Archives par mot-clé : mouvement régénérateur

L’état de santé selon le Seitai #2

Suite des entretiens ou Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) depuis quarante ans, revient  à l’essentiel des thématiques autour du Seitai et du Katsugen Undo. Pour cette deuxième vidéo, c’est la notion de santé selon le Seitai qui est abordée.

Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du SeitaiItsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

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Seitai et Katsugen Undo #1

Beaucoup de choses sont dites et circulent sur le web à propos du Seitai et du Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur). Dans cette série d’entretiens, Régis Soavi, qui enseigne et initie les personnes au Katsugen Undo depuis quarante ans, revient  à l’essentiel pour répondre à cette question « Qu’est-ce que le Seitai et le Katsugen Undo ? ».

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Quelques informations complémentaires :

Le Seitai a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur) est un exercice du système moteur extrapyramidal faisant partie du Seitai.  Itsuo Tsuda (1914-1984) qui introduisit le Katsugen Undo en Europe dans les années 70 en disait «Le corps humain est doué d’une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté […] est du ressort du système moteur extra-pyramidal »

Régis Soavi débute la pratique martiale par le Judo à l’âge de douze ans. Il étudie ensuite l’Aïkido, notamment auprès des maîtres Tamura, Nocquet et Noro. Il rencontre Tsuda Itsuo senseï en 1973 et le suivra jusqu’à son décès en 1984. Régis Soavi devient enseignant professionnel avec l’accord de ce dernier, et diffuse son Aïkido et le Katsugen Undo à travers l’Europe.

Bonjour Maladie #2

Régis Soavi parle dans cette deuxième partie de la pratique de yuki, ou il est important de se vider la tête, de se débarrasser de l’idée de guérir les autres. Se vider de toutes intention.

Pour lire la partie 1  –> http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/bonjour-maladie/

Partie #2 yuki

– Comment peut-on définir Yuki?

– Faire passer le ki.

– Comment yuki peut-il aider le déclenchement du mouvement?

– Cela aide dans la mesure où l’on a fait les trois exercices, ou bien les exercices pour le mouvement mutuel (l’activation par les deuxièmes points de la tête ; c’est une autre façon de déclencher le mouvement). Yuki aide parce qu’il active; c’est très important pour moi de dire que yuki est fondamentalement différent de ce dont généralement on entend parler parce que quand on fait yuki, on a la tête vide, on ne guérit personne, on ne cherche pas. On est seulement concentré dans cet acte. Il n’y a pas d’intention et cela est primordial. Dans les statuts du dojo, d’ailleurs, il est souligné que nous pratiquons « sans but ».

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Bonjour Maladie #1

Interview de Régis Soavi sur le Katsugen Undo (ou Mouvement Régénérateur) et sur la notion de maladie dans le Seitai.

« Après avoir lu les livres d’Itsuo Tsuda (1914-1984), fascinée par ses arguments qui abordent librement tout aussi bien l’aïkido que les enfants et la façon dont ils naissent, les maladies ou les souvenirs de Ueshiba Morihei et Noguchi Haruchika, je voulais en savoir plus: la sensation de quelque chose qui m’échappait était restée en moi.

Ainsi ai-je commencé ma recherche pour savoir en quoi consiste effectivement ce mouvement régénérateur (katsugen undo) dont parle Tsuda, un mouvement spontané du corps qui semblerait pouvoir le rééquilibrer sans qu’il soit nécessaire de l’intoxiquer avec des médicaments; concept ancien mais encore révolutionnaire, surtout dans notre société. Je n’ai pas pu obtenir de réponses satisfaisantes à mes questions: ceux qui avaient pratiqué le mouvement régénérateur n’arrivaient pas à me décrire de quoi il s’agissait; la réponse était toujours: « Vous devez essayer vous-même pour comprendre; la première fois, ça va certainement vous bouleverser un peu ». Ainsi je me suis décidée. L’école qui, à Milan fait référence aux enseignements d’Itsuo Tsuda est la « Scuola della Respirazione ». On y pratique l’aikido et le mouvement régénérateur (en séances séparées). Mais pour pouvoir fréquenter les séances de mouvement il faut d’abord participer, pendant un week-end, à un stage conduit par Régis Soavi, qui a continué le travail de Tsuda en Europe.

Regis Soavi en conférence
Regis Soavi en conférence, Paris.

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Seitai-do ?

Récemment nous avons été interpellés à propos de cette phrase : H.Noguchi, créateur du Seitai et du Katsugen undo. Le Katsugen undo serait-il séparé du Seitai ? Fait-on du Seitai quand on fait du Katsugen undo ?

Notre École, qui s’inscrit dans la lignée « Tsuda », propose la pratique du Katsugen undo ‒ traduit par Mouvement régénérateur ‒ telle qu’elle a été transmise par Itsuo Tsuda dans les années soixante-dix. Itsuo Tsuda a-t-il volontairement écarté le Seitai de son enseignement, ne souhaitant transmettre QUE le Katsugen undo ?

Si il est véridique qu’il n’a pas formellement enseigné le Seitai soho (technique Seitai), tous les livres qu’écrivit Itsuo Tsuda parlent de Seitai. Tous sans exception.

Alors, Seitai ? Katsugen undo ?

Nous tenterons ici d’affiner notre positionnement et d’apporter des éléments de réponse :Lire la suite

Lettres inédites #2

Suite de la  correspondance d’Itsuo Tsuda dont nous publions quelques lettres, avec l’aimable autorisation de Bernard et Andréine  Bel. Le lien pour lire la  première lettre.

Itsuo Tsuda au dojo, ParisIl s’agit ici des réponses apportées par Itsuo Tsuda, entre 1972 et 1979,  à un jeune couple qui commence à pratiquer le mouvement régénérateur. On suivra ainsi dans ces lettres leur désir de faire connaître autour d’eux, dans leur ville, cette découverte.

Cette lettre faisait suite à un courrier dans lequel nous faisions part à Itsuo Tsuda de notre séjour à Saanen au mois de juillet, au cours duquel nous avions fait pratiquer le mouvement régénérateur à un groupe de personnes – dont un grand nombre d’élèves d’Yvon Achard, professeur de yoga à Grenoble. La réaction du groupe avait été enthousiaste. La réflexion d’Itsuo Tsuda sur la tendance des occidentaux à tout amalgamer nous a incités à une très grande prudence. Nous avons eu soin de ne jamais emprunter ce terme alors même que nos séances étaient en tout point identiques à celles organisées par Katsugen-kai. C’est aussi à cette époque que nous avons pris la décision de ne jamais accepter d’argent des participants : « en famille et entre amis »… Andréine Bel
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Haruchika Noguchi

Il naît à Ueno, un quartier de Tokyo, en septembre 1911. Tout commence à l’âge de trois ou quatre ans lorsqu’il est surpris d’avoir apaisé le mal de dent d’une personne, simplement en posant les mains sur elle. C’était un enfant, ses mains allaient vers la cible, sans qu’il se rende compte de ce qu’il faisait. Son premier exploit, il l’accomplit à douze ans, quand il obtient la guérison de ses voisins qui souffraient de dysenterie, après le grand tremblement de terre qui frappe la région de Tokyo, en 1923. Dès cet âge, il commence à recevoir des gens qui lui demandent d’être soignés. à l’époque il n’avait aucune connaissance, pas même élémentaire, en anatomie et en médecine. Adolescent, il commence à prendre conscience des conséquences de ses actes. Au début il croyait, comme cela arrive à presque tous les guérisseurs, qu’il avait un pouvoir exceptionnel qu’il était le seul à posséder. Il y trouve sa propre vocation mais ne s’arrête pas à ce stade, il continue. Il étudie en autodidacte toutes les méthodes thérapeutiques orientales et occidentales. à quinze ans, il ouvre un dojo à Iriya. à dix-sept ans, il formule Préceptes de la vie pleine (Zensei Kun), qui permet de mieux comprendre sa pensée. En 1930, il écrit les Réflexions sur la vie intégrale, un texte surprenant pour un jeune homme qui avait alors seulement dix-neuf ans.

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Lettres inédites #1

mouvement régénérateur
Itsuo Tsuda à Genève, séance de mouvement régénérateur

La Correspondance d’un auteur, d’un philosophe, révèle souvent au-delà du particulier des vues d’ordre général. C’est le cas avec cette correspondance d’Itsuo Tsuda dont nous publions quelques lettres, avec l’aimable autorisation d‘Andréine et Bernard Bel.
Il s’agit ici des réponses apportées par Itsuo Tsuda, entre 1972 et 1979, à ce jeune couple alors qu’il commence à pratiquer le mouvement régénérateur. On suivra aussi, dans ces lettres leur désir de faire connaître autour d’eux, dans leur ville, cette découverte.
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#1 La respiration, philosophie vivante

respiration philosophie vivanteSix Interviews de Itsuo Tsuda « La respiration philosophie vivante » par André Libioulle diffusées sur France Culture dans les années 1980.

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Chez le philosophe du ki #2

Suite et fin du reportage publié dans la revue Question de en 1975, réalisé par Claudine Brelet (anthropologue, experte internationale et femme de lettres française) auprès d’Itsuo Tsuda.

Partie #2Itsuo tsuda Katsugen undo philosophe du ki
Pourrait-on « fusionner » respiration et visualisation ?
– Effectivement, visualiser constitue l’un des aspects du Ki. La visualisation joue un rôle fondamental, primordial dans l’Aïkido. C’est un acte mental qui produit des effets physiques. La visualisation fait partie de l’aspect « attention » du Ki. Lorsque l’attention est localisée, arrêtée au poignet, par exemple, la respiration devient superficielle, perturbée… on oublie tout le reste du corps.Lire la suite

Chez le philosophe du Ki #1

Ce reportage a été publié dans la revue Question de en 1975. Claudine Brelet (anthropologue, experte internationale et femme de lettres française), qui a réalisé ce reportage et cet entretien, a été l’une des premières élèves d’Itsuo Tsuda.

Partie #1
itsuo tsudaÀ la lisière du bois de Vincennes, tout au fond d’un jardin de la banlieue parisienne, il existe un dojo bien particulier. Un dojo, c’est-à-dire un lieu où se pratiquent l’Art de la respiration et les Arts martiaux. Ce n’est pas un gymnase. C’est plutôt un lieu sacré où « l’espace-temps » est différent de celui d’un lieu profane. On salue en y entrant pour se sacraliser et en sortant pour se désacraliser. Lire la suite

A la recherche du moment juste

L’écrivain et metteur en scène Yan Allegret s’intéresse depuis vingt ans à l’Aïkido et à la culture japonaise traditionnelle. Il a pratiqué dans différents clubs et dojos en France et au Japon, en s’intéressant à la notion de dojo : ce qui fait qu’un espace devient, à un moment «le lieu où l’on pratique la voie». Après sept années, il découvre un endroit particulier, niché au cœur du vingtième arrondissement parisien. À la découverte d’un dojo traditionnel à Paris : le dojo Tenshin de l’Ecole Itsuo Tsuda.

Cela se passe aux alentours de 6 heures du matin. Des gens sortent de chez eux et se dirigent vers un lieu. À pied. En voiture. En métro. Dehors, les rues de Paris sont encore ensommeillées, quasi-désertes. L’aube est proche. La séance d’Aïkido commence à 6H45. Le rythme de la ville est encore celui de la nuit. Ceux qui sont dehors n’ont pas revêtu les armures nécessaires à la journée de travail qui s’annonce. Quelque chose demeure en suspens. Avec la naissance du jour, on a l’impression de marcher dans un interstice.

C’est dans cet interstice qu’on trouve le dojo Tenshin de l’école Itsuo Tsuda. Dans ce lieu dédié à l’Aïkido et au Katsugen Undo, les séances sont quotidiennes. Tous les matins, la séance a lieu, quels que soient le temps, les week-end ou vacances, à l’exception du premier janvier, jour de la cérémonie de purification du dojo. L’aube influence la pratique. Cette porosité a été de tous temps prise en compte dans la tradition japonaise. Il suffit de relire le «Fushi Kaden» de Zeami*, créateur du théâtre Nô, pour comprendre à quel point les arts traditionnels ont été à l’affût du «moment juste» (prenant en compte l’heure, le temps, la température, la qualité du silence, etc.) pour parfaire leur art. En marchant vers le dojo à 6H30, on s’en rend compte. Pratiquer le matin crée un relief. L’esprit n’est pas encore assailli par les préoccupations de la vie sociale, familiale. Le mental n’a pas encore pris les commandes. On arrive comme une feuille blanche au 120 rue des Grands Champs.

L’association Tenshin existe depuis 1985 et s’est implantée ici depuis 1992. Elle fut fondée par un groupe de personnes désireuses de suivre l’enseignement d’Itsuo Tsuda, transmis par Régis Soavi. Itsuo Tsuda fut élève de Morihei Ueshiba et de Haruchika Noguchi (fondateurs de l’Aïkido et du Kastugen Undo). Le sensei actuel, Régis Soavi, fut quant à lui l’élève direct de Maître Tsuda. Le dojo n’est affilié à aucune fédération. Il suit son chemin associatif, indépendant et autonome, avec continuité et patience.

Lorsqu’on passe le pas de la porte, on sent qu’on entre «quelque part». Une forme de densité et de simplicité mêlées se dégage de l’endroit. En japonais, on dirait que le «ki » du lieu est palpable. L’espace est silencieux. Les gens sont réunis autour d’un café, dans une pièce vaste aux grandes fenêtres. À côté, l’espace des tatamis sommeille encore. Les gens arrivent, entre 6H20 et 6H45 : des hommes et des femmes de tous âges, de tous horizons et de tous niveaux. Le sensei, Régis Soavi, est là aussi, à prendre le café avec les autres. Lorsqu’il s’absente pour aller donner des stages dans les autres dojos de l’école, les séances sont assurées par d’autres. La constance de la pratique est protégée.

Tenshin Paris

Le dojo est vaste. L’espace des tatamis est recouvert d’une grande bâche beige. Tous les murs sont blancs. Le tokonoma central comporte une calligraphie de Maître Tsuda. Les portraits des fondateurs (Ueshiba pour l’Aïkido, Noguchi pour le Katsugen Undo et Tsuda pour le dojo) sont situés sur le mur opposé. Il est 6H45 environ. Les pratiquants se dirigent vers les vestiaires. La séance va commencer. Les tatamis ont été laissés au repos depuis la veille. En dehors des séances, l’endroit n’est pas loué, rentabilisé, utilisé pour d’autres cours. On commence alors à comprendre d’où vient ce «quelque chose» qu’on a senti en entrant. Un vide est au travail. Autre élément capital dans la tradition japonaise : l’importance d’un vide qui relie.

Entre les séances, on laisse l’espace se recharger, se reposer, à l’instar d’un corps humain. Il faut avoir vu l’endroit nu et silencieux, comme une bête au repos, pour comprendre la réalité de ce fait. Les pratiquants s’assoient en seiza, le silence se fait et la séance commence. Celui qui conduit fait face à la calligraphie, un bokken à la main, puis s’assoit. On salue une première fois. Ensuite vient la récitation du norito, une invocation shintoïste, par celui qui conduit. Maître Ueshiba commençait chaque séance ainsi. Maître Tsuda, coutumier de la mentalité occidentale, n’avait pas jugé nécessaire de traduire cette invocation. Il avait insisté seulement sur la vibration qui s’en dégage, le travail de la respiration. Bien sûr, la dimension sacrée est présente. Mais pour autant, pas de religiosité, pas de mystique «japonisante» dont les Occidentaux sont parfois friands. Non. Ici, c’est beaucoup plus simple. En entendant le norito, on sent résonner quelque chose dans l’espace qui favorise la concentration, le retour en soi. Comme on peut être touché par un chant sans avoir besoin d’en comprendre les paroles.

S’ensuit la «pratique respiratoire», une série de mouvements que l’on fait seul. Maître Tsuda a gardé cette partie du travail que faisait Maître Ueshiba et qui a pu être abusivement considérée comme un échauffement. Le terme d’échauffement est restrictif. Il n’engage que le corps et suppose que la pratique, la vraie, commencera après. Dans les deux cas, c’est faux. Un seul mouvement peut être approfondi à l’infini et implique, si on travaille dans ce sens, la totalité de notre être.

Vient ensuite le travail à deux. On choisit un partenaire. Aucune forme de hiérarchie ne prédomine. On pourra un jour pratiquer avec un débutant, le lendemain avec une ceinture noire. On travaille quatre à cinq techniques d’Aïkido par séance. Le Sensei fait la démonstration d’une technique, puis chacun s’y essaye à tour de rôle avec son partenaire. Ce qui se dégage de la pratique, c’est l’importance de la respiration et l’attention à ce qui circule entre le partenaire et soi. Une circulation qui, en prenant le postulat du combat comme point de départ, aboutit au-delà. Un au-delà du combat.

Ce n’est sans doute pas par hasard que Régis Soavi utilise le terme de «fusion de sensibilité» pour parler de l’Aïkido. «La voie de fusion de ki». Sur les tatamis, pas de confrontation brutale. Mais pas de condescendance molle non plus. L’Aïkido pratiqué ici est souple, clair, fluide. On voit les hakamas décrire des arabesques dans l’air, on entend des rires, des bruits de chutes, on voit des mouvements très lents puis, soudain, sans un mot, les partenaires accélèrent et paraissent entrainés dans une danse, jusqu’à ce que la chute les libère.

On repense à la phrase de Morihei Ueshiba : «L’Aïkido est l’art de s’unir et de se séparer».

Il n’y a pas de passage de grade. Pas d’examen. Pas de dan ni de kyu. À la place, le port du hakama et la ceinture noire. Les débutants quant à eux sont en kimonos blancs et ceinture blanche. Le moment juste pour porter le hakama est décidé par le pratiquant lui-même, après en avoir parlé avec des anciens ou le sensei. Choisir de porter le hakama implique d’assumer une liberté, mais aussi une responsabilité. Car l’on sait que les débutants prendront plus facilement pour modèles ceux qui portent la jupe noire traditionnelle. La question du grade est retournée comme un gant. La clé n’est pas à l’extérieur. C’est sa propre sensation que l’on doit affûter, pour reconnaître le moment juste. Bien sûr, on peut se tromper, on met le hakama trop tôt, ou trop tard. Mais le travail est enclenché. C’est en soi que l’on doit chercher. Quant à la ceinture noire, le sensei un jour la remet au pratiquant qu’il estime apte à la porter, ce dernier n’étant d’ailleurs jamais au courant de cette décision. Et c’est tout. La personne portera la ceinture noire. Pas de blabla. Le symbole est pris pour ce qu’il est: un symbole et rien de plus. Le chemin n’a pas de fin.

En voyant le sensei faire la démonstration du mouvement libre, dans lequel les techniques s’enchaînent spontanément, on repense au terme qui revient souvent dans les ouvrages et l’enseignement d’Itsuo Tsuda : « Le non-faire ». Et c’est probablement cela qui donne cette atmosphère si particulière au dojo, avec l’aube, l’odeur des fleurs devant le tokonoma et le vide. Une voie du non-faire. La séance s’achève. Le silence revient. On salue la calligraphie, le sensei. Ce dernier sort. Ensuite, les pratiquants quittent l’espace ou plient leur hakamas sur les tatamis.

Plus tard, après s’être changé, on se retrouve autour d’un petit déjeuner, vers 8H30, dans la salle qui jouxte les tatamis. On cherche à en savoir plus sur le fonctionnement du dojo. Pour que cet endroit vive, qu’il soit à la fois vivant et autonome financièrement, une énergie considérable est investie par les pratiquants. Certains ont fait le choix d’y consacrer une grande partie de leur vie. Ils sont un peu comme des uchi deshi japonais, des élèves internes. En plus de la pratique, ils gèrent la colonne vertébrale du dojo, relayés ensuite par les autres pratiquants qu’on pourrait associer à des élèves externes. Tout le monde participe, est encouragé à prendre des initiatives et à se responsabiliser. Un ancien résume l’enseignement reçu : « L’Aïkido. Le Katsugen Undo. Et le dojo. » La vie d’un dojo est ici un travail à part entière, une occasion unique de mettre en pratique en dehors des tatamis ce que l’on apprend sur les tatamis. Plutôt qu’un refuge, une serre, l’image serait plutôt celle d’un terrain à ciel ouvert au milieu de la ville, dans lequel on se met en jachère à l’aube, où l’on défriche ses mauvaises herbes pour laisser place, peu à peu, à d’autres floraisons. On regarde l’espace vide des tatamis une dernière fois avant de partir. Il paraît respirer. Le jour s’est levé et la ville à présent est dans un rythme rapide et bruyant. Elle nous attend. On quitte le dojo et l’on marche au dehors, avec un très léger sourire.

Dans un monde d’accumulation et de remplissage effrénés, il existe des endroits où l’on peut travailler par le moins. Celui-là en fait partie.»

Article de Yan Allegret paru dans Karaté Bushido de février 2014.

* Zeami. La tradition secrète du Nô. Traduction René Sieffert. Gallimard/Unesco.

Vers le mouvement du Non Faire

 

Bruno Vienne est cinéaste, réalisateur animalier et aventure humaine, membre de l’expédition TARA ARCTIC aubruno_vienne Pôle Nord, et également un ancien élève d’Itsuo Tsuda.

Au bout d’une trentaine d’années de pratique, il sent que c’est le moment de partager ce qu’il a compris et ressenti dans l’approche du Mouvement Régénérateur et de la pratique respiratoire de Maître Ueshiba (fondateur de l’Aïkido). Il nous invite à une plongée dans notre infini potentiel intérieur.

« Serons-nous capables de passer le cap pour une nouvelle humanité ?

Tout est là, c’est l’enjeu des prochaines années…

Les clignotants rouges sont allumés depuis déjà longtemps en ce qui concerne notre façon d’utiliser l’énergie et l’eau sur terre.
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Pour une écologie du corps humain

Décembre 2013, paru dans le quotidien italien « Il Manifesto ». Entretien avec Régis Soavi.

regis soavi aikidoAujourd’hui de nombreuses personnes avec toutes sortes d’idées politiques et d’autres sans idées politiques précises, se préoccupent de la façon dont leurs comportements individuels peuvent influer sur l’environnement : acheter des produits biologiques, de la production locale, mieux recycler les déchets, choisir des prestataires de services plus respectueux de l’environnement, réduire la consommation énergétique etc.

Au niveau du débat politique, malgré tout, la rhétorique écologiste fonctionne toujours, même en temps de crise.
En tous cas, l’attention portée collectivement aux conditions et à la qualité de la terre, de l’air et de l’eau est grande, pour diverses raisons, que ce soit par sens des responsabilités ou simplement par sens des affaires.

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Amateur ?

Itsuo Tsuda se considérait comme un écrivain, un philosophe. Et comme un amateur en Aïkido, pour le Nô et la calligraphie…

Et voici un extrait de Maître Tsuda qui nous éclaire à ce propos :

« Un mot sur l’enseignement ésotérique qui avait été pratiqué à l’époque féodale et conservé jusqu’avant la Deuxième Guerre itsuo tsuda seizaMondiale au Japon.
L’enseignement, qu’il s’agisse d’un art martial ou d’un métier traditionnel, était de deux sortes : l’une s’adressait aux amateurs, et l’autre à ceux qui voulaient en faire leur carrière.
Chose vraiment curieuse qui choquerait bien notre conception basée sur les principes de l’éducation moderne, c’est que l’enseignement complet n’était réservé qu’aux amateurs.
Que faisaient-ils, les vrais apprentis professionnels alors ? Ceux-ci vaquaient, du matin au soir, sans une minute de répit, aux travaux de ménage, au nettoyage de la maison et du jardin, aux soins à porter aux vêtements du maître, à la préparation de sa nourriture et de son bain, enfin à tout, et tous en parfaits esclaves. S’il y avait le moindre défaut dans ces travaux, le maître les réprimandait sévèrement. Et avec tout cela, ils n’avaient pas accès aux leçons dont jouissaient les amateurs.
Combien n’était-ce pas irrationnel ? C’était diamétralement opposé à l’enseignement moderne.
Irrationnelle, certes, dans un sens, cette méthode ne l’était pas dans un autre.
C’est que ces esclaves-apprentis brûlaient du désir de connaître l’enseignement du maître, d’autant plus qu’ils en étaient privés. Tout ce qu’ils pouvaient en obtenir était quelques paroles entendues au hasard du vent, des réprimandes, des gestes et des manières du maître, des bribes de démonstrations accordées aux amateurs, entrevues par la fissure d’une porte, etc.
Le désir étant intensifié par la privation, ils devenaient des espions, des voleurs de l’enseignement. Assoiffés, ils ne laissaient échapper aucun des détails qui leur parvenaient.
Le diamant est précieux parce qu’il est rare. S’il y en avait en abondance, on en aurait brûlé dans le poêle pour se chauffer.
Entre maître et amateurs, il y avait communication. Entre maître et apprentis, il y avait transmission inconsciente, d’âme à âme. Il y avait un travail intense de visualisation qui façonnait les derniers. Tout était axé sur la préparation du terrain chez les aspirants dont le succès ou l’insuccès dans leur carrière était une question de vie ou de mort, ce qui n’existait pas chez les amateurs.
Dans certains métiers, le maître choisissait un apprenti le moment venu, organisait une réception en son honneur, s’inclinait devant ce dernier, en s’excusant de sa dureté des années passées et déclarait qu’à partir de ce moment il n’était plus apprenti mais maître au même titre que lui. L’apprenti pouvait très bien en rester stupéfait, car durant ces années il n’avait peut-être rien appris de substantiel du tout.
Aujourd’hui, tout a changé. Partout dans le monde, l’éducation est standardisée. L’amateur viendra prendre des leçons pour son plaisir. L’apprenti professionnel aura un entraînement plus intense. Mais le problème du terrain reste.
L’homme est devenu, aujourd’hui, une sorte d’encyclopédie. Il connaît un peu de tout. Il est bien informé, non pour faire quelque chose, mais pour communiquer et pour faire un rapport. Il pourra étudier la natation, discuter sur son utilité, relater son histoire, sans bouger de son fauteuil, sans jamais se mettre dans l’eau. »

A la decouverte de l’Aïkido et du Mouvement Régénérateur, l’Art du Non-Faire

Que sont l’Aïkido et le Mouvement régénérateur ? Comment en faire des moyens pour vivre le quotidien ? C’est de cela dont nous parle Régis Soavi, disciple direct de Me Itsuo Tsuda, qui fut lui-même l’élève de Maître Ueshiba et de Maître Noguchi.  Article de  Francesca Giomo

De l’Aïkido je ne connaissais que le nom, avant d’être invitée à participer à quatre séances pour pratiquer ce « non-art martial » à la Scuola della Respirazione, rue Fioravanti à Milan.
Les séances d’initiation avaient lieu les lundis soirs à 7 heures, aucune partie théorique, seulement la pratique. On regardait d’abord la démonstration de la technique par les élèves plus anciens, ensuite, on l' »exécutait » directement.
L’Aïkido dont nous allons parler et que j’ai commencé à connaître est celui de Maître Itsuo Tsuda, élève du fondateur de la pratique , Morihei Ueshiba. Maintenant Régis Soavi poursuit la recherche commencée par Me Tsuda, en enseignant dans différents dojos en Europe, comme la Scuola della Respirazione à Milan. Tsuda de son vivant s’occupait aussi du Mouvement Régénérateur (Katsugen Undo), mis au point par Haruchika Noguchi, et qui est aussi pratiqué, en plus de l’Aïkido, au dojo de Milan. C’est de ces deux pratiques dont nous parle directement Régis Soavi, dans l’interview qui suit.

– Qu’est-ce que c’est l’Aïkido ? Peut-il être défini comme un art martial ?

L’Aïkido est un non-art martial. En fait l’origine de l’Aïkido, c’est un art martial qui s’appelle le Ju Jitsu. La vision de Maître Ueshiba a transformé cet art martial en un art d’harmonie et de fusion entre les personnes. C’est pour cela qu’il ne s’agit plus d’un art martial comme aux origines, mais d’un non-art martial.

– C’est donc Maître Ueshiba qui a inventé l’Aïkido ?

Oui, c’est Ueshiba, qui est mort en 1969. Mais le fait qu’à la base de l’Aïkido il y ait le Ju Jitsu, c’est important d’en avoir conscience parce qu’ainsi on comprend comment Ueshiba avec l’Aïkido en a changé l’esprit. Aï-Ki-Do signifie voie (do) de l’harmonie (aï) du Ki, voie de fusion du Ki. Sa ligne d’orientation a de fait transformé un art martial en quelque chose d’autre. Dans l’Aïkido on ne peut pas, par exemple, parler de se défendre, mais plutôt de se fondre.

– Ueshiba est le fondateur de l’Aïkido, mais l’enseignement de la Scuola della Respirazione se réfère, par contre, à Maître Itsuo Tsuda.

Oui, Tsuda est mort en 1984. A travers ses livres il a fait passer le message de Ueshiba, dont il fut l’élève pendant dix ans, comme moi j’ai été le sien. Après la mort de Ueshiba se sont formées différentes écoles d’Aïkido. Certaines ont préféré retourner à un art martial type Ju Jitsu, d’autres ont fait de l’Aïkido un sport. Nous cherchons à comprendre ce qu’a dit Maître Ueshiba en réalité.

– Maître tsuda a connu Maître Ueshiba assez tard dans la vie ? Pratiquait-il des arts martiaux auparavant ?

Tsuda était un intellectuel. Il n’avait jamais pratiqué d’arts martiaux. Il avait étudié en France avec Marcel Granet et Marcel Mauss, il était intéressé par le Ki . Il a commencé ses recherches dans cette direction et il a découvert d’abord Katsugen Undo, et ensuite l’Aïkido . Tsuda, grâce à Ueshiba a vu comment on pouvait utiliser le Ki dans l’art martial. Il avait 45 ans quand il a commencé, sans avoir jamais pratiqué avant ni karaté, ni Judo ni aucun autre art martial.

– Ce n’est pas facile pour un occidental de comprendre ce qu’est que le Ki.

Tout le monde en parle à présent. Il suffit de penser au Taï Chi Chuan, au Qi Qong… Tout le monde le connait du point de vue mental, cependant très peu en font l’expérience du point de vue physique. Mais cela, on ne peut pas l’expliquer. Chacun doit le sentir, il n’existe pas d’explication. Ca ne nous intéresse pas, l’explication de ce qu’est le Ki, ce qui nous intéresse c’est seulement comment l’utiliser. C’est un peu comme expliquer ce qu’est l’amour. Aujourd’hui on peut faire des analyses de l’odeur des femmes, de celle des hommes, etc… Mais ça ne suffit pas, sinon nous ne sommes que des animaux… On n’explique pas l’amour, l’amour est une rencontre entre deux êtres et n’arrive pas parce que lui a la barbe, etc, etc… Il en est ainsi aussi pour le Ki.

– En parlant de la pratique de l’Aïkido, comment s’articule une séance ?

Une séance d’Aïkido est un moment spécial de la journée. Je pratique chaque jour, on peut y retrouver un certain aspect sacré. Au début de la pratique, il y a des gestes rituels dont il n’est pas important de connaître le sens, mais c’est fondamental de les faire, cela procure quelque chose. Il y a aussi la récitation du norito (un texte d’origine shintoïste récité en japonais), qui est une récitation de purifcation. Personne ne sait ce que veulent dire ces paroles entonnées, mais quand la récitation est bonne, il y a une vibration interne qui agit. Cela peut sembler très mystique. Mais si quelqu’un écoute des lieders de Schubert, par exemple, exécutés par un bon chanteur, s’il ne connaît pas l’allemand il ne comprend rien, mais quand il écoute le chant, il se passe quelque chose soit de triste, soit de joyeux, il y a un effet généré. Comme quand on regarde une représentation du théâtre Nô, on ne comprend rien, c’est en japonais, mais les gestes et les mouvements créent des effets. Et ce n’est pas mystique, mais réel.

– Quand nous avons assisté à une des dernières parties de la séance, la partie du mouvement libre, grâce à la succession des attaques et des « fusions », il nous semblait assister à une improvisation…

RS – Oui, en fait, il s’agissait d’une improvisation.

– Il faut une technique spéciale pour faire le mouvement libre ?

Même s’il s’agit d’une improvisation, il y a des gestes un peu rituels. On ne peut pas attaquer au hasard, mais d’une certaine façon, ça dépend de la posture de celui qui est attaqué, disons comme ça. Les gestes de l' »attaquant » correspondent à la posture de celui qui est « attaqué ». Mais dans le cas d’une improvisation, comme quand des musiciens improvisent ensemble, il y a toujours harmonie, autrement cela engendre le chaos. Donc on dépasse la technique et on crée l’harmonie. Tout le monde peut le faire. Chacun le fait à son niveau. Au début on le fait plus lentement, avec une technique que l’on connait. On n’invente pas quelque chose de vraiment nouveau.

– Quelle importance a la respiration dans l’Aïkido ?

Quand on parle de respiration dans un tel contexte, on parle du ki. Il ne faut pas penser en termes de respiration au niveau des poumons. C’est une respiration du corps qui permet d’être plus en harmonie. Quand on agit c’est expiration, quand on reçoit c’est inspiration.
La respiration pulmonaire, quand on commence à pratiquer, devient plus ample. Tout le corps respire et devient plus élastique et souple, le Ki s’écoule mieux. En ce sens la respiration sert à assouplir les personnes, à trouver un rythme dans la pratique, car si quelqu’un ne respire pas correctement, au bout de cinq minutes il n’a plus de forces. Pour cette raison, au début des séances on pratique lentement, parce que l’on harmonise les gestes à travers la respiration. Les gestes, donc, sont harmonisés par la respiration.

– Au début de la séance, il y a le maître qui fait une respiration très particulière, très forte, mais en fonction de quoi exactement ?

Cette respiration sert pour expirer à fond, pour vider. Il y a une déformation habituelle commune à beaucoup de personnes par rapport à la respiration. Aujourd’hui, en fait, les personnes ont tendance à retenir toujours un peu d’air, ils ne respirent pas à fond. Ils retiennent la respiration pour être toujours prêts à se défendre, à donner des réponses. A la fin la respiration, n’étant jamais réellement vide, ne peut être profonde et le souffle manque. Donc, la séance commence en faisant sortir tout l’air, comme ça avec lui sortent aussi les pensées. Elles deviennent vides, nouvelles.

– Où est-ce que l’Aïkido agit au niveau physique ? Quel type de réponse musculaire cela exige-t-il du corps ?

C’est comme dans la vie quotidienne, normalement on utilise tous les muscles, dans l’Aïkido aussi. C’est vrai, par contre, que certaines écoles d’Aïkido ont cherché à faire devenir le corps plus fort. Notre Ecole ne veut pas cela. On ne veut pas être plus fort, juste moins faible. Les muscles ne doivent pas être plus forts pour faire quelque chose de spécial. Avec l’Aïkido on bouge normalement et on fait des gestes quotidiens… comme courir, tourner, gestes normaux que par contre on fait avec une attention spéciale.

– Est-il possible de reporter cette « attention spéciale » dans sa propre vie quotidienne ?

Bien sûr, sinon l’Aïkido ne sert à rien. Certains viennent ici pour devenir plus forts, pour se défendre, mais non. L’Aïkido sert à sensibiliser, à devenir plus sensible et donc sert dans la vie quotidienne. On retrouve une certaine souplesse. Si avant la respiration était trop courte et haute, petit à petit, elle devient plus calme. Cela pour interagir avec les enfants, dans les relations de travail… C’est la vraie utilité de l’Aïkido, servir dans la vie quotidienne.

– Vous pratiquez toujours le matin très tôt ? Pourquoi ?

Moi oui, dans l’Ecole Itsuo Tsuda je pratique ainsi, mais tous ceux qui font l’Aïkido ne pratiqunt pas le matin tôt. Je préfère le matin parce que l’on est plus dans la dimension de l’involontaire, c’est une condition qui permet au corps de se réveiller et de se préparer à la journée.

– A la Scuola della Respirazione on pratique aussi Katsugen Undo, c’est à dire le Mouvement Régénérateur. Quelles sont ses origines ?

C’est une découverte de Maître Noguchi. Au début Noguchi était un guérisseur. Il faisait passer le ki aux personnes pour qu’elles aillent mieux. Mais à un moment donné, il a découvert que la capacité humaine à se guérir tout seul était innée, mais ne fonctionnait plus, ou moins bien. C’est lui qui a découvert qu’en faisant Yuki, c’est-à-dire en faisant passer le ki avec les mains, les corps bougent tous seuls et que cela permet une rééquilibration du corps. Noguchi, donc, a trouvé que certains mouvements permettent au corps de réveiller sa capacité à s’auto-guérir. C’est pour cela qu’est né le Mouvement Régénérateur ou Katsugen Undo, exercice qui permet au corps de réveiller des capacités qu’il ignore détenir.
Tsuda a introduit le Mouvement Régénérateur en France et moi je m’y suis intéressé car j’ai trouvé le lien qu’il y avait entre l’Aïkido et le Mouvement Régénérateur. J’ai réalisé l’existence de tels liens par le fait que quand un corps est sain et retrouve ses capacités, l’Aïkido ne peut plus aller dans le sens de la lutte contre les autres, mais au contraire la volonté d’agir ainsi disparaît. Donc le mouvement régénérateur est très important, à mon avis il est difficile de pratiquer l’Aïkido dans notre école sans le connaître.

– On ne peut s’initier au Mouvement Régénérateur qu’en participant aux stages que vous faites tous les deux mois ?

Pendant le stage je fais des conférences, j’explique et je montre les « techniques » qui permettent de se mettre dans l’état où le mouvement peut se déclencher. Je reviens tous les deux mois pour permettre aux personnes qui pratiquent régulièrement de continuer dans « le bon chemin ». Beaucoup peuvent dévier, peut-être justement parce que dans le Mouvement Régénérateur, il n’y a rien à faire, en réalité, seulement être présent, fermer les yeux, vider la tête. Certains par contre pensent que c’est mieux de faire des séances accompagnées de musique etc, etc….Mais le chemin est ce qui est le plus simple.

– Le Mouvement Régénérateur est-il une chose que nous avons déjà, mais que nous avons oubliée ?

Pas vraiment. Le Mouvement Régénérateur, c’est une activité humaine normale, ce que nous avons oublié c’est de laisser notre corps vivre tout seul. Nous avons perdu la foi en notre corps, en nos capacités, c’est comme si on était traumatisé. Le Mouvement Régénérateur permet de retrouver cela : si avant je ne pouvais pas faire certaines choses, ensuite je peux les faire. J’ai seulement entraîné ma capacité àagir, je ne fais rien d’autre. Cette capacité se trouve dans le système moteur extrapyramidal, le système involontaire. Quand il est entraîné, on retrouve la capacité à se rééquilibrer tout seul. C’est cela la capacité que nous avons déjà. Même les personnes qui ne font pas le Mouvement Régénérateur savent se rééquilibrer toutes seules : quand quelqu’un est fatigué il va au lit, dort et pendant le sommeil le corps bouge,ceci est la capacité du corps à se rééquilibrer. Le Mouvement Régénérateur est une chose que tout le monde a encore un peu, mais la capacité de faire se déclencher le mouvement s’amoindrit, à travers l’entraînement de l’extrapyramidal, on la retrouve.

– Qu’est-ce que le système moteur extrapyramidal ?

C’est le système involontaire, qui permet au corps de se rééquilibrer. Mais le Mouvement Régénérateur agit aussi sur le système immunitaire, qui ne dépend pas du système extrapyramidal, tout en étant aussi une capacité involontaire.
Le mouvement de notre corps n’est pas quelque chose que l’on peut apprendre, mais seulement découvrir, accepter. Le Mouvement Régénérateur agit sur beaucoup de choses, par exemple sur la capacité à maintenir la température du corps, mais pour chaque personne c’est différent, il n’y a pas de mouvement identique ni de réaction identique parce que chaque personne est différente.

– Le maître, face à des personnes qu’il ne connaît pas, doit avoir une sensibilité particulière pour comprendre de quel mouvement chaque participant a besoin ?

Non, car le maître ne peut pas faire le mouvement pour l' »élève », parce que le mouvement est spontané, donc chacun doit trouver le sien. Un entraînement du système involontaire doit commencer par le fait de laisser la carte blanche à l’involontaire. Donc pendant le stage j’explique, je fais faire des exercices, je fais seulement « yuki ». Quelques fois je peux aider la personne à se vider la tête avec quelques techniques mais ensuite le mouvement se déclenche tout seul. C’est comme lorsqu’une personne se gratte, elle sait où et comment le faire, sans que personne ne lui dise rien.

– Qu’est-ce que signifie yuki et faire yuki ?

Yuki signifie ki joyeux et faire yuki  » faire passer le ki joyeux », mais c’est une interprétation…On le fait en posant les mains sur le corps de l’autre.

– On parle de rééquilibre du corps, mais le Mouvement Régénérateur n’est pas une thérapie, mais des exercices qui permettent le réveil de quelque chose…

Oui, parce que la thérapie veut dire que l’on s’occupe du symptôme de la maladie et qu’on prend une responsabilité par rapport à cela. Pas ici. Ici on laisse seulement le corps faire son travail. Si les personnes ont des problèmes et ont besoin de quelque chose, on peut faire yuki et comme ça on active la capacité du reste du corps. Donc ce n’est pas une thérapie. Il y a des conséquences thérapeutiques, cela on peut le dire.

– Tout le monde peut pratiquer le Mouvement Régénérateur ?

Non. C’est déconseillé aux personnes qui ont subi des greffes, parce que si une personne a subi des greffes elle a dans son corps une partie d’une autre personne. Avec le Mouvement Régénérateur, son corps va avoir tendance a expulser la partie qui lui est étrangère. En fait, celui qui subit une greffe doit prendre des médicaments qui lui permettent de faire accepter à son corps l’élément étranger. Le Mouvement Régénérateur active les capacités du corps à se rééquilibrer, donc agit dans le sens de l’expulsion de ce qui est étranger à lui-même. Ca peut bien se passer, par contre, si c’est une greffe avec une autre partie du propre corps de la personne, comme de la peau prise à un endroit et qui est mise à un autre. On n’accepte pas non plus des personnes prenant des médicaments forts, comme la cortisone etc… car ces médicaments vont dans le sens de la « désensibilisation » des personnes, au contraire le Mouvement Régénérateur leur fait retrouver une sensibilité plus vive.

– Combien d’années faut-il pratiquer pour conduire une séance de mouvement Régénérateur ?

Ca n’a pas de sens de parler d’années. Ce sont les pratiquants eux- mêmes qui font les séances. Une année de pratique, cela suffit. Bien sûr pour conduire une séance la personne doit avoir une respiration suffisamment calme et une attitude juste, cordiale, simple, ne pas déranger les autres. En fait, c’est seulement l’involontaire des pratiquants qui agit.

– Pendant la séance, ne peut-il pas arriver des choses sur le plan émotif de la part des personnes les plus fragiles ?

Il n’arrive rien de tout ça, car on découvre que le Mouvement Régénérateur est vraiment naturel. C’est comme si je disais qu’en se grattant quelqu’un se fait saigner. Les personnes ont des tensions dans l’intérieur d’elles-mêmes, mais le Mouvement Régénérateur ne les fait pas sortir , il les fait fondre . S’il y a quelque chose qui n’a plus raison d’être, cela fond.

– Pour permettre au Mouvement Régénérateur de se déclencher, il faut d’abord libérer la tête des pensées, faire « le vide mental », mais comment cela vient-il ?

Pour faire le vide mental, il faut commencer par laisser tomber les pensées qui arrivent. Le vide signifie que s’il y a des pensées, elles passent. Le mental a de toute façon besoin d’agir, mais les pensées n’ont pas d’importance. Au début c’est un peu difficile, mais après on ne s’en préoccupe plus et petit à petit tout va de soi…

Article de  Francesca Giomo  publié sur la web revue  « Terranauta » le 04/01/2006.

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