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Article en langue Francaise

Sortir du dualisme

Par Régis Soavi

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_TSUDA_WEBAborder le thème omote – ura en Aïkido m’évoque immédiatement Yang – Yin (yo – in en japonais).

Cependant en Occident la tendance générale est de le percevoir de façon manichéenne et même, on oppose l’un à l’autre, on divise le lumineux et l’obscur, on catégorise, on dit positif ou négatif, avec en plus toutes les références que cela nous rappelle, scolaires ou même sexistes. C’est très facile, nous avons des habitudes, nous n’y pensons même pas.

On représente le Tao à plat bien dessiné, ou mieux sous forme de boule où le yin et le yang s’interpénètrent, mais en réalité chacun reste à sa place : toi, moi, lui, l’autre.

On disserte philosophiquement sur l’un ou l’autre, on oublie les grands penseurs chinois : Lao Tseu, Tchouang Tseu, Li Tseu, ou Sun Tse, pour les plus célèbres.

Le noir ou le blanc, le yin ou le yang. Et le gris c’est quoi ?

Si on reste dans une pensée dualiste c’est un mélange des deux.

Mon Maître Tsuda Itsuo ne citait pratiquement jamais omote ou ura, d’ailleurs il donnait rarement un nom japonnais à ce qu’il faisait ou montrait. Parfaitement bilingue, il a toujours privilégié le français pour ses explications, et particulièrement dans ses livres qu’il écrivait d’un seul jet, sans quasiment aucune correction.

Il savait guider notre sensibilité et nous faire percevoir grâce à la pratique du Katsugen undo (Mouvement régénérateur), du yuki, et surtout par son toucher ou même sa présence silencieuse, ce monde non dualiste qu’il était venu nous faire découvrir.

Découvrir avec le corps

Aïkido, c’est découvrir avec son corps, je veux dire physiquement, concrètement, sentir courir les fluides suivant les réseaux à tendance yin ou yang.

le yin devient yang
le yin devient yang

Quand pendant une séance on cite omote ou ura, on ne cite généralement que l’ensemble du mouvement, sa tendance, éventuellement son final.

C’est la respiration qui peut nous aider à mieux comprendre, sentir, de quoi il s’agit. Il vaut mieux commencer par un travail avec un rythme plutôt lent, si on va trop vite dès le début on risque fort de ne pas y arriver. On se concentre sur la respiration, on suit l’inspiration, l’expiration, on bouge en se concentrant sur la sensation intérieure, on peut travailler ce genre d’exercice avec un partenaire en fermant les yeux et en restant concentré sur le centre. Les bras par exemple s’ouvrent ou se ferment indépendamment de notre volonté, ils obéissent à une nécessité qui découle du yin ou du yang.

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_en action_ Regis Soavi_HORIZ-1_WEB
« Soulevez le ciel puis repoussez la terre » en action

Si on veut pratiquer l’Aïkido comme une pratique du Non Faire, tout le travail se fait au niveau du sentir, on creuse, on approfondit et petit à petit cela bouge en nous et un jour on s’aperçoit que l’on a dépassé quelque chose. Ce mur qui nous bloquait, qui rendait notre technique dure ou incertaine, et donc artificielle, complètement hors de la réalité, est tombé. C’est à ce moment que l’on se sent libre, tellement libre. La recherche alors prend une toute autre tournure. La perception du yin, du yang devient une évidence. C’est quelque chose que j’aurai du mal à expliquer avec des mots, car tout devient simple : les gestes, les déplacements, il n’y a plus de mentalisation. C’est direct à partir du centre, et qui plus est, une grande douceur s’installe en nous, une douceur qui peut être yin ou yang, mais qui dans tout les cas est très forte, une douceur d’une grande puissance qui agit et sait agir en harmonie avec le partenaire ou avec l’adversaire, si éventuellement les circonstances nous ont amené dans une situation telle que celui qui se trouve en face de nous se comporte ainsi.

La tendance pendant l’inspiration est plutôt à l’ouverture et donc yin ; l’expiration ferme le corps et sa tendance est yang. Grâce à la respiration déjà, si on est attentif, on peut sentir le yin et le yang, mais ils ne sont que l’expression et la direction d’une énergie qui s’est matérialisée.

La partie visible, celle que le corps physique pourra éventuellement utiliser est prête.

Dans le corps la face, le devant, est yin et le dos est yang, bien que les jambes soient yang devant et yin derrière : ceci est admis dans toutes les écoles, mais le passage du ki de l’un à l’autre est rarement explicité dans les arts martiaux, on reste souvent dans le général.

Ma rencontre avec Tsuda Itsuo, la pratique du Katsugen undo, la découverte du Seitai de Maître Noguchi Haruchika ont été déterminantes dans ma recherche et m’ont permis une compréhension du corps, de son mouvement qui m’avait manqué jusqu’alors. Certaines zones qui étaient demeurées vagues dans l’enseignement de l’Aïkido, comme le hara, sont devenues extrêmement précises dans le Seitai. On peut par exemple vérifier l’état des « trois points du ventre ». Le premier qui doit être yin, le deuxième qui doit être neutre, et le troisième yang, bien positif et rebondissant.

« Le but du Mouvement régénérateur est de régulariser notre organisme, de le seitaiser. Régulariser notre organisme n’est pas seulement nécessaire pour nous rendre bien portants. Quel que soit le genre d’activité qu’on exerce, qu’il s’agisse de faire la calligraphie, de faire le dessin ou de pratiquer les arts martiaux, il faut tout d’abord commencer par régulariser notre organisme, autrement on risque de tomber à côté. »1

Non-faire et non-dualisme

Dans l’Aïkido nous laissons le ki surgir du seika tanden, du hara (3ème point du ventre dans le Seitai), et sa tendance est yang car il résulte de la force qui vient du dos, force qui ne s’exprimera pas au niveau des épaules, comme on le voit trop souvent, mais bien sûr grâce au koshi.

Le point de passage de cette force, de ce ki devenu yang, est la 3ème lombaire qui justement est en position yin dans la colonne vertébrale. Si on visualise la respiration abdominale on constate que l’inspiration yin gonfle l’abdomen et prépare l’acte qui sera yang, et en même temps, le ki descend le long de la colonne vertébrale et irrigue l’ensemble du corps2.

Lorsque le ki sort directement au niveau du centre sa tendance est donc yang, mais en fonction du circuit qu’il va prendre il s’exprimera sous forme yin ou yang. Si il suit les circuits internes du ventre, des bras, la face interne du corps, alors il devient yin, sinon son expression est yang. La force qui en résulte sera aussi yang ou yin en fonction du moment de son utilisation.

Car bien sûr, dans un monde non séparé, le temps fait lui aussi partie de cette unité. Bien que l’on puisse ralentir ou accélérer le moment d’un impact par exemple, de façon à se trouver de manière très précise à l’endroit juste, au moment juste, avec la respiration juste et le ki juste, tout cela ne se fera que grâce à la coordination que réussira à faire notre « système involontaire ». C’est là précisément que l’enseignement de Tsuda Itsuo apporta des éléments décisifs. Car, en nous faisant entrer dans le monde de la sensation, en insistant sur le Non-Faire, en nous permettant de découvrir le non dualisme, il nous a donné des clés que nous pouvons utiliser encore aujourd’hui, car elles sont à la portée de tous, comme ses livres en témoignent.

Yin et Yang

Si on décompose un mouvement comme ryo te dori ten chi nage dans la forme omote, uke arrive avec une force yang. Il est en pleine expire, tori le reçoit à la fin de son yang, le yin a déjà grandi en lui, il est devenu incompressible, il va grandir encore et submerger uke. Puis c’est au tour du yang de grandir, on le constate par le fait que les bras se retournent, cette fois c’est la ligne de démarcation entre yang et yin qui passe du bas vers le haut. Mais pour uke le mouvement a démarré au début de l’inspire, ne pouvant résister il se détache et chute comme lorsqu’un fruit est mûr à point et tombe dans la main. Dans la forme ura, tori doit attendre car le yang est trop puissant encore, il tourne pour dévier cette force mais dès qu’il a reconstitué sa force yin, il peut utiliser alors le yang pour repartir en omote ou bien laisser le yin continuer son travail jusqu’à enveloppement total de uke.

Tenshi-nage-ura
Tenshi Nage Ura. Le Yin devient Yang

De même dans le kokyu ho, il y a différentes façons de faire : soit on projette tout de suite la force yang, soit on laisse grandir la force yin pour à la fin utiliser le yang. Là encore tout dépend de l’état, du moment, du partenaire.

La force yang est plus directe, plus dirigiste que le yin, mais elle peux nous durcir facilement. Les pères trop autoritaires connaissent ce problème avec leurs enfants et la rupture est souvent consommée au moment de l’adolescence.

La force yin est enveloppante, douce mais parfois mal utilisée, comme le font certaines mères. Elles risquent d’emprisonner l’enfant et il peinera à sortir de l’empreinte, du cocon familial.

Idéalement le yin lorsqu’il se termine permet l’envol du lumineux, après le travail intérieur, « obscur », de la préparation qu’est l’enfance, un véritable détachement sans rupture, comme le fruit mûr se détache de l’arbre au moment juste. L’envol du lumineux c’est la liberté sans pensée. La possibilité d’être son propre TAO. Tout simplement la réalisation de l’être.

Les sphères du corps

SPHERES_Irimi_WEBNotre corps se présente entre autre avec une surface externe : la peau, c’est en quelque sorte la sphère matérielle. Mais nous ne sommes pas limités par la peau, elle délimite seulement le yin interne du yang externe, ura et omote. Cette surface est une sphère qui a pris la forme d’un être humain.

Au delà de celle-ci existe une autre sphère que chacun peut sentir instinctivement. Elle se présente plutôt sous la forme d’un œuf déformable en fonction des besoins. Cette sphère est souvent représentée dans les religions, on l’appelle Mandorle ou bien Aura. Elle est la représentation visuelle d’une réalité ressentie par des peuples entiers, et maintenue vivante dans les arts martiaux. Elle aussi est yin au dedans et yang au dehors avec une limite extrêmement précise, on peux ainsi constater que ce qui est yang par rapport à la peau est yin par rapport à la sphère énergétique.

Irimi et tenkan

Irimi nage
Irimi nage

Quand on fait irimi par exemple, on fait entrer uke dans notre sphère yin, on le soulage de son ki yang en excès devenu dur, rigide, on normalise son terrain, on lui permet de retrouver un équilibre interne. Puis dans irimi nage on finit par un mouvement yang qui provoquera chez lui le désir de chuter pour éviter le pire. Par contre dans tenkan les deux sphères se frôlent et ne s’interpénètrent qu’au niveau de la main. Les surfaces yang poussées, soutenues par le yin interne, devenues fortes, se côtoient, se repoussent et glissent l’une contre l’autre.

Si tori glisse le coude en entrant dans la sphère de uke, alors son mouvement yin grandira jusqu’à submerger uke qui là aussi, chutera afin d’éviter les inconvénients de ce retournement de situation.

Dans notre École, la première partie de la séance d’Aikïdo est une pratique solitaire. Un des exercices consiste à soulever les bras paumes tournées vers le ciel, puis à les abaisser. Tsuda Itsuo nous disait : « Soulevez le ciel puis repoussez la terre. » Il y a différentes manières de faire cet exercice. Si on essaie de soulever avec le yang les épaules vont se tendre, si on essaie de repousser la terre avec le yin on restera coincé au milieu du mouvement. Lever les bras en faisant corps avec le ciel (yin) et descendre en harmonie avec la terre (yang), c’était ce genre de travail, de visualisation, que j’ai commencé avec mon Maître et que je continue depuis plus de quarante ans.

Rendre consciente la circulation du ki, améliorer notre perception de ce mouvement, de cette sphère d’énergie, dont beaucoup parlent mais que peu perçoivent clairement, c’est ainsi que je conçois mon travail à présent.

Permettre la normalisation du terrain des personnes qui viennent au dojo, et leur donner les instruments visibles ou invisibles, conscients ou inconscients pour leur permettre d’arriver à l’indépendance, à l’autonomie, à la liberté intérieure.

Pour cela la prise de conscience de omote – ura, en tant qu’expression du yang – yin, est à mon avis indispensable.

Article de Régis Soavi sur le thème de Omote/Ura, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°11)  janvier 2016.

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Notes:

  1. Extrait de la conférence Régulariser l’organisme de Noguchi Haruchika sensei, traduction Tsuda Itsuo (Le triangle instable, chapitre XIX – Le Courrier du Livre Ed. 1980, p. 137).
  2.  Maitre Noguchi Haruchika préconisait d’ailleurs l’exercice  Sekitsui Gyōki – 脊椎行気法 ou Respiration à travers la colonne qui se fait à partir des « deuxièmes points de la tête » et qui permet la normalisation du terrain (de l’ensemble de notre corps, bien entendu de façon unitaire, physique, mental, etc).
  3. Photos de Régis Sirvent et Jérémie Logeay

Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

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spot stages 2016

Nous sommes heureux de vous proposer cette courte vidéo présentant le travail de Régis Soavi.

Un travail qu’il mène depuis plus de trente ans, en stages et dans la pratique quotidienne.

Vous pouvez retrouver toutes les dates des prochains stages sur cette page : https://www.ecole-itsuo-tsuda.org/stages/

Sous-titres en français disponibles, cliquez sur la première icône à droite du lecteur vidéo.

© École Itsuo Tsuda 2016
Prises de vues et réalisation : Valentina Mele et Marta Andreose

Séance démonstration d’Aikido

« La respiration, d’après mon expérience, est le fondement même de l’Aikido. »
Itsuo Tsuda, La Voie du dépouillement (chap. XIX)

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L’enseignement que nous avons reçu et continuons de recevoir nous permet de constater la justesse de cette citation. Que nous soyons tranquilles dans notre dojo, où l’ambiance favorise la concentration et ainsi l’attention à la respiration – ce qui fait de notre dojo un lieu précieux –, ou bien en dehors, par exemple en déplacement, car le dojo est alors en nous.

Une séance de démonstration d’Aïkido a été organisée par le Dojo Bodai le 30 janvier 2016. Ce fut un réel plaisir pour tous ceux qui y ont participé. À partir du mois de février, des séances auront lieu tous les mercredis à 20 heures pour permettre à ceux qui le souhaitent de découvrir l’Aïkido de l’École Itsuo Tsuda. Le dojo qui nous a accueillis et qui nous accueillera pour les séances régulières est un dojo où l’on pratique essentiellement le judo. Il est situé à Francavilla, à 250 km de Rome, de l’autre côté, sur la mer Adriatique, à la frontière avec Pescara, où le dojo Bodai a déjà organisé une lecture avec présentation de la nouvelle édition de Yume du Non-faire et un stage d’initiation au Katsugen Undo.

Cliquer sur les photos pour agrandir :

Kokyu révélation de l’unité de l’être

Par Régis Soavi

Dans un des ses livres Itsuo Tsuda nous donne son point de vue sur Kokyu :

TSUDA_la_voie_du_depouillement«Dans l’apprentissage d’un art japonais il est toujours question de «kokyu», qui est l’équivalent proprement dit de la respiration. Mais ce mot signifie aussi le tour de main pour faire quelque chose, le truc. Quand on n’a pas de «kokyu», on ne peut pas exécuter la chose comme il faut. Un cuisinier a besoin du «kokyu» pour bien se servir de son couteau, et l’ouvrier pour ses outils. Le «kokyu» ne s’explique pas, il s’acquiert.

Quand j’étais jeune, j’ai vu un ouvrier travailler avec son tournevis sur des machines très rouillées. J’ai essayé de dévisser, en vain, tellement c’était rouillé. Pour lui, cela ne posait aucun problème, il dévissait facilement, non parce qu’il était plus fort, mais parce qu’il avait le «kokyu».

Quand on acquiert le «kokyu», on a l’impression que les outils, les machines, les matériaux, jusqu’alors « indomptables », deviennent tout à coup dociles et obéissent à notre commande sans opposer de résistance.
Le ki, le kokyu, respiration, intuition, voilà les thèmes autour desquels tournoient les arts et les métiers du Japon. Ils constituent le secret professionnel, non parce qu’on veut le garder comme brevet d’invention ou comme recette de gagne pain, mais parce que c’est intransmissible intellectuellement. La respiration, c’est le dernier mot. Le secret suprême de l’apprentissage.

Seuls les meilleurs disciples y accèdent, après des années d’efforts soutenus.

Un maître d’art martial après qui les chiens aboient n’est pas un bon maître, dit-on. Les Français savent les faire taire, en glissant un morceau de sucre dans leur gueule. C’est l’astuce, c’est le truc, mais ce n’est pas le kokyu, respiration, qui est tout autre chose. »

Itsuo Tsuda, La Voie du dépouillement, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1975, p. 31-32.

 J’ai découvert le kokyu avec mon maître,aikido kokyu Itsuo Tsuda. Avant ce n’était pour moi que le nom d’une technique, avec Itsuo Tsuda cette notion devint beaucoup plus concrète, d’abord de par l’orientation de sa pratique. Il disait : « Pour moi la technique c’est simplement le test pour savoir si j’ai évolué dans ma respiration. » Ainsi notre attention était directement portée vers le kokyu. Il ne pouvait y avoir l’Aïkido ET la respiration. Aïkido est respiration. Et puis, dès ses premiers livres, Itsuo Tsuda nous éclaire en des termes que je ne connaissait pas ; presque trop simple et en même temps si difficile à atteindre.

Quand je l’attaquais c’était si évident, quelle que soit la force que je mettais, lui, restait à la fois détendu et puissant.

Il nous faisait utiliser la visualisation pour nous enseigner le kokyu. Par exemple pour le Kokyu Ho il disait : « C’est la fleur de lotus qui éclot ». Aujourd’hui peu de gens ont déjà vu les fleurs de lotus, alors je parle d’une marguerite. La visualisation doit nous parler, à nous. Pour qu’elle puisse agir elle doit être ancrée dans le concret de chaque personne. Alors parfois pour aider quelqu’un à aller au-delà de son partenaire qui lui tient les poignets et qui l’empêche de bouger, je dis : « Vous accueillez un ami qui sort du train, vous ne l’avez pas vu depuis des années ! Prenez le dans vos bras… » Alors la personne oublie l’autre, et le ki, au lieu de rester coagulé, s’écoule dans la direction donnée, la personne lève les bras sans efforts. La force de la visualisation est colossale.

Bien sûr la posture est essentielle, je dirais même qu’elle est primordiale. Si le corps se raidi pour avoir une posture impeccable : c’est foutu. S’il est trop mou : c’est foutu. Si la troisième lombaire est mal positionnée : c’est foutu. Avec la pratique de l’Aïkido et du Katsugen undo, petit à petit je vois que mes élèves se redressent, le ki recommence à circuler sans blocage, sans rupture, c’est la découverte de la respiration abdominale non forcée, mais claire et limpide, du kokyu. À mon avis, sans kokyu, tout travail en Aïkido ne vise qu’à renforcer le corps, c’est un travail de durcissement.kokyu ho régis soavi

Avec l’approfondissement de la respiration ce qui est inutile disparaît petit à petit, on n’a pas besoin de travailler la souplesse ou la puissance, c’est la raideur et nos idées sur la force et la faiblesse qui s’en vont. Et donc le ki circule mieux.

La Pratique respiratoire que nous faisons au début des séances est importante dans cette orientation.

On ne peut pas enseigner le kokyu, mais on peut guider les personnes pour qu’elles le découvrent.

Si nous faisons Kokyu Ho chaque matin à la fin de chaque séance, c’est justement pour sensibiliser les personnes et aussi améliorer notre posture. À mesure que notre posture et notre manière de faire s’affinent et s’améliorent on peut aider à la normalisation du terrain de notre partenaire. Si on respire profondément à partir du hara vers le hara du partenaire, on revitalise les circuits par lesquels circule le ki, on permet que ces circuits fonctionnent mieux, ainsi l’autre comprend (sent) avec tout son corps de quoi il est question.

Il ne s’agit pas de regarder la démonstration et de travailler de plus en plus dur, mais plutôt de s’imprégner de cette sensation du kokyu de l’autre. Je dis souvent : pour travailler le kokyu il faut commencer par écouter. On écoute l’autre, non avec ses oreilles, mais avec tout son corps, on sent la respiration, le ki, de l’autre. C’est comme un parfum. On écoute son mouvement intérieur, alors la sensation devient plus précise et on peut le guider vers une meilleure posture, vers une libération des tensions.

C’est aussi le travail des pratiquants plus anciens de favoriser cette découverte. En faisant baigner l’autre dans la respiration, ils l’aident à la sentir, à force de s’imprégner de ce « quelque chose ».

Dans la pratique de Katsugen undo que Tsuda Senseï a introduit en Europe la sensibilisation à la respiration, à la circulation du ki est au premier plan. Tsuda écrivait : « Dans le Mouvement régénérateur [Katsugen undo], nous faisons l’inverse de la tradition : nous commençons par le secret suprême, sans préambule1. »

Le kokyu n’est pas plus magique que le ki n’est une énergie. Dés qu’on se lance dans une explication, même si l’on prévient qu’elle sera parcellaire, on risque fort de tomber à côté.

Les contes anciens, comme ceux rapportés par les frères Grimm, peuvent nous montrer un aspect des pouvoirs du kokyu. Comme dans les contes, il peut transformer les crapauds en prince ou princesse et embellir les personnes par le simple fait de transformer leur posture. Cette posture, résultat de tant d’années de contractions, de mollesse, ou de tentatives de correction. Quand la posture retrouve quelque chose de naturel, c’est le retour à la source, aux origines de l’être.regis soavi aikido

Le kokyu, sa découverte, nous amène à des comportements différents dans la vie de tous les jours.  Cette respiration, loin d’être vécue comme New Age, dans sa quotidienneté, réveille en l’individu des qualités oubliées, une simplicité perdue, une intuition enfin retrouvée. Elle est ce qui peut rendre admirable le geste d’un artisan, d’un artiste, mais elle est aussi ce qui étonne ceux qui ne la connaissent pas. Parce qu’on n’a pas compris, ni senti ce qu’il y a derrière cette entièreté dans l’acte accompli : kokyu est une révélation de l’unité de l’être.

Itsuo Tsuda nous a guidé dans cette direction, en nous laissant libre d’aller plus loin ou de rester sur place. Cette liberté était fondamentale dans son enseignement.

On raconte que parfois, lorsque la posture, la respiration, la coordination étaient parfaites, O Senseï Ueshiba s’écriait « Kami Wasa« . Technique dieu ? Réalisation suprême ? Ne peut-on pas parler de kokyu ou de Non-Faire dans la plus grande simplicité ? Comme un enfant qui lâche un jouet pour en saisir un autre, de la même façon qu’il nous aspire pour le prendre dans nos bras pour le protéger.

Lorsque l’enfant est petit il a le kokyu : « Le bébé est grand comme l’univers, mais si on le traite mal il se fane bien vite »,  écrivait Tsuda Senseï dans son dernier livre2. Notre devoir n’est-il pas de lui permettre de le conserver ? Et à nous adultes de le retrouver ?

Aïkido n’est pas fait pour combattre, mais pour permettre une meilleure harmonie entre les personnes.

Je respire profondément, j’écoute le corps de l’autre, je visualise la circulation de ki dans son corps, je l’entend clairement, alors je fais passer le ki dans le corps de l’autre. Cette circulation nous apporte la plénitude, la sensation d’être pleinement vivants, tout s’efface, il n’y a plus que l’instant présent avec ses sensations, ses couleurs, sa musique.

Article de Régis Soavi sur le thème de kokyu, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°10)  d’octobre 2015.

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1. Itsuo Tsuda, La Voie du dépouillement, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1975, p. 32.

2. Itsuo Tsuda, Face à la science, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1983, p. 152.

Misogi du premier janvier

Les notes qui suivent ont pour fonction de retracer les origines et les moments importants de la préparation et du déroulement du Misogi du premier janvier tel qu’il se pratique dans les dojo de l’École Itsuo Tsuda. Elles ne peuvent remplacer la transmission orale et le vécu de la cérémonie, ce sont des indications, pas une marche à suivre imposée. Pour aider à pénétrer dans l’ambiance de ces moments, il a semblé utile de présenter ce texte en s’appuyant sur les trois rythmes de la tradition japonaise : jo – ha – kyu.

Voici sur ce sujet, quelques extraits du livre d’Itsuo Tsuda, La Science du particulier : « En étudiant le théâtre Noh, j’ai connu les trois rythmes : jo – lent, ha – normal, et kyu – rapide […] Jo signifie introduction, ha rupture, changement, et kyu rapide […] Les fruits poussent graduellement (jo), mûrissent à vue d’œil (ha), et tout à coup se détachent des branches (kyu). »

Origine et préparatifs (jo)

La vie des dojo de notre École est rythmée par plusieurs cycles temporels. Entre celui qui débute à la création du dojo et celui, quotidien, des séances d’Aïkido, on trouve le cycle pluri-hebdomadaire des séances de Katsugen Undo, le cycle saisonnier des stages et celui annuel du Misogi du premier janvier.

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Portes ouvertes au Dojo Yuki Ho

Une philosophie pratique à découvrir

Le dojo Yuki Ho, présent à Toulouse depuis plus de trente ans et dédié à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo,  vous invite du 7 au 10 janvier 2016 pour un événement qui réunira lecture-rencontre, exposition de calligraphies, démonstrations et séances page1d’Aïkido, diffusion de films et interviews sur le Katsugen Undo.

« J’écris dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle, mais celle d’un peuple qui passe pour être l’un des plus exigeants en matière littéraire. (…) Je m’aventure dans le domaine de l’inconnaissable, où la connaissance la plus parfaite de la langue, des mots dans leur coloration, leur saveur, et leur maniement n’arrivera pas à remplacer l’expérience. (…) Rien, en effet, n’est évident en ce qui concerne les aspects du ki. Lorsqu’ils deviennent évidents, ils cessent d’être le ki et entrent dans les catégories. L’intellectualisation commence. On peut toutefois faire le chemin inverse. On peut remonter, à partir des formes connue, à cette source insondable qui détermine le comportement chez l’individu. » Itsuo TsudaLire la suite

Kokoro

Un texte de Haruchika Noguchi, fondateur du Seïtaï.

« Le kokoro qui réside au plus profond de l’homme possède des facultés inestimables ; ses possibilités sont si illimitées et inépuisables que si on unifie le ki et que l’on concentre tout dedans on ne se retrouvera jamais incapable ou impuissant. Tout se met à changer, et pas seulement le corps, lorsque le ki se centre et se concentre dans le kokoro. Ceux qui le mettent en pratique me commentent par la suite les changements vécus.

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Haruchika Noguchi. Photo : Seitai Kyokaï

Beaucoup associent le mot kokoro à la volonté, mais celle-ci, de fait, ne possède pas de vertu propre; par contre, au lieu de prétendre réussir quelque chose à force de volonté, si nous visualisons simplement que nous y arriverons, notre souhait devient réalité. Quiconque sait employer son kokoro verra la réalisation de ses souhaits.

Depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui l’être humain a inventé un nombre incalculable de choses. Voici une table. Celle-ci n’existe pas depuis toujours, elle est née de l’utilisation de la visualisation. La visualisation précède toujours ce qui existe; le mot intervient seulement après. Si nous procédons dans ce même ordre, pas à pas, sans dévier et avec fermeté, notre souhait s’accomplira. Alors les divers mondes par lesquels évolue l’Humanité s’élargiront davantage. L’homme est ainsi.

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Dojo Tenshin, Paris

120, rue des Grands-Champs – 75020 Paris
Métro Maraîchers, Porte de Montreuil, Porte de Vincennes
01 43 73 44 71 – Email

Infos, horaires, tarifs etc sur : https://tenshin.org/

dojo Tenshin Paris

Le dojo Tenshin est un lieu entièrement dédié à la Pratique respiratoire de Maître Tsuda, qui comprend l’Aïkido et le Katsugen Undo (ou Mouvement régénérateur).

Ces deux pratiques, à l’origine tout à fait indépendantes furent crées au Japon respectivement par Me Ueshiba et Me Noguchi. Me Tsuda les a réunies comme deux pratiques complémentaires dans son enseignement qu’il dispensa en Occident et plus particulièrement en Europe.

Inspiré des dojos traditionnels Japonais, Tenshin est une association loi 1901, qui a été déclarée en 1985.

Son fonctionnement, qui repose sur l’activité de ses membres, consiste essentiellement à créer une ambiance favorable à la découverte du Non-faire, fondement de la philosophie pratique transmise par Me Tsuda telle qu’elle est exprimée dans ses ouvrages.

Le Dojo Tenshin organise des séances de pratique régulière, ainsi que des stages. Depuis sa création, il travaille avec Régis Soavi, qui y enseigne régulièrement le matin depuis de nombreuses années et qui y conduit des stages tous les deux mois.

Tenshin fait partie des dojos reconnus par l’Ecole Itsuo Tsuda et en est l’un des dojos fondateurs.

 

Exposition de calligraphies

« Sur les traces d’Itsuo Tsuda » au Mas d’Azil/Daumazan (Ariège) 1er sept-31 oct 2015

Le Dojo Kingyo, association dédiée à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo, organise une exposition de calligraphies d’Itsuo Tsuda.  L’événement aura lieu simultanément dans les médiathèques du Mas d’Azil et de Daumazan. Découvrez quelques images de la mise en place de l’exposition (cliquez sur les photos pour agrandir)

Présentation de l’exposition

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Une forme d’enseignement méconnu : les calligraphies d’Itsuo Tsuda

Maître Tsuda a enseigné à travers diverses voies, l’une d’elles, probablement la moins connue, est la calligraphie. Il n’était pas un maître de calligraphie mais il a su utiliser cette dernière pour laisser un message philosophique qui aujourd’hui fait partie de l’héritage de ses élèves.

Le projet de réunir l’intégralité de l’œuvre calligraphique de Maître Tsuda est né quand il était encore en vie et, déjà à l’époque, avec son approbation, quelques élèves ont cherché à regrouper ses calligraphies dans un même recueil. Après son décès, d’autres ont continué ce travail dans cette direction. Aujourd’hui encore nous continuons avec cette intention, trente ans après, mais non sans difficulté, car il s’agit de redonner sa juste place à cette forme d’enseignement et de la faire connaître. Nous nous sommes donné comme objectif de créer un livre qui avant toute chose respecte l’auteur et son œuvre autant du point de vue du message qu’il voulait transmettre que du point de vue artistique.
Mission impossible ? Presque…Lire la suite

Vidéo : aïkido #1

Lors du Centenaire d’Itsuo Tsuda au dojo Tenshin se sont tenues des séances matinales d’Aïkido conduites par Régis Soavi qui ont permis la rencontre de plusieurs groupes créés par d’anciens élèves d’Itsuo Tsuda. L’espace tatamis pourtant conséquent avait rarement accueilli autant de pratiquants venus spécialement de plusieurs pays d’Europe. Cette vidéo aïkido nous permet de pour retrouver ce moment

Filmé le samedi 15 novembre 2014 au Dojo Tenshin.

vidéo aïkido

Le Centenaire d’Itsuo Tsuda

centenaire itsuo tsudaDimanche 16 novembre 2014  s’est achevé ce qui restera un moment exceptionnel, à la fois hommage à un écrivain et fruit du travail de toute une école.

L’événement autour d’Itsuo Tsuda aura réuni durant un week-end plusieurs centaines de personnes dans un lieu spécialement préparé pour l’occasion. Le dojo Tenshin qui fêtera prochainement ses trente années d’existence s’est transformé durant ces derniers mois pour accueillir le centenaire de la naissance d’un homme dont l’œuvre résonne plus que jamais.

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Le caractère du voyage

Après avoir évoqué le tourisme moderne qui s’est développé aux États-Unis et ensuite propagé dans le monde entier, Itsuo Tsuda insiste pour les voyages qu’il organisa entre 1977 et 1982 sur l’importance de la sensibilité :
«  Ce qui importe avant tout c’est la sensibilité des touristes vis-à-vis de l’expérience au contact d’un monde nouveau. Si la sensibilité est mal préparée, on ne voit rien d’autre que le reflet du passé dont on est chargé. »
Nous poursuivons donc ici la publication du bulletin dans lequel Itsuo Tsuda présenta le caractère des « Seitai Tours », seitai tour139publication illustrée par des photos prises par Bruno Vienne.

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SEITAI TOUR

Itsuo Tsuda proposa entre 1977 et 1982 des voyages de découverte du Japon, passant aussi par la Corée et la Chine… Il expliqua le sens de ces voyageseitai tour japons en ces termes :

« Voyages de contacts humains entre peuples, par-dessus les races et les traditions, à travers le mouvement régénérateur, pratiqué ensemble avec des Japonais et des Coréens. »

Nous reproduisons ici des extraits de deux bulletins qu’Itsuo Tsuda édita pour annoncer le projet du 4e « Seitai Tour ». Il y présente les modalités et le caractère des voyages. Bruno Vienne, qui participa à un de ces voyages, a pris les photos qui illustrent ce document.Lire la suite

Un art de s’unir et de se séparer

par Régis Soavi

Mon Maître Tsuda Itsuo, citant O Senseï Ueshiba, a écrit dans son deuxième livre : « L’Aïkido, c’est un art de (musunde hanatsu) s’unir et se séparer »1.

regis_soavi_Aikido 1C’était un aspect très présent dans son enseignement, mais par contre il n’utilisait jamais les termes Awase et Musubi. Il nous parlait en français, il nous parlait de quelque chose de plus grand que nous. Il nous invitait à réaliser en nous le vide mental pour pouvoir percevoir quelque chose. Il disait parfois : « Dieu (dans le sens de kami) parle sans arrêt, mais nous les humains nous n’arrivons pas à nous syntoniser, donc on n’entend rien. Ou alors on entend juste des sons comme une radio brouillée. Mais dieu parle clairement ». Donc pour lui c’était à nous de nous mettre dans un état qui nous permette de « recevoir ». L’Aïkido de l’École Itsuo Tsuda est basé sur ce que lui, par contre, appelait la fusion de sensibilité, donc sur la fusion avec le partenaire : face à une attaque, il y a une réponse, mais pour que notre réponse soit adéquate, nous devons fusionner avec le partenaire. Lors des séances je parle par exemple de fondre et de s’harmoniser avec le partenaire, de sentir son centre. Et à ce moment là on est lié par quelque chose, plus rien ne nous est étranger. Aujourd’hui je commence à aller un peu plus loin dans la pratique de l’Aïkido et je sens beaucoup plus ce que Tsuda senseï voulait dire au sujet du lien qui nous unit à l’Univers. On se sent vraiment comme un lien entre cet Univers et le partenaire, et on constate que cela circule, que tout retourne à l’Univers.

La Pratique respiratoire : une pratique de Musubi

La Pratique respiratoire2 que nous faisons en début de séance nous met dans un « état d’esprit » qui nous permet de recevoir, de créer ce lien entre l’Univers et nous. On ne sait pas très bien ce que c’est que l’Univers. Ce ne sont pas les étoiles, ce n’est pas le trou noir, etc. C’est quelque chose d’autre. Pour la Pratique respiratoire nous restons le plus proche possible des enseignements de O Senseï Ueshiba, Tsuda senseï était précis là-dessus.

Par exemple on fait trois fois la vibration de l’âme, Tama-no-hireburi, chaque fois avec un rythme différent (lent, moyen, rapide) et uniquement à l’inspiration. La première fois on évoque Ame-no-minaka-nushi, Centre de l’Univers. Je dis parfois que c’est une « invocation-évocation ».

Awase Musubi
Tama-no-hireburi (vibration de l’âme) par Régis Soavi sensei

O Senseï Ueshiba disait de l’évoquer trois fois pendant la vibration de l’âme : celui qui conduit la séance le dit à voix haute puis on l’évoque encore deux fois intérieurement. Ce sont des informations que j’ai entendues chez Tsuda senseï, mais nulle part ailleurs. Donc quand on évoque Ame-no-minaka-nushi, comme O Senseï Ueshiba le disait, on se place au Centre de l’Univers. Centre de l’Univers ce n’est pas « Centre du Monde », ni « moi et les autres », ni quelque chose de religieux. Quelque part c’est insaisissable, mais en même temps c’est extrêmement concret. En tout cas cela ne nous encombre pas, c’est Centre de l’Univers et on peut y être.

Puis lors de la deuxième fois on évoque Kuni-toko-tachi, l’Éternelle Terre, pour moi c’est l’humain, c’est la matière. Le premier c’est immatériel, le deuxième cela devient concret c’est matière.

Puis troisième Kami évoqué-invoqué c’est Amaterasu, la déesse soleil, la vie, ce qui nous anime. Je raconte parfois l’histoire de la grotte dans laquelle Amaterasu s’est réfugiée et de la porte de rocher3. O Senseï Ueshiba en parlait souvent et Tsuda senseï la citait aussi. C’est la vie qui s’était enfermée dans une grotte obscure et qui resurgit. C’est important d’ouvrir la porte du rocher en nous. On s’est cloisonné, on s’est rigidifié, on n’entend plus rien, et puis un jour quand même on l’entrouvre.

Aïkido nous apporte un souffle d’air, quelque chose qui nous permet de respirer un peu mieux. Alors, à partir de ce souffle, on va pouvoir ouvrir plus grand et peut-être entendre mieux ce que les Kami ont à nous dire, ce que l’Univers a à nous dire. Je ne suis pas du tout religieux, mais chaque matin je récite le Norito, comme le faisait  Tsuda senseï, comme le faisait O Senseï Ueshiba. Chaque matin, au début de chaque séance, à sept heures moins le quart, je récite le Norito, puis je fais la vibration de l’âme et cela depuis plus de quarante ans. Et petit à petit je découvre quelque chose, je vais un peu plus loin, je suis plus perméable.

Awase :  pratiquer avec le même partenaire peut permettre l’harmonisation avec l’autre

Dès la première partie de la séance, qui est une pratique individuelle, il est important de se mettre dans une certaine condition. Le travail d’harmonisation se poursuit dans la seconde partie pendant laquelle on pratique avec un partenaire. Pour favoriser cela, dans notre École on travaille avec le même partenaire tout au long d’une séance. On pourrait bien sûr changer à chaque technique, mais si on veut s’harmoniser c’est difficile d’y arriver en quelques cinq ou dix minutes passées avec chaque personne. Pour ceux qui ont vingt ou trente ans de pratique ça va… Mais si vous débutez, disons les dix premières années, c’est aussi quelque part rassurant de rester avec le même partenaire, on a le temps de s’harmoniser de s’imprégner de l’autre. Ainsi on va le sentir, les premiers contacts sont un peu difficiles parfois. Mais sur une même technique, une deuxième, puis une troisième on peut aller un peu plus loin, se rapprocher de son centre, respirer mieux le « parfum » du partenaire. Tsuda senseï parlait de découvrir le paysage intérieur de quelqu’un, mais découvrir le paysage intérieur de sept ou huit personnes dans une même séance c’est plus difficile. Parfois, surtout en fin de séance, il m’arrive de faire changer de partenaire notamment lors du Mouvement libre. Mais bien sûr à chaque séance on change, ce n’est pas un partenaire à vie !

Le Non-Faire

Uke a un rôle à jouer, sans être violent, il doit être sincère dans son attaque car sans cette énergie, Tori sera dans le « Faire » et pas dans le « Non-Faire ». Je vois souvent dans l’Aïkido des Uke très gentils et Tori qui massacre joyeusement son Uke. Ce n’est pas du tout mon principe. Si je parle d’attaque c’est qu’effectivement lorsque Uke fait un Shomen, un Yokomen, un Tsuki ou une saisie, il est important qu’une énergie s’en dégage, il « Fait ». Tori, par contre, la détourne, laisse passer cette énergie qui s’exprime dans le fait de serrer le poignet ou de frapper, il passe à coté et la transforme, alors c’est le « Non-Faire ». Il ne répond pas à l’attaque, il laisse s’écouler cette énergie, ce ki, il dépasse l’attaque. Bien sur, il n’attend pas bêtement de se faire frapper ! Le Non-Faire ce n’est pas rien faire.

Je pars du principe aussi que si quelqu’un attaque une autre personne c’est qu’il n’est pas bien dans sa peau… Quand on est bien dans sa peau, quand on est vivant, on n’a aucune envie d’aller attaquer les autres. Cela ne nous viendrait même pas à l’esprit. C’est parce que nous sommes mal dans notre peau que cela se produit. On vit dans un monde violent, on a été éduqué à réagir en fonction de cette violence, il faut se défendre contre ceci, contre cela… On en est devenu malade. En faisant l’Aïkido, lorsqu’on est Tori, on est en train de « guérir » cette violence. Cette violence qui est dans l’autre, qui s’exprime par le rôle et la fermeté de Uke, on la conduit pour la transformer en quelque chose de positif et de libérateur.

Le travail avec les armes : Ame-no-uki-hashi ken

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Séance d’armes en extérieur, stage d’été (Mas d’Azil), Régis Soavi sensei

Il y a presque 30 ans, j’ai décidé de parler de Ame-no-uki-hashi ken pour désigner le travail avec les armes que nous faisons lors des stages et parfois dans la pratique quotidienne. Le ken, le sabre est une représentation du pont flottant céleste : Ame-no-uki-hashi. On parle de Pont flottant céleste quand on voit le Katana avec le tranchant vers le haut et on parle aussi de Bateau flottant céleste lorsque le tranchant est dans l’autre sens, vers le bas. C’est assez curieux parce que c’est à la fois le pont et le bateau… C’est ce qui unit le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, l’Univers et nous. Lorsque nous travaillons les armes, elles sont une extension de nous-mêmes, au-delà de notre peau, quelque chose qui nous permet d’aller un peu plus loin, de découvrir aussi notre sphère.

Ame-no-uki-hashi : être sur le Pont flottant céleste, c’était une image qu’utilisait O Senseï Ueshiba et que nous transmettait Tsuda senseï. Être sur la lame du katana c’est être dans un état d’attention qu’on pourrait même qualifier de « divin », où une perception différente peut se produire. Je n’ai pas envie d’entrer dans la discussion de savoir s’il faut ou non utiliser les armes en Aïkido, cela n’a pas d’importance. Je les fais travailler parce que cela nous oblige à être dans un état d’extrême concentration tout en maintenant la détente. Elles me servent aussi à rendre visible les lignes de ki, tant celles du partenaire que celles qui partent de moi même, de manière plus évidente. Par exemple lorsqu’en démonstration j’appuie deux bokken sur mon centre je montre ainsi que la force vient du hara et non exclusivement de la musculature.

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Les armes rendent visibles les lignes de ki, la force vient du hara (Régis Soavi sensei)

Kokyū Hō : respirer

Traditionnellement chez Tsuda senseï la séance commençait toujours par la Pratique respiratoire, puis on faisait l’exercice qu’il appelait le Solfège, après on travaillait des techniques et à la fin il y avait toujours Kokyū Hō en suwari wasa.

Pour Tsuda senseï, Kokyū Hō c’était l’occasion de ne faire qu’une chose : respirer. Il donnait, entre autre, la visualisation d’ouvrir les bras Kokyu Ho verticalcomme s’ouvre la fleur de lotus. Il n’y a plus de technique, il y a juste une personne qui nous saisit, et puis on respire au travers, on fait circuler le ki, à travers nos bras, à travers le partenaire. Quelque soit la résistance du partenaire, on s’ouvre à cela et on réalise la fusion de sensibilité.

Pour moi chaque Kokyū Hō est différent, avec chaque personne. Il n’y a pas de technique particulière, par contre, il y a des lignes qui se déploient à partir du hara, il y a comme une espèce de soleil qui rayonne et on peut suivre chaque rayon de soleil pour retrouver ce hara, quelque chose s’embrase et la personne tombe à gauche, à droite et on fait l’immobilisation. C’est pour moi un instant privilégié de respiration profonde. Quand je parle de respiration profonde, je parle évidement du ki, c’est-à-dire que lorsqu’on respire profondément le ki se met à circuler de façon différente.

Awase au delà des tatamis : s’occuper du bébé, le summum des arts martiaux

« Savoir bien traiter le bébé, c’est pour moi, le summum des arts martiaux »4. Quand Tsuda senseï écrit cette phrase il met en relation l’Aïkido et la façon de s’occuper du bébé dans le Seitai de Noguchi Haruchika senseï. Il disait aussi que s’occuper du bébé c’est comme avoir un sabre au dessus de la tête, dès qu’on fait une erreur « tchac », le sabre tombe.

Si on fait un parallèle avec l’Aïkido, le bébé est à la fois beaucoup plus exigeant que le maître et en même temps beaucoup plus gentil ; dans le Seitai, s’occuper du bébé c’est avoir une attention permanente, constante, c’est s’abandonner. Les plus grands maîtres parlent de l’importance de s’abandonner, c’est central dans les arts martiaux. Awase, cette fusion dont on parle, c’est aussi accepter de s’abandonner. Avec le bébé tout est une question de sensation, on est dans une fusion de sensibilité constante, comme par exemple quand la maman sait si son bébé pleure parce que il a besoin de faire pipi ou s’il a faim ou est fatigué. De la même façon, mais à l’inverse, pour le samouraï qui était en face de son adversaire, l’art consistait à découvrir chez l’autre le moment où la respiration serait irrégulière, le moment où il allait pouvoir frapper. C’est faire appel à toutes nos capacités.

S’occuper du bébé c’est découvrir un monde de sensibilité, par exemple à travers l’art de donner le bain dans le Seitai. Savoir comment rentrer un bébé dans l’eau, au moment de son expiration et le sortir de l’eau à son inspiration, quand on est capable de s’occuper d’un bébé de cette façon on est aussi dans les arts martiaux. Toucher un bébé, changer un bébé dans le rythme de sa respiration, endormir un bébé et le poser endormi sans le réveiller… Bien sûr, c’est bien plus flamboyant de sortir son katana et de faire semblant de couper une tête ! Mais pour moi, c’est tellement plus difficile et important de coucher un bébé qui s’est endormi dans vos bras, être capable de retirer les mains de sous le bébé sans qu’il ne se réveille, ça c’est de l’art ! Avec un partenaire d’Aïkido on peut « tricher », un p’tit coup d’épaule, on force un peu… avec le bébé, on ne peut pas tricher. Il y a ou il n’y a pas fusion. J’ai beaucoup appris avec mes bébés, je pense que j’ai appris autant avec eux qu’avec Tsuda senseï, même si c’était de façon différente.

Musubi Awase : le commencement

On considère généralement qu’il faut commencer par apprendre les techniques et qu’après de nombreuses années de travail on peut appréhender Awase et Musubi. Dans notre École la Pratique respiratoire et la fusion de sensibilité sont au commencement et inséparables du reste. Toute notre recherche se fait à travers la respiration, le « ki ». Cette direction nous permet d’approfondir la recherche dans la simplicité, plutôt que dans l’acquisition et en ce sens nous rejoignons la définition de O Senseï Ueshiba : « Aïkido est Misogi« .

Régis Soavi

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Article de Régis Soavi publié en octobre 2014 dans Dragon Magazine Spécial Aikido n° 6.

Notes :
    1. Tsuda Itsuo (1914-1984), La Voie du dépouillement, Paris, le Courrier du livre, 2006 (1975), pp. 174–175
    2. Une série d’exercices faits individuellement qui précède la technique. Cf. « L’École Itsuo Tsuda : rencontre avec la respiration », pp. 6–12, Dragon Magazine Spécial H.S. AIKIDO n° 5: Le travail individuel, juillet-septembre 2014
    3. Mythe décrit dans le Kojiki
    4. Tsuda Itsuo, Face à la science, Paris, le Courrier du Livre, 1983, p. 24

calendrier de l’Avent #25

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#25 Working For Future

Oui, nous avons parlé du passé. Oui, nous avons regardé les traces du passé. Nous avons écouté ces traces qu’Itsuo Tsuda nous a laissées.

L’année 2014 prend fin, mais cela continue AUJOURD’HUI.

Le futur qui s’écrit aujourd’hui nous réclame entièrement. Itsuo Tsuda en parla, l’écrivit : prendre soin des enfants, préserver leur sensibilité, leur force intérieure sont des actes primordiaux.

«Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : «Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?», il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante :

«À quels enfants allons-nous laisser le monde ?».

Jaime Semprun L’abîme se repeuple (éd. Encyclopédie des Nuisances, 1997, p. 20).

Cette question, suivant les traces d’Haruchika Noguchi, Itsuo Tsuda l’a posée dès les années 1970. Ses livres et son enseignement sont pleins d’indications pour ceux qui veulent comprendre. Le chemin est à faire. Déconditionner son esprit, retrouver sa sensibilité, pour sentir par soi-même la vie à l’œuvre en nous et, chez les enfants, ne pas l’étouffer.

GuillemetQu’est ce que l’intuition ?

C’est l’expérience d’un instant qui ne revient jamais.
Si c’est raté, c’est raté. Pour toujours. Mais si on a la continuité, la marge d’erreur diminue.
Et un jour, on se dit : « Mais est-ce possible ? Ce n’est pas moi qui l’ai fait. Je ne suis rien dans cette réussite. J’ai agi un peu comme dans un rêve. C’est une sensation qui m’a traversé. Mais le résultat est là. »
C’est à partir du moment où l’on bâtit un monument pour le triomphe que la situation se dégrade.tsuda_enfant
On n’apprend pas cela à l’école. Là, on se remplit la tête avec des notions matérialistes. On apprend à partager le gâteau, à égalité, bien entendu, pour que chacun ait une part un peu plus grosse que les autres.
L’enfance est le seul domaine qui reste où l’on peut encore faire une expérience aussi impossible.
Le bébé est grand comme l’univers, mais si on le traite mal, il se fane bien vite.
Quelle voie choisir ? C’est à vous de voir…

Itsuo Tsuda, Face à la Science (Le courrier du livre, 1983, page 152).

To be continued…  Welcome 2015 !!

Calendrier de l’Avent #24

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#24 Cadeau de Noël !

Un petit teaser 😉

Filmé et réalisé par Régis Sirvent

Calendrier de l’Avent #23

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#23 Montage vidéo

Lors du Centenaire d’Itsuo Tsuda au dojo Tenshin, nous avons présenté en introduction un montage vidéo permettant de voir et d’entendre Itsuo Tsuda à propos de l’aïkido, composé d’images d’Itsuo Tsuda pratiquant l’aïkido en France et à Tokyo en 1968 ainsi qu’à Ibiza en 1979. En voix off : Itsuo Tsuda lors d’une interview à Coulonges-sur-l’Autize, en 1981.

Calendrier de l’Avent #21

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#21 Des archives photos

Grâce à Bruno Vienne nous avons eu l’immense chance de retrouver les photos qu’Itsuo Tsuda prit lui-même de O Sensei Ueshiba au Hombu Dojo. Cent cinquante photos inédites, des archives inestimables, qui, nous l’espérons, pourrons faire l’objet d’une exposition. Encore de grands projets en perspective !!

Calendrier de l’Avent #20

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#20 Jean-Marc Arnauve

« […] Maître Tsuda ne nous a pas formés pour devenir de grands aikidoka ou de grands maîtres. Il nous a formés pour être des gens qui découvrons la vie en permanence. […]
Maître Tsuda avait l’habitude de dire : le dojo ce n’est pas ici. Ici c’est bien, c’est fermé, c’est cloisonné, c’est protégé. Le dojo c’est quand vous sortez dehors. Le dojo c’est quand vous vivez votre vie, c’est quand vous êtes dans le quotidien, c’est là que votre respiration doit rester calme et profonde. […] » Écoutez le témoignage, ici

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Jean-Marc Arnauve

« Jean-Marc Arnauve commence très jeune les arts martiaux, dès l’âge de cinq ans avec le Judo, suivi à l’âge de dix ans du Karaté dans le Dojo de la rue de la Montagne Ste Geneviève à Paris. Les instructeurs de l’époque sont Maître Kasé, Gaillarde, Nadoulek. En 1971, sur les conseils de Monsieur Henry Plée, il rencontre Itsuo Tsuda et découvre avec lui l’Aïkido et le Katsugen Undo. Jean-Marc et sa mère, Tamara, seront élèves de Maître Tsuda jusqu’à son décès. Les parents de Jean-Marc, Stanislas et Tamara Arnauve, joueront un rôle décisif sur l’établissement des époux Tsuda en France, en les aidant notamment dans certaines démarches administratives. C’est Tamara Arnauve qui trouve successivement le Dojo de la rue d’Avron puis celui de la rue des Petites Écuries. Au fil du temps les liens d’amitié solides se tissent entre Maître Tsuda, Stanislas et Tamara qui a été pour sa part Présidente de l’École de la Respiration pendant plus de dix ans. Entre Jean-Marc et Maître Tsuda se crée une relation quasi filiale.

Parallèlement aux cours et aux stages avec Maître Tsuda, Jean-Marc continue sa pratique du Karaté sous l’égide de Serge Chouraqui, dont il devient l’un des assistants au sein du Dojo SIK. Il pratique et enseigne deux styles : le Shotokan et Kyokushinkai durant de nombreuses années.

En 1976, lorsqu’il demande à Maître Tsuda de l’initier au Seïtai, celui-ci lui répond : « Je vous autorise à tout me voler, mais je ne vous donnerai rien ! ».  À partir de ce moment, il suit et observe Itsuo Tsuda durant plusieurs années, s’attachant à comprendre la logique très particulière des réajustements.

Depuis maintenant plus de trente ans, il se consacre à faire découvrir le Seïtai, ses nombreux débouchés sur le plan du développement personnel, de la santé et ses différentes implications en matière de grossesse, d’accouchement et d’éducation. Parallèlement à cela, il s’emploie à transmettre le Seitai, le Katsugen-Undo, et l’Aïkido. Le Karaté reste un domaine d’exploration personnel. Sous l’impulsion d’étudiants intéressés et motivés, le Dojo « centre Respiration et Santé » a été créé, il y a vingt-cinq ans. Toucher Seïtai, Katsugen Undo et Aïkido y sont enseignés et pratiqués. »

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Itsuo Tsuda et Jean-Marc Arnauve

 

Calendrier de l’Avent #19

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#19 Une tombe au Père-Lachaise

Le cimetière du Père-Lachaise est l’un des plus célèbres cimetières au monde. Situé dans le 20e arrondissement de la ville de Paris, de nombreuses personnes célèbres y sont enterrées comme Molière, Balzac, Oscar Wilde, Frédéric Chopin, Gérard de Nerval, Delacroix… Magnifique parc de 44 hectares, c’est ici qu’Itsuo Tsuda, décédé le 10 mars 1984,  est enterré.

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Visite de nos amis de Genève à la tombe de Monsieur Tsuda

Itsuo Tsuda avait fait une calligraphie de la phrase de Tchouang Tseu, qui était, en quelque sorte, son testament, et qu’il avait mise au dojo :

« Quand je serai mort, si vous me mettez dans la terre, ce sont les vers qui me mangeront, si vous me mettez dans les airs, ce sont les oiseaux qui me mangeront et si vous me mettez dans la mer, ce seront les poissons qui me mangeront… faites de moi ce que vous voulez ! »

Calendrier de l’Avent #18

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#18 Deux amies

Parmi les personnes qui nous ont soutenu activement pour ce Centenaire, se trouvent les noms de Claudine Brelet et Eva Rotgold, deux amies de longues dates. Claudine Brelet nous à notamment permis de publier un entretien passionnant avec Itsuo Tsuda qu’elle avait réalisé.  Un introuvable, épuisé depuis de nombreuses années. Eva Rotgold qui avait réalisé un reportage photo au dojo de Charenton d’Itsuo Tsuda nous a autorisé à exposer ses photos lors  du Centenaire. Vous avez pu en admirer un certain nombres, notamment celles-ci :

 

Petite note historique :

Eva Rotgold et Claudine Brelet se sont rencontrées au début de l’année universitaire 1967, au Laboratoire audiovisuel de l’ EPHE-Ve section, co-fondé en 1964 par Gilbert Rouget, chef du Département d’ethnomusicologie du Musée de l’Homme et Jean Rouch.

En mai 1968, les étudiants, Jean Rouch, Louis Boucher, chef de travaux, et Roger Morillère, maître-assistant, se réunissent afin de voir ensemble comment améliorer leur formation au film ethnographique.

Quelques étudiants et Jean Rouch projetèrent alors de réaliser un film sur ce qui se passait au théâtre de l’Odéon, occupé depuis la fermeture de la Sorbonne par un groupe baptisé  « les Katangais ».  « Avec Jean Rouch, raconte Claudine Brelet, nous les avons découverts harnachés comme des pirates dans les costumes qu’ils avaient volés au théâtre. Ils étaient armés, et pas seulement de sabres… Leur présence pouvant s’avérer trop dangereuse, Jean Rouch nous incita à renoncer à notre projet et, du coup, nous sommes tous allés aux États-Généraux du cinéma organisés dans l’École de Photo, rue de Vaugirard, par les professionnels du cinéma. Déjà mobilisés comme nous dès février 1968, autour de Henri Langlois, le fondateur et directeur de la Cinémathèque française qui avait été licencié sur ordre d’André Malraux, alors Ministre de la culture. Ce 30 mai, dans la cour de la rue de Vaugirard, Godard tenait à bout de bras une radio portative afin que chacun puisse entendre le discours de de Gaulle. Le « joli mai » était fini. »

Les deux amies et l’un des étudiants de Jean Rouch décidèrent alors de faire un reportage sur le défilé du 14 juillet, en banc-titre « à la Chris Marker » car la pellicule offerte par Godard n’était pas en quantité suffisante pour tourner un « vrai film ethnographique ».

À cette époque, Eva Rodgold était photographe de plateau dans les studios de Boulogne. Dès 1969, Claudine Brelet (qui finançait sa recherche sur les médecines traditionnelles en travaillant en free-lance dans la presse) demanda à Eva Rodgold de l’accompagner comme photographe pendant ses reportages – d’où ses photos de Monsieur Tsuda dans le dojo de Charenton où elles allèrent parfois ensemble.

C.Br-H.P
Claudine Brelet (à droite)

Calendrier de l’Avent #17

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#17 Régis Soavi

« […] Ce n’est jamais fini. Aujourd’hui, il faut qu’on continue, et c’est ce qui se passe aujourd’hui vous êtes nombreux mais vous êtes peu, imaginez tout le travail qu’on a faire. Vous ! Moi bientôt je ne pourrai plus, mais vous, tout le travail qui vous incombe. Ce qu’Itsuo Tsuda nous a transmis, ce que nous vous avons transmis, c’est à vous maintenant de le porter en avant. Ça ne doit pas s’arrêter comme ça : c’est fini, il est mort le maître, on peut plus rien faire.
Non, non, non.  C’est vous. Tout est entre vos mains. […] » Écouter le témoignage  ici.

Régis Soavi
Régis Soavi

« Régis Soavi commence vers l’âge de douze ans un Judo de type traditionnel et souple. Puis, dans les années soixante-dix il se forme à l’Aïkido auprès de Nocquet, Tamura et Noro, trois Maîtres chez qui il devient par la suite instructeur. Il enseigne alors également au sein de la Fédération Française de l’Aïkikaï.

C’est en 1973 qu’il rencontre Maître Tsuda à Paris, et commence à suivre son enseignement, pratiquant avec lui l’Aïkido et le Mouvement régénérateur (Katsugen Undo) pendant dix ans, jusqu’à sa mort. Parallèlement, il s’initie au Iaïdo (sabre), Kenjutsu et Jujitsu de l’École Bushûden Kiraku-ryû avec Maître Tatsuzawa, et continue à participer à de nombreux stages où il rencontre, entre autres, les Maîtres Kisshomaru Ueshiba, Yamaguchi, Kobayachi ou encore Shirata.

Vers 1980, Régis Soavi se détourne définitivement de cette vision officielle de l’Aïkido, car l’enseignement d’Itsuo Tsuda correspond davantage, en profondeur, à la voie qu’il veut suivre : la pratique du « Non-faire » à travers l’Aïkido et le Mouvement régénérateur. De fait, une des spécificités de cet enseignement repose sur le lien que Maître Tsuda a lui-même établi entre sa compréhension de l’Aïkido auprès du fondateur, Ô Sensei Ueshiba, et la pratique du Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) découvert auprès de Maître Noguchi (fondateur du Seïtai). Ces deux pratiques deviennent en quelque sorte complémentaires.

En 1982, après accord de son Maître Itsuo Tsuda, Régis Soavi décide de ne se consacrer, en tant que professionnel, qu’à l’Aïkido (qu’il enseigne déjà depuis 1975) et au Katsugen Undo (Mouvement Régénérateur). Dans les années qui suivent, il crée son premier dojo à Toulouse et commence à conduire des stages à Paris, Toulouse et Milan.

Aujourd’hui, il enseigne à Paris au dojo Tenshin depuis de nombreuses années , et continue à conduire régulièrement des stages aux dojos de Milan, Paris, Toulouse, Rome et Amsterdam. »

Itsuo Tsuda et Régis Soavi
Itsuo Tsuda et Régis Soavi

Calendrier de l’Avent #16

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#16 Presse Durant cette année 2014, le centenaire d’Itsuo Tsuda a bénéficié d’un relais dans la presse écrite, radios et sites internet. Petit florilège des événements les plus marquants.  Certain de ces articles de presse ont été également publiés sur notre blog. Vous pouvez les retrouver ici : Rencontre avec la respiration, À la recherche du moment juste et Pour une écologie du corps humain.

Radio Popolar

France Inter

Lors de l’émission La Tête au carré, l’anthropologue Claudine Brelet, invitée avec le médecin Bernard Fontanille pour parler du livre et de la série documentaire produite par la chaîne Arte Médecine d’ailleurs, évoqua également Itsuo Tsuda.

Extrait de l’émission du 3 mars 2014 :

Le dossier de presse, très complet, à télécharger ici.

Nous avons également réalisé une revue de presse, retraçant quarante ans d’articles :

Calendrier de l’Avent #15

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#15 Kika Juan

« […] Maintenant il paraît que les gens ont besoin de caramel. Mais je dois dire que si on choisit la voie de Monsieur Tsuda il n’y a pas de caramel. Chacun doit faire sa cuisine. Comme Monsieur Tsuda disait : chaque jour, j’apprends. Tous, on continue chaque jour à apprendre. Si on est vraiment intéressé, motivé, il n’y a pas de limite. C’est chacun qui choisit ses limites. C’est ça la liberté, c’est la responsabilité aussi. L’envie profonde de faire les choses […]. »
Le témoignage de Kika Juan :

Kika_Juan
Kika Juan en 2014

Kika Juan par elle même :
J’ai commencé l’ Aïkido à Ibiza en 1976 avec Marcel Boffin, lequel a invité Monsieur Tsuda à venir sur l’île en 1977.
J’ai suivi ses stages depuis 1977 à Ibiza, Palma de Mayorca, Paris, Bruxelles, Genève, Perpignan.
J’ai participé au voyage en Corée et au Japon organisé par Itsuo Tsuda en 1980. J’ai aussi suivi son enseignement à l’ Ecole de la Respiration à Paris lors de multiples voyages.

J’ai donné des cours de Pratique Respiratoire de Maître Ueshiba (Aïkido) et (occasionnellement) également de Katsugen Undo dans différents dojos:
Pendant plusieurs années dans le Dojo de los Molinos (Ibiza), à San Francisco de Formentera, à l’ école de « Sa Bodega » d’Ibiza, à Sainte Eulalie del Rio, San Juan de Labritja, et depuis dix neuf ans à Coulonges sur l ‘Autize (France), durant les stages d’été organisés par l’ Ecole de la Respiration de Paris.

kika Juan
Kika Juan en 1984. Stage de Coulonge-sur-l’Autize

Calendrier de l’Avent #14

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#14  Lithographie de Joan Miró

Cette lithographie de Joan Miró, dédicacée à M. Tsuda et signée par son auteur, avait été offerte par  les membres du dojo de Palma à Itsuo Tsuda à l’occasion d’un stage.

C’est une lithographie couleur de l’affiche de l’exposition Joan Miró de Tokyo/Kyoto, 1966. Grâce à Sven et à Jean-Philippe, nous avons pu l’exposer lors de l’événement du Centenaire au dojo Tenshin. Qu’ils en soient ici remerciés.miro
Nous ne savons pas si Itsuo Tsuda rencontra Joan Miró, lors de son séjour au Japon en 1966, mais voici une anecdote curieuse sur ce voyage. Elle aurait probablement plu à Itsuo Tsuda et son sens de l’humour 😉

Une promenade avec Miró, raconté par un artiste potier japonais, Yagi Kazuo.

Miro et Yagi
Photo de Yagi Kazuo avec Joan Miro prise en 1966.

« Lors du séjour que fit à Kyoto l’artiste espagnol Joan Miró de 73 ans, Yagi Kazuo, alors âgé de 48 ans, fut son accompagnateur pour le voyage à Shigaraki. Joan Miró (1893-1983) s’intéressait alors à la peinture sur poterie de Majorque et à la sculpture en terre cuite. Yagi remarquait chez le maître espagnol « un talent toujours juvénile et plein de poésie, qui ne cessait de dépeindre un paysage où les étoiles et les jeunes femmes se rencontrent en des couleurs primaires retentissantes ». Yagi avait prévu un itinéraire qui plairait à son hôte, incarnation de la Méditerranée et dont le pas léger et dansant, l’instant d’une photo prise sur le trottoir parisien, était resté gravé dans sa mémoire.

Pourtant le Miró qui apparut au Japon n’était plus celui que Yagi avait vu sur la photo.

Le vieillard au geste lent et au pas lourd rendit Yagi perplexe. Le décalage entre l’attente et la réalité plongeait l’accompagnateur japonais dans la confusion.
Yagi était presque déçu de ce Miró vieilli, qui montait, complètement épuisé, à la Villa impériale de Katsura et admirait une œuvre japonaise représentant le soleil levant que Yagi trouvait médiocre et sans intérêt artistique aucun, quand Yagi fut assailli comme par un coup de foudre. Avec une agilité et une perspicacité inattendues, le vieux Miró découvrit dans le jardin, et de sa propre initiative, une statue de Tanuki (esprit facétieux japonais) du style Shigaraki que Yagi voulait lui présenter plus tard.

Ce fut une immense surprise et Yagi se sentit presque dupé par Miró. Il fut devancé par ce vieux malin (tanuki-jijii en japonais) qu’il avait pris, à tort, pour sénile et maladroit. »
(Une promenade avec Miró (1966 : pp. 49-57) )

Calendrier de l’Avent #13

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#13 Itsuo Tsuda in English

Itsuo Tsuda tenait beaucoup à ce que ses livres soient traduits et diffusés. Notamment en anglais. Peu de temps avant son décès, une traduction avait été faite du Non-Faire, The Non-Doing, car Maître Tsuda envisageait un stage aux États-Unis. Ce n’était pas une excellente traduction mais elle avait le mérite d’exister. Malheureusement Itsuo Tsuda ne put faire ce stage et, après son décès, une personne préféra garder dans sa cave des milliers d’exemplaires de The Non-Doing, plutôt que de les laisser en circulation !! Il fut donc très vite introuvable… Dommage !  Aujourd’hui nous avons le plaisir de vous annoncer la publication de deux nouvelles traductions, celles du Non-Faire et de La voie du dépouillement.

The Non-Doing et The path of Less aux éditions Yumé ont été traduits par une professionnelle en collaboration avec des pratiquants expérimentés et seront disponibles en janvier 2015. Le troisième tome est d’ailleurs  en cours de traduction.

Également disponible au éditions Yumé : Il Non-Fare en italien, dans une nouvelle traduction.

CouvTsuda_TheNonDoing_MiniCouvTsuda_PathOfLess_MiniCouvTsuda_IlNonFare_Mini

Calendrier de l’Avent #12

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#12 Vidéo inédite 

Dans la série des archives qui refont surface : un film 8mm ou l’on voit Itsuo Tsuda en 1979  lors d’une démonstration et d’une séance au dojo Los Molinos à Ibiza. Merci à Kika Juan pour cette vidéo.