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Article en langue Francaise

Seitai et Vie quotidienne #4

En quoi la pratique du katsugen undo a-t-elle de l’importance dans notre vie ? Régis Soavi répond brièvement et donne un aperçu de l’impact que peut avoir l’orientation Seitai sur la vie quotidienne de l’individu.

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Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Extraits de la vidéo :

« On ne voit plus les choses de la même façon. Évidement, le rapport à la maladie change complètement. Quand on a compris que la maladie est une réponse du corps, la maladie en tant que symptôme est une réponse du corps, eh bien on accepte les symptômes et on traverse la maladie. Ça change tout. On n’est plus dépendant du docteur, du thérapeute, on n’a plus besoin de ça. On s’aperçoit qu’il y a plein de choses qui se normalisent. Avant on avait toujours mal ici, toujours mal là, on avait du mal à digérer, on n’arrivait pas à dormir – et là voilà, petit à petit, ça disparaît.
Ça ne veut pas dire qu’après on est une élite… une élite super… non, pas du tout ! Mais quand on a de petits problèmes qui surviennent, ils sont évacués plus vite. Donc au niveau de la santé, on réagit plus vite. Notre système immunitaire travaille plus vite. Les réactions cutanées sont plus rapides. Les réactions digestives sont plus rapides. Notre esprit aussi, il s’ouvre. On ne voit plus les choses de la même façon. Et il y a des choses qui ne nous paraissent plus acceptables. On ne peut plus accepter qu’on traite les enfants comme de petits animaux, ou les femmes, ou les étrangers, … Il y a quelque chose en nous qui…change. On n’est plus le même. Notre conception de la vie change. C’est pour ça que les personnes, au bout d’un certain temps, qui nous ont connu avant, nous regardent, nous disent « tiens c’est marrant, t’as changé… » Ils ne savent pas dire, vraiment…  Eh bien oui, on a changé. On n’a pas changé. On s’est retrouvé, c’est tout. On s’est retrouvé à l’intérieur. »

Yuki – Entretiens avec Régis Soavi #3

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette troisième vidéo, c’est la notion Yuki qui est abordée

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Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Extraits de la vidéo sur Yuki

« Il y a le Yuki naturel. Le Yuki que les mamans font naturellement sur leur ventre. Il y a le Yuki naturel, très simple, quand on a un ami, une amie qui a une peine, on pose la main sur le dos, et ça c’est le Yuki naturel. Parfois on rajoute quelques mots.
Il y a le Yuki naturel, quand on a mal à la tête, on met la main. Si on a très mal à la tête, on met deux mains. Mais tout le monde ne met pas les mains là, justement. Il y a des gens qui mettent les mains comme ceci, il y en a qui les mettent comme ça, et ça c’est le Yuki naturel. C’est justement pour ça qu’on ne peut pas enseigner le Yuki, on ne peut pas dire « Si vous avez mal à la tête, mettez vos mains comme ça et faites Yuki, faites circuler le ki – Ah oui mais moi ça ne me convient pas. – Ah mais si, si, c’est la technique. – Moi quand j’ai mal à la tête je fais comme ça – Et moi je fais comme ça – Et moi je fais comme ça, voilà, là ça fait du bien »

Et puis il y a l’exercice de Yuki.
Alors l’exercice de Yuki, c’est un moment spécifique. On le fait à l’occasion des séances de Katsugen Undo. A un moment donné pendant cette séance il y a Yuki. Alors on se salue d’abord. Le salut entre deux personnes c’est la coordination de la respiration. Ensuite, un des deux se met le côté gauche tourné vers l’autre. Une main derrière, voyez, à hauteur des yeux, et une main devant. Alors la personne s’allonge, on met les mains sur son dos et on fait circuler le ki. Dans ce cas-là, c’est l’exercice pour retrouver Yuki. Pendant les séances de mouvement, ça dure 5 minutes, jusqu’à peut-être 8 minutes. On le fait tous ensemble. C’est à la fois un exercice qui permet de se sensibiliser soi-même, de sensibiliser l’autre. Ce n’est pas un apprentissage, c’est une découverte. On découvre et on approfondit.

Yuki c’est faire circuler le ki. Mais le ki n’a pas de forme. Eh ben là il prend une forme. Le ki n’a pas de forme, le ki c’est ambiance… c’est très vague la notion de ki. Mais là, parce qu’il y a un acte, il a une forme. Des gens veulent l’associer avec une énergie, on parle d’énergie vitale. Ça me plaît pas trop. Je n’aime pas trop ce terme. « Energie » on pense tout de suite à l’électricité, etc. Ou alors une énergie psychique qui jaillirait, etc. Et là il ne s’agit pas de ça.

Le Yuki c’est une expérience. C’est d’abord une expérience.

La première fois que j’ai rencontré Yuki, c’est parce que – je m’en souviens on était au bistro avec mon maître Itsuo Tsuda. C’était dans le début des années 70 et à l’occasion d’une discussion il a simplement posé sa main sur mon dos en disant « Yuki c’est ça ». Ça a tout changé. »

 

 

 

L’Aïkido est-il un art martial ?

Par Régis Soavi

Il semble que cette question « L’Aïkido est-il un art martial ? » soit récurrente dans les dojos et divise les pratiquants, les enseignants, ainsi que les commentateurs dans à peu près toutes les écoles. Personne ne pouvant donner une réponse définitive, on a recours à l’histoire des arts martiaux, aux nécessités sociales, à l’histoire de l’origine des êtres humains, aux sciences cognitives, etc., en les chargeant d’apporter une réponse, qui, si elle ne résout pas le problème, aura au moins le mérite de justifier les propos tenus.

L’Aïkijutsu est devenu un dō

L’Aïkijutsu, depuis qu’il a abandonné le suffixe jutsu pour devenir un dō, s’est reconnu lui-même comme un art de la paix, une voie de l’harmonie au même titre que le Shodō (la voie de la calligraphie) ou encore le Kadō (la voie des fleurs). En adoptant le terme qui signifie le chemin, la voie, est-il devenu pour autant un chemin plus facile ? Ou au contraire nous oblige-t-il à nous poser des questions, à réexaminer notre propre parcours, à faire un effort d’introspection ? Un art de la paix est-il un art de l’accommodation, un art faible, un art de l’acceptation, un art où les filous peuvent jouir d’une réputation à peu de frais ?
Certes c’est un art qui a su s’adapter aux nouvelles réalités de notre époque. Mais doit-on entretenir l’illusion d’une self-défense facile, à la portée de tous, adaptée à tous les budgets et sans la nécessité de s’investir le moins du monde ? Peut-on réellement croire ou faire croire qu’à raison d’une ou deux heures par semaine, qui plus est hors vacances (les clubs sont souvent fermés), on peut devenir un foudre de guerre ou acquérir la sagesse et être capable de résoudre tous les problèmes par son calme, sa sérénité, ou son charisme ?
La solution alors se trouve-t-elle dans la force, le travail musculaire et les arts violents ?
S’il existe une direction, elle se trouve à mon avis, et malgré ce que je viens de dire, dans l’Aïkido.

Une École sans grade

Tsuda Itsuo ne donna jamais de grade à aucun de ses élèves et lorsque quelqu’un lui posait une question sur le sujet, il avait coutume de répondre « Il n’y a pas de ceinture noire de vide mental ». On peut dire que, avec cela, il avait clos toute discussion. Ayant été l’interprète, auprès de Ō Senseï Morihei Ueshiba, d’André Nocquet senseï lors de son apprentissage au Japon, il a par la suite servi d’intermédiaire lorsque des étrangers français ou américains se présentaient au Hombu Dojo pour s’initier à l’Aïkido. Cela lui permit, traduisant les questions des élèves et les réponses du maître, d’avoir accès à ce qui sous-tendait la pratique. Ce qui en faisait quelque chose d’universel. Ce qui en faisait un art au-delà de la pure martialité. Il nous parlait de la posture de Ō Senseï, de son incroyable spontanéité, de la profondeur de son regard qui semblait le percer jusqu’au plus profond de son être. Tsuda Itsuo n’a jamais cherché à imiter son maître qu’il considérait inimitable. Il s’est tout de suite intéressé à ce qui animait cet homme incroyable capable de la plus grande douceur comme de la plus grande puissance. C’est pourquoi, arrivé en France, il chercha à nous transmettre ce qui pour lui était l’essentiel, le secret de l’Aïkido, la perception concrète du ki. Ce qu’il avait découvert, et qu’il résumait dans cette phrase, la première de son premier livre : « Depuis le jour où j’ai eu la révélation du “ki”, du souffle (j’avais alors plus de quarante ans), le désir ne cessait de grandir en moi d’exprimer l’inexprimable, de communiquer l’incommunicable. »*

Pendant dix ans il parcourut l’Europe afin de nous faire découvrir, à nous, Occidentaux, bien trop souvent cartésiens, dualistes, qu’il existe une autre dimension à la vie. Que cette dimension n’est pas ésotérique mais exotérique comme il se plaisait à le dire.

Une École particulière

Les motivations qui amènent à commencer cette pratique sont de manière évidente très diverses. Si je pense aux personnes qui pratiquent dans notre École (l’École Itsuo Tsuda), à part quelques-unes, il y en a peu qui soient venues pour l’aspect martial. D’ailleurs bon nombre d’entre elles n’y ont rien vu de martial de prime abord, bien qu’à l’occasion de chaque séance je montre comment les techniques pourraient être efficaces si on les exécutait de façon précise, et dangereuses si on les utilisait de manière violente. Le coté martial découle de la posture, de la respiration, de la capacité de concentration, de la vérité de l’acte qu’est l’attaque. Pour l’apprentissage, il est indispensable de respecter le niveau de son partenaire, de s’exercer avec des formes connues.
Mais la découverte que l’on peut faire en travaillant les formes prédéfinies va bien au-delà. Il s’agit de faire fructifier autre chose, de révéler ce qui se trouve au fond des individus, de se libérer de l’emprise sous-jacente qu’exerce le passé et même parfois le futur, sur nos gestes, sur l’ensemble de nos mouvements, tant physiques que mentaux. Et d’ailleurs personne ne s’y trompe dans notre dojo.
La séance commence à 6h45. Le fait de venir pratiquer si tôt le matin (en fait Ō Senseï et Tsuda senseï avaient toujours commencé leurs propres séances à 6h30) n’est ni une ascèse ni même une discipline. Certains pratiquants arrivent vers 6h chaque matin, pour partager un café ou un thé, et profiter de ce moment d’avant la séance (de pré-séance), si riche parfois grâce aux échanges que l’on peut avoir entre nous. C’est un moment de plaisir, d’échange sur la pratique, comme parfois aussi sur la vie quotidienne, que l’on partage avec les autres de manière extrêmement concrète et non de façon virtuelle comme la société a tendance à nous le proposer.
Évidemment tout cela peu paraître rétrograde ou inutile, mais cela évite le coté loisir facile et ne favorise pas le clientélisme, sans pour autant dire qu’il n’existe pas, cela le réduit et avec le temps il évolue. Et cela parce que les êtres changent, se transforment, ou plus précisément se retrouvent eux-mêmes, retrouvent des capacités inexploitées, qu’ils pensaient parfois avoir perdu ou souvent, plus simplement, qu’ils avaient oubliées.

Yin le féminin : comprendre

Les femmes sont si nombreuses dans notre École que la parité n’y est pas respectée, les hommes sont minoritaires, de peu certes, mais ils l’ont toujours été. Je m’en voudrais de parler au nom des femmes et pourtant comment faire ? Elle ne forment pourtant pas un monde à part, inconnu des hommes.
En fait, pour beaucoup, peut-être que si ! … Cependant je pense qu’il suffit pour l’homme de se pencher sur son coté yin, sans en avoir peur, pour retrouver et comprendre ce qui nous rapproche et ce qui nous différencie. Est-ce par une affinité personnelle, une recherche due à mon propre vécu pendant les événements de mai 68 et à cette éclosion du féminisme qui se révéla une fois de plus à cette époque. Ou plus simplement peut-être parce que j’ai eu trois enfants et que ce sont trois filles, qui d’ailleurs pratiquent toutes les trois, le résultat quelles qu’en soient les raisons a fait que j’ai toujours accordé leur place légitime aux femmes dans les dojos de notre École. Elles y ont les mêmes responsabilités et il n’y a évidemment aucune différence de niveau, que ce soit pour l’étude comme pour l’enseignement. Il est vraiment dommage d’avoir à préciser ce genre de choses, mais malheureusement elles ne découlent pas d’elles-mêmes dans ce monde.
Malgré tout les femmes prennent peu la parole, ou même devrais-je dire la plume, dans les revues d’art martiaux. Il serait intéressant de lire des articles écrits par des femmes, voire de consacrer un espace dans « Dragon magazine spécial Aïkido » à la vision des femmes sur les arts martiaux et sur notre art en particulier. N’ont-elles rien à dire, ou le monde masculin accapare-t-il toute la place ? Ou peut-être encore ces débats de chapelles sur l’efficacité de l’Aïkido les ennuient, elles qui cherchent et souvent trouvent, me semble-t-il, une autre dimension, ou en tout cas autre chose, grâce à cet art  ? Cet « autre chose », qui est peut être plus près de la recherche de Ō Senseï, Tsuda Itsuo senseï nous en donne une idée dans ce passage de son livre La Voie du dépouillement :

« Se représente-t-on Me Ueshiba comme un homme fait entièrement en acier ? C’est pourtant l’impression bien contraire que j’ai eu de lui. C’était un homme serein, capable d’une concentration extraordinaire, mais très perméable par ailleurs, aux éclats de rire sonores, avec un sens de l’humour inimitable. J’ai eu l’occasion de toucher son biceps. J’en étais stupéfait. C’était la tendresse d’un nouveau-né. Tout ce qu’on pouvait imaginer de contraire à la dureté.
Cela peut paraître curieux, mais son Aïkido idéal était celui des jeunes filles. Les jeunes filles ne sont pas capables, de par leur nature physique, de contracter les épaules aussi durement que les garçons. Leur Aïkido, est de ce fait, plus coulant et plus naturel. »**

Yang le masculin : combattreart martial

Nous sommes éduqués à la compétition depuis notre plus tendre enfance, l’école, sous prétexte d’émulation, a tendance à aller dans la même direction, et tout cela pour nous préparer au monde du travail. Le monde est dur nous apprend-on, il faut absolument gagner sa place au soleil, apprendre à se défendre contre les autres, mais en est-on si sûr ? Notre désir n’aurait-il pas tendance, lui, à nous guider dans une autre direction ? Et que faisons-nous pour réaliser cet objectif ? L’Aïkido peut-il être l’un des instruments de cette révolution des mœurs, des habitudes, doit-il et surtout devons-nous faire l’effort nécessaire afin que les racines du mal qui ronge nos sociétés modernes se régénèrent et redeviennent saines ? Il y a eu par le passé des exemples de sociétés où la compétition n’existait pas, ou très peu de la manière dont elle existe aujourd’hui, des sociétés où le sexisme aussi était absent, même si on ne peut pas les présenter comme des sociétés idéales. En lisant les écrits sur le matriarcat dans les îles Trobriand de ce très grand anthropologue qu’était Bronislaw Malinowski on pourra découvrir son analyse, trouver des pistes, et peut-être même des remèdes à ces problèmes de civilisation qui ont été si souvent dénoncés.

Tao, l’union : une voie pour l’accomplissement de l’être humain

La voie, par essence, sans être un idéaliste, se justifie et prend toute sa valeur par le fait qu’elle normalise le terrain des individus. Pour qui la suit, elle régule ses tensions, elle est équilibrante, elle est tranquillisante en permettant un autre rapport à la vie. N’est-ce pas ce que tant de personnes « civilisées » recherchent désespérément et qui se trouve en fin de compte au fond de l’être humain ?

La voie n’est pas une religion, c’est même ce qui la différencie de la religion qui en fait un espace de liberté, au sein des idéologies dominantes. La pensée de laquelle on peut la rapprocher me semble plutôt être l’agnosticisme, courant philosophique peu connu, ou plutôt connu de manière superficielle mais qui permet d’intégrer toutes les différentes écoles. Il y a bon nombre de rituels dans l’Aïkido que l’on continue de suivre sans en comprendre la véritable origine (celle à laquelle puisa Ō Senseï) ou parfois d’autres rituels que divers maîtres trouvèrent grâce à d’anciennes pratiques comme le fit Tamura senseï lui-même. On les a souvent associés avec la religion alors que, comme on pourrait le vérifier, ce sont les religions qui ont utilisé tous ces anciens rituels, se les sont appropriés pour en faire des instruments au service de leur propre pouvoir, et même trop souvent ils servent à la domination et à l’asservissement des individus.

Un moyen : la pratique respiratoire

La première partie dans l’Aïkido de O Senseï Morihei Ueshiba, loin d’être un échauffement, consistait en mouvements dont il est primordial de retrouver la profondeur. Ce n’est pas pour une satisfaction intellectuelle, ni par soucis d’intégrisme et encore moins pour acquérir des « pouvoirs supérieurs », que nous les continuons, mais pour retrouver le chemin qu’avait emprunté Ō Senseï. Certains exercices, comme Funakogi undo (mouvement dit du rameur) ou Tama-no-hireburi (vibration de l’âme), ont une très grande valeur, et lorsqu’ils sont pratiqués avec l’attention nécessaire, ils peuvent nous permettre de sentir au-delà du corps physique, au-delà de notre sensation si limitée, pour découvrir quelque chose de plus grand, de beaucoup plus grand que nous. Il s’agit d’une nature illimitée à laquelle nous participons, dans laquelle nous baignons, qui est fondamentalement et inextricablement liée à nous, et que pourtant nous avons tant de mal à rejoindre ou même parfois à sentir. Cette conception que j’ai fait mienne, n’est pas due à un rapport mystique à l’univers, mais plutôt à une ouverture psychophysique que de nombreux physiciens modernes ont approché grâce à la théorie et qu’ils cherchent à vérifier. Ce n’est pas une chose que l’on peut apprendre en regardant des vidéos sur YouTube, ni en consultant des livres de sagesse du passé malgré leur indéniable importance. C’est quelque chose que l’on découvre de manière purement corporelle, de manière absolument et intégralement physique, même si c’est un physique élargi à une dimension inhabituelle. Petit à petit tous les pratiquants qui acceptent de chercher dans cette direction le découvrent. Ce n’est pas lié à une condition physique ni à un âge ni évidemment à un sexe ou un peuple.

L’éducation

Presque tous les psychologues considèrent que l’essentiel de ce qui nous guidera à l’âge adulte se passe pendant notre enfance et plus précisément notre petite enfance.

Aussi bien les bonnes expériences que les mauvaises. Il y a donc un soin particulier à apporter à l’éducation de manière à conserver le plus possible la nature innée de l’enfant. Il ne s’agit en aucun cas de laisser l’enfant faire tout ce qu’il veut, d’en faire un enfant roi, de devenir son esclave, le monde est là qui l’entoure et il a besoin de points de repère. Mais c’est très vite, souvent peu de temps après la naissance, parfois après quelques mois, que le bébé est confié à des personnes étrangères à la famille. Que sont devenus ses parents ? Il ne reconnaît plus la voix de sa mère, son odeur, son mouvement. C’est le premier traumatisme et on nous dit : « Il s’en remettra ». Certes, malheureusement ce n’est pas le dernier, loin de là. Puis vient la crèche qui s’emboîte avec la maternelle, l’école primaire, le collège puis enfin le Bac avant peut-être l’université, pour au moins trois voire quatre, cinq, six ans ou plus encore.
Mais que peut-on y faire ? « C’est la vie » me dit-on. Chacune de ces boîtes dans lesquelles l’enfant va passer son temps au nom de l’éducation, de l’apprentissage est une prison mentale. De socle commun en culture de masse, quand sera-t-il respecté en tant qu’individu plein de cette imagination qui caractérise l’enfance ? On lui apprendra à obéir, il apprendra à tricher. On lui apprendra à être avec les autres, il apprendra la compétition. Il sera noté, on appellera cela émulation, et ce désastre psychologique sera vécu par les premiers comme par les derniers des élèves.
Au nom de quelle idéologie totalitariste forme-t-on les enfants et toute la jeunesse à la peur de la répression, à la soumission, au désengagement et à la désillusion ? La société d’aujourd’hui dans les pays riches ne nous propose rien de bien nouveau : travail et loisirs ne sont que des synonymes de l’idéal romain du pain et des jeux, l’esclavage antique n’est que le salariat de maintenant. Un esclavage amélioré ? Peut-être… avec une lobotomisation spectaculaire, garantie sans facture, grâce à la publicité pour la marchandise dont on nous abreuve, et son corollaire : l’hyper-consommation de biens tant inutile que néfaste.
La pratique de l’Aïkido pour les enfants et les adolescents est l’occasion de sortir des schémas que propose le monde qui les entoure. C’est grâce à la concentration exigée par la technique, une respiration calme et sereine, l’aspect non compétitif, le respect de la différence, qu’ils peuvent conserver, ou si besoin retrouver leur force intérieure. Une force tranquille, non agressive, mais pleine et riche de l’imagination et du désir de rendre le monde meilleur.

Une philosophie pratique ou, mieux dit, une pratique philosophique.

La particularité de l’École Itsuo Tsuda vient du fait qu’elle s’intéresse plus à l’individualité qu’à la diffusion d’un art ou d’une suite de techniques. Il ne s’agit pas de créer un individu idéal, ni de guider quiconque vers quelque chose, vers un modèle de vie, avec tel taux de gentillesse, tel taux d’amabilité ou de sagesse, de pondération ou d’exaltation, etc. Mais de réveiller l’être humain et de lui permettre de vivre pleinement dans l’acceptation de ce qu’il est au sein du monde qui l’entoure sans le détruire. Cet esprit d’ouverture ne peut que réveiller la force qui préexiste en chacun de nous. Cette philosophie nous porte à l’indépendance, à l’autonomie, mais non à l’isolement, au contraire, par la découverte de l’Autre, par la compréhension de ce qu’il est, et au-delà de ce qu’il est peut-être devenu. Tout cet apprentissage, ou plutôt cette réappropriation de soi, demande du temps, de la continuité, de la sincérité afin de réaliser de manière plus claire la direction vers laquelle on désire se rendre.

Le dépassement, ce qu’il y a derrière.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, est ce qu’il y a derrière ou plus exactement ce qu’il y a au fond de l’Aïkido. Lorsqu’on prend un train on a un objectif, une destination, avec l’Aïkido c’est un peu comme si au fur et à mesure que l’on avance le train changeait d’objectif, comme si la direction devenait à la fois différente, et plus précise. Quand à l’objectif, il s’éloigne malgré le fait que l’on pense s’en être rapproché. Et c’est là qu’il faut prendre conscience que l’objet de notre voyage est dans le voyage lui-même, dans les paysages que l’on découvre, qui s’affinent, et se révèlent à nous.

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« L’Aïkido est-il un art martial ? » un article de Régis Soavi  publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°21) en juillet 2018

Notes

* Tsuda Itsuo, Le Non-faire, Le Courrier du Livre, 1973, p.7.
** Tsuda Itsuo, La Voie du dépouillement, Le Courrier du Livre, 1975, pp.148-149.

Au cœur du déplacement, l’involontaire

Par Régis Soavi 

« Si je dois donner un but à mon Aïkido, ce sera d’apprendre à nous asseoir,  à nous lever, à avancer et à reculer. » I.Tsuda

Déplacements : la coordination, la posture

Pour se déplacer correctement il est nécessaire d’être stable, et on ne résout pas des problèmes de stabilité par l’apprentissage. La stabilité doit naître de l’équilibre, qui lui-même naît du système involontaire. L’être humain a cette particularité de se tenir debout avec comme seuls points d’appui cette toute petite surface que sont ses deux pieds. Et s’il s’agissait seulement de se tenir immobile, encore passe, mais nous nous déplaçons, et qui plus est, nous sommes capables en même temps de parler, de réfléchir, de bouger les bras dans tous les sens ainsi que la tête ou les doigts, tout cela en étant parfaitement stables. La coordination musculaire involontaire s’occupe de tout. Si nous perdons l’équilibre sans pouvoir nous rattraper à quoi que ce soit, notre corps cherche par tous les moyens à récupérer l’équilibre perdu, et souvent il y parvient grâce au mouvement de la répartition du poids d’une jambe sur l’autre, en trouvant des points d’appui extrêmement précis, que nous aurions eu du mal à trouver à l’aide de notre seul système volontaire. Tsuda Itsuo raconte une anecdote personnelle sur son apprentissage de l’Aïkido qui me semble édifiante, dans son livre La Science du particulier.*Lire la suite

L’état de santé selon le Seitai #2

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient  à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette deuxième vidéo, c’est la notion de santé selon le Seitai qui est abordée.

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Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

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Stage l’Art des Deux Sabres

Tatsushi Saï sera de retour à Paris les 5 et 6 janvier 2019

Depuis 2005 nous travaillons avec Tatsushi Saï le Bushuden Kiraku Ryu et le Niten ichi ryu.  Cette année il a accepté de venir du Japon pour enseigner l’art des deux sabres à Paris pour un stage. Lors de ce week-end exceptionnel nous travaillerons le Sakon Den Niten Ichi Ryu, l’art des deux sabres du célèbre escrimeur Miyamoto Musashi. Ne manquez pas cette occasion unique de pratiquer avec ce maître et découvrir cet art.

Tatsushi Saï est Menkyo Kaiden de Bushuden Kiraku Ryu, il enseigne à Tokyo cette école traditionnelle qui comporte du Tai-jutsu et de nombreuses armes (Bo, Naginata, Chigiriki, Kusarigama, Kusarifundo, Tessen, Iaï, etc). Il enseigne également plusieurs branches de Niten ichi ryu.

Infos pratiques

Lieu :

Dojo Tenshin, 120 rue des Grands-Champs, 75020 Paris. Métro ligne 9, station Maraîchers.

Dates et Horaires :

5 et 6 janvier 2019

Samedi 10h-12h et 14h-16h | Dimanche 10h-12h et 14h-16h

Tarifs :

100€ pour le stage complet | 80€ pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda.

Inscription à l’avance indispensable. Contacter le Dojo Tenshin

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Dojo Yuki Ho, Toulouse

10, rue Dalmatie – 31500 Toulouse
Métro Marengo
05 61 48 75 80 – Email

Dojo Yuki Ho toulouse aikido katsugen undo mouvement régénérateurYuki Ho est un dojo reconnu de l’École Itsuo Tsuda, réservé à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo. Il fonctionne sur une base associative, de façon indépendante et autogérée, préservant ainsi un esprit proche des dojos traditionnels japonnais.

Les séances sont conduites par les pratiquants plus avancés, et sont accessibles à toute personne, quel que soit l’âge ou le “niveau”. Tels qu’abordés dans notre École, l’Aïkido et le Katsugen Undo n’ont pas de finalité sportive ou thérapeutique. Ce sont avant tout des pratiques du Non-faire.

Régis Soavi Senseï, fondateur de ce dojo et conseiller technique de l’École Itsuo Tsuda, anime régulièrement des stages qui sont l’occasion de découvrir ou d’approfondir ces pratiques. Il poursuit ainsi le travail initié par Maître Itsuo Tsuda, dont il a suivi l’enseignement pendant dix ans.

La pratique régulière

 AïkidoKatsugen Undo
Lundi6h45
Mardi6h45
Mercredi18h3020h15
Jeudi6h45
Vendredi6h45 et 18h30
Samedi8h
Dimanche8h10h15

La pratique du Mouvement régénérateur doit commencer par un stage.
Tenue pour l’Aïkido: kimono.

Tenue pour le Mouvement régénérateur: vêtements souples.

Séance d’essai gratuite.
Le 1er mois au tarif découverte vous permettra de découvrir la pratique et notre Ecole.

 AikidoKatsugen Undoles 2 activités
Tarif mensuel55€50€90€
Mois découverte40€30€60€
Etudiants40€30€60€
Moins de 18 ans25€

La cotisation est annuelle et payable par mois.
Adhésion annuelle à l’École Itsuo Tsuda: 15€.

Stages

Pour s’inscrire à un stage se déroulant au dojo Yuki Ho, nous vous remercions de compléter ce formulaire.

Pour connaître le déroulement des stages de Régis Soavi Sensei et voir le calendrier: voir la page stages.

 

Seitai et Katsugen Undo #1

Beaucoup de choses sont dites et circulent sur le web à propos du Seitai et du Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur). Dans cette série d’entretiens, Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo depuis quarante ans, revient  à l’essentiel pour répondre à cette question « Qu’est-ce que le Seitai et le Katsugen Undo ? ».

Subtitles available in French, English, Italian and Spanish. To activate the subtitles, click on this icon. Then click on the icon to select the subtitle language.

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du Seitai.  Itsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

Mémoires d’un aïkidoka

Par Régis Soavi.

Parler à mes élèves des maîtres que j’ai connus fait évidemment partie de mon enseignement. Certains eurent une telle importance que je ne peux pas m’en débarrasser d’un coup du revers de la main et prétendre que je me suis fait tout seul. Les maîtres que j’ai connus ont laissé des traces qui m’ont formé et surtout ouvert à des domaines que j’ignorais, ou que parfois je soupçonnais sans pouvoir les atteindre.

Les Maîtres du passé : des maîtres de vie ?

Il m’a toujours semblé important de ne pas faire de ces maîtres des surhommes, des génies,  des dieux. J’ai toujours considéré que ces maîtres valaient beaucoup mieux que cela. Les idoles créent une illusion, nous endorment et appauvrissent les idolâtres, elles les empêchent de progresser, de prendre leur envol de leurs propres ailes. À cet égard Tsuda Senseï, lui qui est maintenant un maître du passé, écrivait dans son huitième livre La Voie des dieux :

« Maître Ueshiba a planté des poteaux indicateurs  »c’est par là », et je lui en suis très reconnaissant. Il a laissé d’excellentes carottes à manger que j’essaye d’assimiler, de digérer. Une fois digérées, ces carottes deviennent Tsuda qui est loin d’être excellent. Cela est inévitable. Mais il est nécessaire que les carottes ne restent pas carottes, sinon elles pourrissent toutes seules, sans utilité.
Il ne s’agit pas, pour moi, d’adorer, de déifier ou d’idolâtrer Maître Ueshiba. Comme tout le monde, il avait des qualités et des défauts. Il avait des capacités extraordinaires mais il avait des faiblesses, notamment vis-à-vis de ses élèves. Il se faisait avoir par eux à cause de considérations un peu trop humaines. »Lire la suite

Un désir devenu réalité : Calligraphies de printemps.

Les 18 et 19 mai 2018 nous avons présenté dans notre dojo à Milan le livre intitulé Itsuo Tsuda, Calligrafie di primavera. Nous avons exposé plus de 80 reproductions photographiques d’excellente qualité des calligraphies de Maître Itsuo Tsuda (choisies parmi les 116 présentées dans le livre) ainsi que trois calligraphies originales.

Un article, des photos et deux vidéos pour revivre l’événement !

L’événement au Dojo Scuola della Respirazione Présentation du livre à la RAI

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Itsuo Tsuda en anglais

Deux très bonnes nouvelles à vous annoncer aujourd’hui :

Nous tenons vivement à féliciter Alison Strayer, la traductrice des livres de Itsuo Tsuda en anglais pour le prix de traduction qui vient de lui être décerné par la French-American Foundation. Auteure de romans, histoires et essais, et traductrice, Alison a déjà vu à plusieurs reprises son œuvre sélectionnée pour des prix littéraires.
La 31ème édition de l’Annual Translation Prize Awards, qui s’est tenue à New York en mai 2018, l’a récompensée dans la catégorie « non-fiction », pour sa traduction de Les Années de Annie Ernaux (The Years, Seven Stories Press). Ce prestigieux prix, qui depuis 1986 est dirigé par la French American Foundation, promeut les échanges entre la France et les États-Unis. Il met en avant, chaque année, les meilleures traductions de livres français en langue anglaise, dans les catégories fiction et non-fiction.

Nous avons l’honneur de travailler avec cette excellente traductrice pour porter l’œuvre d’Itsuo Tsuda vers le monde anglophone et nous en sommes très heureux.

D’autre part les livres de Itsuo Tsuda en anglais sont maintenant disponibles en plein cœur  de Londres, dans la plus ancienne librairie ésotérique de Londres, chez Watkins au 19-21 Cecil Court. Là aussi nous remercions vivement la librairie Watkins d’offrir au public londonien l’opportunité de découvrir cette philosophie pratique.

La Trace Vide

Par Manon Soavi

« Tchouang-Tseu, grand philosophe chinois, a dit, il y a deux mille cinq cents ans : le Vrai homme respire de ses talons alors que les gens du commun respirent de leur gorge.
Qui respire aujourd’hui de ses talons ? On respire de la poitrine, de ses épaules ou de sa gorge. Le monde est rempli de ces invalides qui s’ignorent. »*  Ainsi commence Tsuda senseï dans son premier livre, publié en 1973, donnant le ton en citant le philosophe qui l’a le plus accompagné dans son parcours.
Tsuda senseï était un chercheur acharné et un homme d’une grande culture. Toute sa vie il ne cessa de travailler pour permettre à l’être humain de se dégager de ce qui l’encombre et l’entrave. Parti de sa recherche personnelle de la liberté de pensée, c’est finalement une compréhension philosophique de l’être humain qui se révéla au fur et à mesure de ses pratiques : Aïkido, Seitai, Nô… Et cette philosophie de l’être humain, cette voie, Tsuda senseï va la diffuser avant tout par ses livres* et son enseignement dans les dojos durant une dizaine d’années. Mais il est un média plus secret qu’il emprunta les dernières années de sa vie : la calligraphie.

L'ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda
L’ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda

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Bonjour Maladie #2

Régis Soavi parle dans cette deuxième partie de la pratique de yuki, ou il est important de se vider la tête, de se débarrasser de l’idée de guérir les autres. Se vider de toutes intention.

Pour lire la partie 1  –> http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/bonjour-maladie/

Partie #2 yuki

– Comment peut-on définir Yuki?

– Faire passer le ki.

– Comment yuki peut-il aider le déclenchement du mouvement?

– Cela aide dans la mesure où l’on a fait les trois exercices, ou bien les exercices pour le mouvement mutuel (l’activation par les deuxièmes points de la tête ; c’est une autre façon de déclencher le mouvement). Yuki aide parce qu’il active; c’est très important pour moi de dire que yuki est fondamentalement différent de ce dont généralement on entend parler parce que quand on fait yuki, on a la tête vide, on ne guérit personne, on ne cherche pas. On est seulement concentré dans cet acte. Il n’y a pas d’intention et cela est primordial. Dans les statuts du dojo, d’ailleurs, il est souligné que nous pratiquons « sans but ».

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Bonjour Maladie #1

Interview de Régis Soavi sur le Katsugen Undo (ou Mouvement Régénérateur) et sur la notion de maladie dans le Seitai.

« Après avoir lu les livres d’Itsuo Tsuda (1914-1984), fascinée par ses arguments qui abordent librement tout aussi bien l’aïkido que les enfants et la façon dont ils naissent, les maladies ou les souvenirs de Ueshiba Morihei et Noguchi Haruchika, je voulais en savoir plus: la sensation de quelque chose qui m’échappait était restée en moi.

Ainsi ai-je commencé ma recherche pour savoir en quoi consiste effectivement ce mouvement régénérateur (katsugen undo) dont parle Tsuda, un mouvement spontané du corps qui semblerait pouvoir le rééquilibrer sans qu’il soit nécessaire de l’intoxiquer avec des médicaments; concept ancien mais encore révolutionnaire, surtout dans notre société. Je n’ai pas pu obtenir de réponses satisfaisantes à mes questions: ceux qui avaient pratiqué le mouvement régénérateur n’arrivaient pas à me décrire de quoi il s’agissait; la réponse était toujours: « Vous devez essayer vous-même pour comprendre; la première fois, ça va certainement vous bouleverser un peu ». Ainsi je me suis décidée. L’école qui, à Milan fait référence aux enseignements d’Itsuo Tsuda est la « Scuola della Respirazione ». On y pratique l’aikido et le mouvement régénérateur (en séances séparées). Mais pour pouvoir fréquenter les séances de mouvement il faut d’abord participer, pendant un week-end, à un stage conduit par Régis Soavi, qui a continué le travail de Tsuda en Europe.

Regis Soavi en conférence
Regis Soavi en conférence, Paris.

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Akitsu

4 rue du Plessis, Blois.
07.82.11.38.94 – Email

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L’association Akitsu est un dojo  de l’École Itsuo Tsuda et propose la pratique de l’Aïkido et du Katsugen undo à Blois.

Les séances sont conduites par les pratiquants plus avancés, et sont accessibles à toute personne, quel que soit l’âge ou le “niveau”. Tels qu’abordés dans notre École, l’Aïkido et le Katsugen Undo n’ont pas de finalité sportive ou thérapeutique. Ce sont avant tout des pratiques du Non-faire.

Romaric Rifleu, conduit régulièrement des journées et stages

Horaires

 AïkidoKatsugen Undo
Lundi18h30
Jeudi6h30
Dimanche8h10h00

La pratique du Mouvement régénérateur doit commencer par un stage.
Tenue pour l’Aïkido: kimono.

Tenue pour le Mouvement régénérateur: vêtements souples.

Les tarifs

Par trimestre :  75€ pour l’aïkido et 90€ pour deux activités (aïkido et katsugen undo).

adhésion annuelle l’ADA  : 60€

Deux séances d’essai gratuites sont proposées pour l’aïkido.

Stages

Pour s’inscrire à un stage à Blois, nous vous remercions de consulter cette page.

Pour connaître les dates des stages de Régis Soavi Sensei dans d’autres dojos et voir la page stages.

Venir

L’esprit de l’Aïkido est dans la pratique

Par Régis Soavi.

« On a souvent tendance à considérer l’esprit d’un art comme un processus mental, une direction à prendre de manière consciente ou encore des règles à respecter. Tout cela parce qu’en Occident nous vivons dans un monde de séparation, de division. D’un côté il y a l’esprit, de l’autre le corps, d’un côté le conscient, de l’autre l’inconscient, c’est ce qui est censé faire de nous des êtres civilisés alors même que cette séparation engendre des conflits en nous. Des conflits qui sont renforcés par les systèmes d’interdiction mis en place pour protéger la société, pour nous protéger nous-mêmes contre nous-mêmes.

regis soavi meditation
La pratique de l’Aïkido nous entraîne vers la réunification de l’être humain.

Vers la réunification de l’être humain, voilà la Voie dans laquelle nous nous dirigeons par la pratique de l’Aïkido. Cette réunification est nécessaire dans un monde où l’humain est chosifié, où il devient à la fois un consommateur et une marchandise. Sans se rendre compte du chemin qu’il prend, le civilisé exécute la vie au lieu de la vivre. Cette société qui nous pousse à la consommation laisse peu de place au travail intérieur, elle nous pousse à chercher au- dehors ce qui se trouve au-dedans. À acheter ce que nous possédons déjà, à chercher des solutions à tous nos problèmes à l’extérieur de nous-mêmes, comme si d’autres avaient de meilleures solutions. Cela amène à une prise en charge de l’individu par les différents systèmes de protection à la fois sociaux, idéologiques, ou de santé, multipliant ainsi l’offre et créant un marché idéal pour les vendeurs de rêves de tout poil, charlatans, gourous et compagnie.
J’apprends aujourd’hui que l’on vient de créer une nouvelle pratique : « la Respirologie », et comme d’habitude abusée par le pouvoir des mots la clientèle va certainement affluer. Est-ce qu’au nom de la normalisation du corps et de l’esprit, de la remise en forme des personnes, nous devrions changer le nom de notre art par : « Aïkido Thérapie » ?

L’esprit de l’Aïkido ne peut s’enseigner

Je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il y a un esprit spécifique de l’Aïkido, mais plutôt que l’Aïkido doit être le reflet de quelque chose de beaucoup plus grand que nous petits êtres humains avons du mal à réaliser durant notre vie.
L’esprit d’un art ne peut s’enseigner, il s’agit plutôt d’une transmission, mais que serait un Aïkido sans esprit : une lutte, un combat, une sorte de bagarre sans queue ni tête. Il est tout à fait possible d’enseigner la technique sans rien transmettre de l’esprit, mais du coup, il s’agit de tout autre chose. Peut-être de la self-defense ou bien une technique de bien-être.
Comme dans tous les arts martiaux nous avons le Rei, le salut, qui évidemment en est l’expression la plus immédiatement visible, mais c’est dans la posture de l’enseignant que va se transmettre le plus important. Par posture j’entends un ensemble extrêmement complexe de signes qui seront repérables par les élèves : bien sûr l’aspect physique, la dynamique, la précision etc., mais aussi la manière de faire passer un message, l’attention accordée à chacun des pratiquants en fonction de milliers de facteurs que l’enseignant doit percevoir. C’est en développant son intuition que l’on peut avoir la plus grande et la plus fine des pédagogies, et ainsi apporter les éléments dont a besoin le pratiquant pour approfondir son art, pour mieux en comprendre les racines.

L’esprit de l’Aïkido ne s’apprend pas

L’esprit de l’Aïkido ne s’apprend pas, on le découvre, il ne nous change pas, il nous permet de retrouver nos racines humaines, de rejoindre ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain.
« L’Aïkido est l’art d’apprendre profondément, l’art de se connaître soi-même. »*
Le désir du fondateur de l’Aïkido était de rapprocher les êtres humains, pour lui le monde était comme une grande famille : « En Aïkido, l’entraînement n’est pas fait pour devenir plus fort ou vaincre l’adversaire. Non. Il aide à avoir l’esprit de se mettre au centre de l’Univers et de contribuer à la paix mondiale, de faire que tous les êtres humains forment une grande famille. »*

Un hymne à la joie

O Senseï disait : « Toujours pratiquer l’Aïkido d’une manière vibrante et joyeuse. »*
On ne parle pas assez souvent de la joie, notre monde nous incite à la tristesse, à réagir avec violence aux événements, à critiquer les défaillances des systèmes, à voir les défauts des autres, à être compétitif. Mais tout cela finit par nous rendre grincheux, acerbe et gâche notre plaisir de vivre tout simplement.
La joie est une sensation que je considère comme sacrée. La joie de vivre, de se sentir pleinement vivant dans tout ce que l’on fait, ou ce que l’on ne fait pas. La joie nous permet de vivre ce que beaucoup considèrent comme des contraintes de manière complètement différente, de les considérer comme des opportunités qui nous permettent d’aller plus loin, d’approfondir ce que mon maître appelait la respiration.
La joie nous amène petit à petit vers la liberté intérieure, qui est la seule liberté qu’il vaille vraiment la peine de découvrir comme le raconte si bien le maître de Taï-chi-chuan Gu Meisheng (1926 – 2003) qui la découvrit dans les prisons chinoises à l’époque de Mao.
Elle nous permet de sortir des conventions que les différents systèmes nous imposent.

L’Aïkido est l’art d’apprendre profondément, l’art de se connaitre soi-même.

L’esprit de l’Aïkido, on le trouve dans la nature, non pas une nature extérieure à l’être humain mais l’humain faisant partie de la nature, étant lui-même nature.
« La pratique de l’Aïkido est un acte de foi, une croyance dans le pouvoir de la non-violence. Ce n’est pas un type de discipline rigide ou d’ascétisme vide. C’est une voie qui suit les principes de la nature, des principes qui doivent être appliqués à la vie quotidienne. L’Aïkido doit être pratiqué du moment où vous vous levez pour accueillir le jour jusqu’au moment où vous vous retirez pour la nuit. »*
Chaque matin commencer dans le calme du dojo par une méditation de quelque deux ou trois minutes afin de se recentrer, de se concentrer. Puis passer à la Pratique respiratoire, comme l’a appelée Tsuda Senseï, et que O Senseï Morihei Ueshiba faisait à chaque séance. On peut alors aborder la deuxième partie, la pratique avec un partenaire, le plaisir de la communication à travers la technique, la respiration Ka Mi et tout cela de très bonne heure alors que beaucoup de personnes au-dehors ont à peine émergé du sommeil.
Quand rien n’est programmé, quand on est vide de toute pensée, dans ces moments sublimes où la fusion se réalise avec le partenaire, alors on est dans l’esprit de l’Aïki.
Comme dans le Zen, il nous est proposé de vivre ici et maintenant, de ne pas être différents de ce que nous sommes, mais de regarder avec lucidité ce que nous sommes devenus.

La transmission de l’esprit

Pour comprendre l’esprit de l’Aïkido il faut, à mon avis, plonger dans le passé, non seulement du Japon mais aussi, et peut-être même surtout, de la Chine ancienne. Aller y chercher les penseurs, les philosophes, les poètes qui alimentèrent la réflexion et donnèrent du poids à la pensée orientale. C’est grâce à mon maître Tsuda Itsuo que j’ai creusé dans cette direction : non pas qu’il ait fait des cours de philosophie ou tenu des séminaires sur le sujet, lui qui ne parlait qu’avec parcimonie, mais par contre il nous a légué avec ses livres une réflexion sur l’Orient et l’Occident, créant un pont entre ces deux mondes qui semblaient antinomiques.
L’immense culture de ce maître, que j’ai eu la chance de connaître, m’avait à l’époque laissé pantois, mais petit à petit j’ai pu pénétrer dans la compréhension de son message, de son œuvre philosophique qui m’avaient nourri. Mais cet homme, que j’avais admiré, avait laissé aussi des traces que je voyais sans les comprendre, d’autres signes, comme les maîtres du Zen : il a laissé des calligraphies. Comme dans cet art que l’on appelle aujourd’hui le Zenga il nous a transmis un enseignement à travers les idéogrammes, les sentences de Tchouang-tseu, Lao-tseu, Lin-tsi, Bai Juyi ou des proverbes populaires. Chacune de ces calligraphies nous fait découvrir une histoire, un texte, un art, qui justement nous permet d’aller plus loin dans la compréhension de cet esprit qui sous-tend notre pratique.

Réveiller la force intérieure

« Il y a des forces en nous, mais elles restent latentes, en sommeil. Il faut les éveiller, les activer. » écrivait Nocquet Senseï dans un article paru en 1987. Cette phrase fait écho pour moi à la calligraphie de Tsuda Senseï « le dragon sort de l’étang où il demeurait endormi, le talent transparaît ». Dans les deux cas ces maîtres parlaient du ki et nous incitent à chercher dans cette direction.
Sans la sensation concrète du ki nous passons à coté de l’essentiel. Comment parler de l’esprit de l’Aïkido sans en faire une suite de règles à observer sinon en suivant, en retrouvant les fondements de l’être humain. Notre société moderne industrielle nous facilite tellement la vie que nous ne bougeons plus, nous nous déplaçons trop facilement, nous n’avons dans les villes qu’à faire quelques mètres pour nous nourrir au lieu de courir, de chasser ou de cultiver. L’Aïkido permet de dépenser cette énergie en excès qui sinon nous rend malade. Mais il ne s’agit pas seulement de l’aspect physique, moteur, c’est tout notre corps qui a besoin de se retrouver, de se normaliser. Notre esprit surchargé d’informations inutiles a lui aussi besoin de se reposer, de trouver la paix au milieu de l’agitation qui nous entoure.

L’esprit de l’Aïkido est l’Aïkido

L’esprit de l’Aïkido se trouve tout simplement dans la pratique et petit à petit on le découvre. Et c’est une réelle jouissance que cette découverte. Les personnes qui débutent, quand elles prennent conscience de son importance, entrent pleinement dans cet art qui est le nôtre. Souvent c’est à ce moment que commencent les difficultés pour expliquer ce que nous faisons. On a envie d’en parler, d’inviter des amis à venir participer au moins à une séance.
On essaye de faire comprendre ce que l’on ressent. Les autres constatent notre enthousiasme mais n’arrivent pas à comprendre de quoi il s’agit. Et les réponses que l’on reçoit à nos explications, à ce que nous essayons de faire passer sont souvent plutôt décevantes. Elles peuvent aller de : « Ah oui moi aussi j’ai fait du Yoga l’année dernière pendant mes vacances au club Med. Mais j’ai pas le temps de faire un truc comme ça tu comprends, j’ai vraiment pas le temps. » Jusqu’à : « Oui ton truc c’est sympa mais ça prend la tête, moi tu sais, je fais de la self-defense, californo-australienne, et c’est vraiment efficace… ». Passer d’un monde à un autre demande d’être prêt, d’être prêt à découvrir tout simplement ce que l’on ne connaît pas encore, mais que l’on pressent. On commence à pratiquer parce qu’on a lu un livre, un article, et qu’on a été choqué, on s’est dit : « Bizarre ce type, mais j’aime bien ce qu’il raconte, j’aime bien cet esprit, il est proche de moi, proche de ce que je pense ».

Un art pour la normalisation de l’individu

C’est bien souvent l’esprit de la pratique qui nous fait continuer pendant de nombreuses années, et rarement les prouesses physiques ou techniques, qui de toute façon seront limitées par l’âge. La seule chose qui n’ait pas d’âge c’est le ki, l’attention, la respiration comme l’appelait Tsuda Senseï. Celle-ci peut s’approfondir sans limite aucune, et c’est pour cela qu’il y a eu des grands maîtres.
Si on éveille sa sensibilité, si la continuité est là, et si on est bien conduit ; si l’enseignement ne se limite pas à la surface mais nous permet de creuser, d’ouvrir par nous-mêmes des portes que nous ne soupçonnions pas, alors tout est possible. Quand je dis tout est possible, je veux dire que chacun devient responsable de lui-même, de sa vie, de la qualité de sa vie.
Comme le dit Yamaoka Tesshū : « L’unité du corps avec l’esprit peut tout faire. Si un escargot veut faire l’ascension du mont Fuji, alors il réussira. »
Ne pas chercher la réputation, ne pas chercher à devenir mais plutôt à être grâce à la réalisation personnelle. Apaiser les tensions internes, unifier le corps et l’esprit, qui bien souvent travaillent à contre-sens, quand ils ne travaillent pas l’un contre l’autre. Voilà le sens profond de la recherche que nous pouvons faire dans la pratique des arts martiaux. »

Article de Régis Soavi sur l’esprit de l’aïkido publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°18)  octobre 2017

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Notes

* Citations extraites du livre L’art de la paix : Enseignements du fondateur de l’Aïkido Entretiens et écrits de Morihei Ueshiba regroupés par John Stevens, Guy Trédaniel Éditeur, 2000 https://www.decitre.fr/livres/l-art-de-la-paix-9782844451675.html

Le dojo Yuki Ho

Fin décembre, le dojo Yuki Ho à Toulouse, est devenu propriétaire des locaux qu’il loue depuis 35 ans. C’est pourquoi nous souhaitons ici partager un texte de Lucie R., prononcé lors du Misogi du 1er janvier 2018. Si vous souhaitez en savoir plus, l’article L’aventure commence à l’aurore  (lien en fin de page) retrace l’histoire de ce lieu très particulier et présente les projets en cours !

Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie
Le pin au milieu de la cours du 10 rue Dalmatie

« Une nouvelle année commence.
Bienvenue à ceux qui ont souhaité participer avec nous à ce moment particulier de notre dojo.

Notre dojo.

L'espace de pratique
L’espace de pratique

Ces mots résonnent aujourd’hui d’une façon différente, puisqu’après une trentaine d’années à habiter, remplir ce lieu, le faire vivre, l’association en est devenue propriétaire, il y a dix jours.

Qu’est-ce-que cela va changer ?

Cet endroit, dont la découverte a tant compté pour chacun d’entre nous, et qui n’est riche que de ce que nous y mettons nous-mêmes, va pouvoir continuer à être notre terrain de pratique, et à nous apporter ce que nous venons y chercher chaque matin, pour nous-mêmes, et avec les autres.

De nouvelles perspectives s’ouvrent aussi pour le 10 rue Dalmatie puisque nous allons désormais partager la cour avec deux associations amies, dont les finalités sont proches de celles du dojo dans le sens de permettre de retrouver et préserver ce qui au fond de chaque individu nous anime.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que de nouvelles personnes encore viennent goûter à cette ambiance.  »

Pour en savoir plus, cliquez sur l’article : L’aventure commence à l’aurore !

Toulousaine-côté jardin
La Toulousaine

Aïkido : une évolution de l’être

Par Régis Soavi.

« L’Aïkido est un instrument de mon évolution, c’est lui qui m’a fait évoluer, je n’ai eu qu’à suivre avec opiniâtreté ce chemin qui s’ouvrait devant moi, qui s’ouvrait à l’intérieur de moi.

Comme de nombreuses personnes je suis venu à cette pratique pour sa martialité. Mais sa beauté, ainsi que l’esthétique de ses mouvements m’ont très vite fasciné, et cela déjà avec mon premier professeur Maroteaux Senseï. Puis, quand j’ai eu l’occasion de voir Noro Masamichi Senseï ainsi que Tamura Nobuyoshi Senseï, j’ai eu la confirmation de ce que j’avais pressenti : l’Aïkido c’était tout autre chose que ce que je connaissais.
J’arrivais du monde du Judo, avec les images qui nous avaient été transmises, comme par exemple celle de la branche de cerisier qui se couvre de neige et qui subitement la laisse s’écouler et se redresse. J’avais déjà traversé les idées qu’avait véhiculées le début du siècle et les années cinquante d’un « Jiu jitsu japonais qui transforme un petit homme malingre en monstre d’efficacité ».

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Le Fonds Itsuo Tsuda

fonds_itsuo_tsuda.pngNotre but : soutenir et conduire, sans but lucratif, toute activité d’intérêt général à caractère culturel destinée à conserver et diffuser l’œuvre philosophique d’Itsuo Tsuda.  Ce but s’articule autour de trois axes :

  • l’acquisition, la conservation et la diffusion de l’œuvre calligraphique ;
  • la diffusion de l’œuvre littéraire ;
  • la conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos.

Le fonds de dotation est un outil de financement du mécénat, une sorte de fondation qui répond à la quasi-totalité des droits et devoirs des fondations reconnues d’utilité publique.

Les donateurs peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66% du montant de leurs don.  Par exemple un don de 300€ ne coûtera que 100€ après déduction d’impôt. reduction_dimpot_don_mecenat Plus d’information sur la structure des fonds de dotation ici

L’œuvre calligraphique :

L’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda étant dispersée aux quatre coins du monde, nous avons souhaité la réunir et la rendre accessible à toutes les personnes intéressées. C’est chose faite en 2017, avec la publication du livre « Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps ».  Ce  formidable ouvrage n’aurait pas vu le jour sans un immense travail bénévole : le prix de vente ne servant qu’à couvrir les frais d’impression et d’expédition.

La diffusion de l’œuvre littéraire :

Yume Editions, est la marque éditoriale du fonds de dotation Itsuo Tsuda, avec laquelle l’œuvre d’Itsuo Tsuda est diffusée en anglais et italien.

CouvTsuda_PathOfLess_MiniGrâce aux dons des particuliers et au travail bénévole, nous pouvons proposer aujourd’hui des traductions de qualité professionnelle.  Sont déjà disponibles :

  • The Non Doing
  • The Path of Less
  • The Science of the Particular
  • One
  • The Dialogue of Silence, sera très bientôt disponible et The Unsteady Triangle est déjà en cours de traduction

En vente ici : http://yumeshop.fonds-itsuo-tsuda.org/fr/

C’est aussi ainsi que nous avons pu publier en 2014 le livre Cœur de ciel pur, œuvre posthume réalisée à partir d’inédits d’Itsuo Tsuda, éditée au Courrier du Livre – éditions Trédaniel (disponible en librairie)

La conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos :

La numérisation des documents pour un archivage qui puisse traverser le temps est aussi un des objectifs du fonds Itsuo Tsuda. Il nous tient à cœur de regrouper ces documents en un fonds d’archives accessible au public comme aux pratiquants et aux dojos. Ce sont des archives que nous considérons comme un patrimoine de l’humanité qui doivent donc être conservées et appartenir à tous.

Nous renouvelons ici nos remerciements à ceux qui nous soutiennent et nous rappelons que tout le travail est fait par des bénévoles. Alors si vous souhaitez soutenir l’action du fonds de dotation, contactez-nous  :  contact@fonds-itsuo-tsuda.org

Fonds Itsuo Tsuda,
50 rue du Volga 75020 Paris
Siret 538 200 254 00018

Calligraphies de Printemps, trente ans d’histoire

Calligraphies de Printemps est la première monographie consacrée à l’œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda qui regroupe cent treize calligraphies et les recherches que nous avons pu mener jusqu’à aujourd’hui.

À l’occasion de sa publication, les 18 et 19 novembre 2017 aura lieu au Dojo Tenshin à Paris une exposition conçue à partir des photos du livre. Un vernissage inaugural se tiendra le 18 novembre à 18h30. Toute personne souhaitant découvrir l’œuvre d’Itsuo Tsuda y est cordialement invitée.

Le dojo est ouvert et l’entrée est libre. Welcome !

En attendant nous avions envie de partager avec vous quelques lignes sur la genèse et les coulisses de cette aventure qui a commencé il y a plus de trente-trois ans.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #5

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie » (V). Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Aussi longtemps que les êtres humains vivront, à un moment donné ils mourront. Cette affirmation a été vérifiée pendant des milliers d’années, et donc ce n’est pas une idée fausse. En général les gens n’acceptent pas le fait irréfutable que les hommes meurent, et quand ils se rapprochent de la mort et la sentent dans leur cœur, ils s’inquiètent et agissent impatiemment, étant donné qu’ils ne veulent pas mourir. Mais les êtres humains sont des créatures qui meurent. Bach a composé les Variations Goldberg pour procurer à quelqu’un un sommeil profond, et cette œuvre dit et redit que les hommes sont mortels. Cette réitération est intéressante car elle rappelle tellement Bach lui-même, qui respirait calmement et avait la tranquillité d’esprit.Lire la suite

Transcender l’espace et le temps

Par Régis Soavi.

Tous les aïkidoka ont déjà entendu parler de Ma aï car c’est une des bases de notre pratique. Mais en parler et la vivre sont malheureusement des choses très différentes. Comme elle est connue dans tous les arts martiaux, il est facile d’en trouver quantités de références.
On peut concevoir intellectuellement cette notion, on peut écrire sur elle et développer tout un discours, mais « Rien ne vaut le vécu » comme nous le répétait si souvent mon maître Tsuda Itsuo.
Je vais donc essayer d’expliquer l’inexplicable à travers des exemples ou des situations concrètes.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #4

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (IV)

 

Quand Kung Wen Hsien vit le Général Commandant de l’Armée, il dit tout surpris, « Je me demandais qui c’était, et c’est vous. Ce pied unique – est-ce l’œuvre de l’homme ou celle du Ciel? »

Le Général répondit, « C’est l’œuvre du Ciel, et non celle de l’homme. Fondamentalement, la forme d’un homme est déterminée. Ce qui prouve bien qu’avoir un seul pied, cela aussi, est l’œuvre du ciel, et non celle de l’homme. »

Voici le passage qui suit les paroles du Général : « Un faisan qui vit dans un marais fait dix pas pour picorer une bouchée et cent pas pour boire une gorgée d’eau, mais il ne veut pas qu’on l’enferme dans une cage. Un oiseau a beau être plein de vitalité, en cage il ne peut pas jouir de sa vie. »Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #3

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (III). Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Vivre est une affaire plus importante que de penser. Être vivant n’est pas un moyen, mais une fin. On devrait donc poursuivre sa vie naturellement avec le seul but de préserver la vie: une inspiration, une expiration, lever la main, faire un mouvement de la jambe – tout cela devrait aller dans le sens de cultiver la vie. Par conséquent, le simple fait de demeurer en bonne santé est une chose très précieuse. Zensei, c’est à dire, « une vie accomplie », n’est rien d’autre que le chemin que suivent les hommes, et c’est la voie de la nature. Accomplir la vie qui nous est donnée dans la paix de l’esprit ne vise pas à une satisfaction spirituelle, c’est plutôt ce qui aurait déjà du être entrepris avant toute autre chose. Il nous faut vivre pleinement la vie humaine, qui est la santé. Vivre toujours avec entrain et bonheur – c’est ce qui a toujours eu une vraie valeur pour les êtres humains.

Noguchi Tchouang tseu

Les êtres humains vivent parce qu’ils sont nés, et parce qu’ils sont vivants, ils mangent et ils dorment. Ils sont nés du fait d’une exigence naturelle, et ils vivent du fait de cette même exigence. Vivre est naturel. Et donc mourir aussi est naturel. Le fait pour les êtres humains d’accomplir la vie qui leur est donnée vient avant tout le reste. Mais cela ne veut pas dire du tout être attaché à la vie. Les désirs de telle ou telle chose en particulier déplaisaient à Tchouang-tseu. Pour lui, la naissance d’un attachement éloigne immédiatement de la voie. Il parle donc de cultiver la vie et d’entretenir le corps pour que le moment présent qui est donné, précisément parce que c’est le moment présent, puisse être utilisé pleinement, et certainement pas parce que ce qui est donné c’est la vie.

Tchouang-tseu voyait comme une totalité unique les contraires du bien et du mal, de la beauté et de la laideur, et de l’utilité et de l’inutilité, et pour lui la vie et la mort étaient aussi un tout unique, où ce qui vient à l’existence est en train de la quitter et ce qui quitte l’existence est en train d’y entrer. « La vie naît de la mort et la mort de la vie » a-t-il écrit.

Quand Tsu-yu contracta une maladie qui le rendait infirme, Tsu-szu alla le voir et lui demanda, « Trouves-tu ton sort déplaisant? » La réponse de Tsu-yu fut stupéfiante : « Pourquoi devrais-je le trouver déplaisant? Si des changements se produisent et que mon bras gauche se change en coq, je l’utiliserai pour annoncer l’aube. Si mon épaule droite se transforme en balle de fusil, je  m’en servirai pour tirer un pigeon à faire rôtir. Si mes fesses deviennent des roues de voiture et mon esprit un cheval, je voyagerai grâce à eux. Dans ce cas je n’aurais plus besoin d’un autre véhicule que moi-même – ça serait merveilleux!

Le temps ne s’arrête pas même pendant un instant, et si c’est le destin d’un être humain de naître, alors il est naturel que la forme vivante disparaisse. Si vous êtes satisfait de l’écoulement du temps et en accord avec l’ordre des choses, alors il n’y a pas particulièrement de joie ni de chagrin. C’est ce que les anciens appelaient « la délivrance de la servitude ». Vous mettez un nœud coulant autour de votre cou et vous ne pouvez pas l’enlever ; ceci parce que ce qui le tient attaché c’est l’esprit qui pense en termes de bien et de mal et de bon et de mauvais. Rien ne peut vaincre le ciel. La haine du ciel ne mène à rien.
Ce que dit Tchouang-tseu sur la façon de cultiver la vie apparait clairement dans les paroles prononcées dans le passage où Kung Wen Hsien parle au Commandant de l’Armée : « Le travail de l’homme est encore le travail de la nature. »  Telle est la voie que prend Tchouang-tseu. Dans son attitude –  à savoir que quoi qu’il arrive, c’est approprié, et que, quand il se passe quelque chose, on va de l’avant et on affirme la réalité – il n’y a pas la moindre trace de la résignation inhérente à la soumission au destin. Son affirmation de la réalité n’est rien d’autre que l’affirmation de la réalité. La dignité de cet homme, seuls l’expriment ces mots de Lin Tsi : « Où que vous soyez, soyez maître. »

Du point de vue de Tchouang-tseu, la sécurité de la cage à oiseau ne vaut pas mieux que d’être plongé dans un sommeil inconscient. Il ne sent la vie dans toute sa vitalité que tant que l’existence n’est pas entravée.

(A suivre)

Noguchi Haruchika. publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

image : Chuang Tzu. Lu Chih (1496–1576)

Le ki, une dimension à part entière

Par Régis Soavi

« Le Ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.Ki une dimension a part entiere

Le ki une philosophie orientale ?

Quelle est cette philosophie « orientale » à laquelle nous n’aurions pas accès ? Existe-t-il un domaine spécifique réservé à quelques adeptes, à quelques disciples triés sur le volet, ou bien cette connaissance est-elle à la portée de tous, et qui plus est, sans se compliquer la vie. Je veux dire en menant une vie normale, sans faire partie d’une élite ayant eu accès à des connaissances secrètes, sans avoir des pratiques spéciales, cachées et distribuées au compte gouttes, mais plus simplement en ayant un travail, des enfants etc. Quand on pratique l’Aïkido, évidemment on est dans une recherche tant philosophique que pratique, mais c’est une recherche « exotérique » et non « ésotérique ».
Itsuo Tsuda a écrit neuf livres, créant ainsi un pont entre l’Orient et l’Occident pour nous permettre de mieux comprendre l’enseignement des maîtres japonais et chinois, pour le rendre plus concret, plus simple et accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être oriental pour comprendre, sentir de quoi il s’agit. Mais il est vrai que dans le monde où nous vivons il va falloir faire un petit effort. Sortir de nos habitudes de comportement, de nos références. Avoir un autre type d’attention, un autre type de concentration. Il ne s’agit pas de repartir de zéro mais de s’orienter différemment, de conduire notre attention (notre ki) d’une autre manière.
Déjà nous devons nous débarrasser de l’idée, très cartésienne, selon laquelle le ki serait une seule et même chose, alors qu’il est multiple. Admettre aussi que notre corps est capable de sentir des choses que l’on aurait du mal à expliquer rationnellement, mais qui font partie de notre vie quotidienne, comme la sympathie, l’antipathie, l’empathie. Les sciences cognitives tentent à coup de neurones miroirs et autres procédés de décortiquer tout ça, mais cela n’explique pas tout, et même parfois ça complique les choses.
De toute façon à chaque situation il y a une réponse, mais on ne peux pas analyser tout ce que l’on fait à chaque instant en fonction du passé, du présent, du futur, de la politique ou de la météo. Les réponses surgissent indépendamment de la réflexion, elles surgissent spontanément de notre involontaire, que ces réponses soient bonnes ou mauvaises, l’analyse nous le dira après coup.

Le ki en Occident

L’Occident connaissait le ki par le passé, on l’appelait pneuma, spiritus, prana, ou tout simplement souffle vital. Aujourd’hui cela semble bien désuet. Le Japon a gardé un usage très simple de ce mot que l’on peut retrouver dans une multitude d’expressions, que je cite plus loin, en reprenant un passage d’un livre de mon Maître.
Mais dans l’Aïkido qu’est-ce que le ki ?
Si une École peut et doit parler du ki, c’est bien l’École Itsuo Tsuda, et cela évidemment sans prétendre à l’exclusivité, mais simplement peut-être parce que mon Maître avait basé tout son enseignement sur le ki, qu’il avait traduit par respiration. C’est pourquoi il parlait d’une « École de la respiration » : « Par le mot respiration, je ne parle pas d’une simple opération bio-chimique de combinaison oxygène-hémoglobine. La respiration, c’est à la fois vitalité, action, amour, esprit de communion, intuition, prémonition, mouvement. »*
L’Aïkido n’est pas un art de combat, ni même de self défense. Ce que j’ai découvert avec mon Maître, c’est l’importance de la coordination de la respiration avec mon partenaire, comme moyen de réaliser la fusion de sensibilité quelle que soit la situation. Itsuo Tsuda nous expliquait à travers ses textes ce que lui avait transmis son Maître Morihei Ueshiba. Pour nous le transmettre de manière plus concrète, pendant ce qu’il appelait « la première partie » – la pratique solitaire, qu’on appellerait aujourd’hui Taizo – au moment de l’inspiration, il prononçait KA, et à l’expiration MI. Certaines fois il nous expliquait : « KA est le radical de Feu Kasai en japonais, et MI le radical de l’Eau Mizu ». L’alternance de l’inspire et de l’expire, leur union, crée Kami que l’on peut traduire par le divin.  « Mais attention, nous disait-il, il ne s’agit pas du dieu des chrétiens ni même de celui d’une quelconque religion mais, si vous avez besoin de références, on peut dire que c’est dieu l’univers, dieu la nature, ou tout simplement la vie ».
Il y avait au dojo un dessin exécuté à l’encre de chine et tracé par Maître Ueshiba comportant quatorze formes très simples que nous appelions Futomani car O Senseï avait dit qu’il lui avait été dicté par Ame-no-Minaka-nushi : le Centre céleste. Itsuo Tsuda en donne l’explication dans son livre Le dialogue du silence*. Grâce à cela j’ai mieux compris les directions que prenait le ki lorsqu’il avait une forme.

Dessin exécuté par Maître Ueshiba
Dessin exécuté par Maître Ueshiba

Renouer, retrouver les liens avec ce qui préexiste au plus profond de nous

Le fondateur parlait de Haku no budo et de Kon no budo : kon étant l’âme essentielle qui ne doit pas être étouffée, mais disait-il, on ne doit pas négliger l’âme haku qui assure l’unité de l’être physique.
Une fois encore on parle de l’unité.
Si notre pratique s’intitule Aï ki do : « voie d’unification du ki », c’est bien que ce mot ki a un sens.
La pratique concrète nous permettra de le comprendre, mieux que les longs discours. Et pourtant il faut tenter d’expliquer, tenter de faire passer ce message si important, car sans cela notre art risque fort de devenir un combat « Que le plus fort, le plus habile ou encore le plus malin gagne », ou bien une danse ésotérique, mystique, élitiste, voire sectaire.
Et pourtant nous connaissons bien le ki, nous le sentons à distance. Par exemple quand on se promène dans une petite rue la nuit, et que tout à coup on sent une présence, on sent un regard dans notre dos et pourtant il n’y a personne ! Quant soudain on remarque, sur un toit avoisinant, un chat qui nous regarde. Un chat tout simplement, ou un rideau qui se rabat subrepticement. Le regard est porteur d’un ki très fort que tout le monde peut sentir, même de dos.

Une des pratiques de Seitai do appelée Yuki consiste à poser les mains sur le dos d’un partenaire et à faire circuler le ki. Il ne s’agit aucunement de faire l’imposition des mains pour guérir quelqu’un qui à priori n’est pas malade, mais d’accepter de visualiser la circulation du ki, cette fois comme un fluide, comme de l’eau qui coule. Au début on ne sent rien ou peu de chose de la part de l’un comme de l’autre. Mais là encore, petit à petit on découvre le monde de la sensation. On peut dire que c’est une dimension à part entière dans la plus grande simplicité. C’est simple, c’est gratuit, ce n’est lié à aucune religion, on peut le faire à tout âge et quant on commence à sentir cette circulation du ki, la pratique de l’Aïkido devient tellement plus facile. L’exercice de kokyu ho par exemple, ne peux pas se faire sans le kokyu, donc sans le ki, à moins de devenir un exercice de force musculaire, une façon de vaincre un adversaire.
Je n’aurais jamais pu découvrir l’Aïkido que mon Maître enseignait si je n’avais pas volontairement et avec opiniâtreté cherché dans cette direction. Dans la recherche sensitive, à travers tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre, sentir, et étendre cette compréhension sans jamais abandonner.

Ambiance

Le ki est aussi ambiance, par conséquent, pour pratiquer il y a besoin d’un lieu qui permette la circulation du ki entre les personnes. Ce lieu, le dojo, doit à mon avis, chaque fois que cela est possible, être « dédié » à une pratique, une École. Itsuo Tsuda considérait que en entrant dans le dojo on se sacralisait, et c’est pourquoi on saluait en montant sur les tatamis. Ce n’est pas un lieu triste où les gens « doivent garder un visage renfrogné et constipé. Au contraire, il faut y maintenir l’esprit de paix, de communion et de joie. »* L’ambiance du dojo n’a rien à voir avec celle d’un club ou avec celle d’une salle multi-sports qu’on loue quelques heures par semaine et qui est utilisée, pour cause de rentabilité, par différents groupes n’ayant rien à voir entre eux. Le genre de local, de gymnase où l’on passe, on s’entraîne, puis une douche et ciao ; au mieux une bière au bistrot du coin histoire d’échanger un peu les uns avec les autres. Quand on connaît le ki, quand on commence à le sentir et surtout quand on veut découvrir ce qui se cache derrière ce mot, un lieu comme le dojo c’est vraiment tout autre chose. Imaginez un endroit calme dans un petit passage parisien au fond du vingtième arrondissement. Vous traversez un petit jardin et au premier étage d’un bâtiment très simple s’ouvre « Le Dojo ».

Dojo
Dojo

Vous y venez tous les jours si vous voulez, car chaque matin il y a une séance à sept heure moins le quart : vous êtes chez vous. Vous avez votre kimono sur un cintre dans les vestiaires, la séance dure à peu près une heure, puis vous prenez un petit déjeuner avec vos partenaires dans l’espace attenant, ou vous partez précipitamment au travail. Le samedi et le dimanche grasse matinée, séances à huit heure.
Expliquer le ki est une chose difficile c’est pourquoi seule l’expérience nous le fait découvrir. Et pour cela il faut y mettre les conditions qui permettent cette découverte. Le dojo fait partie des éléments qui facilitent grandement la recherche dans cette direction. Renouer des circuits, mais aussi dénouer ces liens qui nous enserrent et obscurcissent notre vision du monde

Petit à petit le travail va se faire, les nœuds vont se dénouer, et si nous acceptons qu’ils se dénouent on peut dire que le ki recommence à circuler plus librement. Il circule à ce moment là en tant qu’énergie vitale, il est possible de le sentir, de le visualiser, de le rendre en quelque sorte conscient. Car des tensions inutiles, qui n’arrivent pas à se libérer, rigidifient notre corps. Pour rendre la chose la plus claire possible, on pourrait dire que c’est à peu près comme si un tuyau d’arrosage était bouché. Il risque d’éclater en amont. La rigidification du corps oblige celui-ci à réagir pour sa propre survie. Il se produit alors des réactions inconscientes qui agissent au niveau du système involontaire. Pour éviter ces blocages, surviennent de micro fuites de cette énergie vitale et même parfois des fuites plus importantes, par exemple dans les bras, au niveau du koshi et principalement aux articulations. La conséquence immédiate est que les personnes n’arrivent plus à pratiquer avec fluidité et c’est la force qui compense le manque, on raidit des parties du corps qui se mettent à réagir comme autant de pansements ou de plâtres pour empêcher ces déperditions de la force vitale. C’est pourquoi il est si important de travailler sur le fait de sentir le ki, de le faire circuler. Au début c’est la visualisation qui nous le permet, mais au fur et à mesure qu’on approfondit la respiration (la sensation, la sensibilité au ki), si on reste concentré sur une pratique souple, si on se vide l’esprit, on peut découvrir, voir, sentir la direction du ki, sa circulation. Cette connaissance nous permet de l’utiliser et la pratique de l’Aïkido devient facile. On peut commencer à pratiquer la non résistance : Le non faire.

La sensibilité naturelle des femmes au ki

Les femmes ont généralement plus de sensibilité par rapport au ki ou, plus exactement, elles la conservent plus, si elles ne se déforment pas trop pour se défendre dans ce monde d’hommes où tout est régi suivant les critères et les besoins de la masculinité, de l’image de la femme qui est transmise et de l’économie. Leur sensibilité vient du besoin de conserver à leur corps la souplesse pour pouvoir accoucher de façon naturelle et s’occuper des nouveaux-nés. C’est une souplesse qui ne s’acquière pas dans les salles de sport, de musculation ou de fitness, c’est plutôt une tendresse, une douceur qui saura au besoin être ferme et sans aucune mollesse quand ce sera nécessaire. Le nouveau-né a besoin de toute notre attention mais il ne parle pas encore. Il ne peut pas dire : « j’ai faim, j’ai soif ou je suis fatigué », ou encore « maman tu est trop nerveuse, calme toi, et dis à papa de parler moins fort, cela me fait peur ».2011-07-20 at 08-21-28

Grâce à leur sensibilité naturelle, elles sentent les besoins de l’enfant, elles ont l’intuition de ce qu’il faut faire et le ki passe entre la mère et l’enfant. Quant le père, toujours très rationnel, ne comprend pas, la mère sent et du coup elle sait. Même si elle n’est pas mère, même si elle est une jeune femme sans aucune expérience, c’est le corps qui réagit, c’est lui qui a cette sensibilité naturelle au ki et c’est pourquoi, je pense, il y a tant de femmes dans notre École. C’est parce que le ki est au centre de notre pratique, que rien ne saurait se faire sans lui. Nous mettons notre sensibilité dans cette direction et ainsi on peut voir le monde et les personnes non plus seulement au niveau des apparences mais bien plus loin, dans leur profondeur, ce qu’il y a derrière la forme, ce qui la structure, ou ce qui la conduit.

Voici quelques exemples que donnait Itsuo Tsuda, extraits du livre Le Non-faire :

« La chose la plus difficile à comprendre dans la langue japonaise, c’est le mot « ki ».  En effet, si les Japonais l’utilisent des centaines et des centaines de fois par jour, sans y réfléchir, il est pratiquement, et je dirais aussi théoriquement, impossible d’en trouver un équivalent dans les langues européennes.
Si le mot, pris isolément, reste intraduisible en français, il n’est toutefois pas impossible de traduire les expressions courantes dans lesquelles il se trouve incorporé. Je vais citer quelques exemples :
ki ga chiisai : mot à mot, son ki est petit. Il se fait trop de souci pour rien.
ki ga ôkii : son ki est grand. Il ne se fait pas de souci pour des petites choses.
… ki ga shinai : je n’ai pas de ki pour… Je n’en ai pas envie. Ou, cela me dépasse.
… ki ga suru : il fait du ki pour… J’ai le flair, le pressentiment, je sens intuitivement…
waru-gi wa nai : il n’a pas de mauvais ki, il n’est pas méchant, n’a pas de mauvaises intentions.
ki-mochi ga ii : l’état du ki est bon ; je me sens bien.
ki ni naru : cela attire mon ki, je n’arrive pas à dégager mon esprit de cette idée. Quelque chose de bizarre, d’anormal arrête mon attention, malgré moi.
ki ga au : notre ki coïncide, nous sommes sur la même longueur d’ondes.
ki o komeru : concentrer le ki. Pour la question de concentration, je n’ai vu nulle part ailleurs d’exemple aussi hautement porté qu’au Japon.
ki-mochi no mondai : c’est conditionné par l’état du ki. Ce n’est pas l’objet, le résultat tangible, mais c’est le geste, c’est l’intention qui compte.
On pourrait encore citer plusieurs centaines d’expressions avec le mot ki.
Si les Japonais sont pour la plupart incapables de dire ce qu’est le ki, il n’empêche qu’ils savent instinctivement à quel moment il faut le dire ou ne pas le dire. ».

Itsuo Tsuda avait commencé l’Aïkido à l’âge de quarante cinq ans, il n’avait rien d’un sportif mais sa seule présence transformait toute l’ambiance du dojo. J’aimerais vous raconter une anecdote concernant un des exercices que je faisais dans les années soixante-dix, alors que mon Maître avait déjà plus de soixante ans. Lorsque je passais le portail de la cour au fond de laquelle se trouvait le dojo, je m’arrêtais un instant, je fermais les yeux et cherchais à sentir si « il » était là. Les premiers temps cela ne marchait pas trop, c’était des coups au hasard, des coups de chance. Petit à petit j’ai compris : je ne devais pas chercher à savoir. Alors j’ai commencé à me « vider », à cesser de penser et c’est venu. Je savais chaque matin si il était arrivé ou non. Je sentais sa présence dès que je m’approchais du dojo.
A partir de ce moment quelque chose s’est transformé en moi. J’avais enfin compris un petit bout de son enseignement, et surtout, j’avais vérifié que le ki ne faisait pas partie de l’irrationnel, que c’était concret, et que sa perception était accessible à tous puisqu’elle m’avait été accessible.

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

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Notes :
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 25.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 14.
* Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence – Ed. Le Courrier du livre, 1979, p. 89 et 90.
* Itsuo Tsuda, Cœur de ciel pur – Ed. Le Courrier du livre, 2014, p. 117.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 23 et 24.

Souscription livre calligraphies

livres calligraphies

SOUSCRIPTION pour la publication de :

Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps

Une plongée au cœur de l’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda

Tirage limité, version « de luxe » réservées aux souscripteurs. En prévente jusqu’au 31 mai 2017.

Livre disponible en novembre 2017 à Paris au Dojo Tenshin (lors du vernissage ou sur RDV) ou bien expédié à vos frais. Version italienne disponible en mai 2018

Le prix de prévente de 75 € correspond aux frais de production. Aucun bénéfice ne sera fait sur ces ventes. Pour commander : pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda, adressez vous directement à votre dojo sinon rendez-vous sur cette page

Présentation générale

Monographie consacrée à l´œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda (1914-1984). Édition « de luxe », réservée aux souscripteurs, volume relié au fil, couverture toile avec marquage à chaud, et jaquette. Format 30x24cm. Environ 380 pages dont 100 reproductions couleurs pleine page.Lire la suite

Noguchi sur Tchouang-Tseu #2

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (II) Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Zhuangzi« En faisant ce qui est considéré comme bon, ne cherchez pas le renom ; en faisant ce qui est considéré comme mauvais, évitez l’opprobre ; adoptez comme principe de rester dans une voie médiane, et vous pourrez préserver votre corps, parfaire votre vie, pourvoir à l’entretien de votre famille, aller jusqu’au terme des années qui vous ont été allouées. »
Lus et acceptés tels qu’ils sont, ces mots expriment les principes de la santé. Je sens en eux, proche de moi, la force de l’esprit d’un homme.

Quand le roi de So entendit parler de l’habileté de Tchouang-tseu, il envoya, avec de grandes marques de courtoisie, des officiels chez lui pour lui demander de devenir premier ministre ; mais Tchouang-tseu rit et fit observer que dix mille pièces d’or étaient une forte somme et que la position de premier ministre était d’un bien haut rang. Mais il demanda aux officiels s’ils avaient déjà vu un taureau de sacrifice paré pour une festivité. Pour l’occasion, dit-il, on engraisse le taureau avec toutes sortes de bonnes nourritures, on le pare d’un beau tissu, et on le conduit dans le sanctuaire des dieux. Le taureau a beau à ce moment-là vouloir être simplement un taureau, il ne le peut pas. Tchouang-tseu dit aux officiels de s’en aller sans faire d’histoires et de ne pas souiller sa vie, et il ajouta qu’il voulait simplement s’amuser dans la situation sordide qui était la sienne. Des paroles comme celles-là sont extrêmement caractéristiques de Tchouang-tseu, et elles font encore venir le sourire aux lèvres deux mille ans plus tard.

Tchouang-tseu noguchi
A la fin le bien et le mal ainsi que la louange et le blâme sont tout un, dit Tchouang-tseu. Faire la distinction entre les choses implique de les définir. La définition implique une dissociation. Pour ce qui est des choses, il n’y a ni définition ni dissociation, seulement l’unité. Seul le sage authentique sait que tout est un. Ainsi, Tchouang-tseu foula aux pieds le monde des oppositions et le fit voler en éclats. C’est pourquoi il dit sans se faire de souci, « En faisant ce qui est considéré comme bon, évitez le renom ; en faisant ce qui est considéré comme mauvais, évitez l’opprobre. »
Quand quelqu’un dort sur le sol humide, il se vide de sa force et contracte du rhumatisme. Mettez une anguille au sommet d’un arbre, elle tremblera de frayeur ; faites la même chose avec un singe, et il ne se passera rien de la sorte. « Parmi ces trois êtres, y en a-t-il un qui ne sache pas quel est l’endroit qui lui convient pour vivre? »
L’être humain mange du porc, le daim aime l’herbe, le scolopendre trouve les vers délicieux, le corbeau se régale de rats. « Parmi ces quatre-là, y en a-t-il un qui ne sache pas ce qu’il aime manger? »
Le singe mâle prend la guenon dans ses bras, le cerf copule avec la biche, l’anguille joue avec les poissons. Mao Chiang et Li Chi étaient réputées être les plus belles femmes sous les cieux, mais à leur vue, les poissons plongeaient dans les profondeurs, les oiseaux s’envolaient haut dans le ciel, et les daims s’enfuyaient. Lequel d’entre eux ignore quel est le véritable objet de son affection ?
Se tenir au-delà du bien et du mal et fusionner avec la nature de toute chose : tel est le secret de l’art de cultiver la vie de Tchouang-tseu.
Être à la poursuite d’une vie saine et courir pour éviter une vie malsaine ne fait que vous donner chaud et vous embêter. Être fier de vos talents et vouloir devenir le champion du monde de quelque chose c’est avoir oublié le principe le plus important pour cultiver la vie. Un grand arbre est renversé par le vent ; le rang élevé d’un ministre attire l’envie des masses, mais pour la personne qui a rejeté toutes les chaînes et jouit d’une vie de liberté, un ministre, bien qu’il ait une position élevée et qu’il touche un gros salaire, n’est rien de plus qu’une sandale brisée.
« Un faisan qui vit dans les marais fait dix pas pour picorer une bouchée et cent pas pour boire une gorgée d’eau, mais il ne veut pas qu’on l’enferme dans une cage. »
Tchouang-tseu nous enseigne qu’il n’y a pas besoin d’être trop pointilleux sur ce qu’est une vie « saine » ou une vie « malsaine », ni d’attraper chaud et de s’embêter. Il nous dit que respirer tranquillement et suivre de manière désintéressée les besoins de son corps, voilà l’essence de ce qu’est préserver sa vie et vivre pleinement. Comment faire pour vivre en accord avec cela? Allons-nous adopter l’attitude de quelqu’un qui voit un feu de l’autre côté de la rivière et qui reste les bras croisés? Ou bien y a-t-il quelque chose de mieux à faire, quelque chose de positif?
Le cuisinier du prince Wen Hui dit, « Je manie les choses avec l’esprit, et non avec la vue. Quand les sens cessent de fonctionner, c’est l’esprit qui conduit. » Cela consiste à se fermer aux apparences et à les oublier immédiatement ; fondamentalement c’est la même chose que quand le prêtre Zen Lin Tsi dit, « L’esprit ne diffère pas de l’esprit. »
Ainsi dans tout cela il n’y a rien d’autre que le déploiement de l’acte pur, et c’est essentiellement ce qu’affirme l’adage du maître de sabre : »Oubliez votre habileté et oubliez votre adversaire ; laissez-le égratigner votre peau, tandis que vous taillez dans sa chair ; ce n’est qu’en s’abandonnant au flot débordant qu’on peut rejoindre les eaux peu profondes. »

Ne peut-on pas dire que dans la façon dont l’art de tuer mène sur le chemin de la sincérité véritable, se cache la voie pour cultiver la vie? Vaincre l’attachement aux choses, l’adhésion aux règles et la peur de la mort, et rendre l’esprit libre permet dans le monde du guerrier d’utiliser le sabre librement sans causer aucun dommage, et dans le monde ordinaire cela permet d’entrer dans la voie de l’art de cultiver la vie et de nourrir l’essence de celle-ci. Je crois que Wen Hui a appris par les paroles de son cuisinier que c’est en suivant la nature des choses que l’on cultive la vie ; la chose importante est qu’il a reconnu que le couteau du cuisinier bougeait sans l’intervention du moi et sans subir de dommages.
On demanda à un moine Zen, « Vous allez et vous venez, allez et venez. Quelle intention est la vôtre? » « J’use du cuir de chaussures sans but aucun, » répondit-il.

(A suivre)

publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Photo : Haruchika Noguchi

Conférence Seitai-do

conférence seitaido

« Seitai-Do, voie du retour à l’équilibre naturel de l’individu, est une philosophie pratique qui s’inscrit dans la vie quotidienne. Régis Soavi parlera du rapport à la maladie, de la grossesse, de yuki, de l’éducation… autant d’aspects de la vie de tous les jours qui peuvent participer à la normalisation du terrain de l’individu. »

Le jeudi 16 mars 2017 à 20h, le dojo Yuki Ho vous invite à une conférence donnée par Régis Soavi. Cette conférence est ouverte à tous et abordera le thème de la santé sous l’angle du Seitai-Do.

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Noguchi sur Tchouang-Tseu #1

Texte de Haruchika Noguchi à propos du chapitre de Tchouang-Tseu « Principes pour nourrir sa vie »  (I)  Pour lire le début de ce texte cliquez ici

Le chapitre de Tchouang-tseu « Principes pour nourrir sa vie » expose ce qu’est la manière de cultiver l’esprit de la vie, c’est à dire, de cultiver son être tout entier. Cependant, si – toujours en lisant les deux premiers caractères chinois de la façon habituelle – on considère que le titre signifie quelque chose comme « Les Règles pour maintenir sa santé », cela donne un résultat très intéressant. Jusqu’à présent, concernant les règles pour maintenir la santé ou les règles d’hygiène, les seules choses que l’on a prêchées c’est « Traitez la vie comme quelque chose de précieux » et « Faites attention » ; et on n’a pas pu sentir, ne serait-ce qu’un peu, dans ces prêches, l’activité vivante de la vie. C’est peut-être parce qu’il y manque une touche de Tchouang-tseu.
Je vais considérer les « Principes pour nourrir sa vie » non pas en tant que moyens de développement spirituel, mais comme étant une des sciences de la santé, et j’espère réussir à discerner ce qui s’y dissimule : les véritables linéaments de la vie, qui est exubérante et positive.

Tchouang-tseu commence son chapitre par ces mots :  « Notre vie est limitée, la connaissance est sans limites. Il est périlleux pour ce qui est limité de suivre ce qui est illimité. Il est encore plus périlleux d’appliquer la connaissance. »
Plutôt que d’utiliser la connaissance pour percer sept orifices à Chaos (comme dans la parabole qui conclut le chapitre sept*), Tchouang-tseu voulait demeurer dans le vide indifférencié, et il dit que les êtres humains devraient rester dans ce vide.
Notre vie est limitée, or il n’y a pas de limite aux « il faut » et « il ne faut pas », et si, avec nos limites, nous essayons de nous conformer aux « il faut » et « il ne faut pas » qui sont sans limites, tout ce qui va nous rester c’est l’angoisse d’être incapables de nous y conformer. Pourtant, les gens courent toujours après les « il faut » et « il ne faut pas ». Et leur anxiété augmente.
On suit la voie de l’hygiène avec comme seul résultat la multiplication des « il faut » et « il ne faut pas » ; les « il faut » et « il ne faut pas » auxquels les gens doivent faire attention se multiplient de plus en plus ; et alors l’angoisse d’avoir à observer ces règles conjuguée avec la peur de ne pas en être capable rend les gens toujours plus timorés et abattus, et l’envers de la médaille est que l’angoisse et la peur augmentent le pouvoir d’action des facteurs causes de maladies et de mauvaise santé.

Noguchi Haruchika. Photo issu de http://noguchi-haruchika.com
Noguchi Haruchika. Photo de http://noguchi-haruchika.com

Déconnectée de la question fondamentale qui est de mettre en valeur la vie, l’hygiène s’efforce seulement d’éviter la mauvaise santé, de se  garder de ce qui est nocif, d’échapper aux choses qui font peur ; et comme cela il devient difficile pour les gens d’être pleinement vivants. Manger autant qu’on peut, dormir autant qu’on veut, s’épargner la peine dans toute la mesure du possible, se reposer autant que l’on peut, prendre un tas de médicaments, éviter la chaleur et ne pas aimer le froid, se couvrir plus que nécessaire, et vivre dans la sécurité par ces moyens – est-ce qu’on peut appeler ça la santé? Peut-on appeler hygiène ces méthodes, pour l’élaboration desquelles les êtres humains ont utilisé chaque bribe de connaissance qu’ils possèdent?
Quelle force y a-t-il dans une énumération de formes? Cela ne fait que vicier l’esprit humain. Est-ce que cela ne fait pas dépérir la vie?
Vivre de façon saine et pleinement vivante veut dire ne pas se laisser décourager par le froid, la chaleur, le vent ou l’humidité, travailler sans se fatiguer, dormir d’un sommeil sans rêves, trouver délicieux tout ce que l’on mange, et avoir toujours du plaisir à vivre ; cela ne signifie pas ne pas tomber malade. Ne pas tomber malade ne devrait pas être un but, mais un résultat. Les gens sains ne sont pas intimidés par la maladie, et ils traversent la maladie, quand ils en ont une, de façon splendide, n’en devenant que plus énergiques et pleins de vie ; et vous n’avez pas besoin de lire des choses sur l’expérience de Nietzsche pour comprendre cela. Quand les « il faut » et « il ne faut pas » contrôlent l’activité humaine, alors les êtres humains ont déjà forgé des chaînes pour eux-mêmes. La connaissance est une arme pour les êtres humains, et un pouvoir pour l’accomplissement de leurs intentions. Mais quand on accumule les connaissances et que la liberté des êtres humains est restreinte, les gens deviennent incapables de vivre avec vivacité à cause des « il faut » et « il ne faut pas », un peu comme les bois d’un cerf deviennent pour lui une gêne. Et alors il n’y a rien de mieux à faire que de se libérer en tranchant cette connaissance et en la jetant.
Quand vous voulez manger, mangez ; quand vous voulez dormir, dormez ; quand vous voulez travailler, travaillez. Ce n’est pas qu’on doit manger, ce n’est pas qu’on doit dormir, il ne s’agit pas de travailler parce qu’on doit le faire. Il s’agit encore moins de manger, de dormir ou de travailler en fonction de ce que dit la pendule. Il ne s’agit pas de vivre la vie de demain en conformité avec la connaissance d’hier. Demain est fait pour ouvrir un nouveau chapitre sur la base de l’expérience de demain. La connaissance venant du passé, les chaînes de l’habitude – séparez-vous de ces choses et vivez pleinement la vie. L’activité vitale d’une vie toujours renouvelée appartient à ceux qui vivent sans jamais avoir de chaînes.

(A suivre)

publié dans la revue Zensei. Traduction de l’École Itsuo Tsuda

Note :

  • Illustration :  Tchouang-Tseu et une grenouille. Auteur inconnu
  • « L’empereur de la mer du Sud était Illico, l’empereur de la mer du Nord était Presto, l’empereur du milieu était Chaos. Comme chaque fois qu’ils s’étaient retrouvés chez Chaos celui-ci les avait reçus avec la plus grande aménité, Illico et Presto se concertèrent sur la meilleure façon de le remercier de ses bontés : »Les hommes, déclarèrent-ils, ont sept ouvertures pour voir, entendre, manger, respirer. Lui seul n’en a aucune. Et si on les lui perçait? » Chaque jour ils lui ouvrirent un orifice. Au septième jour Chaos avait rendu l’âme. »
    Les Œuvres de Maître Tchouang, traduction Jean Levi, chapitre sept.