Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.
#10 Coulisses
Évidemment il y a l’événement ! Mais comme pour un spectacle il y a ceux qui ont créé l’événement, ceux qui ont fait l’histoire. Les techniciens dans l’ombre des projecteurs de la scènes, les « fourmis » qui ont couru partout… Petit hommage avec quelques photos volées :
Bas en plein tournageRégis Sirvent en plein tournage égalementJérémie en shooting photos
vin d’honneur réglé comme du papier à musique : Francesca aux commandes
Kika Juan, Jean-Marc Arnauve, Bruno Vienne, Régis Soavi
Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.
Cette année a justement vu « apparaitre », sortir des placards, des archives ! Certaines d’une grande valeur historique, d’autres plus anecdotiques mais intéressantes quand même.
Ce film a été découvert en Israël en 2014 par Madame Habib. Fille de Pierre Holzacker, pilote d’Air France qui a pratiqué l’aïkido avec sa femme Esther en France dans les années 1960, notamment auprès d’Itsuo Tsuda. Il s’agit d’un passage à Paris d’Itsuo Tsuda dans les années 1968, on y voit Monsieur Jean-Gabriel Greslé (également pilote d’Air France et aïkidoka) et Madame Jacqueline Greslé pratiquer avec Itsuo Tsuda. À la fin du film on voit également Itsuo Tsuda pratiquer au Hombu Dojo à Tokyo. Nous remercions ici très chaleureusement Monsieur Ze’ev Erlich qui nous a transmis depuis Israël ce document précieux.
Monsieur et Madame Greslé nous ont fait le plaisir d’une visite lors de l’événement du Centenaire au Dojo Tenshin
Monsieur et Madame Greslé nous ont fait le plaisir d’une visite lors de l’événement du Centenaire
Dimanche 16 novembre 2014 s’est achevé ce qui restera un moment exceptionnel, à la fois hommage à un écrivain et fruit du travail de toute une école.
L’événement autour d’Itsuo Tsuda aura réuni durant un week-end plusieurs centaines de personnes dans un lieu spécialement préparé pour l’occasion. Le dojo Tenshin qui fêtera prochainement ses trente années d’existence s’est transformé durant ces derniers mois pour accueillir le centenaire de la naissance d’un homme dont l’œuvre résonne plus que jamais.
Né en 1914 Itsuo Tsuda aurait eu cent ans cette année. Se reconnaissant avant tout philosophe ce personnage atypique, farouchement indépendant, est une figure incontournable de l’Aïkido en France. C’est lui qui introduisit le Katsugen undo* en Europe au début des années 1970.
Élève direct de O’Sensei Morihei Ueshiba pendant les dix dernières années de la vie de ce dernier, Itsuo Tsuda ne retenait dans l’Aïkido ni l’aspect sportif, ni le coté art martial, mais plutôt la possibilité de mener à travers cet art une recherche intérieure, personnelle. Il qualifia cette dimension de « pratique solitaire » et s’attacha à la transmettre dans ses livres et son enseignement.
Débutant l’Aïkido à quarante-cinq ans ce sont les notions de ki et de Non-Faire qui vont principalement l’attirer. Ces aspects sont particulièrement tangibles dans la série d’exercices qui précédait chez O’Sensei Ueshiba la technique et pour laquelle Itsuo Tsuda a inventé l’expression « Pratique respiratoire ».
O’Sensei Ueshiba accordait une très grande importance à ces exercices qui représentaient pour lui quelque chose de complètement différent d’un échauffement. Itsuo Tsuda en dira dans une interview sur France culture :
« Pour moi ce qui est important, c’est ce que je fais au début : je m’assois, je respire, je respire avec le ciel et la terre, c’est tout. Beaucoup de gens aiment l’Aïkido comme une technique, n’est-ce pas. Pour moi la technique c’est simplement le test pour savoir si j’ai évolué dans ma respiration. »
Dans la technique qui occupe la seconde partie de la séance il n’y a donc pas de combat, mais une possibilité de développer la sensibilité, la capacité de fusionner.
Décédé en 1984, la voix d’Itsuo Tsuda résonne encore aujourd’hui à travers les neuf livres qu’il publia en français* et à travers ses propres élèves. L’un d’eux, Régis Soavi se consacre depuis plus de trente ans à l’enseignement de l’Aïkido et du Katsugen undo. Il est le conseiller technique de l’École Itsuo Tsuda.
– Bonjour Monsieur Soavi, lorsque vous avez rencontré Itsuo Tsuda dans les années 70 vous étiez déjà engagé dans la pratique des arts martiaux. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous consacrer à l’Aïkido d’Itsuo Tsuda ?
– Quand j’ai rencontré Itsuo Tsuda j’étais débutant en Aïkido, mon professeur était Roland Maroteaux. J’ai rencontré Tsuda lors d’un stage organisé par ce professeur. Ce qui m’a impressionné au départ c’est sa capacité à l’esquive. Lors de ce stage je voyais mon professeur, pourtant un Budoka, l’attaquer avec détermination et à chaque fois Tsuda n’était pas là, c’était une esquive, il présentait un vide devant lui. Cela m’avait choqué. J’avais pratiqué beaucoup de Judo, je faisait aussi des armes et du jujitsu et et puis à peu près à la même époque, au cours de ma formation en tant que professionnel d’Aïkido, j’ai travaillé aussi avec d’autres maîtres, Me Noro, Me Tamura, Me Noquet, puis lors de stages avec Me K.Ueshiba, Me Yamagushi, etc. À l’époque on était tous un peu des Ronins, on tournait d’un dojo à l’autre et on essayait de saisir les secrets des maîtres. Au début j’allais un peu timidement chez Me Tsuda, mais la qualité de ce vide, ce vide qui se déplaçait, c’était très impressionnant. C’est cela qui m’a fait dire : il faut que j’aille voir ce maître.
– Que représente pour vous la première partie des séances d’Aïkido qu’Itsuo Tsuda a dénommé « Pratique respiratoire » ?
– Me Tsuda avait l’habitude de dire que c’était l’essentiel de l’Aïkido. Au début, quand j’avais vingt ans, je voyais moi-aussi cette partie comme une sorte d’échauffement respiratoire, pour ne pas dire d’échauffement musculaire. Et puis petit à petit j’ai découvert que c’était beaucoup plus profond que ça ! Et au bout de 7 ans, la Pratique respiratoire était devenue la partie la plus importante de l’Aïkido pour moi. Le reste, c’était, comme Tsuda le dit très bien, une façon de vérifier où j’en étais moi aussi dans ma respiration.
– Vous parlez de l’Aïkido en proposant la traduction « voie de fusion de ki ». En quoi est-ce que cela est différent par rapport à la définition « voie de l’harmonie » que l’on a coutume d’entendre ?
« Dans l’aïkido on échappe complètement à l’idée de combat. Maître Ueshiba avait une telle capacité de fusion avec la personne qui l’attaquait qu’il devançait ses actes, ses gestes. »
– Vous savez, « Aïkido » ce sont des idéogrammes, ce ne sont donc pas des mots en soi. Ce que j’essaye de transmettre à travers « voie de fusion de ki », c’est la direction que nous prenons. Dans l’Aïkido cette fusion de sensibilité entre les personnes, permet de pratiquer d’une autre manière. On échappe complètement à l’idée de combat. C’est plutôt une complémentarité. Je pense que Me Ueshiba avait une telle capacité de fusion avec la personne qui l’attaquait qu’il devançait ses actes, ses gestes. Pour moi l’harmonie, c’est insuffisant comme traduction, cela peut être esthétique. La fusion fait appel à quelque chose de plus profond. Quand deux métaux entrent en fusion pour faire par exemple du bronze, ils deviennent du bronze, il ne s’agit pas seulement de les harmoniser, ils deviennent quelque chose de différent. Et c’est en ce sens aussi que j’ai envie de traduire cela par « voie de fusion de ki ». Mais c’est une vraie interprétation des idéogrammes.
– Quel rôle joue selon vous la technique ?
– Elle est indispensable. C’est une base. Pour moi la technique doit être extrêmement précise. Elle est ce qui porte la respiration. La technique ça veut dire aussi le corps, la posture. Si la posture est juste, si le placement est juste, alors c’est facile, la respiration est meilleure. Si on est bloqué, encombré, fermé ou trop ouvert, trop mou ou trop dur, rien ne passera vraiment. La technique est là pour nous permettre à travers sa précision de retrouver les lignes qui nous aident à mieux respirer, à rentrer mieux en fusion. C’est pour cela aussi que je fais souvent travailler lentement. Cela ne sert à rien de faire quelque chose vite et mal.
– La pratique du Katsugen undo, que vous avez découvert auprès de Me Tsuda, influe-t-elle votre approche de l’Aïkido ?
– Je pense que si je n’avais pas pratiqué le Katsugen undo je ne pratiquerais pas l’Aïkido comme je le fais aujourd’hui. N’oublions pas que le Katsugen undo c’est quelque chose qui normalise le terrain, le corps. Et aujourd’hui justement je vois l’Aïkido aussi comme un processus de normalisation du corps. La pratique du Katsugen undo permet de pratiquer l’Aïkido dans ce genre de voie, c’est pour moi une base, un minimum. Elle développe en nous la respiration, on respire mieux, on est plus tranquille. Les aspects agressifs, compétitifs disparaissent, ils tombent d’eux mêmes. Au lieu de pratiquer en faisant mal à l’autre on va vers la normalisation du corps, j’ai par exemple l’habitude de montrer comment lors des immobilisations au sol on tord le bras d’une certaine façon et on va faire passer le ki jusqu’à la troisième lombaire et que le corps de la personne va se tordre légèrement à cet endroit là. Et bien, c’est un processus de normalisation du corps à travers l’Aïkido, que j’ai découvert parce que je pratique le Katsugen undo. Cela concerne beaucoup d’autres techniques, la façon d’entrer, de rejoindre le centre, le hara, etc. Je ne dis pas qu’on ne peut pas le découvrir si on ne pratique que l’Aïkido, mais le Katsugen undo a été une porte ouverte, il m’a permis de mieux sentir, de mieux comprendre, d’être plus dans l’esprit… Je pense que cela a été très important aussi pour Tsuda. Il a pratiqué dix années avec Me Ueshiba. Mais quand il est arrivé à l’Aïkido il avait déjà pratiqué pendant plus de dix ans le Seïtaï, le Katsugen undo. Son terrain était donc dans un certain état, par exemple en ce qui concerne la souplesse – que l’on a bien souvent perdu à quarante cinq ans. Et puis au niveau de l’état d’esprit : pour Tsuda c’était clair qu’on n’est pas là pour s’abîmer, mais au contraire pour retrouver à la fois un certain tonus, mais en même temps un équilibre. Aïkido doit nous amener à l’équilibre. Et le travail de Katsugen Undo c’est équilibre.
– Vous pratiquez tôt le matin, cela peut surprendre.
– Les séances ont lieu à 6h45 en semaine mais aussi à 8h le w-e. Je sais qu’on vit dans une société où on se couche soit disant très tard et on se lève très tard aussi. Moi j’aime bien le matin. Le soir on est fatigué, les gens sortent du boulot, ils sont stressés. Donc évidemment très facilement les séances d’arts martiaux vont devenir du défoulement, etc. Le matin déjà, la compétitivité ça n’a pas trop d’importance… On se lève, on vient au dojo, on peut respirer tranquillement, on démarre la journée. Et qui plus est, on a la chance d’être dans un dojo permanent. On vient et on est chez soi, dans une association, mais chez soi, ce sont des dojos qui ne servent qu’à cela. Ce ne sont pas des gymnases avec des vestiaires plus ou moins propres où on ne peut pas laisser sa montre parce que sinon on nous la pique, etc. Donc on arrive ici le matin, on se prend un petit café, un thé, puis on fait la séance. Et là, la journée commence et elle commence bien, c’est un vrai plaisir. Chaque matin j’ai beaucoup de plaisir à voir des gens arriver tranquillement en prenant le temps, on est dans un monde où on ne prend plus le temps…
– Vos séances s’adressent à tous sans faire de distinction entre les ages et les niveaux, vous parlez d’une école sans grades.
– Me Tsuda disait : « Il n’y a pas de ceinture noire de vide mental. » Chez Me Ueshiba il n’y avait pas de programme national de ceinture noire. Lorsque Me Noguchi* enseignait il disait « Oubliez, oubliez, quand vous en aurez besoin cela viendra tout seul. » C’est un peu ça, la technique est importante, mais on ne va pas répéter dix mille fois comment se faire attaquer ou autre. Ça n’a aucun sens. Hiérarchie, grades, kyu, dan, etc. pour moi cela ne représente pas grand chose… Et puis du point de vue des âges, pourquoi est-ce qu’on ferait une différence ? C’est la société moderne qui a fait une différence, qui a crée les teenagers (qui maintenant sont encore teenagers jusqu’à quarante ans, d’ailleurs) le troisième age puis le quatrième age, etc. Toutes ces catégories ne correspondent à rien. Pour moi, au niveau de la vie qui nous habite on est tous égaux. Après, bien sûr, on fait une différence, si je travaille avec un enfant de six ans ce n’est pas comme quand je travaille avec une personne de soixante ans ou avec un jeune de vingt ans.
– Au delà de la transmission des bases, que peut-on à proprement parler enseigner à travers l’Aïkido ?
– Ah, pas grand chose, effectivement, il y a un moment donné où les personnes font leur propre recherche toutes seules. Alors comme je suis plus ancien, et ma recherche est plus ancienne aussi, je peux leur donner quelques indications, et puis je peux permettre aux gens de mieux comprendre à travers des visualisations. C’est ma manière à moi d’enseigner aux personnes aujourd’hui. Je propose des visualisations, par exemple tel mouvement c’est comme si vous posiez un bébé dans son lit. En même temps les personnes font une recherche, il y a un certain nombre de personnes que je considère comme des compagnons, ce ne sont plus des élèves. En tant que senseï, comme un bon artisan qui a plus d’ancienneté, je peux dire : « Regarde un peu plus loin là, voilà », regardant plus loin, le corps s’ouvre et la personne dit « Ah oui, d’accord ». C’est très fin. C’est une communication qui s’instaure avec mes élèves. Et les personnes après vont chercher dans cette direction. On ne va pas perfectionner la technique, ça n’existe pas. L’Aïkido ne deviendra pas plus efficace, plus esthétique etc, mais on va être plus proches de nous-mêmes, je pense que c’est cela qui est le plus important.
Cet article a été publié dans Dragon Magazine (Hors-Série Spécial Aïkido n°5) de juillet 2014. Présentation d‘Itsuo Tsuda et rencontre avec Régis Soavi.
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Notes
* Katsugen undo traduit par Mouvement régénérateur, technique mise au point par Haruchika Noguchi, créateur du Seïtaï.
Morihei Ueshiba O Senseï récitait dans son cours le norito, invocation aux dieux d’origine Shinto. Itsuo Tsuda dans les dernières années le récitait quotidiennement et la tradition s’est poursuivie au sein de l’École Itsuo Tsuda.
« Le norito n’appartient pas au monde de la religion mais certainement au monde du sacré au sens animiste. Les vibrations et la résonance conduites par la prononciation de ce texte nous apportent à chaque séance une sensation de calme, de plénitude et parfois quelque chose qui va au-delà et reste inexprimable .
Le norito est un Misogi*. Par essence il n’est jamais parfait, il change et évolue. Il est le reflet d’un moment de notre être. » (Régis Soavi)
Ce norito est très connu au japon, on l’appelle Misogi no harae. La version que récitait Maître Tsuda est en quelque sorte une version courte, Morihei Ueshiba rajoutait les noms de quantités de Kamis.
Itsuo Tsuda reçut ce norito des mains de Nakanishi Senseï qu’il rencontra lors d’un voyage au Japon. Elle lui transmit également la position des mains, qui, sans être figée, est d’une grande précision. C’est un nœud de ki ; tous les doigts doivent se toucher et la position des coudes a son importance aussi. Nakanishi Senseï fut le maître de Kotodama de Morihei Ueshiba. » Propos recueillis auprès de Régis Soavi
Itsuo Tsuda lui même écrira : « À un moment donné de sa vie, Maître Ueshiba se sentait bloqué dans la poursuite de la voie, devant une impasse. Il était extrêmement fort physiquement, mais il sentait qu’il lui manquait quelque chose. C’est alors qu’il fit la connaissance des Nakanishi. Il était âgé de cinquante-six ou sept ans, et Mme Nakanishi, de vingt et quelques années.(…) »
Itsuo Tsuda, La Voie des Dieux
Dans son livre La Voie des Dieux (Le Courrier du Livre, 1982), Itsuo Tsuda tente de nous éclairer sur ces sujets assez difficiles d’accès, que sont le Shinto et le Kotodama. Nous en publions quelques extraits pour accompagner l’écoute de la récitation du norito par Itsuo Tsuda.
« Il est bien difficile de définir ce qu’on appelle le « shintoïsme », mot à mot, la voie des dieux. C’est une appellation qu’on a forgée par nécessité de comparaison avec les autres formes de « croyances » qui ont été introduites au Japon, au cours des siècles.(…) »
« Si je dois dire en un mot ce qu’est le shinto, je citerai un proverbe français : Eau qui court ne porte point d’ordure (XVe siècle). Ce qui importe, ce n’est pas le dogme, mais la sensation immédiate de sérénité. Est-il possible de garder constamment la sensation de sérénité, dans n’importe quelle circonstance ? Si vous y arrivez, je n’ai rien à ajouter. Je suis plutôt d’avis que la plupart du temps, nous éprouvons une sérénité précaire sous certaines conditions particulières. Nous nous efforçons de garder cette sérénité en nous raidissant. C’est sauver les apparences. C’est être aveugle que de ne pas admettre que nous avons des faiblesses et des failles. Ce proverbe est aujourd’hui presque inconnu.(…) »
Kotodama (vibrations)
« Tout l’Univers est conçu comme rempli de sensations de vibrations. Ces vibrations préexistent avant d’être perceptibles. Ainsi, Maître Ueshiba parlait souvent du kotodama de la voyelle «u», par exemple, qui est une vibration qui jaillit du ventre. Il expliquait les fonctions de tout le vocalisme qui étaient au fond très simples mais il m’était très difficile de les comprendre car ce sont des choses qui n’étaient pas dans mes habitudes.(…) »
« D’après Mme Nakanishi, le propre du Budo, des arts martiaux, réside dans la disposition à répondre aux résonances. C’est là que les arts martiaux se joignent au kototama. C’est là aussi qu’ils diffèrent des sports. En effet, les arts martiaux sont nés aux temps où on était exposé à la fatalité de tout moment, sans avertissement. Il ne s’agissait pas d’exhiber une technique corporelle devant les spectateurs qui vous admirent, comme dans un cirque. Il fallait pressentir l’approche d’un danger avant que des données de perception viennent le confirmer. Le moment de confirmation est déjà trop tard car il détermine, non des scores, mais la vie ou la mort.(…) »
« L’aikido, conçu comme mouvement sacralisé par Maître Ueshiba est en train de disparaître pour faire place à l’aïkido athlétique, sport de combat, plus conforme aux exigences des civilisés. « Le vrai budo doit être comme une sorte de mai, dit Mme Nakanishi, ce sont les autres qui tournoient autour de vous, mais le maître ne bouge pas. » Dans le shinto, il n’y a pas d’opposition entre Dieu et l’homme, comme dans le christianisme. Il s’agit de retrouver Dieu en vous-même. C’est ce qu’on appelle chinkon kishin, calmer l’âme et faire le retour à Dieu. En fait, on ne peut ni calmer ni agiter l’âme. On purifie le ki qui s’attache à notre personne pour nous maintenir en vie, mais qui en même temps nous expose à des agitations constantes. (…) «Des miracles, on n’en a pas besoin, dit-elle, le plus difficile, c’est d’être naturel, d’être normal.» La mer belle reflète la lune dans sa forme ronde. La mer agitée ne donne que des reflets éclatés.(…) »
« L’enseignement de Mme Nakanishi m’a révélé une nouvelle dimension de l’univers. L’univers du shinto ne correspond en rien à la conception géocentrique d’avant Copernic, ni à la conception héliocentrique, consolidée par Newton. L’univers dont elle parle n’est localisé nulle part. Il se crée à partir du Vide originel au moment et à l’endroit où il y a nécessité, et disparaît sitôt que l’affaire est terminée. À partir du Vide, se crée le Néant et le Néant crée l’Existence. Et l’Existence aboutit au Néant qui retourne au Vide. II n’y a donc pas de création qui se place au début du monde, une fois pour toutes. Chaque instant peut être le moment de la création. Quiconque essaye peut créer l’Univers là où il se trouve. On n’a donc pas à discuter avec Gagarine pour infirmer ou affirmer l’existence de Dieu dans l’espace. Le shinto est trop fluide pour se figer dans la sclérose.
Chaque jour est le premier jour de la création. Chaque jour est peut-être le dernier jour du retour au Vide.(…) »
Nato nel 1914 Itsuo Tsuda avrebbe avuto cent’anni. Questo personaggio atipico, tenacemente indipendente, si considerava prima di tutto un filosofo ed è una figura fondamentale dell’Aikido in Francia. È lui che introdusse il Katsugen Undo* in Europa all’inizio degli anni ’70.
Allievo diretto di O’Sensei Morihei Ueshiba per gli ultimi dieci anni della vita di quest’ultimo, Itsuo Tsuda non riteneva importante dell’Aikido né l’aspetto sportivo né quello di arte marziale, ma piuttosto la possibilità di fare attraverso quest’arte una ricerca interiore, personale. Qualificò questa dimensione come «pratica solitaria» e si dedicò a trasmetterla nei suoi libri e nel suo insegnamento.
Iniziando l’Aikido a quarantacinque anni sono le nozioni di ki e di Non Fare che l’attirano principalmente. Questi aspetti sono particolarmente tangibili in una serie di esercizi che precedeva, presso O’Sensei Ueshiba, la tecnica e per la quale Itsuo Tsuda ha inventato l’espressione «Pratica respiratoria». Lire la suite →
“Non scrivere niente, non è certo difficile. Scrivere per non dire niente, è un’arte.
Ma scrivere sul Niente, non è una cosa agevole”.
Itsuo Tsuda
Anche in Italia, in occasione del centenario della nascita del Maestro Itsuo Tsuda e dell’uscita della nuova traduzione italiana del “Non-Fare”, a cura della Yume Editions, i dojo della Scuola Itsuo Tsuda organizzano presso alcune librerie a Roma, Torino e Milano una serie di incontri-lettura di brani estratti dai libri di Itsuo Tsuda.
Letture a Roma
il dojo Bodai terrà una lettura di presentazione del “Non Fare”, Sabato 4 ottobre alle ore 17.00, presso “Doozo, Art, Books & Sushi”, in Via Palermo 51-53, Roma. http://www.doozo.it/
Letture a Torino
il dojo Zensei propone Mercoledì 15 ottobre alle ore 21, un incontro di letture “Alla scoperta di Itsuo Tsuda” presso la Sala conferenze della Libreria Psiche, in Via Belfiore 61. http://www.psiche.info/index.htm
Letture a Milano
Infine il dojo Scuola della Respirazione, Venerdì 24 ottobre alle ore 20.30, leggerà brani tratti dall’opera di Itsuo Tsuda presso la libreria “Isola Libri” in Via Pollaiuolo, 5. La serata sarà introdotta da una proiezione-video sul centenario della nascita del Maestro Tsuda.
Un pont entre Orient et Occident, Lecture-Rencontre
Menant une réflexion profonde sur les grands développements de la pensée humaine, Itsuo Tsuda parcourt l’Orient et l’Occident et met le ki au centre de ses recherches
Itsuo Tsuda vint en France en 1934 et fit ses études à la Sorbonne avec le sinologue Marcel Granet et le sociologue Marcel Mauss. En 1940, de retour au Japon, il s’intéressa aux aspects culturels de son pays, comme la récitation du Nô, la technique Seitaï et l’Aïkido. Dans les années 70, il entreprend de propager ses idées sur le ki en Europe et publiera neuf livres en français.
Créant un pont entre Orient et Occident, il a su élaborer et présenter des connaissances qu’il avait reçues de ses maîtres. Il s’agit là d’un défi où l’être humain est considéré par-delà l’époque, le lieu et la tradition. L’être humain en tant que tel. La vie dans ses multiples aspects. Itsuo Tsuda propose un chemin pour réveiller la sensibilité et pour retrouver la liberté intérieure.
Cette Rencontre-Lecture, animée par Régis Soavi, conférencier et enseignant d’Aïkido, élève direct d’Itsuo Tsuda et Yan Allegret, écrivain, comédien, sera l’occasion de découvrir ce chemin.
Mardi 4 novembre 2014 à 19h30 à l’Amphithéâtre Guizot
Le comédien, écrivain, Yan Allegret lit ici des extraits des livres d’Itsuo Tsuda, captés en direct le samedi 8 février 2014, dans un salon de thé-librairie de Blois, le Liberthé.
« Le Mouvement régénérateur ne constitue pas un apport extérieur. Il trace le chemin pour la découverte de soi en profondeur. Ce chemin n’est pas en ligne droite vers le paradis, il est tortueux. » Itsuo Tsuda
Suite de l’entretien avec Régis Soavi qui nous raconte sa découverte des calligraphies d’Itsuo Tsuda.
« Mettre une calligraphie plutôt qu’une photo d’un Maître, ça a un autre intérêt, que j’ai compris par la suite : ça évite un certain « culte de la personnalité ». Au lieu de mettre une photo de Maître Ueshiba, j’aurais pu en mettre une de mon maître, Itsuo Tsuda… mais alors, ça induit quelque chose vers « Un Grând Maîîître » qui EST, et ça va aussi dans le sens des religions où il y a des saints, des peintures de saints, des statues de saints… dans le Bouddhisme on a cela, dans le Christianisme aussi, évidemment…
Mais ainsi, on n’a plus la même résonance, parce que ce sont des photos de personnes, de « personnages ».
Chaque année, à l’occasion du stage d’été, l’École Itsuo Tsuda présente une calligraphie d’Itsuo Tsuda montée en kakemono (encadrement Japonais).
C’est une occasion de (re)découvrir ces traces, cet enseignement qu’il nous a laissé.
Lors du stage d’été qui vient de s’achever, nous avons pu profiter de la calligraphie Les poissons dans l’eau, qui a été inspirée à Itsuo Tsuda par cette histoire de Tchouang-tseu : Lire la suite →
Le comédien, écrivain, Yan Allegret lit ici des extraits des livres d’Itsuo Tsuda, captés en direct le samedi 8 février 2014, dans un salon de thé-librairie de Blois, le Liberthé.
Partie #1 : Aïkido
« Lorsque vous êtes saisi par derrière à bras le corps par une personne plus forte que vous qui vous empêche de vous asseoir… que faire ?
Le projeter pour se dégager ?
Devenir un enfant. Je vois un coquillage merveilleux sur la plage et je me baisse pour le prendre. J’oublie celui qui continue à me serrer par derrière. Il y a l’écoulement du ki qui part de moi vers le coquillage alors qu’avant le ki était figé à la pensée de celui qui me serre avec tant de force. Il devient alors léger et chute par dessus mes épaules »
Tout au long de l’année 2014, consacrée au centenaire d’Itsuo Tsuda, assistez dans toute la France à des lectures publiques pour découvrir son œuvre. Après Blois en février voici les prochaines étapes:
Le 12 juin à 18h – Albi Lectures d’extraits d’Itsuo Tsuda, philosophe du Non-Faire Librairie Guillot, 21 Lices Georges Pompidou, 81000 Albi. Tél: 05 63 54 18 49. évènement Facebook
Le 12 juin à 19h – Saint Mandé Lectures d’extraits de l’œuvre du philosophe Itsuo Tsuda.
« Marcher en avant d’un pas assuré et silencieux, afin de donner le maximum de la vie qu’on a reçue, voilà ce que fera l’homme indépendant et libre. » I.T Librairie Mots & Motions, 74 avenue du Général de Gaulle Saint Mandé 94160. évènement Facebook
Suite de la correspondance d’Itsuo Tsuda dont nous publions quelques lettres, avec l’aimable autorisation de Bernard et Andréine Bel. Le lien pour lire la première lettre.
Il s’agit ici des réponses apportées par Itsuo Tsuda, entre 1972 et 1979, à un jeune couple qui commence à pratiquer le mouvement régénérateur. On suivra ainsi dans ces lettres leur désir de faire connaître autour d’eux, dans leur ville, cette découverte.
Cette lettre faisait suite à un courrier dans lequel nous faisions part à Itsuo Tsuda de notre séjour à Saanen au mois de juillet, au cours duquel nous avions fait pratiquer le mouvement régénérateur à un groupe de personnes – dont un grand nombre d’élèves d’Yvon Achard, professeur de yoga à Grenoble. La réaction du groupe avait été enthousiaste. La réflexion d’Itsuo Tsuda sur la tendance des occidentaux à tout amalgamer nous a incités à une très grande prudence. Nous avons eu soin de ne jamais emprunter ce terme alors même que nos séances étaient en tout point identiques à celles organisées par Katsugen-kai. C’est aussi à cette époque que nous avons pris la décision de ne jamais accepter d’argent des participants : « en famille et entre amis »… Andréine Bel Lire la suite →
Itsuo Tsuda à Genève, séance de mouvement régénérateur
La Correspondance d’un auteur, d’un philosophe, révèle souvent au-delà du particulier des vues d’ordre général. C’est le cas avec cette correspondance d’Itsuo Tsuda dont nous publions quelques lettres, avec l’aimable autorisation de Bernard et Andréine Bel.
Il s’agit ici des réponses apportées par Itsuo Tsuda, entre 1972 et 1979, à ce jeune couple alors qu’il commence à pratiquer le mouvement régénérateur. On suivra aussi, dans ces lettres leur désir de faire connaître autour d’eux, dans leur ville, cette découverte.
[Pour une histoire du dojo Katsugen Kai de Genève, lire ici.]
Cet article raconte l’histoire du dojo de Genève (Katsugen Kai, groupe de mouvement régénérateur), on y retrouve en filigrane le parcours d’Itsuo Tsuda depuis ses premières années en Europe. Il a été publié en avril 1987 dans le « journal du dojo ». Écrit par un des co-responsables du dojo, Sven Kunz, il est reproduit ici avec l’aimable autorisation de son auteur. L’article est précédé d’un extrait de lettres d’Itsuo Tsuda envoyées à Genève en 1975.
Le travail, c’est ce qui nous permet d’avoir deux pieds sur terre.
Je ne prêche pas l’évasion, la démission. L’utopie n’existe nulle part, sauf là où l’on est. Lire la suite →
Au détour d’un film documentaire datant de 1970 de Daniel Costelle sur la seconde guerre mondiale, on découvre quelques images d’Itsuo Tsuda. Il parle du Japon en guerre et de l’emblème de la fleur de cerisier choisi par les Kamikaze.
Ce n’est que deux minutes d’archives, inclassable ! Une petite curiosité !
Voici la première des Six interviews de Itsuo Tsuda par André Libioulle, intitulées « La respiration philosophie vivante » et diffusées sur France Culture dans les années 1980.
Suite et fin du reportage publié dans la revue Question de en 1975, réalisé par Claudine Brelet (anthropologue, experte internationale et femme de lettres française) auprès d’Itsuo Tsuda.
Second partie
– Pourrait-on « fusionner » respiration et visualisation ?
– Effectivement, visualiser constitue l’un des aspects du Ki. La visualisation joue un rôle fondamental, primordial dans l’Aïkido. C’est un acte mental qui produit des effets physiques. La visualisation fait partie de l’aspect « attention » du Ki. Lorsque l’attention est localisée, arrêtée au poignet, par exemple, la respiration devient superficielle, perturbée… on oublie tout le reste du corps.Lire la suite →
Ce reportage a été publié dans la revue Question de en 1975. Claudine Brelet (anthropologue, experte internationale et femme de lettres française), qui a réalisé ce reportage et cet entretien, a été l’une des premières élèves d’Itsuo Tsuda.
Partie #1
À la lisière du bois de Vincennes, tout au fond d’un jardin de la banlieue parisienne, il existe un dojo bien particulier. Un dojo, c’est-à-dire un lieu où se pratiquent l’Art de la respiration et les Arts martiaux. Ce n’est pas un gymnase. C’est plutôt un lieu sacré où « l’espace-temps » est différent de celui d’un lieu profane. On salue en y entrant pour se sacraliser et en sortant pour se désacraliser. Lire la suite →
C’est avec plaisir que nous vous présentons un programme encore en cours d’élaboration, mais qui prend forme… une année comme une mosaïque, un puzzle qui s’assemble… en attendant voici la « bande annonce » !
CENTENAIRE D’ITSUO TSUDA
Portrait d’un homme foncièrement libre
Événement hommage les 15 et 16 novembre 2014
De 10h à 18h, entrée libre. Dojo Tenshin 120 rue des grand-champs 75020 Paris
L’écrivain et metteur en scène Yan Allegret s’intéresse depuis vingt ans à l’Aïkido et à la culture japonaise traditionnelle. Il a pratiqué dans différents clubs et dojos en France et au Japon, en s’intéressant à la notion de dojo : ce qui fait qu’un espace devient, à un moment «le lieu où l’on pratique la voie». Après sept années, il découvre un endroit particulier, niché au cœur du vingtième arrondissement parisien. À la découverte d’un dojo traditionnel à Paris : le dojo Tenshin de l’Ecole Itsuo Tsuda.
Cela se passe aux alentours de 6 heures du matin. Des gens sortent de chez eux et se dirigent vers un lieu. À pied. En voiture. En métro. Dehors, les rues de Paris sont encore ensommeillées, quasi-désertes. L’aube est proche. La séance d’Aïkido commence à 6H45. Le rythme de la ville est encore celui de la nuit. Ceux qui sont dehors n’ont pas revêtu les armures nécessaires à la journée de travail qui s’annonce. Quelque chose demeure en suspens. Avec la naissance du jour, on a l’impression de marcher dans un interstice.
C’est dans cet interstice qu’on trouve le dojo Tenshin de l’école Itsuo Tsuda. Dans ce lieu dédié à l’Aïkido et au Katsugen Undo, les séances sont quotidiennes. Tous les matins, la séance a lieu, quels que soient le temps, les week-end ou vacances, à l’exception du premier janvier, jour de la cérémonie de purification du dojo. L’aube influence la pratique. Cette porosité a été de tous temps prise en compte dans la tradition japonaise. Il suffit de relire le «Fushi Kaden» de Zeami*, créateur du théâtre Nô, pour comprendre à quel point les arts traditionnels ont été à l’affût du «moment juste» (prenant en compte l’heure, le temps, la température, la qualité du silence, etc.) pour parfaire leur art. En marchant vers le dojo à 6H30, on s’en rend compte. Pratiquer le matin crée un relief. L’esprit n’est pas encore assailli par les préoccupations de la vie sociale, familiale. Le mental n’a pas encore pris les commandes. On arrive comme une feuille blanche au 120 rue des Grands Champs.
L’association Tenshin existe depuis 1985 et s’est implantée ici depuis 1992. Elle fut fondée par un groupe de personnes désireuses de suivre l’enseignement d’Itsuo Tsuda, transmis par Régis Soavi. Itsuo Tsuda fut élève de Morihei Ueshiba et de Haruchika Noguchi (fondateurs de l’Aïkido et du Kastugen Undo). Le sensei actuel, Régis Soavi, fut quant à lui l’élève direct de Maître Tsuda. Le dojo n’est affilié à aucune fédération. Il suit son chemin associatif, indépendant et autonome, avec continuité et patience.
Lorsqu’on passe le pas de la porte, on sent qu’on entre «quelque part». Une forme de densité et de simplicité mêlées se dégage de l’endroit. En japonais, on dirait que le «ki » du lieu est palpable. L’espace est silencieux. Les gens sont réunis autour d’un café, dans une pièce vaste aux grandes fenêtres. À côté, l’espace des tatamis sommeille encore. Les gens arrivent, entre 6H20 et 6H45 : des hommes et des femmes de tous âges, de tous horizons et de tous niveaux. Le sensei, Régis Soavi, est là aussi, à prendre le café avec les autres. Lorsqu’il s’absente pour aller donner des stages dans les autres dojos de l’école, les séances sont assurées par d’autres. La constance de la pratique est protégée.
Le dojo est vaste. L’espace des tatamis est recouvert d’une grande bâche beige. Tous les murs sont blancs. Le tokonoma central comporte une calligraphie de Maître Tsuda. Les portraits des fondateurs (Ueshiba pour l’Aïkido, Noguchi pour le Katsugen Undo et Tsuda pour le dojo) sont situés sur le mur opposé. Il est 6H45 environ. Les pratiquants se dirigent vers les vestiaires. La séance va commencer. Les tatamis ont été laissés au repos depuis la veille. En dehors des séances, l’endroit n’est pas loué, rentabilisé, utilisé pour d’autres cours. On commence alors à comprendre d’où vient ce «quelque chose» qu’on a senti en entrant. Un vide est au travail. Autre élément capital dans la tradition japonaise : l’importance d’un vide qui relie.
Entre les séances, on laisse l’espace se recharger, se reposer, à l’instar d’un corps humain. Il faut avoir vu l’endroit nu et silencieux, comme une bête au repos, pour comprendre la réalité de ce fait. Les pratiquants s’assoient en seiza, le silence se fait et la séance commence. Celui qui conduit fait face à la calligraphie, un bokken à la main, puis s’assoit. On salue une première fois. Ensuite vient la récitation du norito, une invocation shintoïste, par celui qui conduit. Maître Ueshiba commençait chaque séance ainsi. Maître Tsuda, coutumier de la mentalité occidentale, n’avait pas jugé nécessaire de traduire cette invocation. Il avait insisté seulement sur la vibration qui s’en dégage, le travail de la respiration. Bien sûr, la dimension sacrée est présente. Mais pour autant, pas de religiosité, pas de mystique «japonisante» dont les Occidentaux sont parfois friands. Non. Ici, c’est beaucoup plus simple. En entendant le norito, on sent résonner quelque chose dans l’espace qui favorise la concentration, le retour en soi. Comme on peut être touché par un chant sans avoir besoin d’en comprendre les paroles.
S’ensuit la «pratique respiratoire», une série de mouvements que l’on fait seul. Maître Tsuda a gardé cette partie du travail que faisait Maître Ueshiba et qui a pu être abusivement considérée comme un échauffement. Le terme d’échauffement est restrictif. Il n’engage que le corps et suppose que la pratique, la vraie, commencera après. Dans les deux cas, c’est faux. Un seul mouvement peut être approfondi à l’infini et implique, si on travaille dans ce sens, la totalité de notre être.
Vient ensuite le travail à deux. On choisit un partenaire. Aucune forme de hiérarchie ne prédomine. On pourra un jour pratiquer avec un débutant, le lendemain avec une ceinture noire. On travaille quatre à cinq techniques d’Aïkido par séance. Le Sensei fait la démonstration d’une technique, puis chacun s’y essaye à tour de rôle avec son partenaire. Ce qui se dégage de la pratique, c’est l’importance de la respiration et l’attention à ce qui circule entre le partenaire et soi. Une circulation qui, en prenant le postulat du combat comme point de départ, aboutit au-delà. Un au-delà du combat.
Ce n’est sans doute pas par hasard que Régis Soavi utilise le terme de «fusion de sensibilité» pour parler de l’Aïkido. «La voie de fusion de ki». Sur les tatamis, pas de confrontation brutale. Mais pas de condescendance molle non plus. L’Aïkido pratiqué ici est souple, clair, fluide. On voit les hakamas décrire des arabesques dans l’air, on entend des rires, des bruits de chutes, on voit des mouvements très lents puis, soudain, sans un mot, les partenaires accélèrent et paraissent entrainés dans une danse, jusqu’à ce que la chute les libère.
On repense à la phrase de Morihei Ueshiba : «L’Aïkido est l’art de s’unir et de se séparer».
Il n’y a pas de passage de grade. Pas d’examen. Pas de dan ni de kyu. À la place, le port du hakama et la ceinture noire. Les débutants quant à eux sont en kimonos blancs et ceinture blanche. Le moment juste pour porter le hakama est décidé par le pratiquant lui-même, après en avoir parlé avec des anciens ou le sensei. Choisir de porter le hakama implique d’assumer une liberté, mais aussi une responsabilité. Car l’on sait que les débutants prendront plus facilement pour modèles ceux qui portent la jupe noire traditionnelle. La question du grade est retournée comme un gant. La clé n’est pas à l’extérieur. C’est sa propre sensation que l’on doit affûter, pour reconnaître le moment juste. Bien sûr, on peut se tromper, on met le hakama trop tôt, ou trop tard. Mais le travail est enclenché. C’est en soi que l’on doit chercher. Quant à la ceinture noire, le sensei un jour la remet au pratiquant qu’il estime apte à la porter, ce dernier n’étant d’ailleurs jamais au courant de cette décision. Et c’est tout. La personne portera la ceinture noire. Pas de blabla. Le symbole est pris pour ce qu’il est: un symbole et rien de plus. Le chemin n’a pas de fin.
En voyant le sensei faire la démonstration du mouvement libre, dans lequel les techniques s’enchaînent spontanément, on repense au terme qui revient souvent dans les ouvrages et l’enseignement d’Itsuo Tsuda : « Le non-faire ». Et c’est probablement cela qui donne cette atmosphère si particulière au dojo, avec l’aube, l’odeur des fleurs devant le tokonoma et le vide. Une voie du non-faire. La séance s’achève. Le silence revient. On salue la calligraphie, le sensei. Ce dernier sort. Ensuite, les pratiquants quittent l’espace ou plient leur hakamas sur les tatamis.
Plus tard, après s’être changé, on se retrouve autour d’un petit déjeuner, vers 8H30, dans la salle qui jouxte les tatamis. On cherche à en savoir plus sur le fonctionnement du dojo. Pour que cet endroit vive, qu’il soit à la fois vivant et autonome financièrement, une énergie considérable est investie par les pratiquants. Certains ont fait le choix d’y consacrer une grande partie de leur vie. Ils sont un peu comme des uchi deshi japonais, des élèves internes. En plus de la pratique, ils gèrent la colonne vertébrale du dojo, relayés ensuite par les autres pratiquants qu’on pourrait associer à des élèves externes. Tout le monde participe, est encouragé à prendre des initiatives et à se responsabiliser. Un ancien résume l’enseignement reçu : « L’Aïkido. Le Katsugen Undo. Et le dojo. » La vie d’un dojo est ici un travail à part entière, une occasion unique de mettre en pratique en dehors des tatamis ce que l’on apprend sur les tatamis. Plutôt qu’un refuge, une serre, l’image serait plutôt celle d’un terrain à ciel ouvert au milieu de la ville, dans lequel on se met en jachère à l’aube, où l’on défriche ses mauvaises herbes pour laisser place, peu à peu, à d’autres floraisons. On regarde l’espace vide des tatamis une dernière fois avant de partir. Il paraît respirer. Le jour s’est levé et la ville à présent est dans un rythme rapide et bruyant. Elle nous attend. On quitte le dojo et l’on marche au dehors, avec un très léger sourire.
Dans un monde d’accumulation et de remplissage effrénés, il existe des endroits où l’on peut travailler par le moins. Celui-là en fait partie.
Article de Yan Allegret paru dans Karaté Bushido de février 2014.
* Zeami. La tradition secrète du Nô. Traduction René Sieffert. Gallimard/Unesco.
Bruno Vienne est cinéaste, réalisateur animalier et aventure humaine, membre de l’expédition TARA ARCTIC au Pôle Nord, et également un ancien élève d’Itsuo Tsuda.
Au bout d’une trentaine d’années de pratique, il sent que c’est le moment de partager ce qu’il a compris et ressenti dans l’approche du Mouvement Régénérateur et de la pratique respiratoire de Maître Ueshiba (fondateur de l’Aïkido). Il nous invite à une plongée dans notre infini potentiel intérieur.
Serons-nous capables de passer le cap pour une nouvelle humanité ?
Tout est là, c’est l’enjeu des prochaines années…
Les clignotants rouges sont allumés depuis déjà longtemps en ce qui concerne notre façon d’utiliser l’énergie et l’eau sur terre.
Quand j’ai commencé à enseigner l’Aïkido, comme beaucoup, j’avais une photo de Maître Ueshibaau Tokonoma. C’est comme ça que j’avais appris, on saluait en direction du maître. Quand je suis allé au dojo de Maître Tsuda pour la première fois, il y avait une calligraphie, imprimée par un de ses amis qui était artiste, à partir d’une gravure sur pierre très ancienne. C’était Bodaï. Cette calligraphie était là alors que je m’attendais à voir une photo de Maître Ueshiba… En plus son trait était gros… –un trait qui fait huit centimètres de large, c’est très large ! – et ça donnait une résonance différente, ça respirait autrement… C’est une autre dimension.. Et le fait de voir la calligraphie à chaque séance… ça change tout.Lire la suite →
Nous avons le plaisir de vous présenter une version restaurée de la vidéo de Maître Tsuda récitant le Nô.
Maître Tsuda, lors du stage d’été de 1981 à Coulonges-sur-l’Autize, récite un extrait de théâtre Nô. Avant de commencer, Maître Tsuda présente l’histoire.Lire la suite →
Décembre 2013, paru dans le quotidien italien Il Manifesto. Entretien avec Régis Soavi.
Aujourd’hui de nombreuses personnes avec toutes sortes d’idées politiques et d’autres sans idées politiques précises, se préoccupent de la façon dont leurs comportements individuels peuvent influer sur l’environnement : acheter des produits biologiques, de la production locale, mieux recycler les déchets, choisir des prestataires de services plus respectueux de l’environnement, réduire la consommation énergétique etc.
Au niveau du débat politique, malgré tout, la rhétorique écologiste fonctionne toujours, même en temps de crise.
En tous cas, l’attention portée collectivement aux conditions et à la qualité de la terre, de l’air et de l’eau est grande, pour diverses raisons, que ce soit par sens des responsabilités ou simplement par sens des affaires.
Per aiutarci a scoprire quello che poteva rappresentare il Nô per il Maestro Itsuo Tsuda, ed anche per i suoi allievi, questi momenti di recitazione che avevano luogo alcune sere di stage, abbiamo chiesto a Régis Soavi, allievo del Maestro Tsuda e insegnante d’aikido da oltre trent’anni, di raccontare…
Il Maestro Tsuda recitava il Nô all’occasione degli stage, e se mi ricordo bene, lo faceva due volte durante lo stage – a volte una, a volte due – dopo la seduta di movimento la sera. Qualcuno andava via, come qui e, siccome sapevamo che ci sarebbe stato il Nô, perché qualcuno lo diceva, cominciavamo ad preparare: mettevamo la corda – una corda intrecciata, bianca – che delimitava la scena. Nel frattempo, Tsuda era nella sua stanza, e ci si metteva sui tatami, ad un metro dalla corda circa, e aspettavamo che tutti andassero via: tutti quelli che non erano interessati al Nô o che lo trovavano lungo. C’era un piccolo gruppo che rimaneva. In generale, molta gente andava via. Perché era in giapponese : Tsuda non raccontava sistematicamente le storie, a volte diceva solo qualche parola :
Pour nous aider à découvrir ce que pouvait représenter le Nô pour Maître Itsuo Tsuda, et aussi pour ses élèves, ces moments de récitation qui avaient lieu certains soirs de stage, nous avons demandé à Régis Soavi (élève de maître Tsuda et enseignant d’aïkido depuis plus de trente ans) de raconter…
Maître Tsuda récitait le Nô à l’occasion des stages et si je me souviens bien, il le faisait deux fois pendant le stage – parfois une fois, parfois deux – après la séance de mouvement le soir. Il y avait des gens qui partaient, et puis comme on savait qu’il y avait un Nô, parce que quelqu’un le disait, on commençait à installer : on mettait la corde – une corde tressée blanche – qui délimitait la scène. Pendant ce temps là, Tsuda était dans sa pièce, et on s’installait sur les tatamis à un mètre de la corde à peu près, et on attendait que tout le monde soit parti – enfin tous les gens que le Nô n’intéressait pas ou qui trouvaient ça long ; il y avait un petit groupe qui restait. En général il y avait beaucoup de gens qui partaient. Parce que c’était en japonais ; Tsuda ne racontait pas systématiquement les histoires, parfois il disait jusque quelques mots : Lire la suite →
Itsuo Tsuda se considérait comme un écrivain, un philosophe. Et comme un amateur en Aïkido, pour le Nô et la calligraphie…
Et voici un extrait de Maître Tsuda qui nous éclaire à ce propos :
« Un mot sur l’enseignement ésotérique qui avait été pratiqué à l’époque féodale et conservé jusqu’avant la Deuxième Guerre Mondiale au Japon.
L’enseignement, qu’il s’agisse d’un art martial ou d’un métier traditionnel, était de deux sortes : l’une s’adressait aux amateurs, et l’autre à ceux qui voulaient en faire leur carrière.
Chose vraiment curieuse qui choquerait bien notre conception basée sur les principes de l’éducation moderne, c’est que l’enseignement complet n’était réservé qu’aux amateurs.
Que faisaient-ils, les vrais apprentis professionnels alors ? Ceux-ci vaquaient, du matin au soir, sans une minute de répit, aux travaux de ménage, au nettoyage de la maison et du jardin, aux soins à porter aux vêtements du maître, à la préparation de sa nourriture et de son bain, enfin à tout, et tous en parfaits esclaves. S’il y avait le moindre défaut dans ces travaux, le maître les réprimandait sévèrement. Et avec tout cela, ils n’avaient pas accès aux leçons dont jouissaient les amateurs.
Combien n’était-ce pas irrationnel ? C’était diamétralement opposé à l’enseignement moderne.
Irrationnelle, certes, dans un sens, cette méthode ne l’était pas dans un autre.
C’est que ces esclaves-apprentis brûlaient du désir de connaître l’enseignement du maître, d’autant plus qu’ils en étaient privés. Tout ce qu’ils pouvaient en obtenir était quelques paroles entendues au hasard du vent, des réprimandes, des gestes et des manières du maître, des bribes de démonstrations accordées aux amateurs, entrevues par la fissure d’une porte, etc.
Le désir étant intensifié par la privation, ils devenaient des espions, des voleurs de l’enseignement. Assoiffés, ils ne laissaient échapper aucun des détails qui leur parvenaient.
Le diamant est précieux parce qu’il est rare. S’il y en avait en abondance, on en aurait brûlé dans le poêle pour se chauffer.
Entre maître et amateurs, il y avait communication. Entre maître et apprentis, il y avait transmission inconsciente, d’âme à âme. Il y avait un travail intense de visualisation qui façonnait les derniers. Tout était axé sur la préparation du terrain chez les aspirants dont le succès ou l’insuccès dans leur carrière était une question de vie ou de mort, ce qui n’existait pas chez les amateurs.
Dans certains métiers, le maître choisissait un apprenti le moment venu, organisait une réception en son honneur, s’inclinait devant ce dernier, en s’excusant de sa dureté des années passées et déclarait qu’à partir de ce moment il n’était plus apprenti mais maître au même titre que lui. L’apprenti pouvait très bien en rester stupéfait, car durant ces années il n’avait peut-être rien appris de substantiel du tout.
Aujourd’hui, tout a changé. Partout dans le monde, l’éducation est standardisée. L’amateur viendra prendre des leçons pour son plaisir. L’apprenti professionnel aura un entraînement plus intense. Mais le problème du terrain reste.
L’homme est devenu, aujourd’hui, une sorte d’encyclopédie. Il connaît un peu de tout. Il est bien informé, non pour faire quelque chose, mais pour communiquer et pour faire un rapport. Il pourra étudier la natation, discuter sur son utilité, relater son histoire, sans bouger de son fauteuil, sans jamais se mettre dans l’eau. »
Extrait de Cœur de ciel pur (posth.), « Premiers écrits », « Cahier n° 3 – La pratique respiratoire », Le Courrier du Livre (2013), p. 85–86