is it to heal them since they just fall ill again ? Every time they fall ill, they depend on me.” To him it was absurd. He had discovered that, with Katsugen Undo, there was no more need for someone to heal us. The body doesn’t need anyone, it does everything all by itself.

The Ki

Can we say then, that our ki heals us ?

No, ki doesn’t heal us. Ki activates the vital capacities of the individual, but we are already full of ki ! If our body works normally, we need nothing else. If I have some microbes in my body, the body creates a fever and produces home-made antibiotics, antibodies, etc. Noguchi did nothing but activate the life force, when the individual was too weak. What is even more interesting is that the individual can activate his life force on his own, with no need for another person, no need to ask someone else to do it for him.

Does this method work to cure people ?

We are not cured. If we break a bone, once the bone is back in place, what makes it knit back together ? It’s not medicine, it’s not doctors, and it’s not the ki either. Even if we do nothing the bones knit, simply because we are alive ! If we find this capacity again, the whole body will function in this way.

And with cancer, what happens ? Is it more difficult to find a normal function when the cells have gone crazy ?

In the case of cancer, it’s a matter of a certain corporal laziness : the body is so damaged that it is near death. But there are people who survive a cancer. How does that happen ? That is not my domain, as I am not a therapist ; I don’t attempt to cure people. But it is clear that there are people who haven’t allowed their bodies to do their work normally ; for every little problem, they take medicine. Today, that’s how it is as well, for giving birth and for pregnancy. From the beginning of life, we are medicalized, hospitalized, even though these are natural events, where life manifests its workings in us.

Can we say then that it is our ideas that have become ill ?

Not only our ideas. It all goes together. But what is new with Noguchi, is the possibility to awaken oneself if one wishes it . It’s not a question of awakening each person at any price, nor of proposing a great new method that will cure everyone. It can be useful only to those who wish to go in a certain direction. The others, the lazy ones, don’t belong here. In this society, thereis already an infinite number ofspecialists to take care of them : doctors,priests, psychoanalysts, gurus, etc.
As for me, I prefer to live my own life totally. I prefer that no one need to take care of me.

In our magazine, we have begun a discussion about the ki, about the way each Oriental discipline interprets and uses it. It would be interesting to hear your point of view.

Ki is an untranslatable word today. The ki has a thousand forms ; good ki, bad ki… it is indefinable. When we enter a certain place, with a certain atmosphere, one can say we feel a certain sort of ki. But what seems a pleasant sort of ki to some can be quite disagreeable to others. In Aikido, there is, effectively, the ki of the attack which is to come. Sometimes, walking along the street, we can feel something at the nape of the neck. We turn, see no-one, but then notice, up on a roof, a cat observing us. We have felt the ki of the cat’s look. How can we explain that ? We can observe it, but as for explaining it… “To be in harmony with the ki.” But which ki ? It’s not simple.

I remember one of your conferences where you said that when something hurts it is natural to put one’s hand on the painful spot. For example, if we have a headache we naturally put our hand to our head, and that is already a way of using the ki.

Yes, the “laying on of hands” is yuki. When you have a headache, you put on your hand, and the ki circulates. In this way, the ki is concentrated. The ki is already there, it circulates already, but we concentrate it. When we have something wrong somewhere, we lay our hands on the spot without thinking of it, it happens spontaneously. When, on the contrary, we do yuki with someone, it adds a certain concentration, a direction.

So in your school you do yuki with each other ?

When we practice the regenerating movement, we also practice the exercise of yuki. All the same, rather than “doing” yuki, it is a matter of a rediscovery. We come back to something everyone already knows, from when we were children.

The translation of yuki ?

”Joyful ki”.

The perception of the sacred dimension

regis soavi aikidoDoes Seitai contain a reference, close or remote, to a religious tradition, as does Aikido ?

Neither discipline adheres to a religious belief.

But Ueshiba was so deeply influenced by the sect Omoto-kyo (a Shintoist religious group), that in his thoughts, Aikido and his religious practice are not always easy to distinguish.

But Aikido in itself is not at all religious. It does fit into a sacred tradition, that yes. Ueshiba had without doubt a very strong relation to what is sacred. Master Tsuda also considered the dojo to be a sacred place. After all, what is the dojo ? It’s a place where we practice the Way. And the Way is represented in Japanese by the ideogram of Tao. One doesn’t practice the Way just anywhere. A place consecrated to that practice is necessary.

But what is the sacred dimension for you ?

I can’t give a precise definition. People do say, “The sacred dimension, yes, but religion, no !” One particularity of our school is that we don’t practice before a picture of Ueshiba or of Tsuda, but before a calligraphy. The calligraphy that hangs in this dojo, for example, is “Mu”, the Void.

Is it the same in each dojo ?

No. In Toulouse, there is a calligraphy that signifies “The dragon emerges from the pond, where he had been asleep.” At Avezzano the calligraphy signifies “Bodai”, that is, the state of illumination.

What is the meaning of this custom ?

To practice before a calligraphy creates a different atmosphere than would a picture. Personally, to stand before a calligraphy that signifies “The Void”, gives me a feeling of plenitude. To practice before a picture of someone, even if he is the founder of the school, seems to me to indicate a religious attachment or devotion. Ueshiba didn’t practice before a photograph. A calligraphy is by nature “void”. Also, I find it important that those who come to the dojo to practice, understand the sacred aspect, but at the same time, that there are no gods to venerate here.
We are not concerned with peoples’ religious or political beliefs. At the same time, this space is not only physical. It’s not a gymnasium, where one trains, sweats, and showers. It is a permanent dojo, where we practice only Aikido and the regenerating movement.

I think that people are also interested in the cultural, philosophical and religious origins of the discipline they practice. In the Chinese tradition, for instance, the classical martial arts were born, or in any case, greatly developped, in the Buddhist and Taoist monasteries.

Everything began in religion. Art in Europe began in religion. Today, it’s publicity which gives its’ impetus to art. Publicity is the new religion.
Ueshiba himself said that Aikido is not a religion, but that it sheds light on religion, allowing a better understanding of it. In fact, he himself recited the “Norito” before a little altar, either Buddhist or Shintoist, or even before an image of Jesus.

Why do you recite the “Norito”, a Shintoist invocation, before each session ?

It is not Shintoist. I don’t know what it is. I say that it is not Shintoist because it is something older, something which has since been adopted by Shintoism. Master Ueshiba spoke in this case, of “Kotodama”. What is “Kotodama” ? It’s a resonance.

Like a mantra ?

If you like. Shintoism has its source in ancient traditions, in the same way that Christianity has integrated earlier traditions like Easter (originally a Hebrew celebration) and Christmas (the Roman “Saturnalia”, the Celtic and Nordic “Yule”).

What is the “Norito” exactly ?

It’s a short text. It takes just a few minutes to recite.

Do you teach the meaning of the words to the participants ?

No. What is important is the vibration, the resonance.

And people accept participating in something they don’t understand ?

Yes.

But do you yourself understand the meaning of the text ?

No. It’s my inner sensation that is important to me. We do so many things that we feel, but don’t understand.

Each person already knows what he needs

Of the person who begins to practice a martial art, a great deal of confidence in the master is always required. The disciple supposes that one day he will understand, and that he will obtain some results. He hopes to see some visible effects, the proof that what he is doing works, even if it’s perhaps not immediate.

We always behave according to reason. We do something, then we understand, then we change, etc. But with Master Tsuda we discovered something different. I practiced Aikido with other masters before him, I have known different forms, different schools, but with Tsuda, I discovered the “non-form” : in fact, the form exists, but it is very vague. With Tsuda, the orientation changed. In the practice as he taught it, one comes back to oneself. The sensation of coming back to myself is what led me to abandon the other things I did ; federation Aikido, Jujitsu, etc.
One no longer needs explanations. I think that those who come here feel that. They rediscover sensation, and don’t need one to explain that we do this for this reason and that for that reason… They feel, they see, they understand deep inside, they discover ; that’s what counts for them.
In any event, today, the consequences of knowledge are harmful. The more things we discover, the more problems are raised. I don’t want to say we should know nothing, or learn nothing, but we must have confidence in what is instinctive for humans : in women’s intuition when they care for their newborn babies, for example. When a woman takes a newborn into her arms, she doesn’t wonder, “Is he hungry, is he wet, is he sleepy ?” She already knows what the baby needs, intuitively. She has always known. When she was a child herself, she didn’t need to use that knowledge, but when she becomes a mother, she uses it, that’s’ all.
People do feel these things, but generally this sort of perception stops at the unconscious level, and doesn’t emerge into our consciousness. So, officially, we say, “I don’t know”, but deep down, we already do know it all.

Individual responsability

regis soavi stage étéHow can you define what Master Tsuda’s school proposes ?

Simply, to provide, for the individual, a place where one can discover oneself to be autonomous and responsible. For example, here in Milan, the dojo is named Scuola de la Respirazione , and it is the members who manage it and share all the responsibility. Naturally, there are people who come to the courses looking for solutions to their problems, but that isn’t what we propose- just as we don’t propose an ideal model that one can copy to lead one’s life. That’s why our practice of Aikido is suited to individuals who are very different one from another ; it’s not at all a matter of “one style, one school”. We are all different individuals who practice together, to return to what we have at the deepest level inside us ; he who comes here, doesn’t come to be taken care of by others. He comes to discover something which must be of service to him in his daily life, and which, otherwise, would be of no value.

Some concrete examples, of the way your practice can come into play in daily life ?

The individuals find themselves less stressed ; they take more time for themselves and are more concentrated. Attention, it’s not a “miraculous” method, that makes everyone become handsome, intelligent, rich and generous. It can serve you at work, in your relations with others, in your relationship with your own children, but it’s not a panacea.

There are those who begin to practice martial arts to become stronger, but then discover something else, other values. One can, for example, learn to give way instead of responding aggressively to an attack, as in Tai Chi. To take the example of Tai Chi Chuan, one lets the adversary “enter” instead of opposing him in a block, and then one goes in the same direction, taking advantage of his movement. This attitude can also be applied to human relationships outside of the gymnasium.

Certainly, instead of having aggressive relationships with others, we can enter into a certain harmony with them, and so find something more authentic. Today, relations among people are too superficial. We don’t take care of our children anymore : we put them in child care centers, then in school, then they do their military service… To get back in touch is important- or to return to the pleasure of working, doing work because it interests us. That doesn’t mean we should all act in the same way. For each of us, different thingsare important. We must respect each person’s rhythm. Some take a hundred years to discover the simplest things ; others find them right away, but without putting them to use : they hastily discover piles of things, then disappear.

The important thing is that it has been useful to them.

The important thing is that there exist places like this, where those who are seeking something, can come to find it.

But perhaps what is even more important is that, once one has found that something, one begins to give. Once having found it, one can then serve someone else.

I agree, but there are so many people who live only to give : they give, and they give. In the end, the others can’t take anymore. It’s like feeding a baby : “here’s a spoonful for mama, a spoonful for papa, a spoonful for little sister”- the baby finally bursts out crying, he can’t take anymore. Parents do that “for our own good”. But dictators also do things “for the good of the nation”. What can we do for the good of others ? Piles of things.

It’s an expression of egocentrism.

Certainly. There are also people who give to others to avoid doing things themselves, or for themselves. I’m rather mistrustful of that. But it’s true that when one gives in the right way, a balanced way, we can feel that, and then it’s something authentic.

That is why in certain martial arts influenced by Zen Buddhism, one seeks to eliminate the ego…

But it isn’t possible to eliminate the ego. One can say that we shouldn’t be egoistic, or egocentric. However, the “little me” represents the unity of our personality. The important thing is that it not become the « boss ».

Once the session is finished, the participants at the Scuola de la Respirazione set up a large, low table, around which they breakfast together, seated on tatamis on the floor. Although it is now well past 8 o’clock and everyone is wide awake, their voices remain quiet, as if they wished to postpone for a little bit more, the entry into the daily rhythm and hullabuloo of the town, to keep in themselves for as long as possible, that other rhythm, interior and peaceful.

An interview with Regis Soavi,  by Monica Rossi, “Arti d’Oriente”, February 1999