Archives de catégorie : Noguchi

Haruchika Noguchi

Il naît à Ueno, un quartier de Tokyo, en septembre 1911. Tout commence à l’âge de trois ou quatre ans lorsqu’il est surpris d’avoir apaisé le mal de dent d’une personne, simplement en posant les mains sur elle. C’était un enfant, ses mains allaient vers la cible, sans qu’il se rende compte de ce qu’il faisait. Son premier exploit, il l’accomplit à douze ans, quand il obtient la guérison de ses voisins qui souffraient de dysenterie, après le grand tremblement de terre qui frappe la région de Tokyo, en 1923. Dès cet âge, il commence à recevoir des gens qui lui demandent d’être soignés. à l’époque il n’avait aucune connaissance, pas même élémentaire, en anatomie et en médecine. Adolescent, il commence à prendre conscience des conséquences de ses actes. Au début il croyait, comme cela arrive à presque tous les guérisseurs, qu’il avait un pouvoir exceptionnel qu’il était le seul à posséder. Il y trouve sa propre vocation mais ne s’arrête pas à ce stade, il continue. Il étudie en autodidacte toutes les méthodes thérapeutiques orientales et occidentales. à quinze ans, il ouvre un dojo à Iriya. à dix-sept ans, il formule Préceptes de la vie pleine (Zensei Kun), qui permet de mieux comprendre sa pensée. En 1930, il écrit les Réflexions sur la vie intégrale, un texte surprenant pour un jeune homme qui avait alors seulement dix-neuf ans.

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Noguchi sur Tchouang-Tseu #5

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie » (V). Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Aussi longtemps que les êtres humains vivront, à un moment donné ils mourront. Cette affirmation a été vérifiée pendant des milliers d’années, et donc ce n’est pas une idée fausse. En général les gens n’acceptent pas le fait irréfutable que les hommes meurent, et quand ils se rapprochent de la mort et la sentent dans leur cœur, ils s’inquiètent et agissent impatiemment, étant donné qu’ils ne veulent pas mourir. Mais les êtres humains sont des créatures qui meurent. Bach a composé les Variations Goldberg pour procurer à quelqu’un un sommeil profond, et cette œuvre dit et redit que les hommes sont mortels. Cette réitération est intéressante car elle rappelle tellement Bach lui-même, qui respirait calmement et avait la tranquillité d’esprit.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #4

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (IV)

 

Quand Kung Wen Hsien vit le Général Commandant de l’Armée, il dit tout surpris, « Je me demandais qui c’était, et c’est vous. Ce pied unique – est-ce l’œuvre de l’homme ou celle du Ciel? »

Le Général répondit, « C’est l’œuvre du Ciel, et non celle de l’homme. Fondamentalement, la forme d’un homme est déterminée. Ce qui prouve bien qu’avoir un seul pied, cela aussi, est l’œuvre du ciel, et non celle de l’homme. »

Voici le passage qui suit les paroles du Général : « Un faisan qui vit dans un marais fait dix pas pour picorer une bouchée et cent pas pour boire une gorgée d’eau, mais il ne veut pas qu’on l’enferme dans une cage. Un oiseau a beau être plein de vitalité, en cage il ne peut pas jouir de sa vie. »Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #3

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (III). Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Vivre est une affaire plus importante que de penser. Être vivant n’est pas un moyen, mais une fin. On devrait donc poursuivre sa vie naturellement avec le seul but de préserver la vie: une inspiration, une expiration, lever la main, faire un mouvement de la jambe – tout cela devrait aller dans le sens de cultiver la vie. Par conséquent, le simple fait de demeurer en bonne santé est une chose très précieuse. Zensei, c’est à dire, « une vie accomplie », n’est rien d’autre que le chemin que suivent les hommes, et c’est la voie de la nature. Accomplir la vie qui nous est donnée dans la paix de l’esprit ne vise pas à une satisfaction spirituelle, c’est plutôt ce qui aurait déjà du être entrepris avant toute autre chose. Il nous faut vivre pleinement la vie humaine, qui est la santé. Vivre toujours avec entrain et bonheur – c’est ce qui a toujours eu une vraie valeur pour les êtres humains.

Noguchi Tchouang tseu

Les êtres humains vivent parce qu’ils sont nés, et parce qu’ils sont vivants, ils mangent et ils dorment. Ils sont nés du fait d’une exigence naturelle, et ils vivent du fait de cette même exigence. Vivre est naturel. Et donc mourir aussi est naturel. Le fait pour les êtres humains d’accomplir la vie qui leur est donnée vient avant tout le reste. Mais cela ne veut pas dire du tout être attaché à la vie. Les désirs de telle ou telle chose en particulier déplaisaient à Tchouang-tseu. Pour lui, la naissance d’un attachement éloigne immédiatement de la voie. Il parle donc de cultiver la vie et d’entretenir le corps pour que le moment présent qui est donné, précisément parce que c’est le moment présent, puisse être utilisé pleinement, et certainement pas parce que ce qui est donné c’est la vie.

Tchouang-tseu voyait comme une totalité unique les contraires du bien et du mal, de la beauté et de la laideur, et de l’utilité et de l’inutilité, et pour lui la vie et la mort étaient aussi un tout unique, où ce qui vient à l’existence est en train de la quitter et ce qui quitte l’existence est en train d’y entrer. « La vie naît de la mort et la mort de la vie » a-t-il écrit.

Quand Tsu-yu contracta une maladie qui le rendait infirme, Tsu-szu alla le voir et lui demanda, « Trouves-tu ton sort déplaisant? » La réponse de Tsu-yu fut stupéfiante : « Pourquoi devrais-je le trouver déplaisant? Si des changements se produisent et que mon bras gauche se change en coq, je l’utiliserai pour annoncer l’aube. Si mon épaule droite se transforme en balle de fusil, je  m’en servirai pour tirer un pigeon à faire rôtir. Si mes fesses deviennent des roues de voiture et mon esprit un cheval, je voyagerai grâce à eux. Dans ce cas je n’aurais plus besoin d’un autre véhicule que moi-même – ça serait merveilleux!

Le temps ne s’arrête pas même pendant un instant, et si c’est le destin d’un être humain de naître, alors il est naturel que la forme vivante disparaisse. Si vous êtes satisfait de l’écoulement du temps et en accord avec l’ordre des choses, alors il n’y a pas particulièrement de joie ni de chagrin. C’est ce que les anciens appelaient « la délivrance de la servitude ». Vous mettez un nœud coulant autour de votre cou et vous ne pouvez pas l’enlever ; ceci parce que ce qui le tient attaché c’est l’esprit qui pense en termes de bien et de mal et de bon et de mauvais. Rien ne peut vaincre le ciel. La haine du ciel ne mène à rien.
Ce que dit Tchouang-tseu sur la façon de cultiver la vie apparait clairement dans les paroles prononcées dans le passage où Kung Wen Hsien parle au Commandant de l’Armée : « Le travail de l’homme est encore le travail de la nature. »  Telle est la voie que prend Tchouang-tseu. Dans son attitude –  à savoir que quoi qu’il arrive, c’est approprié, et que, quand il se passe quelque chose, on va de l’avant et on affirme la réalité – il n’y a pas la moindre trace de la résignation inhérente à la soumission au destin. Son affirmation de la réalité n’est rien d’autre que l’affirmation de la réalité. La dignité de cet homme, seuls l’expriment ces mots de Lin Tsi : « Où que vous soyez, soyez maître. »

Du point de vue de Tchouang-tseu, la sécurité de la cage à oiseau ne vaut pas mieux que d’être plongé dans un sommeil inconscient. Il ne sent la vie dans toute sa vitalité que tant que l’existence n’est pas entravée.

(A suivre)

Noguchi Haruchika. publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

image : Chuang Tzu. Lu Chih (1496–1576)

Noguchi sur Tchouang-Tseu #2

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (II) Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Zhuangzi« En faisant ce qui est considéré comme bon, ne cherchez pas le renom ; en faisant ce qui est considéré comme mauvais, évitez l’opprobre ; adoptez comme principe de rester dans une voie médiane, et vous pourrez préserver votre corps, parfaire votre vie, pourvoir à l’entretien de votre famille, aller jusqu’au terme des années qui vous ont été allouées. »
Lus et acceptés tels qu’ils sont, ces mots expriment les principes de la santé. Je sens en eux, proche de moi, la force de l’esprit d’un homme.

Quand le roi de So entendit parler de l’habileté de Tchouang-tseu, il envoya, avec de grandes marques de courtoisie, des officiels chez lui pour lui demander de devenir premier ministre ; mais Tchouang-tseu rit et fit observer que dix mille pièces d’or étaient une forte somme et que la position de premier ministre était d’un bien haut rang. Mais il demanda aux officiels s’ils avaient déjà vu un taureau de sacrifice paré pour une festivité. Pour l’occasion, dit-il, on engraisse le taureau avec toutes sortes de bonnes nourritures, on le pare d’un beau tissu, et on le conduit dans le sanctuaire des dieux. Le taureau a beau à ce moment-là vouloir être simplement un taureau, il ne le peut pas. Tchouang-tseu dit aux officiels de s’en aller sans faire d’histoires et de ne pas souiller sa vie, et il ajouta qu’il voulait simplement s’amuser dans la situation sordide qui était la sienne. Des paroles comme celles-là sont extrêmement caractéristiques de Tchouang-tseu, et elles font encore venir le sourire aux lèvres deux mille ans plus tard.

Tchouang-tseu noguchi
A la fin le bien et le mal ainsi que la louange et le blâme sont tout un, dit Tchouang-tseu. Faire la distinction entre les choses implique de les définir. La définition implique une dissociation. Pour ce qui est des choses, il n’y a ni définition ni dissociation, seulement l’unité. Seul le sage authentique sait que tout est un. Ainsi, Tchouang-tseu foula aux pieds le monde des oppositions et le fit voler en éclats. C’est pourquoi il dit sans se faire de souci, « En faisant ce qui est considéré comme bon, évitez le renom ; en faisant ce qui est considéré comme mauvais, évitez l’opprobre. »
Quand quelqu’un dort sur le sol humide, il se vide de sa force et contracte du rhumatisme. Mettez une anguille au sommet d’un arbre, elle tremblera de frayeur ; faites la même chose avec un singe, et il ne se passera rien de la sorte. « Parmi ces trois êtres, y en a-t-il un qui ne sache pas quel est l’endroit qui lui convient pour vivre? »
L’être humain mange du porc, le daim aime l’herbe, le scolopendre trouve les vers délicieux, le corbeau se régale de rats. « Parmi ces quatre-là, y en a-t-il un qui ne sache pas ce qu’il aime manger? »
Le singe mâle prend la guenon dans ses bras, le cerf copule avec la biche, l’anguille joue avec les poissons. Mao Chiang et Li Chi étaient réputées être les plus belles femmes sous les cieux, mais à leur vue, les poissons plongeaient dans les profondeurs, les oiseaux s’envolaient haut dans le ciel, et les daims s’enfuyaient. Lequel d’entre eux ignore quel est le véritable objet de son affection ?
Se tenir au-delà du bien et du mal et fusionner avec la nature de toute chose : tel est le secret de l’art de cultiver la vie de Tchouang-tseu.
Être à la poursuite d’une vie saine et courir pour éviter une vie malsaine ne fait que vous donner chaud et vous embêter. Être fier de vos talents et vouloir devenir le champion du monde de quelque chose c’est avoir oublié le principe le plus important pour cultiver la vie. Un grand arbre est renversé par le vent ; le rang élevé d’un ministre attire l’envie des masses, mais pour la personne qui a rejeté toutes les chaînes et jouit d’une vie de liberté, un ministre, bien qu’il ait une position élevée et qu’il touche un gros salaire, n’est rien de plus qu’une sandale brisée.
« Un faisan qui vit dans les marais fait dix pas pour picorer une bouchée et cent pas pour boire une gorgée d’eau, mais il ne veut pas qu’on l’enferme dans une cage. »
Tchouang-tseu nous enseigne qu’il n’y a pas besoin d’être trop pointilleux sur ce qu’est une vie « saine » ou une vie « malsaine », ni d’attraper chaud et de s’embêter. Il nous dit que respirer tranquillement et suivre de manière désintéressée les besoins de son corps, voilà l’essence de ce qu’est préserver sa vie et vivre pleinement. Comment faire pour vivre en accord avec cela? Allons-nous adopter l’attitude de quelqu’un qui voit un feu de l’autre côté de la rivière et qui reste les bras croisés? Ou bien y a-t-il quelque chose de mieux à faire, quelque chose de positif?
Le cuisinier du prince Wen Hui dit, « Je manie les choses avec l’esprit, et non avec la vue. Quand les sens cessent de fonctionner, c’est l’esprit qui conduit. » Cela consiste à se fermer aux apparences et à les oublier immédiatement ; fondamentalement c’est la même chose que quand le prêtre Zen Lin Tsi dit, « L’esprit ne diffère pas de l’esprit. »
Ainsi dans tout cela il n’y a rien d’autre que le déploiement de l’acte pur, et c’est essentiellement ce qu’affirme l’adage du maître de sabre : »Oubliez votre habileté et oubliez votre adversaire ; laissez-le égratigner votre peau, tandis que vous taillez dans sa chair ; ce n’est qu’en s’abandonnant au flot débordant qu’on peut rejoindre les eaux peu profondes. »

Ne peut-on pas dire que dans la façon dont l’art de tuer mène sur le chemin de la sincérité véritable, se cache la voie pour cultiver la vie? Vaincre l’attachement aux choses, l’adhésion aux règles et la peur de la mort, et rendre l’esprit libre permet dans le monde du guerrier d’utiliser le sabre librement sans causer aucun dommage, et dans le monde ordinaire cela permet d’entrer dans la voie de l’art de cultiver la vie et de nourrir l’essence de celle-ci. Je crois que Wen Hui a appris par les paroles de son cuisinier que c’est en suivant la nature des choses que l’on cultive la vie ; la chose importante est qu’il a reconnu que le couteau du cuisinier bougeait sans l’intervention du moi et sans subir de dommages.
On demanda à un moine Zen, « Vous allez et vous venez, allez et venez. Quelle intention est la vôtre? » « J’use du cuir de chaussures sans but aucun, » répondit-il.

(A suivre)

publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Photo : Haruchika Noguchi

Noguchi sur Tchouang-Tseu #1

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-Tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (I)  Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Le chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie » expose ce qu’est la manière de cultiver l’esprit de la vie, c’est à dire, de cultiver son être tout entier. Cependant, si – toujours en lisant les deux premiers caractères chinois de la façon habituelle – on considère que le titre signifie quelque chose comme « Les Règles pour maintenir sa santé », cela donne un résultat très intéressant. Jusqu’à présent, concernant les règles pour maintenir la santé ou les règles d’hygiène, les seules choses que l’on a prêchées c’est « Traitez la vie comme quelque chose de précieux » et « Faites attention » ; et on n’a pas pu sentir, ne serait-ce qu’un peu, dans ces prêches, l’activité vivante de la vie. C’est peut-être parce qu’il y manque une touche de Tchouang-tseu.
Je vais considérer les « Principes pour nourrir sa vie » non pas en tant que moyens de développement spirituel, mais comme étant une des sciences de la santé, et j’espère réussir à discerner ce qui s’y dissimule : les véritables linéaments de la vie, qui est exubérante et positive.

Tchouang-tseu commence son chapitre par ces mots :  « Notre vie est limitée, la connaissance est sans limites. Il est périlleux pour ce qui est limité de suivre ce qui est illimité. Il est encore plus périlleux d’appliquer la connaissance. »
Plutôt que d’utiliser la connaissance pour percer sept orifices à Chaos (comme dans la parabole qui conclut le chapitre sept*), Tchouang-tseu voulait demeurer dans le vide indifférencié, et il dit que les êtres humains devraient rester dans ce vide.
Notre vie est limitée, or il n’y a pas de limite aux « il faut » et « il ne faut pas », et si, avec nos limites, nous essayons de nous conformer aux « il faut » et « il ne faut pas » qui sont sans limites, tout ce qui va nous rester c’est l’angoisse d’être incapables de nous y conformer. Pourtant, les gens courent toujours après les « il faut » et « il ne faut pas ». Et leur anxiété augmente.
On suit la voie de l’hygiène avec comme seul résultat la multiplication des « il faut » et « il ne faut pas » ; les « il faut » et « il ne faut pas » auxquels les gens doivent faire attention se multiplient de plus en plus ; et alors l’angoisse d’avoir à observer ces règles conjuguée avec la peur de ne pas en être capable rend les gens toujours plus timorés et abattus, et l’envers de la médaille est que l’angoisse et la peur augmentent le pouvoir d’action des facteurs causes de maladies et de mauvaise santé.

Noguchi Haruchika. Photo issu de http://noguchi-haruchika.com
Noguchi Haruchika. Photo de http://noguchi-haruchika.com

Déconnectée de la question fondamentale qui est de mettre en valeur la vie, l’hygiène s’efforce seulement d’éviter la mauvaise santé, de se  garder de ce qui est nocif, d’échapper aux choses qui font peur ; et comme cela il devient difficile pour les gens d’être pleinement vivants. Manger autant qu’on peut, dormir autant qu’on veut, s’épargner la peine dans toute la mesure du possible, se reposer autant que l’on peut, prendre un tas de médicaments, éviter la chaleur et ne pas aimer le froid, se couvrir plus que nécessaire, et vivre dans la sécurité par ces moyens – est-ce qu’on peut appeler ça la santé? Peut-on appeler hygiène ces méthodes, pour l’élaboration desquelles les êtres humains ont utilisé chaque bribe de connaissance qu’ils possèdent?
Quelle force y a-t-il dans une énumération de formes? Cela ne fait que vicier l’esprit humain. Est-ce que cela ne fait pas dépérir la vie?
Vivre de façon saine et pleinement vivante veut dire ne pas se laisser décourager par le froid, la chaleur, le vent ou l’humidité, travailler sans se fatiguer, dormir d’un sommeil sans rêves, trouver délicieux tout ce que l’on mange, et avoir toujours du plaisir à vivre ; cela ne signifie pas ne pas tomber malade. Ne pas tomber malade ne devrait pas être un but, mais un résultat. Les gens sains ne sont pas intimidés par la maladie, et ils traversent la maladie, quand ils en ont une, de façon splendide, n’en devenant que plus énergiques et pleins de vie ; et vous n’avez pas besoin de lire des choses sur l’expérience de Nietzsche pour comprendre cela. Quand les « il faut » et « il ne faut pas » contrôlent l’activité humaine, alors les êtres humains ont déjà forgé des chaînes pour eux-mêmes. La connaissance est une arme pour les êtres humains, et un pouvoir pour l’accomplissement de leurs intentions. Mais quand on accumule les connaissances et que la liberté des êtres humains est restreinte, les gens deviennent incapables de vivre avec vivacité à cause des « il faut » et « il ne faut pas », un peu comme les bois d’un cerf deviennent pour lui une gêne. Et alors il n’y a rien de mieux à faire que de se libérer en tranchant cette connaissance et en la jetant.
Quand vous voulez manger, mangez ; quand vous voulez dormir, dormez ; quand vous voulez travailler, travaillez. Ce n’est pas qu’on doit manger, ce n’est pas qu’on doit dormir, il ne s’agit pas de travailler parce qu’on doit le faire. Il s’agit encore moins de manger, de dormir ou de travailler en fonction de ce que dit la pendule. Il ne s’agit pas de vivre la vie de demain en conformité avec la connaissance d’hier. Demain est fait pour ouvrir un nouveau chapitre sur la base de l’expérience de demain. La connaissance venant du passé, les chaînes de l’habitude – séparez-vous de ces choses et vivez pleinement la vie. L’activité vitale d’une vie toujours renouvelée appartient à ceux qui vivent sans jamais avoir de chaînes.

(A suivre)

publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Note :

  • Illustration :  Tchouang-Tseu et une grenouille. Auteur inconnu
  • « L’empereur de la mer du Sud était Illico, l’empereur de la mer du Nord était Presto, l’empereur du milieu était Chaos. Comme chaque fois qu’ils s’étaient retrouvés chez Chaos celui-ci les avait reçus avec la plus grande aménité, Illico et Presto se concertèrent sur la meilleure façon de le remercier de ses bontés : »Les hommes, déclarèrent-ils, ont sept ouvertures pour voir, entendre, manger, respirer. Lui seul n’en a aucune. Et si on les lui perçait? » Chaque jour ils lui ouvrirent un orifice. Au septième jour Chaos avait rendu l’âme. »
    Les Œuvres de Maître Tchouang, traduction Jean Levi, chapitre sept.

Kokoro

Un texte de Haruchika Noguchi, fondateur du Seïtaï.

« Le kokoro qui réside au plus profond de l’homme possède des facultés inestimables ; ses possibilités sont si illimitées et inépuisables que si on unifie le ki et que l’on concentre tout dedans on ne se retrouvera jamais incapable ou impuissant. Tout se met à changer, et pas seulement le corps, lorsque le ki se centre et se concentre dans le kokoro. Ceux qui le mettent en pratique me commentent par la suite les changements vécus.

kokoro haruchika noguchi
Haruchika Noguchi Photo : Seitai Kyokaï

Beaucoup associent le mot kokoro à la volonté, mais celle-ci, de fait, ne possède pas de vertu propre; par contre, au lieu de prétendre réussir quelque chose à force de volonté, si nous visualisons simplement que nous y arriverons, notre souhait devient réalité.  Quiconque sait employer son kokoro verra la réalisation de ses souhaits.

Depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui l’être humain a inventé un nombre incalculable de choses. Voici une table. Celle-ci n’existe pas depuis toujours, elle est née de l’utilisation de la visualisation. La visualisation précède toujours ce qui existe; le mot intervient seulement après. Si nous procédons dans ce même ordre, pas à pas, sans dévier et avec  fermeté, notre souhait s’accomplira. Alors les divers mondes par lesquels évolue l’Humanité s’élargiront davantage. L’homme est ainsi.

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