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Mobilité et conscience corporelle

Par Régis Soavi

Une des grandes forces de l’Aïkido réside dans sa très grande mobilité et ses mouvements de rotations. Les spirales qui en découlent entraînent une combinaison de forces centripètes avec son corrélat, la force dite centrifuge, créant une forme invisible, puisque sans cesse en déploiement : la sphère.

Les techniques qui utilisent une attaque par l’arrière nous offrent la meilleure visualisation de cette sphère. La rotation des planètes qui tournent à la fois sur elles-mêmes et dans le même temps autour d’une étoile nous donne elle aussi un bon exemple de ce que se mouvoir autour d’un centre veut dire. Quant aux météorites qui gravitent non loin, elles rebondissent sur l’atmosphère, ou aspirées par le centre de la planète, s’y écrasent alors que la plupart des comètes elles, s’en éloignent.

Entrer dans la sphère

Quand il y a rotation autour de plusieurs axes parfois mêlés, il devient difficile de savoir où sont les centres, où sont les périphéries, le devant et le derrière. L’un et l’autre peuvent se présenter tour à tour, ils peuvent même s’inverser. Ils deviennent interchangeables, que ce soit dans le cas de Tori comme de Uke, c’est pourquoi l’Aïkido présente de grands avantages sur le terrain des attaques par l’arrière. Quelle que soit la taille ou la grosseur du centre, c’est sa densité qui fait la différence.
O Senseï Morihei Ueshiba bien que de petite taille était capable de projeter un assaillant à grande distance grâce au déploiement de cette force centripète qui se transformait en force centrifuge puis en spirale et même en sphère qui roulait plus loin sur les tatamis. Comment créer cette sphère ayant un centre si dense qu’il devient possible de réaliser des projections de cette nature ? Les saisies par l’arrière nous en donnent l’opportunité. Techniquement elles commencent souvent par une attaque de type Shomen uchi ou Yokomen uchi qui se transforme en saisie d’un ou de deux poignets par l’arrière. C’est le déplacement de Tori qui provoque la mise en danger de Uke et par là même cette quasi-obligation, ou en tout cas cette opportunité, d’immobiliser Tori. Bien que pour les besoins de l’enseignement, il soit au début pédagogiquement nécessaire d’admettre que le partenaire saisisse la main tendue par Tori, cela deviendrait incompréhensible après quelques années de pratique. Je pense que l’on peut même dire que ce serait contre-productif si on est réellement intéressé par notre art. Les saisies directes des deux poignets ensemble par l’arrière sont difficile pour Uke qui préférera dans beaucoup de cas saisir les manches des keikogi. Si le corps est bien centré il est plutôt facile de sortir de cette difficulté seulement en restant concentré sur le Hara et en bougeant le Koshi. Les techniques pertinentes découlerons tout naturellement de la posture des deux partenaires, de leurs respirations respectives, de leur capacité à saisir l’opportunité ou le moment, ainsi que de la détermination que chacun d’entre eux mettra. Bien souvent si Tori suit son instinct réel et non supposé, s’il ne cherche pas une technique ou une clé mais agit avec spontanéité, souplesse et vigilance, il se débarrassera avec facilité de l’emprise de Uke. Du point de vue pédagogique il y a aussi un grand intérêt car les saisies arrières obligent les élèves à bouger de manière différente. En effet, beaucoup d’entre eux ont tendance à travailler en ligne, un peu comme en Karaté, à se tendre pour résister à la pression avec des Tai sabaki et des déplacements de plus en plus courts, la conséquence inévitable est que leurs techniques deviennent de plus en plus dures et, malgré tous leurs efforts, souvent inefficaces.

Régis Soavi ushiro waza la sphère

Imagination ou visualisation ?

Il y a une grande différence si la saisie a pour but une immobilisation « simple » ou une agression « pure et dure » avec les risques que l’on peut encourir. L’entraînement est un jeu de rôle où chacun est à sa place. Pour retrouver ou acquérir les capacités nécessaires au déploiement de notre force vitale il est indispensable de laisser la spontanéité agir grâce aux bases techniques que l’on a travaillées. La visualisation a cependant une place primordiale. La visualisation et l’imagination sont deux fonctionnements profondément différents. L’imagination est une production du cerveau et n’engage que lui, alors que la visualisation a son point de départ dans le Koshi, c’est une production de notre énergie vitale et elle engage tant l’esprit que tout le corps sans qu’il n’y ait l’ombre d’une séparation entre eux. Elle est un acte de concentration primordial et rejoint une sensibilité de type primaire qui surgit de l’involontaire. Elle permet à Uke de rendre les saisies ou les atemis plus concrets et donc à Tori de les ressentir comme suffisamment dangereux pour réagir, même s’ils sont contrôlés. L’imagination, elle, n’entraîne aucune action, tout au moins immédiate et ne peut être ressentie par Tori comme autre chose qu’une attitude ou une posture sans aucune force ni puissance, un mouvement imaginaire, un mouvement rêvé.

Travailler lentement

Pour un travail précis et une juste compréhension de la direction comme de la puissance des forces mises en mouvement, la lenteur me semble indispensable. On peut ainsi augmenter l’efficacité de la saisie sans risque pour le partenaire. Travailler lentement ne veut pas dire être lent mais plutôt travailler au ralenti. Il est important de ne pas se précipiter pour saisir un poignet ou une manche si en le faisant on se découvre, offrant ainsi au partenaire l’occasion de placer un atemi ou simplement de prendre le centre et par là même de nous déstabiliser. Lors d’une saisie en Ushiro katate dori kubi shime, il est très important de faire sentir que cette saisie peut se transformer en étranglement et est, déjà dans les faits, un étranglement (pour cela il suffit de presser sur la partie haute du sternum sans toucher au cou), mais surtout il faut avoir une posture de nature soignée, à la fois ferme, souple, et ne nous mettant pas en danger. C’est seulement grâce à cela que l’on peut comprendre ce que cette saisie a de dangereux. Si on va trop vite dès le début, quand on n’a pas encore la maîtrise de ces attaques, la saisie sera bâclée et la technique risque de se transformer en bagarre de chiffonniers.

la sphère

Si j’ai pas vu pas senti, je meurs (1)

Une des attaques les plus dangereuses que l’on peut avoir à subir est celle que pourrait faire un adversaire habile muni d’un couteau, dans un espace restreint, et qui plus est lorsqu’on a le dos tourné. Lors d’une rencontre amicale avec un combattant de MMA organisée par Karaté Bushido et à propos d’une attaque précisément dans le dos avec un tanto, Léo Tamaki formule cette sentence : « Si j’ai pas vu pas senti, je meurs ». On pourrait dire qu’elle passe inaperçue car elle est évoquée comme une évidence, et elle exprime une réalité incontestable. Elle touche du doigt l’essentiel, car si on ne peut pas voir de dos on peut sentir, pressentir. C’est justement pour cela que dans l’Aïkido comme dans tout art martial il est nécessaire de retrouver et développer la notion de Yomi (le fait de percevoir l’intention, qu’on peut aussi traduire par intuition). C’est indiscutablement un élément essentiel du développement de l’individu par la pratique. On raconte d’ailleurs une anecdote concernant un samouraï qui se retourne au dernier moment pour sauver sa vie en éliminant un ennemi qui l’attaquait alors qu’il avait le dos tourné. Au delà des histoires que nous ne pouvons vérifier par nous-mêmes, il est clair qu’aujourd’hui encore les notions de Yomi ou de Sakki (la volonté d’attaquer, le Ki destructeur) ont toujours droit de cité(2). Concernant surtout les attaques par l’arrière il est plus qu’essentiel de cultiver et d’entretenir notre sensibilité dans cette direction.
Quand la vie est en jeu des forces insoupçonnées peuvent surgir. Il est parfaitement impossible de s’entraîner à faire surgir ces forces, mais divers types d’entraînements dans les arts martiaux peuvent être considérés comme une préparation à l’imprévisible. Toutes les techniques en Aïkido, bien qu’elles ne portent pas ce nom, sont des Katas et leur but n’est pas d’apprendre à détruire un adversaire, un ennemi, mais de réveiller l’individu encore endormi en nous, pour permettre à toutes nos capacités d’être actives dès que l’on en a besoin. Cela ne veut pas dire qu’elles manquent d’efficacité, bien au contraire, car bien utilisées elles peuvent être plus que redoutables, mais il y a peu de chance qu’elles soient applicables à l’identique hors du contexte du dojo, car elles sont enseignées et pratiquées sans la contrainte d’un risque réel, comme par exemple une attaque dans la rue, et les conditions de leur application véritable ne sont pas réunies. Il suffit d’un petit rien pour que tout chancelle.

La peur

La peur, si on veut sortir d’une situation par le haut, est un élément déterminant qui peut changer toute la donne dans un sens comme dans l’autre. Si on est envahi par la crainte, ou si on n’a jamais été confronté à une situation critique, voire réellement dangereuse, il est extrêmement difficile de savoir comment on pourra réagir en cas d’agression. Lors des Randori que nous faisons à la fin de chaque séance dans notre École, et cela quel que soit le niveau, il y a toujours le risque des saisies ou des atemis par l’arrière. Il est donc donné une grande importance aux déplacements, mais encore plus à la sensation de danger qui peut se dégager du ou des Uke, et c’est grâce à cela que peut se développer un « quelque chose » qui sera l’amorce de ce que l’on pourrait appeler l’intuition. Il ne s’agit pas d’une mystique, d’une confiance dans une énergie céleste, mais plutôt d’une réalité que chacun d’entre nous connaît, souvent sans lui donner un nom, qui transcende le quotidien des personnes. Mais comme il s’agit d’une réalité que, a priori, nous ne maîtrisons pas, il est très difficile, et même impossible de compter dessus au risque de voir nos capacités s’évanouir au moment où on en aura le plus besoin. Développer nos capacités de perception au moyen de l’attention est donc un des buts de la pratique, mais ce qui est surtout indispensable, c’est que cela doit permettre qu’émergent des capacités intuitives réellement utilisables dans la vie quotidienne et a fortiori à l’impromptu ou dans les cas graves.

Action et perception

Les sciences cognitives ont ouvert un champ d’étude qui nous permet de comprendre de nombreux aspects de l’être humain, tant du point de vue de la pensée que de l’action. Elle permettent aux pratiquants d’arts martiaux que nous sommes de mettre des noms, d’éclaircir un enseignement qui pourrait paraître obscurantiste. Nous pouvons redonner ses lettres de noblesses à ce que nos maîtres nous ont enseigné lorsque cet enseignement est décrié comme étant une vision mystique du monde. Notamment en ce qui concerne nos perceptions lorsqu’elles sont considérées comme « extra-sensorielles » alors qu’elles ne sont que le fruit du travail et de l’entraînement quotidien d’un art comme l’Aïkido.
Aujourd’hui des chercheurs redéfinissent la perception ainsi : « La perception est une forme d’action. Elle n’est pas quelque chose qui nous arrive ou qui se produit en nous. Elle est quelque chose que nous faisons. » « Notre perception s’exprime dans le langage des potentialités motrices »(3).
C’est à ce sujet que le philosophe M. B. Crawford(4) a écrit : « Notre perception de ces potentialités ne dépend pas seulement de notre situation environnementale, mais aussi de la gamme de compétences pratiques que nous possédons. Face à quelqu’un qui lui cherche querelle dans un bar, un expert en arts martiaux perçoit la position de l’individu en question et la distance qui l’en sépare comme permettant si nécessaire de porter certain coups et en excluant d’autres. C’est la pratique et l’habitude qui lui permettent de voir l’agresseur potentiel sous cet angle. De même, il percevra sans doute le mobilier environnant et les objets à portée de main comme des affordances(5) accessibles en situation de combat. Autrement dit, il voit des choses qui échappent totalement à un quidam »

Ne rien négliger

Dans la pratique de l’Aïkido il n’y a rien d’inutile. Cependant si on néglige l’aspect perception ou le travail de la sensibilité (ce que l’on confond souvent avec la sensiblerie) au profit de la technique, on risque de passer à coté d’un grand pan de la pratique. L’inverse est vrai, bien sûr, mais l’un comme l’autre étant indispensable, il est malgré tout possible pour chacun de ne pas s’en tenir à ce que l’on connaît et d’accepter d’aller vers ce que l’on ne connaît pas, ce qui est à découvrir, ce qui nous paraît parfois mystérieux voire impossible.

Itsuo Tsuda et Régis Soavi 1980

Tsuda Itsuo Senseï

Un des exercices que nous faisait faire mon maître Tsuda Senseï, consistait en une projection de notre partenaire à partir de la position seiza. Cela nous paraissait extrêmement simple au début, tout au moins théoriquement, mais quand il s’agissait de le réaliser cela devenait un peu plus compliqué. Tori est assis immobile, derrière lui, Uke a saisi le keikogi au niveau des épaules. Il s’agit alors très simplement de s’incliner comme si on saluait, sans forcer, sans tension, un salut tout simple qui, produisant un vide, aspire le partenaire : celui-ci, pourtant solidement ancré sur les tatamis, et malgré le fait qu’il y met toute sa force, n’arrive pas à résister et chute en avant. De façon très logique dès qu’il y a une résistance on se tend, on contracte tout le corps, on s’énerve, on accuse le partenaire de ne pas jouer le jeu. J’ai pourtant vu de nombreuses fois Tsuda Senseï nous en faire la démonstration avec le sourire. J’ai tenté de le tester sur cette technique, rien à faire, il s’inclinait de manière inexorable avec la plus grande des simplicités. Son secret : la visualisation. Il nous disait si souvent quand nous pataugions dans les difficultés « Cessez de penser en termes d’adversité », puis il nous en faisait la démonstration, faisant chuter un élève en désignant du doigt un endroit choisi par lui et prononçant cette phrase magique : « Je suis déjà là », exprimant ainsi la réalisation concrète de sa visualisation.

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« Mobilité et conscience corporelle » un article de Régis Soavi publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°28) en avril 2020

Notes :

1) Léo Tamaki dans Karaté Bushido Officiel. (13 décembre 2019) GregMMA et Aikido [Vidéo] https://www.youtube.com/watch?v=KoH4qjWKTfM&feature=emb_title
2) Yashima N°4 Mai 2019
3) Ava Noé, Action in Perception, MIT Press, Boston 2004, p. 1 et p. 106
4) Matthew B. Crawford, Contact, Édition La découverte 2019, p. 80
5) Intuitivités, potentialités.

Crédits Photos :
Paul Bernas, Didier Balick

Je vais redécouvrant la liberté

La recherche de la liberté intérieure dans la pratique de l’Aïkido et dans le Seitai.

Par Andrea Quartino

Les limitations de la liberté de mouvement sont en train de se relâcher, bien qu’avec des délais et des modalités encore incertains. Pour ceux qui pratiquent l’Aïkido dans un dojo de l’École Itsuo Tsuda le jour où l’on pourra recommencer à pratiquer semble lointain. Au-delà des avis différents sur les raisons de l’état d’urgence, les limitations décidées par les gouvernements ne devraient pas limiter la capacité de jugement. Et il est normal de maintenir un regard critique envers l’efficacité et les conséquences de telles mesures tout en les appliquant.
Haruchika Noguchi, fondateur du Seitai, pendant la seconde guerre mondiale du Japon, période durant laquelle les tendances plus fortement nationalistes et militaristes ont prévalu au point de bannir le mot “liberté”, ne se gênait pas pour en parler. Certes, il pouvait compter sur le fait d’avoir parmi ses clients plusieurs représentants de la classe dirigeante.
La fin de la guerre, pour l’Italie, le 25 avril 1945, fut un soulagement pour tous, autant que le fut la chute du fascisme, même pour ceux qui partageaient cette idéologie. Le même soulagement fut ressenti par beaucoup de japonais.2 Il ne s’agissait pas seulement du retour de la paix et de libertés plus ou moins formelles, mais aussi de la disparition d’un climat de tension continue, qui se respirait partout et auquel personne n’échappait. Toutes proportions gardées, et mis à part les perplexités suscitées par les métaphores guerrières utilisées par beaucoup pour parler de l’engagement dans la maitrise des contagions, les personnes ayant un minimum de sensibilité ne peuvent pas ne pas sentir à quel point tout et tout le monde est imprégné de méfiance et de peur, qu’elles soient provoquées par le virus ou par les sanctions prévues en cas de violation des règles. Une oppression très épaisse, nous serons nous aussi soulagés quand et si cela finira.

« Lorsque [Me Noguchi] entendit à la radio la cessation des hostilités, il se sentit tout d’un coup comme déchargé d’un lourd fardeau de ses épaules, et éprouva une détente insoupçonnée dans tout le corps.
Sa respiration s’approfondit, découvrant un fond de calme dans son esprit. Ce calme fit surgir en lui une énergie toute fraîche, et il sentit dans sa peau qu’un monde nouveau était en train de commencer.
– Pourquoi ai-je tellement parlé de la liberté pendant la guerre, se dit-il, ce n’était que des mots. Au contraire, j’ai été simplement figé dans mon attitude. Plus je m’efforçais de lutter contre la tendance, plus j’étais enfermé dans un cadre étroit de pensée, sans pouvoir respirer profondément. »3

Pourquoi cette liberté n’était-elle qu’un mot pour Noguchi? Avait-il changé d’avis sur la nature du régime durant la période de la guerre ? C’est peu probable, mais la question n’est pas là. Il s’agit de comprendre ce que nous voulons dire par liberté.

Itsuo Tsuda revient plusieurs fois dans ses livres sur l’idée de liberté

Pour Tsuda l’homme moderne « a livré de durs combats pour acquérir son droit d’Homme. Il a obtenu des libertés et continue de lutter pour en acquérir d’autres. Mais un jour il découvre que ces libertés ne couvrent que des conditions matérielles, extérieures à lui. »4 Donc souvent les êtres humains luttent pour des libertés au pluriel, qui sont conditionnelle « La fixation des idées qui nous oriente dans l’organisation de la vie, peut aussi se retourner contre nous en nous conduisant dans des contraintes imprévisibles. La liberté devient une fixation qui nous ligote. Plus on a la liberté, moins on se sent libre. La liberté est un mythe.
On lutte contre les contraintes pour acquérir la liberté. La liberté acquise ne reste pas sans provoquer d’autres contraintes. Il ne semble pas y avoir de solutions finales. Car la liberté que nous cherchons est avant tout une liberté conditionnelle. On n’a pas l’idée d’une liberté absolue, sans condition. »5
Liberté conditionnelle, serait presque un oxymore, si ce n’était que cette locution est utilisée dans le langage juridique. Nous sommes conditionnés par le temps linéaire des montres, par l’organisation sociale du travail et par le marché qui nous sollicite, à coups de techniques publicitaires toujours plus sophistiquées et envahissantes, à satisfaire des besoins, induits pour la plupart. Parmi les offres innombrables, qu’on peut trouver sur internet, ou ailleurs, « nous trouvons tout, sauf le désir. […] Nous avons la liberté de choisir, certes, mais il s’agit d’une liberté négative : celle d’accepter ou de rejeter l’offre. Quant à la liberté positive, celle de créer, nous n’avons ni l’intuition ni la continuité pour en jouir. »6

Maître Tsuda et Maître Noguchi
Maître Tsuda et Maître Noguchi

Tsuda nous indique la possibilité de “lâcher prise” sur tout ce qui est liberté apparente, choix qui nous est imposé par le marché, bien de consommation, commercialisable, même si cela est difficile pour l’homme civilisé, qui a peur de tout perdre si il renonce à sa possessivité. En lâchant prise, on peut « voir enfin que Tout est à nous ; le ciel, la terre, le soleil, les monts et rivières, sans qu’il y ait besoin de les mettre tous dans notre poche. » Il peut naître en nous « l’envie de connaître la vraie liberté.
Aucun apport extérieur, argent, honneur, pouvoir, ne peut nous procurer la vraie Liberté, car celle-ci est une sensation intérieure qui ne dépend d’aucune condition matérielle ou objective. On peut se sentir libre dans la pire des contraintes aussi bien que prisonnier au comble du bonheur. »7
Le désir profond d’une autre liberté s’éveille avec une conviction intérieure, qu’en réalité nous redécouvrons car elle est en tout être humain dès l’origine, dès la conception. Mais cette redécouverte est impossible tant qu’on reste dans la “voie de l’acquisition” qui est la norme dans notre société, dans laquelle « toutes ces accumulations pèsent lourd sur notre destin.
Dans la voie du dépouillement, on se dirige dans le sens diamétralement opposé. On se débarrasse petit à petit de tout ce qui est inutile à la vie. On se sent de plus en plus libre, car on ne s’impose plus d’interdits ou de règles pour bien vivre. On vit, simplement, sans être tiraillé par de fausses idées.
On n’a pas besoin d’être anti-social ou anarchiste pour se sentir libre. La libération ne nécessite point la destruction. La liberté ne dépend pas du conditionnement, de l’environnement ou de la situation. La liberté est une chose toute personnelle. Elle surgit de la conviction profonde de l’individu. Cette conviction est une chose naturelle qui existe chez tous les hommes à l’origine. Ce n’est pas un produit fabriqué de toutes pièces après coup. Mais elle restera voilée tant qu’on vit dans un climat de dépendance. Ce n’est pas la peine, dit Noguchi, d’aider les gens qui ne veulent pas se mettre debout eux-mêmes. Si on les lâche, ils retombent. »8

Ce fut la conscience de ce fait qui porta Noguchi, quand il trouva une autre liberté, une respiration et un calme plus profonds à la conclusion de la seconde guerre mondiale, à renoncer à la thérapeutique, pour se dédier au réveil des personnes qui permet à chacun de redécouvrir sa propre liberté intérieure à sa manière et dans les temps qui lui conviennent.

De quelle manière la pratique d’arts comme l’Aïkido et le Katsugen undo peuvent-ils nous guider dans la redécouverte de notre liberté individuelle?

Nous pouvons trouver une réponse dans les propos du Maître de Taichi Gu Meisheng:

«Le « vrai naturel » ne peut s’acquérir qu’au prix d’une longue pratique assidue…êtes-vous comme un enfant ? Car seul l’enfant est spontanément à la fois naturel et libre. Effectivement, si vous n’êtes pas redevenu comme un enfant, vous ne pouvez être ni libre ni naturel. […] Habituellement pour un homme ordinaire, le corps est une entrave et non une force motrice dans laquelle on peut puiser un élan spirituel. Pourtant grâce à un entraînement très long associé à une pratique assidue et rigoureuse, on arrive à libérer cet homme ordinaire pour le laisser agir selon une spontanéité merveilleuse et créatrice. Alors ni le corps, ni le monde extérieur, ni les multiples liens qui l’enchaînent au monde ne constituent plus pour lui un obstacle. Cette première sensation de liberté, je l’ai perçu en 1970 alors que j’étais en prison, et cette liberté grandissait progressivement au cours de ma captivité. »9

Les propos de Me Gu, qui fut incarcéré au cours de la révolution culturelle chinoise, sont valables pour le Taichi comme pour les pratiques de l’Aïkido et du Katsugen undo e rappellent ceux de Me Tsuda quand il dit que l’on peut être libres dans la plus grande contrainte possible. Et si la contrainte dans laquelle nous vivons aujourd’hui n’est pas celle d’une prison, c’est tout de même l’occasion de redécouvrir notre liberté intérieure, notamment en nous donnant la possibilité de pratiquer en solitaire, lorsqu’il n’y a pas de dojo à disposition. Une telle découverte n’est pas l’apanage exclusif de grands maîtres, comme Me Gu, Me Noguchi ou Me Tsuda, et pour autant que ce soit une recherche individuelle que l’on fait dans la continuité de la pratique, nous pouvons ici et maintenant commencer à être libres en tant qu’êtres humains, car “être libres rend les autres libres.” 10

Andrea Quartino

Notes

1. Le titre fait référence au passage de La divine comédie de Dante Alighieri « Il va cherchant la liberté », in originale « Libertà va cercando ».
2. Itsuo Tsuda, Coeur de ciel pur (oeuvre posthume à partir d’inédits), Le Courrier du Livre, 2014, p.169. Voir aussi Itsuo Tsuda. Calligraphies de printemps, Yume Editions, 2017, p.399.
3. Itsuo Tsuda, Un, Le Courrier du Livre, 2014, p.69. Dans les pages suivantes il est dit « un homme vraiment libre ne discute pas de liberté, un homme en bonne santé ne pense pas à la santé. » Les vers du poète chinois Bai Juyi semblent y résonner: « Ceux qui parlent ne savent pas. Ceux qui savent, ne parlent pas. » vers que Tsuda reprit aussi dans l’une de ses calligraphies. Voir Itsuo Tsuda. Calligraphies de printemps, Yume Editions, 2017, p.284, et aussi Itsuo Tsuda, La voie des dieux, Le Courrier du Livre, 2014, p.51-52.
4. Itsuo Tsuda, Le Non-Faire, Le Courrier du Livre, 2016, p.15.
5. Itsuo Tsuda, Un, op. cit., pag. 24.
6. Itsuo Tsuda, La science du particulier, Le Courrier du Livre, 1976, p.72
7. Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence, Le Courrier du Livre, 1979 p.73
8. Itsuo Tsuda, Un, op. cit., pag. 49.
9. La vision du Dao du professeur Gu Meisheng. Vidéo disponible : http://simoni.mic.fr/index.php/2016/11/18/la-vision-du-dao-du-professeur-gu-meisheng/
10. Manon Soavi, être libre rend les autres libre. Vidéo disponible sur: https://www.ecole-itsuo-tsuda.org/etre-libre-rend-autres-libre/

Life Force

By Régis Soavi

Why talk about life force while the topic seems old-fashioned (it is considered today as a kind of ideological remnant from the 60’s), or remains apparently in the privileged field of a small quantity of people looking for mysterious effects?
If physical force remains for many reasons and in many cases an important area, it is not a permanent and inalterable state. There are many factors that we must take into account: the person’s age, health, mental state, social situation, world outlook, etc. The same applies to the so-called mental force, or more commonly speaking, the strength of character.

Itsuo Tsuda showing the ventral points during a conference
Itsuo Tsuda showing the ventral points during a conference

The spectacular

It has always been a dream for young people to have the body of a god or a goddess, the state of the body being clearly supposed to be reflected by its appearance. A way for evaluating someone’s health status, strength or power is her/his figure. Statues from ancient Greece or Rome would provide as many models. The focus was on aesthetic of shapes and proportions. The same applies today, but models have changed, since they now belong mainly to trendy circles of the “celeb society”: actors, high-level athletes, models, etc. Even when they have not been retouched, the images of these new models we are being offered dangle before us a completely unreal world of innocent young people, bubbling with health, hopping, and performing “exploits” with utmost ease. “The whole life of societies in which prevail modern conditions of production announces itself as a huge accumulation of spectacles. All what was directly experienced has moved away in a representation” (1). In this world of sham, no wonder we are considered troublemakers when presenting other values than those acted by advertisements devoted to Economy and a few people’s will to power – all of this at the expense of majority.

A society issue

2019 society is not the XXth century society, and even less the XIXth century society. At that time physical force had a natural – would I dare say primitive – aspect but it is no longer the case. If, for instance, medical breakthroughs in the West could save people and enabled to extend lifetime, as a backlash they made many people dependant on treatments and drugs, thereby creating a society of assisted persons whose life force seems to have sorely weakened. Pharmaceutical companies are not shy about producing profusely more and more substances, new molecules, supposed to make life easier.
One of the examples that recently caused a scandal is that of drug-addicts on prescription. Opiate-based painkillers, through the addiction they generate, have not just brought already two million people to dependance, but also hundreds of thousands to addiction, not knowing any more how to get their dose, and even – dramatically – more than forty-eight thousand people to death in the US in 2017 (2). In some countries, sports medicine too has drugged athletes without hesitation for decades in order to get their country a medal. Records are continually surpassed in sports, as well as in any place where competition is raging, but it seems difficult to win – or even just to be selected – without having body and medicine specialists in one’s technical staff.
Natural physical strength alone does not suffice any longer, more, much more is required today. Food supplements are being offered, cocktails of ever more sophisticated substances to exceed natural human limits and even sometimes simply to be always in shape, or at least to appear so, and when the consequences of treatments – or rather the ill treatment – of the body occur it is already too late to turn back.

Human Ecology

A part of the new generation becoming aware of the state of the planet could be the trigger for a more global awareness. The absolute necessity to reconsider not only the production of consumer products but also the patterns of this production should – if pushed a bit further – lead society to understand this imperative need for a change of orientation.
If technology has convenient aspects, should we give up thinking by ourselves and follow the tracks pre-printed by software, algorithms, or web-browsers? Western medicine, which is no science but an art, has progressed a lot in understanding and treating certain human diseases, but is it a reason to give up our free will and place ourselves in its hands without seeking to understand or feel what works best for us? Society over-feeds us with recommendations which, if they do not make us laugh anymore, often leave us indifferent: “Eat move”, “Eat five fruits and vegetables a day”, “Watch out your cholesterol level, eat low-fat products”, “Respect scrupulously the number of sleeping hours”, etc. The modern human being comes to follow directives from people who think for him about his health, his work, his relationships, everything is prepared, pre-digested, for the sake of our well-being, in order to realise what writers like Ievgueni Zamiatine, as soon as 1920, Aldous Huxley in 1932, or George Orwell in 1949 had described in their so-called anticipation novels, that is, “an ideal world”. Are we already living in the world Huxley predicted in his 1961 conference?
“There will be, in the next generation or so, a pharmacological method of making people love their servitude, and producing dictatorship without tears, so to speak, producing a kind of painless concentration camp for entire societies, so that people will in fact have their liberties taken away from them, but will rather enjoy it” (3).
Far from me the idea of carrying forward reactionary or backward-looking ideologies which tend to bring their solutions with the blow of “there is only to” or advocating the resurgence of patriarchal or racist values which fortunately are – or hopefully should be – exceeded. The steps to be taken belong to a completely different dimension. It is nothing less than recovering human values and this seems to be the real revolution. Aikido carries this hope, but we must not take the wrong direction.

Respiration Ka Mi: activation of life force
Respiration Ka Mi: activation of life force

Life force

Popular expressions such as “intestinal fortitude” or “to have guts” express well how important this region of the body was considered by most people who lived not so long ago. Courage did not originate in reflexion but rather in action from the bottom of the body.
Life force was a field well-known to martial arts masters and all of them paid the greatest attention to make it one of the main matters in their teachings, if not their backbone. All those who had the opportunity to know the first generation masters after O Sensei know that the value of Nocquet Sensei, Tamura Sensei, Yamaguchi Sensei or Noro Sensei, as well as so many others, did not originate in their – obviously flawless – technical quality but rather in their presence as a mere reflection of their personality, their life force.
Itsuo Tsuda Sensei, an Aikido master, also belonged to this generation but he was also one of the first generation masters after Haruchika Noguchi Sensei in the art of Seitai, a field on which he wrote quite significantly ever since his first book The Non-Doing, from which I have taken a few excerpts.
“From the point of view of Seitai, the abdomen is not merely a container for various digestive organs, as we are taught in anatomy. Already known in Europe under its Japanese name of ʻharaʼ, the belly is the source and storage centre of the vital energy.” (4)
“[L]ife acts as a force which gives cohesion to the elements we absorb. […]
This cohesive force is what we call ʻkiʼ. […]
Seitai is not interested in the details of the anatomical structure but in the way each person’s behaviour reveals the condition of this cohesive force.
As it is, this cohesion is spontaneously searching for balance and it manifests itself in two diametrically opposite ways: in excess or in deficit. When ki, cohesive force or vital energy, is in excess, the organism automatically rejects this excess in order to regain its balance. The confusing thing is that this rejection, far from being simple, takes many different and complex forms. We can see its manifestations in the way a person speaks, makes gestures or acts. On the contrary, when ki is in deficit, the organism acts to fill the deficiency, by attracting towards itself the ki of others, i.e. their attention.” (5)
In Seitai, there is a way to perceive the state of the koshi and life force, namely just by checking the elasticity of the third ventral point which lies approximately two fingers under the navel. If the point is positive, that is, if one feels it bouncing when pressed on, then everything is right, one will recover rapidly in case of difficulty or disease; on the other hand, if the fingers go deep and come back only slowly, if the belly is soft to the touch, then the body is in difficult condition and this lack of tonicity reveals the state of life force. I prefer to give no more details, so as to prevent presomptuous or ill-informed handymen from beginning to touch everything. Anyway you can try on yourself, but not on others even if they agree, the risk of disrupting their biological rythm and therefore their health is too great, it is no use playing the sorcerer’s apprentice.
Life force is what makes us rise again after sinking. It is what enables us to bring to reality projects that sometimes seem unrealizable.

 Representation of the hara, Basilica Saint-Sernin in Toulouse, France
Representation of the hara, Basilica Saint-Sernin in Toulouse, France

The Seitai technique: an orientation

Seitai provides in our daily life the tools we lack to take care of our life force. Practising Katsugen Undo (Regenerating movement), as well as the suitable Taisos according to Taihekis (bodily habits), or first aid techniques is just the visible part of it, its essence is to be found in its philosophy of life and understanding of human being. All attention given to the education of young parents, the baby care, how to make the ki circulate, to respect everyone as an individual rather than referring to general standards, all this makes it a science of the particular, as Tsuda Itsuo Sensei liked to qualify it in his so-entitled book.
If workshops are occasions for me to provide practical indications which enable people to recover a good health condition and get their life force back when weakened, I am always relying on the indivuals’ capacity to react, to understand that this implies a need for a different path, instead of dismissing their ability in favor of a technique, an idol, or a guru.
Without life force, physical force labours in finding a way out, it goes round and eventually disturbs the individual her/himself who does not know how to find her/his balance any more.
Life force has no moral standards, it can indeed be used in a relevant or irrelevant way but if it is gone, it is no use discussing about the value of the aims to be reached or about the prospects society is offering to us.
There are lots of questions about its nature, its origin, even its domestication. Some wish they could measure it thanks to highly developed technological devices, like for example, sophisticated electrodes capable of recording the subtle answers emitted by the brain. Unfortunately, or rather fortunately – considering the high risks of manipulation –, that seems impossible for the time being. Life force is of a totally different nature, one can understand it when one recovers the sensation of ki in one’s own body. But what is ki? In order to rediscover it, Tsuda Sensei offers us a clue in a few words:
“Ki is the motor of all instinctive and intuitive manifestations of living beings. Animals do not try to justify their actions, but manage to maintain a biological balance in nature. In man, the extraordinary development of the intellect threatens to destroy all biological equilibrium, to the point of total destruction of every living being.” (6)

Aikido: an art to awaken life force

Aikido is easily at the heart of many polemics about its refusal of competition, its ideal of non-violence, its lack of modernity, even its alleged inefficiency. It seems to me that it is precisely time to affirm the values of our art – and they are numerous. In the practice of Aikido, what is determining is not physical force, it is rather the ability to use it; similarly, as far as technique is concerned, the most important thing is adapting it to the concrete situation, and this is impossible without our life force been awakened. To be put in situation on the tatamis day after day, session after session, if without concession and at the same time without brutality, opens our eyes and enables us to develop and find again what animates the human being, namely a force, a vitality too often allowed to atrophy. The power that can be developed but also the tranquillity, the inner quietness that can be found again are the visible manifestation of it, the reflection of what is called Kokoro in Japan.
No need to compare with other practices because, whatever criticism is made of it, even if Aikido merely helped to allow the awakening, the maintenance or improvement of life force, would it not have fulfilled its duty to practitioners? Would it not be relevant to consider it one of the main martial arts?
Life force is at the heart of all disciplines since the origin of time and, if all martial arts evolve, it remains the essential element to their practice.

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« La force vitale » un article de Régis Soavi publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°26) en octobre 2019

References:
(1) Guy Debord, La société du spectacle [The society of the Spectacle], éd° Buchet/Chastel, 1969, p. 9
(2) “Médicaments antidouleurs : overdose sur ordonnance” [Pain-relieving drugs: prescription overdose], newspaper Le Monde, 16th October 2018
(3) Aldous Huxley, speech pronounced in 1961 in California Medical School of San Francisco (available online on https://ahrp.org/1961-aldous-huxleys-eerie-prediction-at-tavistock-group-california-medical-school/)
(4) Itsuo Tsuda, The Non-Doing, Yume Editions, 2013 (1973), p. 191
(5) ibid., pp. 195-196, 201
(6) Itsuo Tsuda, The Dialogue of Silence, Yume Editions, 2018 (1979), p. 101

Garder un cap

Si aucune pratique n’est évidemment une solution toute faite à la situation que nous vivons, le fait de continuer une pratique quotidienne nous aide souvent à garder un cap intérieur, à garder un équilibre dans une situation instable et pleine d’inconnues.

La philosophie pratique transmise par Itsuo Tsuda est aussi un chemin pour retrouver notre « liberté intérieure ». L’actualité nous impose une forte contrainte extérieure : il n’est plus possible de se retrouver pour pratiquer, ni même de circuler librement, certains sont aussi empêchés dans l’exercice de leur métier, préoccupés par des difficultés financières, leurs proches, leur santé… bref les motifs d’inquiétude et contraintes ne manquent pas. Nous sommes tous concernés d’une manière ou d’une autre, mais tout en reconnaissant ce fait nous pouvons chercher en nous et dans ce qui nous entoure des éléments qui nous aident à traverser cette période.

garder un cap - Quietude interieure calligraphie itsuo tsuda
Quiétude Intérieure, calligraphie de Itsuo Tsuda

Cela ne peut qu’être personnel ; certains auront besoin d’un programme, certains de pratiquer, même seul, certains de repos, il n’y a pas de réponse universelle. C’est l’occasion, malgré tout, de puiser dans le fond de nos capacités et il est possible de décider comment nous vivons le moment quel qu’il soit.
Pour cela, nous avons des outils à disposition : la Pratique Respiratoire, le Mouvement Régénérateur, les neuf livres d’Itsuo Tsuda, les articles de Régis Soavi, mais aussi ce que nous avons découvert à travers cela : le réveil de notre force intérieure.
Il ne s’agit pas de vaincre la peur ni de fuir la réalité mais de faire face à la situation, en gardant un calme intérieur, c’est bien un des sens du budo pour les pratiquants d’art martiaux, traverser les difficultés en conservant son intégrité.
Comme le rappelle Régis Soavi dans son dernier article, notre art enseigne « la liberté de l’esprit, l’intuition, la force vitale et tout ce qui l’accompagne – souplesse, mobilité, résistance, capacité de se recentrer afin de ne pas sombrer après être tombé ou devant la difficulté » [Régis Soavi Reishiki : une partition de musique Yashima #07 mars 2020].

Nous vous invitons à lire ces mots de maître Tsuda commentant une phrase de son propre Maître Haruchika Noguchi :

« Je suis libre et sans barrière. Je me détache de la vie et de la mort. Il en va de même de la vieillesse et de la maladie. [H.N]
La fixation des idées qui nous oriente dans l’organisation de la vie, peut aussi se retourner contre nous en nous conduisant dans des contraintes imprévisibles. La liberté devient une fixation qui nous ligote. Plus on a la liberté, moins on se sent libre. La liberté est un mythe.
On lutte contre les contraintes pour acquérir la liberté. La liberté acquise ne reste pas sans provoquer d’autres contraintes. Il ne semble pas y avoir de solutions finales. Car la liberté que nous cherchons est avant tout une liberté conditionnelle. On n’a pas l’idée d’une liberté absolue, sans condition.

Être libre et sans barrière, chez Noguchi, est inconditionnel. En fait, il a été loin d’être libre toute sa vie : travailler pendant cinquante ans sans un jour de répit, avec des programmes extrêmement chargés, sans pouvoir partir en vacances comme les employés de bureau, constamment dérangé à des heures impossibles par ses clients qui avaient besoin de son aide, s’occuper de l’éducation de ses disciples internes jusqu’à 4 heures du matin, avant de prendre un sommeil d’une courte durée, etc. C’est à l’opposé de l’idée qu’on se fait de la liberté en Occident. C’est purement et simplement de l’esclavage.
C’était un travail de 24 heures sur 24, sans discontinuité, pour Noguchi. Une lourde responsabilité impliquant une disponibilité à tout moment.
Quand on pense à l’organisation de la vie moderne qui décharge la responsabilité des individus de plus en plus, avec des limitations, des congés et vacances, des protections collectives, des camouflages verbaux, etc., une telle responsabilité continue est impensable.
De même avec Me Ueshiba, qui disait à ses disciples : vous pouvez m’attaquer n’importe quand, n’importe où, ce qui impliquait aussi les heures de sommeil. Une disponibilité de 24 heures sur 24.

Comment pouvaient-ils mener une vie aussi intense, comme des poissons de profondeur qui supportent une haute pression, et se sentir libres en plus ? Cette interrogation doit s’énoncer en
une proposition inversée : c’est parce qu’ils se sentaient libres qu’ils pouvaient jouir d’une telle intensité de vie.
C’étaient des êtres qui appartenaient à une dimension différente de la nôtre, dira-t-on. Quant à nous, nous sommes assaillis par toutes sortes de peurs : la peur de ne pas pouvoir nous conserver, la peur de manquer, la peur de souffrir, et pour couronner le tout, la peur de mourir.

Je me détache de la vie et de la mort, dit Noguchi. Je me détache des affaires humaines, dit Ueshiba.

La vie en Europe est dominée par l’Administration. On ne peut rien entreprendre sans que cela ne corresponde à une catégorie administrative quelconque. Toutes ces catégories sont déjà vieilles de cent ans. Il n’est pas étonnant que l’Aïkido soit classé comme un sport de combat, en dépit de l’esprit du fondateur. Il faut que tout soit rangé dans les tiroirs d’une vieille armoire, les chemises ici, les chaussettes là. Or, de quoi s’occupe l’Administration ? Des affaires humaines. Il n’y a pas
de tiroirs pour des choses qui ne la concernent pas. Il n’y a pas de place en Europe pour le Seitai ni pour l’Aïkido sans qu’ils ne se déguisent en quelque chose d’autre. Si l’Administration décide que l’Aïkido est un mouchoir, il faut le repasser au fer, le plier en quatre et le mettre dans le petit tiroir d’en haut à gauche. On n’y peut rien.

Vie, mort, vieillesse, maladie, autant de thèmes qui permettent d’animer la valse des structures et le fox-trot de l’argent. Donc, ils sont extrêmement importants. Mais lorsqu’on se détache de tout cela, quel soulagement ! On pourra parler alors de la vraie liberté sans barrière. »

Itsuo Tsuda, Un, p.20, Édition Le Courrier du livre, [1978] 2006

Misogi

Misogi 禊 is widely practised among shintoists.
It consists of an ablution, sometimes under a waterfall, in a stream, or in the sea and allows a purification of the body at both physical and psychical levels. In a broader sense, Misogi encompasses a whole process of spiritual awakening. Misogi is also a way to relieve the being of what overwhelms him, so to allow him to wake up to life. Water has always been considered one of its essential elements.

Like water, Aîkido is a way to achieve Misogi

Founder of Aïkido O Senseï Morihei Ueshiba kept on telling his students that the practice of this Art is above all a Misogi.

Aïkido is one of the Japanese martial arts for which the main character, the very nature, is, like water, fluidity. The teaching brought by Itsuo Tsuda Senseï who was during ten years a direct student of the Founder Moriheï Ueshiba has definitely confirmed it. Although his words seem to have largely been forgotten, he kept on repeating that « in Aïkido there is no fighting, it’s just the art of uniting and separating ». However, when you watch an Aïkido session, it seems that two people are fighting each other. In fact one of them plays the role of the assaillant, but in real he is a partner, facing him there is no aggressivity, you won’t see any malicious gesture, no violence, even if the response to the attack may be impressive because of its efficiency.

Overall, the Aïkido practised in the Itsuo Tsuda School is an Art of great fluidity, an art in which sensitivity and caring for the partner have the main part, and it is always through the smoothness of a first part practised individually that an Aïkido session begins.

Far from starting with warm-up exercices, an Aïkido session begins with smooth, slow but still invigorating exercises. Breathing coordination is essential, as it allows us to harmonize with Ki, and thereby to take a step forward to discover a world with an additionnal dimension, the « World of Ki »

This world is not a revelation, it’s more what comes to light, what appears clearly when one recovers one’s sensitivity, when rigidity vanishes into thin air and that the living appears through. It is often women who first understand the importance of such a way of practising. That is why so many women practise in our school because they have experienced the bitter taste of sexist oppression in our society and they find in this art a way, a path, far beyong the simple martial art.

Ki, a driving force

Ai 合 Union, Harmony
Ki 気 Vital energy, Life
Do道 Path, Way, Tao

Ki is not a concept, a mystical energy nor a sort of mental illusion. We can feel Ki. In fact everybody knows what it is, even if, in Western countries nowadays, we don’t give it a name. Learning to feel it, to recognize it, to make the most of it, is necessary for who wants to practise a martial art, and even more if you practise Aïkido. In Aikido, if you don’t focus on Ki, only the empty form of its contents remains, this form becomes quickly a fight, a struggle in which the strongest, or the most cunning will manage to defeat his partner. We are really far away from the founder’s teaching for whom it was an art of peace, an art in which there is neither winner, nor defeated. Each movement of the partner is accompanied by a complementary movement from the other partner, like the water that marries each roughness, every nook, leaving nothing behind or separate.

misogi
Calligraphie de Itsuo Tsuda

If the beginnings are usually tough, it’s because people have lost part of their mobility
and mostly because they have become hard so to be protected from the world around. They’ve built a carapace, an armor, certainly protective, but which has become a second nature and an invisible prison. To have Ki flow in our body again, so to recover fluidity, and follow a teaching based on sensitivity enables us to understand physically the Yin and the Yang.

Bathing in a sea of Ki

Exercices and basic or advanced techniques have not only in common the breath which is nothing but the materialization or even better the visualisation of Ki, but they also allow to become aware of our body, physically and of our sphere of ki, which the Indians call the AURA, and that we have today practically forgotten almost everywhere.

What modern science and in particular neuroscience has been discovering for a few years is only a small part of what everyone can discover on his own and put into practice in his daily life simply through the practice of Aïkido as Itsuo Tsuda Senseï taught it.

He would repeat over and over again that Aïkido as presented by his Master Morihei Ueshiba is the union of Ka the inspiration, the ascending force, the square, the weft and Mi, the exhalation, the downward force, the cercle, the chain.
Ka being in Japanese a pronounciation for 火 fire (which appears for example as a radical in the word Kasaï 火災, wild fire) and Mi the first syllable of Mizu 水 water, the whole forming the word KAMI 神 which means divine in the sense of the divine nature of all things. Itsuo Tsuda would add that « In this gloss one mustn’t see a similar value to that of a scientific etymology. It comes from punning, the use of which is common among mystics ». [1]

I have never seen such fluid movements as when he wanted us to feel a technique he showed to us. Moreover, in his dojo there used to be no accidents, nobody injured, everything would be in a flow of Ki both respectfull and generous but at the same time firm and rigorous, that I can hardly find today in the sports halls where aïkidokas have their trainings.

The dojo, an essential place

Do we really need a special place to practise Aïkido? If we talk about the surface we need for falls, we could lay tatamis anywhere, from the moment we are sheltered from bad weather.
In his book Cœur de ciel pur Itsuo Tsuda gives us his extremely clear view of what should be a dojo, he who was Japanese was in the best posititon to give us a glimpse.

« The School of Respiration is materially a “dojo”, this particular space in the East, which refers less to the material place itself, than to the energy space. As I said before, a dojo is not a space divided into parts and provided for certain exercices. It’s a place where spacetime is not the same as in a secular place. The atmosphere is particularly intense. One enters and leaves the space bowing so to get sacralized and desacralized.
Spectators are admitted, provided they respect this atmosphere […]. They are not to parody the practice for free, with word or gesture. I am told that in France [or in Italy] one can come across dojos that are simply gyms or sports centers. Anyhow, as far as I am concerned, I want my dojo to be a dojo and not a sports club with a boss and its regulars, so as not to disturb the sincerity of the practitionners. This does not mean that they must keep a sullen and constipated face. On the contrary, we must maintain the spirit of peace, communion and joy. » [2]

A sacred space therefore and yet fundamentally non religious, a secular space, a space of great simplicity where the freedom to be as we are exists, beyond the social. And not what we have become with all the compromises we had to accept in order to survive in society. This freedom remains inside us, deep within us in our intimate heart, our Kokoro 心 as Japanese language talks so well about it, and is only asking for a chance to be revealed.

Notes :
1 Itsuo Tsuda The Science of the Particular, Yume Editions 2015 p. 137
2 Itsuo Tsuda (posth.) Cœur de ciel pur, ed. Le Courrier du Livre 2014 p. 113 [trans. Itsuo Tsuda School]

Seitai

The Seitai principles, which could even be described as « Seitai philosophy » – a way of seeing and thinking about the world – were developed by Haruchika Noguchi (1911-1976) in the first half of the twentieth century. In brief (!), Seitai is a « method » or a « philosophy » that includes Seitai sōhō, Taisōs, Katsugen undō, Katsugen sōhō, and Yukihō. These are practices that complement, permeate each other, and form the breadth of Haruchika Noguchi’s Seitai thinking. We can also mention the study of Taihekis (postural tendencies), the use of the hot bath, the education of the subconscious, the importance of birth, illness and death…

An art of living from beginning to end.

Today, unfortunately, the term « Seitai » is overused and means anything and everything. Some manual therapy practitioners too easily lay claim to Seitai (Itsuo Tsuda would say it takes twenty years to train a Seitai sōhō technician!). As for the charlatans who offer to transform you in a few sessions…, let’s not talk about it! The magnitude of the art of living, the global understanding of the human being in Seitai seem far away. If all there is left is a technique to be applied to patients, the essence is lost. If all there is left of Katsugen undō is a moment to “recharge your batteries”, the essence is lost.

Haruchika Noguchi and Itsuo Tsuda both went much further than that in their understanding of the human being. And the seeds they sowed, the clues they left for humans to evolve are important. Can we then speak of a way, of Seitai-dō (道 dō / tao)? Because that is a radical change of perspective, an upheaval, a totally different horizon opening up.

Let’s go back in history…

The meeting with Haruchika Noguchi: the individual as a whole

Itsuo Tsuda met Haruchika Noguchi around 1950. The approach to the human being as proposed in Seitai interested him from the very beginning. The sharp observation of individuals taken in their indivisible entirety/complexity, which Itsuo Tsuda found in Noguchi, was an extension of what had already captured his interest during his studies in France with Marcel Mauss (anthropologist) and Marcel Granet (sinologist). Itsuo Tsuda then began to follow Noguchi’s teaching and continued for more than twenty years. He had the sixth dan of Seitai.

« Master Noguchi has allowed me to see things in a very concrete way. Through each person’s manifestations it is possible to see what is in action inside. This approach is completely different from an analytical one: the head, the heart, the digestive organs, a specialist for everything and then, of course, the body on the one hand, the psychic on the other. Well, he has allowed us to see the human being, that is to say, the concrete individual, in his entirety. » (1)

Illness as a balance factor

All the more as it was precisely in the 1950s that Haruchika Noguchi, who had very early discovered his capacity as a healer, decided to give up therapeutics. He then created the concept of Seitai, i.e. “normalized terrain”.

« The word ‘terrain’ meant as the whole of what makes up the individual, the psychic aspect as well as the physical one, whereas in the West there is always a division between what is psychic and what is physical. » (2)

The change of perspective with regard to illness was crucial in this reorientation of Noguchi.

« Illness is natural, the body’s effort to recover lost balance. […] It is good that illness exists, but people must avoid becoming enslaved to it. This is how Noguchi happened to conceive of the notion of Seitai, the normalisation of the terrain, if you will. Diseases are not to be treated; it is useless to cure them. If the terrain is normalised, illness disappears of its own accord. And moreover, one becomes more vigorous than before. Farewell to therapeutics. The fight against illness is over. » (3)

Itsuo Tsuda. Photo de Eva Rodgold©
Yuki. Itsuo Tsuda. Photo de Eva Rodgold©

A path towards autonomy

Abandoning therapy also goes hand in hand with the desire to get out of the dependence relation that binds the patient to the therapist. Noguchi wanted to allow individuals to become aware of their ignored capacities, he wished to awaken them to the fulfillment of their own being.
During the twenty years they followed each other, the two men spent long moments talking about philosophy, art, etc., and Noguchi found in Tsuda’s vast intellectual culture the substance to nourish and expand his observations and personal reflections. Thus a relation which was enriching for both developed between them.

Itsuo Tsuda was the editor of the magazine Zensei, published by the Seitai Institute, and he actively participated in the studies led by Noguchi on Taihekis (postural tendencies). A text by Haruchika Noguchi published in the magazine Zensei of January 1978 reveals that it was Itsuo Tsuda who advanced the hypothesis – validated by Noguchi – that type nine (closed basin) would be the archetype of the primitive being. (4)

The development of Katsugen undō (Regenerating Movement) by Noguchi particularly interested Itsuo Tsuda, who immediately understood the importance of this tool, especially as regards to the possibility it gives to individuals to regain their autonomy, without needing to depend any more on any specialist. While recognizing and admiring the precision and the deep capacity of the Seitai technique, Tsuda considered that the spreading of Katsugen undō was more important than the teaching of the technique. He therefore initiated groups of Regenerating Movement (Katsugen Kai) in a great many places in Japan.

Conférence d'Itsuo Tsuda. Photo de Eva Rodgold©
Conférence Itsuo Tsuda. Photo de Eva Rodgold©

Itsuo Tsuda favored the spread of Katsugen undō in Europe as a gateway to Seitai.

Today, even in Japan, Seitai sōhō has taken an orientation that brings it closer to therapy. One problem: one technique to apply. Katsugen undō becomes a kind of “light” gymnastics for well-being and relaxation. This is far from the awakening of the living, of the autonomous capacity of the body to react that Haruchika Noguchi’s Seitai is meant to be.

The yuki exercise, which is the alpha and omega of Seitai, is practiced at every Katsugen undō session. Thus, although Tsuda did not teach the technique of Seitai sōhō, he transmitted its essence, the simplest act, this « non-technique » that yuki is. The one that serves us every day, the one that gradually sensitizes the hands, the body. This physical sensation, that is real, that can be experienced by all, is today too often considered a special technique, reserved for an elite. We forget that it is a human and instinctive act. The practice of mutual Katsugen undō (with a partner) is also getting lost, even in the groups that followed Tsuda’s teaching. What a pity! Because through yuki and mutual Katsugen undō, the body rediscovers sensations, those that do not go through mental analysis. This dialogue in silence, which makes us discover the other from the inside and which therefore brings us back to ourselves, to our inner being. Yuki and Katsugen undō are for us essential tools, recommended by Haruchika Noguchi, on the path towards “normal terrain”.

But time goes by and things get distorted, like words of wisdom of some people become religious oppressions… Little by little Katsugen undō is nothing more than a moment to « recharge », relax and above all not change anything in one’s life, in one’s stability. Seitai, a method to lose weight after childbirth… While it is a life orientation, a global thinking. The huge step Haruchika Noguchi took in moving away from the idea of therapeutics is a major advance in the history of mankind. His global understanding of the individual, the sensitivity to ki, sufficiently recovering sensitivity and a center in oneself from where to listen to one’s own body and act freely.

It’s not even about opposing methods, theories or civilizations. It is purely and simply about the evolution of humanity.

Manon Soavi

Notes:

(1) Itsuo Tsuda, Interview on France Culture, Master Tsuda explaining the Regenerating Movement, issue N°3, early 1980s
(2) Itsuo Tsuda, Interview on France Culture, op. cit., issue N°4, early 1980s
(3) Itsuo Tsuda, The Dialogue of Silence, Paris, Yume Editions, 2018, p. 75-76 (1979)
(4) About Taihekis, consult Itsuo Tsuda, The Non-Doing, Paris, Yume Editions, 2014 (1973)

Ukemi : the flow of Ki

by Régis Soavi

The fall in our art is more than a liberation, mere consequence of an action. It is the Yin or Yang of a whole, the Tao. In practice, at the end of the technique, Tori emanates a yang energy : if he wants to avoid injuring his partner, Tori lets him absorb this yang energy and transfer it to the fall.

Aïkido is an art where there is no loser, an art dedicated to human beings, to the intuition of humans, to their adaptability, and going beyond the contradiction brought by a technique by means of the fall is nothing else than adaptability to it. Not to teach a beginner how to fall would amount to putting him in a situation of handicap from the start and risking discouragement, or to shaping a spirit of resentment, or even of revenge.

There are different attitudes among beginners, those who hurl themselves at the risk of getting hurt, and those who, because of fear, contract when about to fall and who of course take a bad fall and suffer painful consequences if you force them. My answer to this problem is softness and time…

When surprised by a noise, an act, the first reaction is to breathe in and block the breath, this is a reflex and vital functioning that prepares the answer and therefore the action. Surprise starts a series of biomechanical processes which are totally involuntary, it is already too late for reasoning. It is by breathing out that the solution to the problem will come. If there is no risk after all, or if the reaction is exaggerated and the risk minor, one drops the blocking and the breath is released in a natural way (ha, the usual sigh of relief). If there is danger, whether great or small, we are ready for action, ready to act thanks to the breath, thanks to breathing out. Problems occur when, for instance, we don’t know what to do, when the solution doesn’t arise immediately, we remain blocked in inspiration, with our lungs full of air, unable to move. It’s a disaster ! It’s approximately the same pattern that occurs when we are a beginner, our partner is performing a technique and the logical answer that will enable us to get free, and thus to fix up this conflictual problem is the Ukemi. But if one is afraid to fall, if one has not had the technical training of many forward and backward rollings done in a slow, nice and easy way, one remains with lungs blown up like a soccer ball, and if the technique is completed, one ends up on the floor, with more or less damage done.
Bouncing painfully on the tatamis like the aforesaid ball would then be the least harm. Learning to let go as soon as absolutely necessary, not falling before by caution, as this impairs Tori’s sensation and gives him a false idea of the value of his technique and often of himself. Grasping the right moment to breathe out and land softly on the tatamis without any air left in the lungs. Then as for the clapped falls, which one does when more advanced, it will be enough to breathe out faster and let oneself go so that the body finds the right receiving position by itself.

Training in the ancient way !

My own training through Judo in the early sixties, in Parisian suburbs, was very different. To us school youngsters, Judo was a way to expend our energy and canalize what otherwise ended badly, that is turned into struggles and other kinds of street fights. The training, twice a week, required two essential things : absolute respect to our teacher and learning how to fall. It was still a time when our teacher transmitted the « Japanese » Judo without weight categories. In spite of Anton Geesink’s recent victory at the Olympic Games, he would define himself as a traditionalist. Falls were one of the lessons’ foundations : rolling forward, backward, sideways, we used to spend about twenty minutes practicing that before performing the techniques, and sometimes, when he would not find us focused enough, too much scattered, he would say : « Turn your kimonos inside out so you won’t dirty them » and we would go out for a series of forward falls, in the small paved blind alley in front of the dojo. Afterwards, we were not afraid to fall anymore, well, that is, those who still wanted to continue !

The world has changed, society has evolved, would today’s parents agree to trust such a « barbarian » with their progenies, besides there are rules, protective laws, insurances.

Bob- that was his name- felt a responsibility for our training, and teaching us how to fall whatever the circumstances and on any sort of ground was part of his values and his duty was to retransmit them to us.

Bodies have changed, through food, lack of exercise, overintellectualization ; how can we pass on the message that learning physically how to fall is a necessity, provided that the results of it will be ascertained only several years later. What benefit is to be expected of it, what profitability, nowadays everything is accounted for, there’s no time to lose. It is the philosophy of Aïkido which attracts new practitioners, so that’s where our chance lies to pass on the message of this necessity.

Dualism

Aïkido, by nature and above all because of the orientation O Senseï Moriheï Ueshiba gave to it, carries a vision of the fall completely different from that of Boxing or Judo for instance, where falling is losing. To an external viewer, and that’s what falsely gives a certain character to our art, it seems that Tori is the winner when Uke falls on the tatamis. It is psychologically difficult to admit that this is not at all so. Society gives us but rarely any examples of behavior other than this Manichean dualism « Either you win or you lose ». And it is logical, at first sight, not to understand and to see only that. In order to understand the matter differently, one must practice, and practice with another conception in mind, which can only be given by the teacher. Itsuo Tsuda senseï provides an example of this pedagogy in his book The Path of Less :

« In Aïkido, when there is a flow of Ki from A, who is performing the technique, towards object B, opponent C, who is grasping A by the wrist, is thrown in the same direction. C is pulled in and joins the main current that goes from A to B.

I have often used this psychological mise-en-scene, for example, with the phrase « I’m already there ». When the opponent grabs your wrists and blocks your movement, as in the exercise of sitting Kokyu, one is inclined to think that this is a pushing exercise. If you push the opponent, it immediately produces resistance in that person. Push against push, they struggle. It becomes a sort of sitting sumo.

In the phrase « I’m already there », there is no struggle. One simply moves, pivots on one knee to make an about turn, the opponent is driven by the flow of Ki and flipped into his side. It takes very little for this exercise to become a struggle. As soon as the idea of winner and loser gets mixed up in it, exaggerated efforts are made to obtain a result, all to the detriment of overall harmony. One pushes, the other resists, bending excessively low and squeezing the wrists to prevent being pushed. Such a practice will not benefit either one. The idea is too mechanical. […] The idea of throwing provokes resistance. […] Nonetheless, to forget the opponent while knowing he’s there is not easy. The more we try to forget, the more we think about it. It’s the joy in the flow of Ki that makes me forget everything. »

Imbalance serving the purpose of balance

Balance is definitely not rigidity, that’s why falling as the consequence of a technique may perfectly enable us to rebalance ourselves. It is necessary to learn how to fall correctly, not only in order to enable Tori to be free of any fear for his partner, because Tori knows him and anticipates that his capacities will enable him to come out of this situation as well as a cat does in difficult conditions. But also and simply because thanks to the fall, we get rid of fears our own parents or grandparents have sometimes instilled in us with their ‘precautionism’ of the kind « Be careful, you’ll fall down. » invariably followed by « You’ll hurt yourself. ». This Pavlovian impregnation has often led us to rigidity and in any case to a certain apprehension as regards falling, dropping down.
The French word « chuter » (to fall) has obviously a negative connotation, while in Japanese the most commonly accepted translation of the term Ukemi is « to receive with the body », and we understand here that there is a world of difference. Once more the language shows us that the concepts, the reactions, differ profoundly, and it underlines the importance of the message we have to convey to people beginning Aïkido. Without being especially a linguist, nor even a translator of Japanese, the understanding of our art also involves the study of Eastern civilisations, their philosophies, their artistic tastes, their codes. In my opinion, extracting Aïkido from its context is not possible, despite its value of universality, we have to go and look in the direction of its roots, and therefore in that of the ancient texts. One of the basis of Aïkido can be found in ancient China, more precisely in Taoism. In an interview with G. Erard, Kono senseï reveals one of the secrets of Aïkido that seems to me essential although quite forgotten today : he had asked Morihei Ueshiba :  “O senseï, how come we don’t do what you do ?” O senseï had answered smiling : ’’I understand Yin and Yang. You don’t !’’.

To project in order to harmonize

Tori, and this is something peculiar to our art, can guide the partner’s fall so that the latter may benefit from the action. Itsuo Tsuda tells us about what he used to feel when he was projected by O Senseï : « What I can say from my own experience, is that with Mr Ueshiba, my pleasure was so great that I always wanted to ask for more. I never felt any effort on his part. It was so natural that not only did I feel no constraint, but I fell without knowing it. I have experienced the surge of great waves on the beach that topple a,d sweep one away. There is, of course, pleasure, but with Mr Ueshiba it was something else. There was serenity, greatness, Love ». There is a will, conscious or not, to harmonize the partner’s body. In this case it may be called projection. It is thus relevant to say that Aïkido is not anymore in martiality but rather in the harmonization of mankind. In order to realize this we need to leave behind us any idea of superiority, of power over another, or even any vindictive attitude, and to have the desire to give the partner a hand in order to allow him self-realization, without him needing to thank anybody. The fusion of sensibility with the partner is indispensable to achieve this, it is this same fusion which guides us, enables us to know our partner’s level and to release at the right moment if he’s a beginner, or to support his body if the moment is adequate for going beyond, to allow him to fall further, faster, or higher. In any case pleasure is present.

The involuntary

We can’t calculate the direction of the fall, its speed, its power, nor even its angle of landing. Everything happens at the level of the involuntary or the unconscious if we prefer, but which unconscious are we referring to ? It is an unconscious devoid of what cluttered it up, of what prevented it from being free, that’s why O Senseï would so often recall that Aïkido is a Misogi, practicing Aïkido is to realize this cleaning of body and spirit. When we practice this way, there is no accident in the dojo, this is the path Itsuo Tsuda senseï had adopted and the indications he was giving were leading us in this direction. This makes his School a particular School. Other paths are not only possible, but certainly match even more, or better, the expectations of many practitioners. I read many articles in magazines or blogs which take pride of violence or the ability to solve conflicts through violence and toughening up. To me, it doesn’t seem to be the way indicated by O Senseï Morihei Ueshiba, nor by the Masters I was fortunate to meet, and particularly Tsuda senseï, Noro senseï, Tamura senseï, Nocquet senseï, or others through their interviews, such as Kono senseï. The Ukemi enables us to understand better physically the principles which rule our art, which guide us beyond our small self, our small mind, to glimpse something greater than us, to be one with nature which we are part of.

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Article by Régis Soavi published in Dragon Magazine (speciale Aikido n° 22) October 2018.

Notes :

* Itsuo Tsuda The Path of less, édition Yume Edition p.180

** Guillaume Erard, Entretien avec Henry Kono : Yin et Yang, moteur de l’Aikido du fondateur, 22 avril 2008, www.guillaumeerard.fr

*** Itsuo Tsuda La Voie du dépouillement, Ed. Le Courrier du Livre p. 172

 

Is Aikido a martial art?

by Régis Soavi

This seems to be a recurring question in the dojos and one which divides practitioners, teachers, as well as commentators in more or less all schools. Since no definitive answer can be given, one turns to the story of martial arts, to social requirements, to the history of the origin of human beings, to the cognitive sciences, etc. entrusting them to provide an answer which, even if it does not solve the problem, will at least have the merit of justifying what is claimed.

Aikijutsu has become a dō

From the moment it has dropped the suffix jutsu to become a dō, Aikijutsu has acknowledged itself as an art of peace, a way of harmony on the same basis as Shodō (the way of calligraphy) or also Kadō (the way of flowers). By adopting the word that means the path, the way, has it become for this an easier path? Or in the contrary does it compel us to ask ourselves questions, to look again at our own course, to make an effort of introspection? Does an art of peace necessarily have a compliant side, is it a weak art, an art of acceptance, in which cheaters may gain a reputation at little expense?
It is certainly an art that has managed to adapt to the new realities of our time. But do we have to foster the illusion of an easy self-defence, within everyone’s reach, suiting any budget, with no need to get involved in the least bit? Can you really believe or make people believe that with one or two hours of practice a week, furthermore excluding holidays (clubs are often closed), one can become a great warrior or acquire wisdom and be able to solve any problem thanks to one’s calm, peace of mind or charisma?
Does the solution then lie in strength, muscular work and the violent arts? If a direction exists at all, it can be found in my opinion, and despite what I have just said, in Aikido.

A School without grades

Itsuo Tsuda never gave grades to any of his students and, when somebody had a question about that, he used to answer: “There is no such thing as a black belt in mental emptiness”. One might say that these words had ended all discussion. Having served as an interpreter between O Sensei Ueshiba Morihei and André Nocquet when the latter had come to Japan as a learner, Itsuo Tsuda later acted as an intermediary when French or American foreigners showed up at the Hombu Dojo to start learning Aikido. This allowed him, since he translated the students’ questions and the master’s answers, to have access to what was underlying the practice, to what made it something universal, to what made it an art beyond pure martiality. He talked to us about O Sensei’s posture, about his amazing spontaneity, about his deep gaze which seemed to pierce him to the very depths of his being. Itsuo Tsuda never tried to imitate his master whom considered inimitable. He was immediately interested in what inspired this incredible man capable of the greatest gentleness as well as of the greatest power. That is why, when he arrived in France, he tried to pass on to us what for him was the essential, the secret of Aikido, the concrete perception of ki. What he had discovered, and later summarized in the initial sentence of his first book: “Since the very day when I had the revelation of ‘ki’, of breath (I was over forty years old at the time), the desire to express the inexpressible, to communicate what cannot be communicated had kept growing in me.”*
For ten years he travelled Europe to make us Westerners, who very often had a Cartesian, dualistic frame of mind, discover that there is another dimension in life. That this dimension is not esoteric but exoteric as he liked to say.

A School with its own specificity

There is obviously a variety of motivatons leading people to start this practice. If I think of the people who practice in our School (the Itsuo Tsuda School), apart from a few of them, there are not many who came for the martial aspect. On the other hand, many of them didn’t see anything martial about it at first sight, even though at each session I show how the techniques could be effective if performed with precision, and dangerous if used in a violent way. The martial aspect arises from the posture, the breathing, the ability to concentrate, the truthfulness of the act of attacking. Dealing with a learner, it is essential to respect the partner’s level, and to practice known forms.
But the discovery one can make by practicing known forms goes far beyond that. It is about making something else grow, revealing what lies deep within individuals, freeing oneself from the underpinning influence exerted by the past and sometimes even by the future, on our gestures, on the whole of our movements, physical as well as mental. Indeed in our dojo everybody realizes that.
The session starts at 6:45am. The fact of coming to practice so early in the morning (O Sensei and Tsuda Sensei always started their own sessions at 6.30) has neither to do with an ascesis nor with a discipline. Some practicioners arrive around 6 every morning, to share some coffee or tea, and to enjoy this moment before the session (a pre-session so to speak), sometimes so rich thanks to the exchanges that we can have between us. It’s a moment of pleasure, of conversation about the practice, as well as about everyday life sometimes, and we share it with the others in an extremely concrete way and not in the virtual way that society tends to suggest us.
Of course all this may appear regressive or useless, but it avoids the aspect of easy entertainment and does not encourage clientelism, which doesn’t mean that it doesn’t exist, but in that way there is less of it and with time it evolves.This is because people change, they are transformed, or more precisely they find themselves again, they retrieve unused capacities that they sometimes thought they had lost or often, more simply, had forgotten.

Yin the feminine: understanding

There are so many women in our School that equality is not respected, men are outnumbered, by a narrow margin of course, but that has always been the case. I wouldn’t want to speak on behalf of women but what can one do? As far as I know they do not form a separate world, unknown to men.
As a matter of fact, for many men, maybe it is so!…Nevertheless I think all a man has do is to take into account his yin side, without being afraid of it, to find and understand what brings men and women closer and what separates them. Is it a matter of personal affinity, is it a research due to my experience during the events of May ’68 and to this blossoming of feminism which revealed itself once again in those days, or maybe more simply is it the fact that I have three daughters, who, by the way, practice Aikido all three of them: the result, whatever the reasons, is that I have always encouraged women to take their legitimate place in the dojos of our School. They take the same responsibilities as men and there is of course no disparity in level, neither in studying nor in teaching. It is really a pity to have to clarify things like that, but unfortunately they cannot be taken for granted in this world.
Despite everything, women scarcely take the floor, or I should even say take up the pen in martial arts magazines. It would be interesting to read articles written by women, or to devote space in “Dragon magazine special Aikido” to the female perspective on martial arts and on our art in particular. Do they have nothing to say or does the male world take up all the space? Or else maybe these sectarian disputes on the efficiency of Aikido bore them, for women seek and often find, so it seems to me, another dimension, or in any case something else, thanks to this art? Itsuo Tsuda Sensei gives us an idea of this “something else”, which is perhaps closer to O Sensei’s search, in this passage of his book The Path of less: “Do people see Mr Ueshiba as a man completely made of steel? I had quite the opposite impression. He was a serene man, capable of extraordinary concentration, but very permeable in other ways, inclined to outbursts of ringing laughter, with an inimitable sense of humour. I had the opportunity of touching his biceps. I was amazed. The tenderness of a newborn. The opposite of hardness in every way one could imagine.
This may seem odd, but his ideal Aikido was that of girls. Due to the nature of their physique, girls are unable to contract their shoulders as hard as boys can. Therefore their Aikido is more flowing and natural.”**

Yang the masculine: fighting

art martial

We are educated to competition from early childhood ; under the pretext of emulation, school tends to go in the same direction, all this to prepare us for the world of work. They teach us that the world is tough, that we absolutely need to gain our place in the sun, to learn to defend ourselves against other people, but are we so sure about that? Wouldn’t our desire in fact tend to guide us in a different direction? And what do we do to achieve this goal? Could Aikido be one of the instruments for this revolution in social values, habits, should it and above all should we do the necessary effort so that the roots of this evil corroding our modern societies may regenerate and become healthy again? In the past there have been examples of societies in which competition didn’t exist, or hardly existed in the way it does today, societies in which sexism was absent too, even though you can’t present them as ideal societies. Reading the writings on matriarchy in the Trobriand islands by the great anthropologist Bronislaw Malinowsky, discovering his analysis, may help find new leads, and perhaps even remedies to these problems of civilization which have so often been denounced.

Tao, the union: a path for the fulfillment of the human being

The path, in essence, not that I am an idealist, justifies itself and takes all its value by the fact that it normalizes the terrain of individuals. For those who follow it, it adjusts their tensions, restores balance, and it is appeasing for it allows a different relationship to life. Isn’t that what so many “civilized” people are desperately seeking and what in the end is to be found deep inside the human being?
The path is not a religion, furthermore it is what separates it from religion that makes it a space of freedom, within the dominant ideologies. According to me the way of thinking that seems closest to this is agnosticism, a philosophical current which is little known, or rather known in a superficial way, but which allows to integrate all the different schools. In Aikido there is quite a number of rituals that are kept up even though their real origin (the source O Sensei drew from) is not understood or there are sometimes other rituals that other masters found through ancient practices as Tamura Sensei himself did. Those rituals have often been associated to religion whereas the fact could be checked that it is the religions which have taken over all these ancient rituals to use them as instruments serving their own power, and way too often they are used for the domination and the enslavement of people.

A means: the respiratory practice

The first part of the session in O Sensei Ueshiba Morihei’s Aikido, far from being a warming up, consisted of movements the depth of which it is primordial to retrieve. It is neither to get an intellectual satisfaction, nor out of some fundamentalist concern and even less to gain “higher powers” that we continue them, but in order to return to the path that O Sensei had taken. Some exercises, like Funakogi undo (the so-called rower’s movement) or Tama-no-hirebori (vibration of the soul), have a very great value, and if they are practiced with the necessary attention, they can allow us to feel beyond the physical body, beyond our sensation, limited as it is, to discover something greater, much greater than ourselves. It is an unlimited nature which we take part in, in which we are immersed, which is fundamentally and inextricably linked to us, and yet which we find it so hard to reach or even sometimes to feel. This notion that I made mine is not the result of a mystical relationship with the universe, but rather of a mental and physical opening which many modern physicists have reached through a theoretical approach and are trying to verify. It is something that you can neither learn by watching Youtube videos, nor by consulting books of ancient wisdom, despite their undeniable importance. It is something you discover in a purely corporal way, in an absolutely and fully physical way, even though this dimension is expanded to an unusual extent. Little by little all the practitioners who agree to look in this direction find it. It is not related to a physical condition, nor to age and obviously not to sex or nationality.

Education

Almost all psychologists consider that the essential part of what will guide us in our adult life takes place during our childhood and more precisely in our early childhood. The good as well as the bad experiences. Therefore particular care should be taken in education to preserve the innate nature of the child as much as possible. In no way does this mean letting the child do whatever he wants, making him a king or becoming his slave; the world is there and surrounds him, so he needs reference points. But very quickly, often shortly after birth, sometimes after a few months, the baby is put in the care of persons outside the family. What happened to his parents? He no longer recognizes his mother’s voice, her smell, her movement. It is the first trauma and we are told : “He will get over it”. Sure, unfortunately it is not the last trauma, far from it. Then comes the day care center, followed by kindergarten, primary school, junior high, and finally the baccalaureate before perhaps university for at least three, four, five, six years or even more.
But what can you do ? “That’s life.” I am told. Each of these places in which the child will be spending his time in the name of education and learning is a mental prison. From basic knowledge to mass culture, when will he be respected as an individual full of the imagination that characterizes childhood? He will be taught to obey, he will learn to cheat. He will be taught to be with the others, he will learn competition. He will receive grades, this will be called emulation, and this psychological disaster will be experienced by top as well as by bottom of the class students.
In the name of what totalitarian ideology are all children and young people given an education that breeds fear of repression, submission, decommitment and disillusionment? Today’s society in wealthy countries does not propose anything really new: work and free time are only synonyms of the roman ideal of bread and circus games, the slavery of the ancient times is only turned into our modern wage employment. A somewhat improved state of slavery ? Perhaps… with spectacular brain washing, guaranteed without invoice, thanks to the advertising for products that is pushed on us, with its corollary: the hyper-consumption of goods both useless and detrimental.
The practice of Aikido for children and teenagers is the opportunity to go off the grids proposed by the world around them. It is thanks to the concentration required by the technique, a calm and quiet breathing, the non-competitive aspect, the respect for differences, that they can keep or, if necessary, retrieve their inner strength. A peaceful strength, not aggressive, but full and rich of the imagination and the desire to make the world better.

A practical philosophy, or rather, a philosophical practice

The particular character of the Itsuo Tsuda School derives from the fact that we are more interested in individuality than in the dissemination of an art or a series of techniques. It is neither about creating an ideal person, nor about guiding anyone towards something, towards a lifestyle, with a certain amount of gentleness, a certain amount of kindness or wisdom, of balancing ability or exaltation, etc. It is about awakening the human being and allowing him to live fully in the acceptance of what he is in the world surrounding him, without destroying him. This spirit of openness can do nothing other than waking up the strength pre-existing in each of us. This philosophy leads us to independence, to autonomy, but not to isolation, on the contrary: through the discovery of the Other, it brings us to the understanding of what this person is, also perhaps beyond what the person has become. This whole process of learning, or rather this reappropriation of oneself, takes time, continuity, sincerity, in order to realize more clearly the direction in which one wishes to go.

What lies beyond, what lies behind

What I am interested in today is what lies behind or more precisely what lies deep inside Aikido. When you take a train you have an objective, a destination, with Aikido it is a little bit as if the train changed objective as you moved further, as if the direction became at the same time different, and more precise. As for the objective, it pulls away despite the fact that you think you have come closer. And this is where you have to recognize that the object of our journey is the journey itself, the landscapes we discover, which become more refined and reveal themselves to us.

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Notes
* Itsuo Tsuda, The Non-doing, Yume Editions, 2013, p.9
** Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, 2014, p.157

Evento calligrafie a Roma

Il 12 e il 13 ottobre 2018, il dojo Bodai di Roma recentemente rinnovato, funge da cornice per l’evento “Un libro – un’esposizione” con una buona affluenza di pubblico, interesse e apprezzamenti favorevoli.
La sera del 12 ottobre, di fronte a un nutrito gruppo di visitatori, nell’atmosfera avvolgente dell’esposizione di 87 calligrafie in riproduzione fotografica, ha avuto luogo la presentazione del libro “Itsuo Tsuda, Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2017). Per l’occasione é stata esposta anche la calligrafia originale  » La Tigre « .

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Durante la giornata di sabato abbiamo ricevuto diverse visite: fra gli amici, conoscitori ed esperti di cultura giapponese, ci è gradito segnalare la visita di Paolo Bottoni, aikidoka, giornalista e blogger, che ha scritto un articolo sul suo blog www.musubi.it a proposito delle calligrafie del Maestro Tsuda.
L’evento ha registrato complessivamente il passaggio al Dojo Bodai di un’ottantina di persone.
Per tutti, compresi noi organizzatori, è stata l’occasione di entrare in contatto in modo diretto e contemporaneamente con la quasi totalità delle calligrafie del Maestro Tsuda : un momento indimenticabile e ricco di sensazioni !
Per chi non ha avuto la possibilità di scoprire questo libro e tutta l’opera del Maestro Tsuda, potete trovarli a Roma al dojo Bodai, e anche sul sito di Yume Editions

Au cœur du déplacement, l’involontaire

Par Régis Soavi 

« Si je dois donner un but à mon Aïkido, ce sera d’apprendre à nous asseoir,  à nous lever, à avancer et à reculer. » I.Tsuda

Déplacements : la coordination, la posture

Pour se déplacer correctement il est nécessaire d’être stable, et on ne résout pas des problèmes de stabilité par l’apprentissage. La stabilité doit naître de l’équilibre, qui lui-même naît du système involontaire. L’être humain a cette particularité de se tenir debout avec comme seuls points d’appui cette toute petite surface que sont ses deux pieds. Et s’il s’agissait seulement de se tenir immobile, encore passe, mais nous nous déplaçons, et qui plus est, nous sommes capables en même temps de parler, de réfléchir, de bouger les bras dans tous les sens ainsi que la tête ou les doigts, tout cela en étant parfaitement stables. La coordination musculaire involontaire s’occupe de tout. Si nous perdons l’équilibre sans pouvoir nous rattraper à quoi que ce soit, notre corps cherche par tous les moyens à récupérer l’équilibre perdu, et souvent il y parvient grâce au mouvement de la répartition du poids d’une jambe sur l’autre, en trouvant des points d’appui extrêmement précis, que nous aurions eu du mal à trouver à l’aide de notre seul système volontaire. Tsuda Itsuo raconte une anecdote personnelle sur son apprentissage de l’Aïkido qui me semble édifiante, dans son livre La Science du particulier.*Lire la suite

Calligrafie di Primavera a Roma

L’esposizione “Calligrafie di Primavera” approda a Roma in ottobre !
In programma presso il Dojo Bodai di Roma, nelle giornate di venerdì 12 e sabato 13 ottobre 2018, l’evento Un libro – Un’esposizione.
Sulla scia delle precedenti anteprime di Parigi e Milano, l’evento ripropone, per il pubblico romano, la presentazione del libro “Calligrafie di Primavera” (ed. Yume 2018) e la ricca mostra fotografica dedicata alle calligrafie di Itsuo Tsuda, che al libro hanno dato origine.

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Mémoires d’un aïkidoka

Par Régis Soavi.

Parler à mes élèves des maîtres que j’ai connus fait évidemment partie de mon enseignement. Certains eurent une telle importance que je ne peux pas m’en débarrasser d’un coup du revers de la main et prétendre que je me suis fait tout seul. Les maîtres que j’ai connus ont laissé des traces qui m’ont formé et surtout ouvert à des domaines que j’ignorais, ou que parfois je soupçonnais sans pouvoir les atteindre.

Les Maîtres du passé : des maîtres de vie ?

Il m’a toujours semblé important de ne pas faire de ces maîtres des surhommes, des génies,  des dieux. J’ai toujours considéré que ces maîtres valaient beaucoup mieux que cela. Les idoles créent une illusion, nous endorment et appauvrissent les idolâtres, elles les empêchent de progresser, de prendre leur envol de leurs propres ailes. À cet égard Tsuda Senseï, lui qui est maintenant un maître du passé, écrivait dans son huitième livre La Voie des dieux :

« Maître Ueshiba a planté des poteaux indicateurs  »c’est par là », et je lui en suis très reconnaissant. Il a laissé d’excellentes carottes à manger que j’essaye d’assimiler, de digérer. Une fois digérées, ces carottes deviennent Tsuda qui est loin d’être excellent. Cela est inévitable. Mais il est nécessaire que les carottes ne restent pas carottes, sinon elles pourrissent toutes seules, sans utilité.
Il ne s’agit pas, pour moi, d’adorer, de déifier ou d’idolâtrer Maître Ueshiba. Comme tout le monde, il avait des qualités et des défauts. Il avait des capacités extraordinaires mais il avait des faiblesses, notamment vis-à-vis de ses élèves. Il se faisait avoir par eux à cause de considérations un peu trop humaines. »Lire la suite

Un désir devenu réalité : Calligraphies de printemps.

Les 18 et 19 mai 2018 nous avons présenté dans notre dojo à Milan le livre intitulé Itsuo Tsuda, Calligrafie di primavera. Nous avons exposé plus de 80 reproductions photographiques d’excellente qualité des calligraphies de Maître Itsuo Tsuda (choisies parmi les 116 présentées dans le livre) ainsi que trois calligraphies originales.

Un article, des photos et deux vidéos pour revivre l’événement !

L’événement au Dojo Scuola della Respirazione Présentation du livre à la RAI

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Itsuo Tsuda en anglais

Deux très bonnes nouvelles à vous annoncer aujourd’hui :

Nous tenons vivement à féliciter Alison Strayer, la traductrice des livres de Itsuo Tsuda en anglais pour le prix de traduction qui vient de lui être décerné par la French-American Foundation. Auteure de romans, histoires et essais, et traductrice, Alison a déjà vu à plusieurs reprises son œuvre sélectionnée pour des prix littéraires.
La 31ème édition de l’Annual Translation Prize Awards, qui s’est tenue à New York en mai 2018, l’a récompensée dans la catégorie « non-fiction », pour sa traduction de Les Années de Annie Ernaux (The Years, Seven Stories Press). Ce prestigieux prix, qui depuis 1986 est dirigé par la French American Foundation, promeut les échanges entre la France et les États-Unis. Il met en avant, chaque année, les meilleures traductions de livres français en langue anglaise, dans les catégories fiction et non-fiction.

Nous avons l’honneur de travailler avec cette excellente traductrice pour porter l’œuvre d’Itsuo Tsuda vers le monde anglophone et nous en sommes très heureux.

D’autre part les livres de Itsuo Tsuda en anglais sont maintenant disponibles en plein cœur  de Londres, dans la plus ancienne librairie ésotérique de Londres, chez Watkins au 19-21 Cecil Court. Là aussi nous remercions vivement la librairie Watkins d’offrir au public londonien l’opportunité de découvrir cette philosophie pratique.

La Trace Vide

Par Manon Soavi

« Tchouang-Tseu, grand philosophe chinois, a dit, il y a deux mille cinq cents ans : le Vrai homme respire de ses talons alors que les gens du commun respirent de leur gorge.
Qui respire aujourd’hui de ses talons ? On respire de la poitrine, de ses épaules ou de sa gorge. Le monde est rempli de ces invalides qui s’ignorent. »*  Ainsi commence Tsuda senseï dans son premier livre, publié en 1973, donnant le ton en citant le philosophe qui l’a le plus accompagné dans son parcours.
Tsuda senseï était un chercheur acharné et un homme d’une grande culture. Toute sa vie il ne cessa de travailler pour permettre à l’être humain de se dégager de ce qui l’encombre et l’entrave. Parti de sa recherche personnelle de la liberté de pensée, c’est finalement une compréhension philosophique de l’être humain qui se révéla au fur et à mesure de ses pratiques : Aïkido, Seitai, Nô… Et cette philosophie de l’être humain, cette voie, Tsuda senseï va la diffuser avant tout par ses livres* et son enseignement dans les dojos durant une dizaine d’années. Mais il est un média plus secret qu’il emprunta les dernières années de sa vie : la calligraphie.

L'ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda
L’ermite véritable, calligraphie de Itsuo Tsuda

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Hello Illness #1

Interview of Régis Soavi about Katsugen Undo (or Regenerating Movement), a practice made by Haruchika Noguchi and spread in Europe by Itsuo Tsuda: article by  Monica Rossi  « Arti d’Oriente » (#4 / may 2000).

« After reading the books of Itsuo Tsuda ( 1914-1984 ), I was fascinated by his arguments, which range freely from the subject of Aïkido to that of children and the way they are born, illness, or his memories of Ueshiba Morihei and Noguchi Haruchika, and I wanted to know more. I continued to have a sensation of something beyond my understanding.

So I began to ask, what exactly is this Regenerating Movement (Katsugen Undo ) that Tsuda spoke of, a spontaneous movement of the body that seemed able to rebalance it without needing to intoxicate it with medication ; an ancient concept but still revolutionary, above all in our society. I was unable to get any satisfactory answers to my questions : those who have practiced the Regenerating Movement couldn’t describe it or explain ; the answer was always : « You should try it yourself in order to understand ; the first time, it will probably unsettle you a bit. »
So I decided to try it. In Milan, the school that refers to the teachings of Itsuo Tsuda is the « Scuola della Respirazione ». There, one can practice Aïkido and the Regenerating Movement ( in separate sessions ). But, in order to go to the sessions of Movement, one must first participate in a week-end course conducted by Régis Soavi, who has continued the work of Tsuda in Europe.

Regis Soavi en conférence

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The spirit of Aïkido lies in the practice

by Régis Soavi

« One often tends to consider the spirit of an art as a mental process, a path that should be consciously taken, or rules to observe. All this because in the West we live in a world of separation, division. On one side there is spirit, on the other side body, on one side the conscious, on the other the uncouscious, this is what is supposed to make us civilized beings while this separation actually generates inner conflicts. Conflicts which are strengthened by the systems of prohibition set up in order to protect society, to protect ourselves against ourselves.

regis soavi meditation
The practice of Aïkido leads us to the reunification of the human being.

Towards the reunification of human being, this is the Path we head for through practicing Aïkido. This reunification is necessary in a world where the human being is objectified, where the human being becomes both a consumer and a commodity. Without realizing the way taken, the civilized person executes life instead of living it. This society that leads us to consumption leaves little room for inner work, it leads us to search outside for what lies inside. To buy what we already have, to search for solutions to all our problems outside ourselves, as if other people had better solutions. This leads to the individual being cared for and supported by the different protection systems, which are at the same time social, ideological or health care, thus increasing supply and creating an ideal market for dream-sellers of any kind, charlatans, gurus and co.
Today I’ve heard that a new practice has just been created : « Respirology », and as usual, customers abused by the power of words will certainly flock. Should we, in the name of body and mind normalization, of people getting back into shape, change the name of our art into : « Aïkido therapy » ? The spirit of Aïkido can’t be taught.

I don’t believe it can be told that there is a specific spirit of Aïkido but rather that Aïkido must be the reflection of something much greater that we, little human beings, have difficulties to realize during our life.
The spirit of an art can’t be taught, it’s rather a transmission, but an Aïkido without a spirit, what would it be : a struggle, a fight, a kind of brawl without head nor tail. Teaching the technique without transmitting anything of the spirit is quite possible, but then, it happens to be a totally different thing. It may be self-defence or a wellness technique.
Like in any martial art, we have the Rei, the salute, which is obviously the most immediately visible expression of it, but what’s most important will be transmitted through the teacher’s posture. By posture I mean an extremely complex set of signs that students will find recognizable : of course the physical aspect, dynamics, precision, etc., but also the way of conveying a message, the attention given to each practitioner according to thousands of factors that the teacher must perceive. It is through developing intuition that one can get the greatest and finest pedagogy, and so provide the elements needed by practitioners to deepen their art, to better understand its roots.

The spirit of Aïkido can’t be learnt

The spirit of Aïkido can’t be learnt, it is discovered, it doesn’t change us, it enables us to recover our human roots, to join what’s best in human being.
« Aïkido is the art of learning in depth, the art of knowing oneself ».


The Aïkido founder’s desire was to bring human beings closer, to him the world was like a big family : « In Aïkido, training is not meant to become stronger or beat the opponent. No. It helps to get the spirit of placing oneself at the centre of the Universe and contribute to world peace, bring all human beings to form a big family. »

A hymn to joy

Osenseï used to say :  « Always practice Aïkido in a vibrant and joyful manner ». We don’t talk about joy often enough, our world incites us to sadness, to react violently to events, to criticize the systems’ failures, to see other people’s flaws, to be competitive. But all this eventually makes us grumpy, harsh and spoils our pleasure of living, quite simply.
Joy is a sensation that I consider sacred. The joy of living, of feeling fully alive in everything we do, or don’t do. Joy enables us to experience in a totally different way what many people consider as constraints, to consider them as opportunities allowing us to go further, to deepen what my master used to call respiration.

Aïkido is the art of learning in depth, the art of knowing oneself

Joy leads us little by little to inner freedom, which is the only freedom that is worth discovering, as so well told by the Taji Quan master Gu Meisheng (1926-2003) who discovered it in Chinese prisons during Mao’s era.

It enables us to get out of the conventions that different systems impose on us.
The spirit of Aïkido is to be found in nature, not in a nature external to the human being but rather in the human being as a part of nature, as nature.
« The practice of Aïkido is an act of faith, a belief in the power of non-violence. It is not a type of rigid discipline or empty asceticism. It is a path that follows the principles of nature, principles which must be applied to daily life. Aïkido must be practiced from the moment you get up to welcome the day until the moment you withdraw for the night. »
To start every morning in the dojo’s quiet with a two or three minute meditation in order to refocus, to concentrate. Then switch to the Respiratory Practice, as Tsuda senseï named it, and which Osenseï Ueshiba Moriheï used to do at every session. It is then possible to turn to the second part, the practice with a partner, the pleasure of communication through technique, the Ka Mi respiration and all of this very early in the morning while many people outside have just emerged from sleep.
When nothing is planned, when we are devoid of any thought, in these sublime moments when fusion with the partner takes place, then we are in the spirit of Aïki.
Like in Zen, it is suggested to us to live here and now, to be no different from what we are, but to look with lucidity at what we have become.

The transmission of the spirit.

In order to understand the spirit of Aïkido, one must, in my opinion, dive into the past, not only that of Japan but also, and maybe even mostly, that of ancient China. Go and search for the thinkers, philosophers, poets who enriched reflexion and gave weight to the Oriental way of thinking.
It is thanks to my master Tsuda Itsuo that I digged in this direction : not that he gave lectures on philosophy or held seminars on the matter, he who only spoke with parsimony, but on the other hand he bequeathed to us through his books a reflexion on the East and the West, bridging the gap between these two worlds which seemed antinomic.
The immense culture of this master whom I was fortunate enough to know had flabbergasted me at the time but little by little I was able to enter the understanding of his message and philosophical work which had nourished me. But this man I had admired had also left traces I could see without understanding them, other signs in the way Zen masters did : he left calligraphies. As in this art nowadays called Zenga he transmitted a teaching to us through ideograms, maxims by Zhuangzi, Laozi, Bai Juyi, or folk proverbs. Each of these calligraphies introduces us to a story, a text, an art which actually enables us to go further in the understanding of this spirit which underlies our practice.

Awakening the inner force.

« There are forces in us but they remain latent, dormant. They must be awakened, activated », wrote Nocquet senseï in an article published in 1987. To me this sentence echoes Tsuda senseï’s calligraphy « the dragon gets out of the pond where it remained asleep, talent shows through ». In both cases, these masters were refering to ki and they incite us to search in this direction.
Without the concrete sensation of ki we miss the point. How can we talk about the spirit of Aïkido without making it a sequence of rules to observe, other than by following, rediscovering the foundations of the human being. Our modern, industrial society makes life so easy for us that we move no more, we get around too easily, in the cities we just have to cover a few meters to find food instead of running, hunting or cultivating. Aïkido enables us to spend this excessive energy which otherwise would make us sick. But this is not only about the physical, motor aspect, it’s our whole body which needs to recover, normalize itself. Our mind, overloaded with useless information, also needs to rest, to find peace in the middle of the surrounding agitation.

The spirit of Aïkido is Aïkido.

The spirit of Aïkido just lies in practice and little by little it comes to be discovered. And this discovery is real enjoyment. Beginners, when becoming aware of its importance, get fully involved in this art of ours. That is often the moment when difficulties to explain what we do begin. We feel like talking about it, inviting friends to participate at least to a session. We try to make what we feel understood. Other people witness our enthusiasm but don’t come to understand what it is about. And the answers we get to our explanations, to what we try to hand down are often rather disappointing. They may vary from : « Ah yes, me too, I practiced Yoga last year during my holiday at Club Med. But I don’t have time to do a stuff like this, you see, I really don’t have time. » to « Yes, your stuff is nice but it racks brains, I practice Californo-Australian self-defence, you know, and it’s really efficient ». To move from a world to another requires to be ready, ready to just discover what you don’t know yet but have sensed. We start practicing because we have read a book, an article, and we have been shocked, we said to ourselves : « Strange guy but I like what he tells, I like this spirit, it’s close to me, to what I think ».

An art to normalize the individual.

It is the spirit of the practice, quite often, that makes us go on for many years, and seldom physical or technical achievements which anyway will be limited by aging. The only ageless thing is ki, attention, respiration as Tsuda senseï used to call it. This can be deepened without any limit and that’s why there have been great masters. If you awaken your sensibility, if you have persistence, and if you are well guided ; if the teaching is not limited to surface but enables us to dig deeper, to open by ourselves doors that we didn’t suspect, then everything is possible. When I say everything is possible I mean that everyone becomes responsible for oneself, for one’s life, for the quality of one’s life.
As Yamaoka Tesshu says : « Unity of body and mind can do everything. If a snail wants to ascend mount Fuji then it will succeed ».
No seeking for reputation, no attempting to become something but rather seeking to be, thanks to self fulfillment. Pacifying internal tensions, unifying body and mind which quite often work in the wrong way if not one against the other. Here’s the deep meaning of the research we can do in the practice of martial arts. »

Régis Soavi Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°18)  octobre 2017

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Quotations from Osenseï Moriheï Ueshiba’s collected talks, some through the book : «The Art of Peace, teachings of the Founder of Aïkido, compiled and translated by John Stevens », Shambhala.

Aikido: an evolution of the inner being

By Régis Soavi

Itsuo Tsuda in front of the tokonoma
Itsuo Tsuda in front of the tokonoma

Aikido is an instrument of my evolution, it made me evolve, I just had to follow with perseverance and obstinacy the road that was opening in front of me, that was opening inside me.  Like many other people, I came to this practice for its martial aspect. However, its beauty, as well as the aesthetic of its movements, quickly fascinated me, and this with my first teacher Maroteaux Sensei already. Then, when I saw Noro Masamichi Sensei, and Tamura Nobuyoshi Sensei, I had confirmation of what I had sensed: Aikido was a wholly different thing from what I knew.

I came from the world of Judo, with the images transmitted to us, for example, that of the cherry tree branch covered with snow which all of a sudden lets the snow slide down and the branch straightens up. I had already gone beyond the ideas that had been conveyed by the beginning of the century and the fifties, of a « Japanese Jiu Jitsu which turns a small thin man into a monster of efficacy ».Lire la suite

Le Fonds Itsuo Tsuda

fonds_itsuo_tsuda.pngNotre but : soutenir et conduire, sans but lucratif, toute activité d’intérêt général à caractère culturel destinée à conserver et diffuser l’œuvre philosophique d’Itsuo Tsuda.  Ce but s’articule autour de trois axes :

  • l’acquisition, la conservation et la diffusion de l’œuvre calligraphique ;
  • la diffusion de l’œuvre littéraire ;
  • la conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos.

Le fonds de dotation est un outil de financement du mécénat, une sorte de fondation qui répond à la quasi-totalité des droits et devoirs des fondations reconnues d’utilité publique.

Les donateurs peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66% du montant de leurs don.  Par exemple un don de 300€ ne coûtera que 100€ après déduction d’impôt. reduction_dimpot_don_mecenat Plus d’information sur la structure des fonds de dotation ici

L’œuvre calligraphique :

L’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda étant dispersée aux quatre coins du monde, nous avons souhaité la réunir et la rendre accessible à toutes les personnes intéressées. C’est chose faite en 2017, avec la publication du livre « Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps ».  Ce  formidable ouvrage n’aurait pas vu le jour sans un immense travail bénévole : le prix de vente ne servant qu’à couvrir les frais d’impression et d’expédition.

La diffusion de l’œuvre littéraire :

Yume Editions, est la marque éditoriale du fonds de dotation Itsuo Tsuda, avec laquelle l’œuvre d’Itsuo Tsuda est diffusée en anglais et italien.

CouvTsuda_PathOfLess_MiniGrâce aux dons des particuliers et au travail bénévole, nous pouvons proposer aujourd’hui des traductions de qualité professionnelle.  Sont déjà disponibles :

  • The Non Doing
  • The Path of Less
  • The Science of the Particular
  • One
  • The Dialogue of Silence, sera très bientôt disponible et The Unsteady Triangle est déjà en cours de traduction

En vente ici : http://yumeshop.fonds-itsuo-tsuda.org/fr/

C’est aussi ainsi que nous avons pu publier en 2014 le livre Cœur de ciel pur, œuvre posthume réalisée à partir d’inédits d’Itsuo Tsuda, éditée au Courrier du Livre – éditions Trédaniel (disponible en librairie)

La conservation et la diffusion des archives photographiques et vidéos :

La numérisation des documents pour un archivage qui puisse traverser le temps est aussi un des objectifs du fonds Itsuo Tsuda. Il nous tient à cœur de regrouper ces documents en un fonds d’archives accessible au public comme aux pratiquants et aux dojos. Ce sont des archives que nous considérons comme un patrimoine de l’humanité qui doivent donc être conservées et appartenir à tous.

Nous renouvelons ici nos remerciements à ceux qui nous soutiennent et nous rappelons que tout le travail est fait par des bénévoles. Alors si vous souhaitez soutenir l’action du fonds de dotation, contactez-nous  :  contact@fonds-itsuo-tsuda.org

Fonds Itsuo Tsuda,
50 rue du Volga 75020 Paris
Siret 538 200 254 00018

Itsuo Tsuda Calligraphies de Printemps

L’événement autour de la publication du livre Itsuo Tsuda, Calligraphie de Printemps s’est tenu les 18 et 19 novembre 2017 au Dojo Tenshin à Paris. Le public présent a pu apprécier près de 100 reproductions de calligraphies  d’Itsuo Tsuda et découvrir un livre de 468 pages.

Retour en vidéo, en images… et en texte !!

Présentation par Régis Soavi

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Calligraphies de Printemps, trente ans d’histoire

Calligraphies de Printemps est la première monographie consacrée à l’œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda qui regroupe cent treize calligraphies et les recherches que nous avons pu mener jusqu’à aujourd’hui.

À l’occasion de sa publication, les 18 et 19 novembre 2017 aura lieu au Dojo Tenshin à Paris une exposition conçue à partir des photos du livre. Un vernissage inaugural se tiendra le 18 novembre à 18h30. Toute personne souhaitant découvrir l’œuvre d’Itsuo Tsuda y est cordialement invitée.

Le dojo est ouvert et l’entrée est libre. Welcome !

En attendant nous avions envie de partager avec vous quelques lignes sur la genèse et les coulisses de cette aventure qui a commencé il y a plus de trente-trois ans.Lire la suite

Le ki, une dimension à part entière

Par Régis Soavi

« Le Ki appartient au domaine du sentir et non à celui du savoir ». Itsuo Tsuda

Dès qu’on parle du ki on passe pour un mystique, une espèce d’hurluberlu : « Ce n’est pas scientifique, aucun instrument, aucune machine n’est capable de prouver, de démontrer que le ki existe ». Je suis parfaitement d’accord. Effectivement si on considère le ki comme une énergie surpuissante, une sorte de magie capable de projeter des personnes à distance ou de tuer seulement grâce à un cri, comme on le croyait avec le kiai, on risque de s’attendre à des miracles et d’être très vite déçu.Ki une dimension a part entiere

Le ki une philosophie orientale ?

Quelle est cette philosophie « orientale » à laquelle nous n’aurions pas accès ? Existe-t-il un domaine spécifique réservé à quelques adeptes, à quelques disciples triés sur le volet, ou bien cette connaissance est-elle à la portée de tous, et qui plus est, sans se compliquer la vie. Je veux dire en menant une vie normale, sans faire partie d’une élite ayant eu accès à des connaissances secrètes, sans avoir des pratiques spéciales, cachées et distribuées au compte gouttes, mais plus simplement en ayant un travail, des enfants etc. Quand on pratique l’Aïkido, évidemment on est dans une recherche tant philosophique que pratique, mais c’est une recherche « exotérique » et non « ésotérique ».
Itsuo Tsuda a écrit neuf livres, créant ainsi un pont entre l’Orient et l’Occident pour nous permettre de mieux comprendre l’enseignement des maîtres japonais et chinois, pour le rendre plus concret, plus simple et accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être oriental pour comprendre, sentir de quoi il s’agit. Mais il est vrai que dans le monde où nous vivons il va falloir faire un petit effort. Sortir de nos habitudes de comportement, de nos références. Avoir un autre type d’attention, un autre type de concentration. Il ne s’agit pas de repartir de zéro mais de s’orienter différemment, de conduire notre attention (notre ki) d’une autre manière.
Déjà nous devons nous débarrasser de l’idée, très cartésienne, selon laquelle le ki serait une seule et même chose, alors qu’il est multiple. Admettre aussi que notre corps est capable de sentir des choses que l’on aurait du mal à expliquer rationnellement, mais qui font partie de notre vie quotidienne, comme la sympathie, l’antipathie, l’empathie. Les sciences cognitives tentent à coup de neurones miroirs et autres procédés de décortiquer tout ça, mais cela n’explique pas tout, et même parfois ça complique les choses.
De toute façon à chaque situation il y a une réponse, mais on ne peux pas analyser tout ce que l’on fait à chaque instant en fonction du passé, du présent, du futur, de la politique ou de la météo. Les réponses surgissent indépendamment de la réflexion, elles surgissent spontanément de notre involontaire, que ces réponses soient bonnes ou mauvaises, l’analyse nous le dira après coup.

Le ki en Occident

L’Occident connaissait le ki par le passé, on l’appelait pneuma, spiritus, prana, ou tout simplement souffle vital. Aujourd’hui cela semble bien désuet. Le Japon a gardé un usage très simple de ce mot que l’on peut retrouver dans une multitude d’expressions, que je cite plus loin, en reprenant un passage d’un livre de mon Maître.
Mais dans l’Aïkido qu’est-ce que le ki ?
Si une École peut et doit parler du ki, c’est bien l’École Itsuo Tsuda, et cela évidemment sans prétendre à l’exclusivité, mais simplement peut-être parce que mon Maître avait basé tout son enseignement sur le ki, qu’il avait traduit par respiration. C’est pourquoi il parlait d’une « École de la respiration » : « Par le mot respiration, je ne parle pas d’une simple opération bio-chimique de combinaison oxygène-hémoglobine. La respiration, c’est à la fois vitalité, action, amour, esprit de communion, intuition, prémonition, mouvement. »*
L’Aïkido n’est pas un art de combat, ni même de self défense. Ce que j’ai découvert avec mon Maître, c’est l’importance de la coordination de la respiration avec mon partenaire, comme moyen de réaliser la fusion de sensibilité quelle que soit la situation. Itsuo Tsuda nous expliquait à travers ses textes ce que lui avait transmis son Maître Morihei Ueshiba. Pour nous le transmettre de manière plus concrète, pendant ce qu’il appelait « la première partie » – la pratique solitaire, qu’on appellerait aujourd’hui Taizo – au moment de l’inspiration, il prononçait KA, et à l’expiration MI. Certaines fois il nous expliquait : « KA est le radical de Feu Kasai en japonais, et MI le radical de l’Eau Mizu ». L’alternance de l’inspire et de l’expire, leur union, crée Kami que l’on peut traduire par le divin.  « Mais attention, nous disait-il, il ne s’agit pas du dieu des chrétiens ni même de celui d’une quelconque religion mais, si vous avez besoin de références, on peut dire que c’est dieu l’univers, dieu la nature, ou tout simplement la vie ».
Il y avait au dojo un dessin exécuté à l’encre de chine et tracé par Maître Ueshiba comportant quatorze formes très simples que nous appelions Futomani car O Senseï avait dit qu’il lui avait été dicté par Ame-no-Minaka-nushi : le Centre céleste. Itsuo Tsuda en donne l’explication dans son livre Le dialogue du silence*. Grâce à cela j’ai mieux compris les directions que prenait le ki lorsqu’il avait une forme.

Dessin exécuté par Maître Ueshiba
Dessin exécuté par Maître Ueshiba

Renouer, retrouver les liens avec ce qui préexiste au plus profond de nous

Le fondateur parlait de Haku no budo et de Kon no budo : kon étant l’âme essentielle qui ne doit pas être étouffée, mais disait-il, on ne doit pas négliger l’âme haku qui assure l’unité de l’être physique.
Une fois encore on parle de l’unité.
Si notre pratique s’intitule Aï ki do : « voie d’unification du ki », c’est bien que ce mot ki a un sens.
La pratique concrète nous permettra de le comprendre, mieux que les longs discours. Et pourtant il faut tenter d’expliquer, tenter de faire passer ce message si important, car sans cela notre art risque fort de devenir un combat « Que le plus fort, le plus habile ou encore le plus malin gagne », ou bien une danse ésotérique, mystique, élitiste, voire sectaire.
Et pourtant nous connaissons bien le ki, nous le sentons à distance. Par exemple quand on se promène dans une petite rue la nuit, et que tout à coup on sent une présence, on sent un regard dans notre dos et pourtant il n’y a personne ! Quant soudain on remarque, sur un toit avoisinant, un chat qui nous regarde. Un chat tout simplement, ou un rideau qui se rabat subrepticement. Le regard est porteur d’un ki très fort que tout le monde peut sentir, même de dos.

Une des pratiques de Seitai do appelée Yuki consiste à poser les mains sur le dos d’un partenaire et à faire circuler le ki. Il ne s’agit aucunement de faire l’imposition des mains pour guérir quelqu’un qui à priori n’est pas malade, mais d’accepter de visualiser la circulation du ki, cette fois comme un fluide, comme de l’eau qui coule. Au début on ne sent rien ou peu de chose de la part de l’un comme de l’autre. Mais là encore, petit à petit on découvre le monde de la sensation. On peut dire que c’est une dimension à part entière dans la plus grande simplicité. C’est simple, c’est gratuit, ce n’est lié à aucune religion, on peut le faire à tout âge et quant on commence à sentir cette circulation du ki, la pratique de l’Aïkido devient tellement plus facile. L’exercice de kokyu ho par exemple, ne peux pas se faire sans le kokyu, donc sans le ki, à moins de devenir un exercice de force musculaire, une façon de vaincre un adversaire.
Je n’aurais jamais pu découvrir l’Aïkido que mon Maître enseignait si je n’avais pas volontairement et avec opiniâtreté cherché dans cette direction. Dans la recherche sensitive, à travers tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre, sentir, et étendre cette compréhension sans jamais abandonner.

Ambiance

Le ki est aussi ambiance, par conséquent, pour pratiquer il y a besoin d’un lieu qui permette la circulation du ki entre les personnes. Ce lieu, le dojo, doit à mon avis, chaque fois que cela est possible, être « dédié » à une pratique, une École. Itsuo Tsuda considérait que en entrant dans le dojo on se sacralisait, et c’est pourquoi on saluait en montant sur les tatamis. Ce n’est pas un lieu triste où les gens « doivent garder un visage renfrogné et constipé. Au contraire, il faut y maintenir l’esprit de paix, de communion et de joie. »* L’ambiance du dojo n’a rien à voir avec celle d’un club ou avec celle d’une salle multi-sports qu’on loue quelques heures par semaine et qui est utilisée, pour cause de rentabilité, par différents groupes n’ayant rien à voir entre eux. Le genre de local, de gymnase où l’on passe, on s’entraîne, puis une douche et ciao ; au mieux une bière au bistrot du coin histoire d’échanger un peu les uns avec les autres. Quand on connaît le ki, quand on commence à le sentir et surtout quand on veut découvrir ce qui se cache derrière ce mot, un lieu comme le dojo c’est vraiment tout autre chose. Imaginez un endroit calme dans un petit passage parisien au fond du vingtième arrondissement. Vous traversez un petit jardin et au premier étage d’un bâtiment très simple s’ouvre « Le Dojo ».

Dojo
Dojo

Vous y venez tous les jours si vous voulez, car chaque matin il y a une séance à sept heure moins le quart : vous êtes chez vous. Vous avez votre kimono sur un cintre dans les vestiaires, la séance dure à peu près une heure, puis vous prenez un petit déjeuner avec vos partenaires dans l’espace attenant, ou vous partez précipitamment au travail. Le samedi et le dimanche grasse matinée, séances à huit heure.
Expliquer le ki est une chose difficile c’est pourquoi seule l’expérience nous le fait découvrir. Et pour cela il faut y mettre les conditions qui permettent cette découverte. Le dojo fait partie des éléments qui facilitent grandement la recherche dans cette direction. Renouer des circuits, mais aussi dénouer ces liens qui nous enserrent et obscurcissent notre vision du monde

Petit à petit le travail va se faire, les nœuds vont se dénouer, et si nous acceptons qu’ils se dénouent on peut dire que le ki recommence à circuler plus librement. Il circule à ce moment là en tant qu’énergie vitale, il est possible de le sentir, de le visualiser, de le rendre en quelque sorte conscient. Car des tensions inutiles, qui n’arrivent pas à se libérer, rigidifient notre corps. Pour rendre la chose la plus claire possible, on pourrait dire que c’est à peu près comme si un tuyau d’arrosage était bouché. Il risque d’éclater en amont. La rigidification du corps oblige celui-ci à réagir pour sa propre survie. Il se produit alors des réactions inconscientes qui agissent au niveau du système involontaire. Pour éviter ces blocages, surviennent de micro fuites de cette énergie vitale et même parfois des fuites plus importantes, par exemple dans les bras, au niveau du koshi et principalement aux articulations. La conséquence immédiate est que les personnes n’arrivent plus à pratiquer avec fluidité et c’est la force qui compense le manque, on raidit des parties du corps qui se mettent à réagir comme autant de pansements ou de plâtres pour empêcher ces déperditions de la force vitale. C’est pourquoi il est si important de travailler sur le fait de sentir le ki, de le faire circuler. Au début c’est la visualisation qui nous le permet, mais au fur et à mesure qu’on approfondit la respiration (la sensation, la sensibilité au ki), si on reste concentré sur une pratique souple, si on se vide l’esprit, on peut découvrir, voir, sentir la direction du ki, sa circulation. Cette connaissance nous permet de l’utiliser et la pratique de l’Aïkido devient facile. On peut commencer à pratiquer la non résistance : Le non faire.

La sensibilité naturelle des femmes au ki

Les femmes ont généralement plus de sensibilité par rapport au ki ou, plus exactement, elles la conservent plus, si elles ne se déforment pas trop pour se défendre dans ce monde d’hommes où tout est régi suivant les critères et les besoins de la masculinité, de l’image de la femme qui est transmise et de l’économie. Leur sensibilité vient du besoin de conserver à leur corps la souplesse pour pouvoir accoucher de façon naturelle et s’occuper des nouveaux-nés. C’est une souplesse qui ne s’acquière pas dans les salles de sport, de musculation ou de fitness, c’est plutôt une tendresse, une douceur qui saura au besoin être ferme et sans aucune mollesse quand ce sera nécessaire. Le nouveau-né a besoin de toute notre attention mais il ne parle pas encore. Il ne peut pas dire : « j’ai faim, j’ai soif ou je suis fatigué », ou encore « maman tu est trop nerveuse, calme toi, et dis à papa de parler moins fort, cela me fait peur ».2011-07-20 at 08-21-28

Grâce à leur sensibilité naturelle, elles sentent les besoins de l’enfant, elles ont l’intuition de ce qu’il faut faire et le ki passe entre la mère et l’enfant. Quant le père, toujours très rationnel, ne comprend pas, la mère sent et du coup elle sait. Même si elle n’est pas mère, même si elle est une jeune femme sans aucune expérience, c’est le corps qui réagit, c’est lui qui a cette sensibilité naturelle au ki et c’est pourquoi, je pense, il y a tant de femmes dans notre École. C’est parce que le ki est au centre de notre pratique, que rien ne saurait se faire sans lui. Nous mettons notre sensibilité dans cette direction et ainsi on peut voir le monde et les personnes non plus seulement au niveau des apparences mais bien plus loin, dans leur profondeur, ce qu’il y a derrière la forme, ce qui la structure, ou ce qui la conduit.

Voici quelques exemples que donnait Itsuo Tsuda, extraits du livre Le Non-faire :

« La chose la plus difficile à comprendre dans la langue japonaise, c’est le mot « ki ».  En effet, si les Japonais l’utilisent des centaines et des centaines de fois par jour, sans y réfléchir, il est pratiquement, et je dirais aussi théoriquement, impossible d’en trouver un équivalent dans les langues européennes.
Si le mot, pris isolément, reste intraduisible en français, il n’est toutefois pas impossible de traduire les expressions courantes dans lesquelles il se trouve incorporé. Je vais citer quelques exemples :
ki ga chiisai : mot à mot, son ki est petit. Il se fait trop de souci pour rien.
ki ga ôkii : son ki est grand. Il ne se fait pas de souci pour des petites choses.
… ki ga shinai : je n’ai pas de ki pour… Je n’en ai pas envie. Ou, cela me dépasse.
… ki ga suru : il fait du ki pour… J’ai le flair, le pressentiment, je sens intuitivement…
waru-gi wa nai : il n’a pas de mauvais ki, il n’est pas méchant, n’a pas de mauvaises intentions.
ki-mochi ga ii : l’état du ki est bon ; je me sens bien.
ki ni naru : cela attire mon ki, je n’arrive pas à dégager mon esprit de cette idée. Quelque chose de bizarre, d’anormal arrête mon attention, malgré moi.
ki ga au : notre ki coïncide, nous sommes sur la même longueur d’ondes.
ki o komeru : concentrer le ki. Pour la question de concentration, je n’ai vu nulle part ailleurs d’exemple aussi hautement porté qu’au Japon.
ki-mochi no mondai : c’est conditionné par l’état du ki. Ce n’est pas l’objet, le résultat tangible, mais c’est le geste, c’est l’intention qui compte.
On pourrait encore citer plusieurs centaines d’expressions avec le mot ki.
Si les Japonais sont pour la plupart incapables de dire ce qu’est le ki, il n’empêche qu’ils savent instinctivement à quel moment il faut le dire ou ne pas le dire. ».

Itsuo Tsuda avait commencé l’Aïkido à l’âge de quarante cinq ans, il n’avait rien d’un sportif mais sa seule présence transformait toute l’ambiance du dojo. J’aimerais vous raconter une anecdote concernant un des exercices que je faisais dans les années soixante-dix, alors que mon Maître avait déjà plus de soixante ans. Lorsque je passais le portail de la cour au fond de laquelle se trouvait le dojo, je m’arrêtais un instant, je fermais les yeux et cherchais à sentir si « il » était là. Les premiers temps cela ne marchait pas trop, c’était des coups au hasard, des coups de chance. Petit à petit j’ai compris : je ne devais pas chercher à savoir. Alors j’ai commencé à me « vider », à cesser de penser et c’est venu. Je savais chaque matin si il était arrivé ou non. Je sentais sa présence dès que je m’approchais du dojo.
A partir de ce moment quelque chose s’est transformé en moi. J’avais enfin compris un petit bout de son enseignement, et surtout, j’avais vérifié que le ki ne faisait pas partie de l’irrationnel, que c’était concret, et que sa perception était accessible à tous puisqu’elle m’avait été accessible.

Article de Régis Soavi sur le thème du ki ( ) publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°15)  janvier 2017.

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Notes :
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 25.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 14.
* Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence – Ed. Le Courrier du livre, 1979, p. 89 et 90.
* Itsuo Tsuda, Cœur de ciel pur – Ed. Le Courrier du livre, 2014, p. 117.
* Itsuo Tsuda, Le Non-faire – Ed. Le Courrier du livre, 1973, p. 23 et 24.

Souscription livre calligraphies

livres calligraphies

SOUSCRIPTION pour la publication de :

Itsuo Tsuda, Calligraphies de Printemps

Une plongée au cœur de l’œuvre calligraphique d’Itsuo Tsuda

Tirage limité, version « de luxe » réservées aux souscripteurs. En prévente jusqu’au 31 mai 2017.

Livre disponible en novembre 2017 à Paris au Dojo Tenshin (lors du vernissage ou sur RDV) ou bien expédié à vos frais. Version italienne disponible en mai 2018

Le prix de prévente de 75 € correspond aux frais de production. Aucun bénéfice ne sera fait sur ces ventes. Pour commander : pour les membres de l’association École Itsuo Tsuda, adressez vous directement à votre dojo sinon rendez-vous sur cette page

Présentation générale

Monographie consacrée à l´œuvre calligraphique du philosophe-écrivain Itsuo Tsuda (1914-1984). Édition « de luxe », réservée aux souscripteurs, volume relié au fil, couverture toile avec marquage à chaud, et jaquette. Format 30x24cm. Environ 380 pages dont 100 reproductions couleurs pleine page.Lire la suite

Presentation of The Path of Less

Conferenza 2

The magnificent Grechetto Hall of Palazzo Sormani, in Milan, which has hosted, on Friday, Feb. 12 at 18hrs, the presentation of the book The Path of Less by Itsuo Tsuda, published by Yume Editions.

Cover_ItsuoTsuda_LaViaDellaSpoliazione_WEBThe event, organized by the Scuola della Respirazione in collaboration with the Central Municipal Library of Milan, took place in front of a large and attentive audience. After a short video presentation on the philosophy and thought of Master Tsuda, some practitioners of the Scuola della Respirazione read a selection of excerpts from The Path of Less.

Later, Régis Soavi, host of the evening, by answering to the questions of the interested public, talked about his experience on the importance of the practice philosophy and Itsuo Tsuda books may have in everyday life.

The organization of the evening has involved a lot of us and it was an interesting exchange with the library staff, who contributed to the unfolding of the evening with care and sensitivity.

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Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement Parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

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Kokyu disclosure of the unity of being

By Régis Soavi

In one of his books Itsuo Tsuda gives us his views on kokyu:

CouvTsuda_PathOfLess_Mini“In learning a Japanese art, the question of “kokyu” always arises, strictly speaking, the equivalent of actual respiration. But the word also means to have a knack for doing something, to know the trick. When there is no “kokyu”, we cannot do a thing properly.  A cook needs “kokyu” to use his knife well, and a worker his tools. “Kokyu” cannot be explained; it is acquired.
When I was young, I saw a labourer working with his screwdriver on very rusty machinery.  I tried to unscrew a piece of the machine, but in vain; it was too rusty. For the labourer, it posed no problem; he unscrewed it with ease, not because he was stronger but because he had “kokyu”.
When we acquire “kokyu” it seems that tools, machines, materials, until then “indomitable”, suddenly become docile and obey our commands with no resistance.
Ki, kokyu, respiration, intuition are themes that are pivotal to the arts and crafts of Japan. It constitutes a professional secret, not because people want to keep it like a patent, or a recipe for earning their living, but because it cannot be passed on intellectually. Respiration is the final word, the ultimate secret of learning. Only the best disciples gain access to it, after years of sustained effort.
A martial arts master whom dogs bark at is not a good master, they say. The French know how to silence dogs by sliding a piece of sugar in their mouths. That’s the trick, that’s “the thing”, but it is not kokyu, respiration, which is something else entirely.”

Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33-34.

I discovered kokyu with my master Itsuo Tsuda.aikido kokyu
Previously, it was to me just the name of a technique, with Itsuo Tsuda this notion became much more concrete, firstly by the orientation of his practice. He said: « To me technique is simply a test of knowing whether I’ve evolved in my breathing. » Thus our attention was brought directly to kokyu. There couldn’t be aikido and breathing. Aikido is breathing. And then, from his first books on, Itsuo Tsuda illuminates us in terms I didn’t knew; almost too simple and yet so difficult to achieve.

When I attacked him it was crystal clear, regardless the strength I put in he remained both, relaxed and powerful.
He made us use visualization to teach us kokyu. E.g. for kokyu ho he said: « It is the lotus flower opening. » Today few people have seen the lotus flower, so I speak of a daisy. Visualization should talk to us, directed to us. For it to act, it must be anchored in the concrete life of each person.

So sometimes to help someone to get beyond a partner that is holding the wrists to prevent him or her to move, I say, « You welcome a friend you haven’t seen for years, who steps out of the train, take him in your arms! » Then the person forgets the other and ki, instead of being coagulated, flows in the given direction, the person raises the arms without any effort. The power of visualization is colossal.

Sure, posture is essential, I would even say primordial. If the body stiffens to become an impeccable posture; it’s screwed. If it is too flabby; it’s screwed. If the third lumbar is wrongly positioned: it’s screwed. With the practice of aikido and katsugen undo I see that my students are gradually recovering. Ki begins to flow without blockage, without disruption, it is the discovery of unforced abdominal breathing, but clear and limpid, from the kokyu. In my view, without kokyu, all the work in aikido is only intended to strengthen the body, it is a work of hardening.kokyu ho régis soavi

With the deepening of breath little by little the needlessness disappears, we do not need to work on flexibility or strength, stiffness and our ideas of strength and weakness are leaving. So ki circulates better.
For this direction, the respiratory practice we do in the beginning of the sessions is important.
You can not teach kokyu, but you can guide individuals to discover it.
If we practice kokyu ho every morning at the end of each session, it is precisely to make people sensitive and also to improve our posture. As our posture and the way we behave refines and improves, we are able to help the normalization of the terrain of our partner. If you breathe deeply from the hara to the hara of the partner, you revitalize the channels through which ki flows, you enable these circuits to function better, and the other understands (feels) with his entire body what it is about.
It is not about looking at the demonstration and working harder and harder, but rather about being pervaded with this kokyu feeling of the other. I often say: to work on the kokyu we must start by listening. We listen to the other, not with the ears but with the whole of our body, we feel the breathing, the ki, of the other. It’s like a perfume. We listen to the inner movement, so the feeling becomes more accurate and we can guide him or her to a better posture, towards a release of tension.

It is also the work of senior practitioners to encourage this discovery. By bathing the other in breath, they help them to feel it, by dint of being soaked with « something ».

In the practice of katsugen undo Tsuda Sensei introduced in Europe, first comes the awareness  by the breathing, by the movement of ki. Tsuda wrote: « In the regenerating movement (katsugen undo), we do the opposite of the tradition: we begin with the supreme secret, straight off1. »

Kokyu is no more magical than ki is an energy. As soon as we launch ourselves into an explanation, even if  we let know that it will be approximately, big chance we blow it.
The ancient tales, such as those recorded by the Brothers Grimm, can show us an aspect of kokyu powers. As in fairy tales, it can transform toads into a prince or princess and grow people more beautiful by the simple fact of transforming their posture. This posture, the result of many years of contraction, weakness, or attempts of correction. When the posture finds back something natural, it is the return to the source, to the root of being.regis soavi aikido

The discovery of kokyu leads us to different behaviors in everyday life. This respiration, far from being seen as in “New Age”, awakens in the individuals’ daily life forgotten qualities, lost simplicity, and intuition finally found. It is what can be admirable in the work of a craftsman and an artist, but it is also what surprises those who do not know it. Because we did not understand nor felt what is behind this entirety in the performed act: kokyu is a revelation of the unity of being.

Itsuo Tsuda has guided us in that direction, leaving us free to go further or stay put. This freedom was fundamental in his teaching.

It is said that sometimes when the posture, the breathing, the coordination was perfect, Ueshiba O Sensei exclaimed “Kami Wasa”. God-technique? Supreme realization? Couldn’t we talk about kokyu or Non-Doing in the greatest simplicity? Like a child who drops a toy to take another, in the same way as he aspires us to take him in our arms for protection.
A small child has kokyu. “The baby is as big as the universe, but treated poorly fades quickly”2, Tsuda Sensei wrote in his last book. Isn’t it our duty to enable him to preserve it? And to us  adults, it to regain?

Aikido is not made for fighting, but to allow a better harmony between people.
I breathe deeply, I listen to the body of the other, in his or her body I visualize the flow of ki, I hear and clearly understand it, so I let ki passing into the body of the other. This circulation brings us fullness, the feeling of being fully alive, everything disappears, there is nothing but the present moment with its sensations, its colors, its music.

Article written by Régis Soavi on the subject of kokyu, published in Dragon Magazine(Special Aikido No. 10) in October 2015.

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1) Itsuo Tsuda, The Path of less, Yume Editions, Paris, 2014, p. 33
2) Itsuo Tsuda, Face à la science, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1983, p. 152.

Misogi du premier janvier

Les notes qui suivent ont pour fonction de retracer les origines et les moments importants de la préparation et du déroulement du Misogi du premier janvier tel qu’il se pratique dans les dojo de l’École Itsuo Tsuda. Elles ne peuvent remplacer la transmission orale et le vécu de la cérémonie, ce sont des indications, pas une marche à suivre imposée. Pour aider à pénétrer dans l’ambiance de ces moments, il a semblé utile de présenter ce texte en s’appuyant sur les trois rythmes de la tradition japonaise : jo – ha – kyu.
Voici sur ce sujet, quelques extraits du livre d’Itsuo Tsuda, La Science du particulier : « En étudiant le théâtre Noh, j’ai connu les trois rythmes : jo – lent, ha – normal, et kyu – rapide […] Jo signifie introduction, ha rupture, changement, et kyu rapide […] Les fruits poussent graduellement (jo), mûrissent à vue d’œil (ha), et tout à coup se détachent des branches (kyu). »

Origine et préparatifs (jo)

La vie des dojo de notre École est rythmée par plusieurs cycles temporels. Entre celui qui débute à la création du dojo et celui, quotidien, des séances d’Aïkido, on trouve le cycle pluri-hebdomadaire des séances de Katsugen Undo, le cycle saisonnier des stages et celui annuel du Misogi du premier janvier.

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Portes ouvertes au Dojo Yuki Ho

Une philosophie pratique à découvrir

Le dojo Yuki Ho, présent à Toulouse depuis plus de trente ans et dédié à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo,  vous invite du 7 au 10 janvier 2016 pour un événement qui réunira lecture-rencontre, exposition de calligraphies, démonstrations et séances page1d’Aïkido, diffusion de films et interviews sur le Katsugen Undo.

« J’écris dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle, mais celle d’un peuple qui passe pour être l’un des plus exigeants en matière littéraire. (…) Je m’aventure dans le domaine de l’inconnaissable, où la connaissance la plus parfaite de la langue, des mots dans leur coloration, leur saveur, et leur maniement n’arrivera pas à remplacer l’expérience. (…) Rien, en effet, n’est évident en ce qui concerne les aspects du ki. Lorsqu’ils deviennent évidents, ils cessent d’être le ki et entrent dans les catégories. L’intellectualisation commence. On peut toutefois faire le chemin inverse. On peut remonter, à partir des formes connue, à cette source insondable qui détermine le comportement chez l’individu. » Itsuo TsudaLire la suite

Une forme d’enseignement méconnu : les calligraphies d’Itsuo Tsuda

Maître Tsuda a enseigné à travers diverses voies, l’une d’elles, probablement la moins connue, est la calligraphie. Il n’était pas un maître de calligraphie mais il a su utiliser cette dernière pour laisser un message philosophique qui aujourd’hui fait partie de l’héritage de ses élèves.
Le projet de réunir l’intégralité de l’œuvre calligraphique de Maître Tsuda est né quand il était encore en vie et, déjà à l’époque, avec son approbation, quelques élèves ont cherché à regrouper ses calligraphies dans un même recueil. Après son décès, d’autres ont continué ce travail dans cette direction. Aujourd’hui encore nous continuons avec cette intention, trente ans après, mais non sans difficulté, car il s’agit de redonner sa juste place à cette forme d’enseignement et de la faire connaître. Nous nous sommes donné comme objectif de créer un livre qui avant toute chose respecte l’auteur et son œuvre autant du point de vue du message qu’il voulait transmettre que du point de vue artistique.
Mission impossible ? Presque…Lire la suite